Vapeur Mauve 5 est en ligne !

1 janvier 2009

Le cinquième numéro du magazine Vapeur Mauve est en ligne.

Vous pouvez le télécharger gratuitement à cette adresse :

http://www.rock6070.com/Vapeur.html

Au sommaire : Gong, Davey Graham, Todd Rundgren, Can, Mad River, les musiciens français méconnus, le Krautrock, Jack Bon, Mu, l’industrie du disque en 2008, les bootlegs incontournables et beaucoup d’autres sujets !

Bonne lecture et joyeuse année 2009 !

Béatrice

Fotheringay - L’improbable suite

17 octobre 2008

En 1969, l’exceptionnelle chanteuse anglaise Sandy Denny quittait Fairport Convention pour fonder son propre groupe, Fotheringay. Entourée de son futur mari Trevor Lucas, de Gerry Conway, Jerry Donahue et Pat Donaldson, elle grava un seul album sous ce nom avant de dissoudre finalement la formation pour se consacrer à sa carrière solo. Cet unique disque est considéré à fort juste titre comme l’un des témoignages les plus essentiels du génie qui éclairait la scène folk britannique de cette période. Il est aussi peut-être bien la plus belle réussite de Sandy.

Trois décennies plus tard, nous apprenions que Jerry Donahue avait l’intention de rassembler quelques inédits du groupe enregistrés au début des années 70 afin de confectionner ce qui aurait pu être le deuxième album de Fotheringay si Sandy avait choisi de poursuivre la belle aventure. Nous pouvions alors trépigner d’impatience devant la suite annoncée à cette perle folk tant écoutée, mais aussi craindre que le musicien décide de dénaturer les maquettes originales en les habillant d’arrangements modernes racoleurs. Mais il n’en est rien. Jerry a plutôt choisi de restaurer ces vieux enregistrements en démontrant un respect remarquable envers leurs artisans. En résulte un disque magnifique, un complément essentiel à cet unique album que Fotheringay publia lors de son existence.

Seules deux chansons ne parviennent pas à s’harmoniser avec le reste du répertoire du groupe : les trop country-popisantes Knights Of The Road et I Don’t Believe You. Le reste de l’album se compose en partie de morceaux qui ont certes été repris par les musiciens du groupe pour leurs projets musicaux de l’après Fotheringay, mais ce disque nous offre d’en découvrir les premières moutures, vibrantes et princières.

Je vous propose de faire connaissance en musique avec Fotheringay 2, qui s’annonce déjà comme l’une des plus belles surprises folk de 2008.

À écouter :

Late November

Eppie Moray

Two Weeks Last Summer

Béatrice

Entrevue avec Jim McCarty des Yardbirds

18 septembre 2008

Ils étaient cinq garçons dans le vent, cinq jeunes anglais passionnés par le blues de ces vieux musiciens noirs de la lointaine Amérique qu’ils découvraient par la radio. Lorsqu’ils décidèrent de fonder leur groupe en ce mois de mai 1963, ils ignoraient alors qu’au fil des deux décennies suivantes, ils se partageraient l’honneur d’être à l’origine de quelques-unes des formations les plus extraordinaires de toute l’histoire du rock ! Jim McCarty, batteur des mythiques Yardbirds, qui fondera plus tard Renaissance, m’a accordé un entretien exclusif. Micro !

Béatrice : Enfant, quels sont les musiciens qui vous ont donné envie de faire de la musique ? Qu’est-ce qui vous a poussé vers la batterie ?

Jim McCarty : Lorsque j’étais enfant, j’aimais tous les styles de musique, comme c’est encore le cas aujourd’hui. Je faisais partie de la Boys Brigade, une sorte d’organisation semi-militaire comme les Scouts. J’y ai appris à jouer du tambour de marche. C’est là que tout a commencé. Puis j’ai assisté à une répétition d’un groupe de rock dans une maison voisine, et j’étais totalement sous le charme !

Béatrice : On parle beaucoup de plagiat ces dernières années, mais il semble que c’était une pratique courante dans les années 60 et 70. Les Yardbirds ont eux-mêmes repris Dazed and Confused de Jake Holmes sans le créditer. Comment les musiciens percevaient-ils cette pratique à l’époque ? Avaient-ils le sentiment de voler un confrère ou trouvaient-ils simplement que ça faisait partie des règles du jeu ?

Jim : Je suppose que nous « volions » certaines chansons, ce qui n’était pas correct. Mais nous avons aussi joué des morceaux d’autres musiciens que nous créditions. Nous en changions tellement les arrangements qu’ils en devenaient différents des originaux. Nous les yardmerisions ! On a joué avec Billy Boy Arnold la semaine dernière. À l’époque, nous avions repris deux de ses chansons et lui avons fait gagner de l’argent (à condition bien sûr que les éditeurs l’aient payé !).

Béatrice : Selon vous, lequel des quatre guitaristes a le plus apporté aux Yardbirds ?

Jim : Je pense que Jeff Beck a vraiment mené les Yardbirds là où le groupe est devenu légendaire. C’est en grande partie à lui qu’on doit les arrangements que nous avions faits à cette époque.

Béatrice : Quel était votre sentiment quand les Yardbirds se sont séparés en 1968 ? Étiez-vous soulagé? Amer ?

Jim : J’étais très heureux de mettre fin au groupe. J’étais épuisé et j’en avais assez de tout ça. Peut-être que si nous avions fait une pause, nous aurions pu nous ressourcer, mais nous étions brûlés à force d’être toujours sur la route. C’était la seule façon de gagner de l’argent à l’époque. Quelques mois après notre rupture, quelqu’un est venu me voir avec des photos de Led Zeppelin jouant devant 50 000 personnes. C’était un sentiment étrange….

Béatrice : Avez-vous gardé de bons contacts avec Anthony, Eric, Jeff, Paul et Jimmy ?

Jim : Je suis principalement en contact avec Jeff, qui est resté un bon ami. Jimmy est venu nous voir quand nous sommes allés jouer à Reading en juin dernier. Et Top, je le vois de temps en temps. Eric, ça fait un moment que je ne l’ai pas vu.

Béatrice : Parlez-nous de Knowing that I’m losing you. Comment la chanson a-t-elle été créée ? Qui y a principalement collaboré ? Qu’avez-vous pensé quand vous avez entendu Tangerine pour la première fois et constaté que Jimmy Page ne créditait que lui pour ce morceau ?

Jim : Knowing that I’m losing You est l’une des cinq chansons que nous avons enregistrées avant la séparation du groupe, probablement en 1968. Je ne pensais pas grand chose de ce matériel jusqu’à ce que je l’entende récemment. Jimmy est certes beaucoup à l’origine de ce morceau, mais c’est Keith qui en a écrit les paroles. Et il me semble qu’elles ont été en partie reprises pour Tangerine. Jimmy n’écrivait pas de paroles, alors vous pouvez en tirer vos propres conclusions…

Béatrice : Quels musiciens écoutiez-vous à l’époque où vous avez fondé Renaissance ? Lesquels vous ont inspirés ?

Jim : Pour Renaissance, nos influences allaient de Simon and Garfunkel à Hair en passant par le jazz, et évidemment la musique classique que John Hawken a ajouté à l’équation.

Béatrice : Pourquoi n’avez-vous enregistré qu’un seul album avec Shoot ?

Jim : Je souhaitais en enregistrer un autre avec Shoot, mais le succès était si mince que la maison de disques n’a pas souhaité y donner suite.

Béatrice : Les années 60 et 70 ont été un terrain propice à l’expérimentation de toutes sortes de drogues. Puis vint la mort de Jimi Hendrix, de Janis Joplin, de Jim Morrison, l’intérêt du public pour d’autres musiques qui vous poussaient hors de la scène. Comment les musiciens ont-ils vécu cette difficile période de transition ?

Jim : Cette période était très autodestructive ! Un jour, j’ai eu une si mauvaise expérience en prenant de l’acide que j’ai rejeté tout ça pour de bon. Mais d’autres n’ont pas eu autant de chance…

Béatrice : Parlez-nous de Keith Relf. Comment a-t-il vécu l’après Yardbirds ? Dans quel état d’esprit vivait-il dans les années 70 ? On lit ici ou là qu’il était ruiné, déprimé. Rumeur ou réalité ?

Jim : Keith s’est vraiment perdu avant de mourir en 1976. Il était très fauché, se droguait et devait s’occuper de ses deux fils. Je ne pouvais plus travailler avec lui. Il était trop lourdement dépressif.

Béatrice : Quel est l’album dont vous êtes le plus fier (que ce soit avec un groupe ou en solo) ?

Jim : Je pense que Roger the Engineer a été l’album le plus amusant à enregistrer. Nous composions beaucoup dans le studio, avions l’occasion de rire. Nous avons enregistré les parties de batterie plutôt chouettement, alors j’étais satisfait du résultat. C’était aussi une belle expérience d’enregistrer Out of the Dark, mon album solo. Il y a tellement de personnes qui m’ont encouragé, et quand c’était terminé, j’étais heureux d’avoir mon propre CD.

Béatrice : Quels sont vos projets sur le plan artistique ?

Jim : Je suis en train de terminer un autre album solo que j’enregistre à Toronto, avec quelques excellents musiciens locaux. Un disque de meilleure qualité que Out of the Dark, mais bientôt, je vais devoir me heurter au problème de la distribution…

Béatrice : Arrive-t-il qu’on vous aborde en vous confondant avec le Jim McCarty de Cactus ? Si oui, avez-vous une anecdote à nous raconter ?

Jim : Je n’ai vécu qu’une situation où on m’a confondu avec l’autre Jim McCarty. Quelqu’un m’a envoyé un email pour me commander des enregistrements de rockabilly, et j’ai réalisé qu’il pensait s’adresser à l’autre Jim McCarty. Je suis aussi allé à un concert de Steely Dan dans les années 70, et Jeff Baxter a annoncé que la prochaine chanson était dédicacée à Jim McCarty, mais je ne sais pas s’il parlait de moi !

Béatrice : Quels sont les disques que vous aimez écouter en ce moment ?

Jim : J’écoute toujours tous les styles de musique, mais pas trop en ce moment. J’ai un CD de Ali Farka Toure que j’aime beaucoup. Il n’y a plus beaucoup de chanteur comme ça aujourd’hui !

Béatrice : Parlons de Renaissance… Quel rôle avez-vous réellement joué entre les albums Illusion et Prologue ? On sait qu’en 1970, les membres fondateurs se sont retirés un à un et que John Hawken a pris le destin du groupe en mains, réunissant de nouveaux membres, dont quelques-uns recrutés chez les Nashville Teens. On sait qu’Hawken ne s’est finalement pas reconnu dans la formation avec Binki Cullom et qu’il s’est retiré. Vous êtes alors revenu. Quel était alors votre rôle dans ce groupe ?

Jim : Au départ, Keith et moi avions décidé de cesser de jouer dans le groupe et de nous contenter de rester dans l’ombre, en écrivant ou en produisant. Puis Keith a vite disparu, et j’ai continué à travailler sur mes idées de chansons. Jane Relf m’a parlé d’une poétesse de Cornwall, Betty Thatcher, qui souhaitait écrire des chansons. Elle m’a proposé de m’envoyer les poèmes que je pourrais essayer de mettre en musique. Je pense que le meilleur exemple de cette collaboration est Bound for Infinity, qui n’était pas vraiment une réussite sur l’album de Renaissance. Ma version était meilleure, mais personne ne l’entendra jamais ! Par la suite, ils ont écrit leurs propres chansons avec Mickey Dunford, et comme je ne faisais plus partie du groupe, j’ai fini par perdre contact avec eux…

Béatrice
Pour Vapeur Mauve
(magazine gratuit à télécharger là :
http://www.rock6070.com/Vapeur.html

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Par quels albums commencer pour découvrir Jim McCarty en musique ?

Yardbirds
Roger the Engineer
1966
À écouter ici : http://www.rock6070.com/indexyards1.html

null

Renaissance
Same
1969
À écouter ici : http://www.rock6070.com/KeithJim1.html

Renaissance
Illusion
1971
À écouter ici : http://www.rock6070.com/KeithJim2.html

Shoot
On the Frontier
1973
À écouter ici : http://www.rock6070.com/McCarty1.html

Illusion
Out of the Mist
1977
À écouter ici : http://www.rock6070.com/KeithJim3.html

Stairway
Moonstone
1988
À écouter : http://www.rock6070.com/McCarty2.html

James McCarty
Out of the Dark
1994
À écouter ici : http://www.rock6070.com/McCarty3.html

Jim McCarty Blues Band
Outside woman blues
2001
À écouter ici : http://www.rock6070.com/McCarty4.html

Vous aimez la musique ? Fuyez les festivals !

28 juin 2008

 

(Attention ! Humour féroce ! Pas prendre au premier degré…)

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J’aime pas les gens. Enfin, j’aime les gens que j’aime. Les autres m’exaspèrent. Ils jacassent comme des pies, paradent comme des paons, sentent le bouc ou la poule de luxe. Le monde est un vaste zoo. 

Quand, attendant sagement devant la caisse d’un magasin, je subis les nuisances verbales d’une pygmée au téléphone, je donne raison à toutes ces théories sur la sélection naturelle. Si dieu existait, il trierait à la naissance. Tout potentiel emmerdeur périrait avant d’avoir 1 an. Mais dieu n’existe pas. Alors je souffre… 

Et mon calvaire me pèse encore plus en ces temps de festivités estivales où les concerts gratuits en plein air attirent immanquablement des troupeaux entiers de chieurs mal-éduqués. Vous êtes confortablement assis sur les estrades qui donnent vue sur la scène principale de la rue Sainte-Catherine. Arrivent 5 grognasses chanelées qui viennent s’asseoir juste derrière vous. Pas 3 rangées plus haut, à 50 cm de votre nuque ! Et elles pérorent, et elles bavassent… Agacé, vous vous retournez, l’index posé droit sur vos lèvres, et vous leur dites « chut » en leur balançant un regard assassin. Mais les pipelettes vous toisent, furieuses, et pipelettent de plus belle ! Devant vous, le spectacle n’est pas moins affligeant. Un mouflet qui hurle comme si toutes ses dents de lait lui poussaient en même temps, une minette qui glousse fort devant un mâle qui lui reluque allègrement l’échancrure… 

Ce soir, assistant à un spectacle aussi lamentable pendant le Festival de jazz de Montréal, j’ai fermé les yeux un instant pour m’évader dans un monde meilleur. Je me voyais, yeux hagards, cheveux au vent, tronçonneuse à la main. Je zigzaguais dans la foule et je décapitais à tout va ! Quel bonheur ! Mais il a fallu que je me résolve à rouvrir les paupières et à comprendre qu’il ne s’agissait que d’un doux rêve… Alors j’ai quitté les lieux du non-crime en me faisant cette promesse : demain, au réveil, je choisirai entre les deux options suivantes : devenir tueuse en série, ou ne plus jamais aller à un concert gratuit en plein air ! La réponse dans les faits divers des journaux. Ou pas…

Béa

Bert Jansch - Adam Jansch : Une entrevue exclusive

18 avril 2008

Si le folk était une autoroute à péage dans une vallée touristique, Bert Jansch serait une rutilante Jaguar qu’on admirerait ébahi quand elle nous dépasse fièrement à 200 kilomètres à l’heure. Mais ce style musical est plutôt un petit chemin de terre qui mène loin du brouhaha de la grande ville, sillonné par ceux qui préfèrent l’authenticité artistique aux lumières aveuglantes des gratte-ciel de la capitale. 

Bert Jansch est donc une énigme. S’il est encensé depuis toujours par ses pairs, son nom éveille trop peu l’intérêt du public. Malgré une carrière de plus de 40 ans et une discographie impressionnante, dont presque rien n’est à jeter, il semble voué à connaître le même destin que Nick Drake, qu’il a inspiré. Si le monde musical ne se réveille pas enfin dans les prochaines années, Bert ne goûtera probablement pas de son vivant à l’immense reconnaissance qu’il mérite. Un jour peut-être, après son départ, au détour d’une quelconque publicité qui utilisera l’une de ses chansons, ce sera la révélation. Trop tardive… 

Bert a un fils, Adam, musicien lui aussi. Principalement bassiste. Il a entamé son parcours artistique récemment. S’il n’est donc pas encore connu du public, le talent qu’il a hérité de son père devrait lui permettre de se faire un prénom dans un proche avenir. Bert et Adam m’ont accordé une entrevue exclusive. Micro ! 

Adam, que pensez-vous de la musique de Bert ? Vous a-t-elle inspiré ? 

Adam : J’aime énormément la musique de mon père, que je trouve pure et riche, venant de son cœur et de son expérience. Elle est exempte de corruption artistique, ce qui est très important pour moi. Je suis certainement influencé par lui, mais surtout par la façon dont il a mené sa vie. D’une certaine manière, lui et moi venons du même moule musical, alors je ne sais pas trop si on peut réellement parler d’influence. 

Et vous, Bert, que pensez-vous de la musique d’Adam ? 

Bert : Je pense qu’elle est excellente, très peu commune. Adam a sans conteste sa propre signature musicale. Je ne sais pas trop dans quel style on peut le classer, mais j’aime ce qu’il fait. 

Votre fils a joué de la basse sur deux de vos albums. Comment avez-vous vécu l’expérience d’enregistrer avec lui ? 

Bert : C’était extraordinaire, j’aurais souhaité qu’il y en ait eu d’autres! 

Et vous, Adam, quel souvenir en gardez-vous ? 

Adam : En fait, enregistrer avec mon père est comme enregistrer avec n’importe quel musicien. Cela dit, l’atmosphère est évidemment bien plus détendue, d’une part grâce à la relation que nous entretenons et, d’autre part, parce que nous enregistrons dans son propre studio, ce qui nous laisse amplement le temps de le faire convenablement. Je serai certainement prêt à renouveler l’expérience quand il en sera temps. 

Pensez-vous qu’être le fils d’un musicien vous a influencé à faire vous-même de la musique ? 

Adam : Certainement, mais c’est une influence inconsciente. Le fait de baigner dans la musique depuis ma naissance m’en a nourri même passivement. Bien sûr, j’ai pris des cours quand j’étais enfant. Mais lorsque j’ai arrêté d’apprendre, le côté musical en moi a continué sa route. Aujourd’hui, je serais incapable de vivre sans musique.  

Quand avez-vous commencé à composer vous-même ? 

Adam : Ma première expérience en la matière remonte à l’école primaire. Deux amis et moi-même voulions assembler de la musique pour un projet de jeu informatique que nous avions concocté, même si aucun de nous n’était capable de faire de la programmation sur ordinateur ! C’était d’ailleurs ma première approche de la musique assistée par l’informatique. J’utilisais le studio de mon père, qui était alors équipé d’un Atari. Je composais aussi un peu pour des travaux liés aux cours de musique à l’école, mais ce n’est réellement qu’en 1999, à l’entrée au collège, que j’ai commencé à créer sérieusement.  

Vous êtes bassiste. Pourquoi avez-vous choisi cet instrument ? 

Adam : Je n’ai pas choisi cette direction musicale par ambition, ou parce que j’avais toujours rêvé de devenir bassiste. J’ai simplement commencé à remarquer davantage les lignes de basse dans la musique alors que j’entrais à l’école secondaire et qu’il m’était permis de prendre des leçons sur l’instrument de mon choix. J’ai donc opté pour celui-ci. Je dois d’ailleurs remercier mon père car je n’aurais jamais eu de basse s’il n’en avait tenu à lui. Merci papa !   

Bert, Jimmy Page vous encense, Neil Young, Donovan et tant d’autres aussi. Même si plusieurs générations d’amateurs de folk vous portent aux nues, vous n’êtes pas aussi célèbre que nombre de musiciens que vous avez inspirés. Qu’en ressentez-vous ? Êtes-vous satisfait de votre parcours artistique, ou auriez-vous aimé être une grande star ? 

Bert : J’ai tendance à vivre dans mon propre monde, peuplé principalement d’autres musiciens folks, auxquels se joignent parfois quelques artistes qui viennent du blues ou du jazz. Je n’ai pas de temps pour le succès. 

La relève folk vous cite souvent comme l’une de ses plus grandes influences. C’est le cas de Devendra Banhart, Fionn Regan ou encore Espers. Que pensez-vous de ce qu’on a tendance à appeler le renouveau du folk ? 

Bert : Lorsqu’un musicien crée des chansons, a des idées, son point de départ est forcément ancré dans le monde musical de la génération précédente. Dans mon cas, c’était Brownie McGhee, Big Bill Broonzy. Et, bien sûr, Davy Graham. 

Vous étiez l’une des influences de Jackson C. Frank, et je crois savoir que vous étiez vous-même influencé par lui. L’avez-vous bien connu ?  

Bert : En fait, je ne crois pas que Jackson ait été influencé par moi. Mais c’est absolument vrai dans l’autre sens. Je l’ai connu pendant une courte période dans les années 60 lorsqu’il jouait au Cousins et dans d’autres clubs autour de Londres. 

Pentangle était un groupe fort célèbre dans les années 60. Par la suite, le folk a été malmené par l’arrivée d’autres courants musicaux comme le rock psychédélique ou progressif. Que pensez-vous de ce revirement soudain dans l’univers musical d’alors ? 

Bert : Le monde de la musique est constamment en changement. Les modes arrivent, repartent, reviennent… Pentangle s’est séparé dans les années 70, alors peut-être que le moment est vraiment venu pour que le groupe fasse son retour !  

Vous avez enregistré un grand nombre d’albums de 1965 jusqu’à aujourd’hui. Quel est celui que vous préférez, et quel est celui que vous aimez le moins ? 

Bert : En général, je n’aime aucun disque de moi en particulier. J’aime plutôt des chansons prises individuellement. S’il faut choisir parmi les albums, je pense que Jack Orion et Rosemary Lane seraient mes préférés. Et Nicola, celui que j’aime le moins. 

La plus grande partie de votre répertoire a été rééditée en CD, mis à part trois des quatre albums que vous aviez enregistrés pour le label Charisma. Pensez-vous que leur réédition serait prochainement possible ? 

Bert : Tous les disques de Charisma sont maintenant la propriété d’EMI. Je suppose qu’ils les ressortiront au bon moment.  

J’ai entendu dire que vous aviez dû racheter vous-même l’album L.A. Turnaround en vinyle sur eBay parce que vous n’en possédiez pas de copie. Est-ce vrai ? Si c’est le cas, comment a réagi le vendeur quand il a su que vous étiez l’acheteur ? 

Bert : Oui, c’est la vérité. La réaction du vendeur ? Il m’a demandé de lui envoyer un exemplaire de mon dernier album autographié en échange !  

Adam, que pensez-vous de la condition des musiciens d’aujourd’hui ? À votre avis, le téléchargement illégal les aide-t-il à se faire connaître davantage, ou leur nuit-il plutôt ?  

Adam : Je n’ai pas suffisamment d’expérience pour répondre adéquatement à la première question, mais je suppose qu’être un musicien aujourd’hui n’est en rien différent de ce que ça a toujours été depuis l’invention du phonographe. Pour moi, les vrais musiciens font ce métier par amour de la musique avant tout, et c’est une vie particulièrement difficile, surtout quand on crée soi-même les oeuvres qu’on défend. On doit être préparé à faire passer la musique devant tout le reste. L’évolution de la technologie ne changera jamais rien à cela. Quant au téléchargement illégal, je ne crois pas qu’il affecte les artistes sans contrat qui doivent de toute façon travailler très fort pour en arriver à un stade où les internautes veulent télécharger leurs chansons. Aussi, je pense que les artistes s’aideraient eux-mêmes en cherchant à comprendre comment fonctionne l’industrie de la musique en matière de respect des droits d’auteur, de promotion et de distribution, et nous pouvons en apprendre sur le sujet bien plus aujourd’hui qu’auparavant. S’ils comprenaient réellement comment tout cela marche, ils seraient davantage en mesure de véhiculer leur musique vers le bon public sans compromettre leurs droits sur leurs oeuvres.  

Bert, quel est le disque que vous écoutez le plus ces derniers temps ? 

Bert : L’album d’une chanteuse-compositrice américaine : Meg Baird. Elle fait partie du groupe Espers. 

Avez-vous l’intention de venir jouer en France, en Belgique ou au Canada dans les prochains mois, en solo ou avec Pentangle ? 

Bert : Je sais que Pentangle jouera au Royal Festival Hall à Londres au mois de juin, et qu’une tournée en Angleterre est prévue. Après cela… qui sait ? 

Et vous, Adam, quelle musique aimez-vous particulièrement écouter en ce moment ? 

Adam : Je ne suis pas intéressé par un style en particulier. J’aime surtout les musiques qui utilisent des structures, des instrumentations ou la technologie de manière innovatrice. Si je devais balancer des noms, je dirais Steely Dan, Talk Talk, XTC, David Bernabo, The Doldrums et Radiohead. 

Vous avez étudié dans une branche liée à la musique, et vous étudiez encore. Souhaitez-vous devenir un musicien à plein temps ou vous orientez-vous plutôt vers un métier en relation avec vos études ? 

Adam : Mon avenir à long terme n’est aucunement planifié, mais j’espère bien continuer à faire de la musique tout au long de ma vie !

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Par quels albums commencer pour découvrir la musique de Bert Jansch ?

Bert Jansch (1965)

À écouter :

Running from Home

Needle of Death

 

Birthday Blues (1968)

À écouter :

The Bright New Year

Come Sing Me A Happy Song To Prove We Can All Get Along The Lumpy Bumpy Long And Dusty Road

 

L.A. Turnaround (1974 - non réédité en CD pour le moment)

À écouter :

Fresh as a Sweet Sunday Morning

One for Jo

 

The Black Swan (2003)

À écouter :

High Days

 

Pour découvrir la musique d’Adam Jansch : 

http://www.adamjansch.co.uk/

http://www.myspace.com/adamjansch

À écouter :

The Lost Zoyd - The End of my World (2007)
(plus d’informations :

http://www.adamjansch.co.uk/music_library.php?albums=death_rebirth

Trees (2003)

Dreaming of a Revolution (2002)

Béatrice André 

Musiciens, votre avenir dépend de vous !

5 avril 2008

Il y a une dizaine d’années, un jeune Américain créait Napster, ignorant sans doute alors qu’il venait de poser les fondations d’une possible révolution sociale et culturelle. Qui n’a finalement jamais eu lieu… Une décennie plus tard, la musique est toujours une simple marchandise qu’on achète aujourd’hui à la tranche. Comme le jambon.

Napster n’avait en fait rien de vraiment révolutionnaire. Le logiciel ne faisait que moderniser l’échange de musique entre copains qui se pratique depuis la nuit des temps. Dans les années 70, un gamin allait acheter un vinyle qu’il copiait sur des cassettes pour les distribuer à ses amis. Parmi eux, il se trouvait quelques fétichistes qui découvraient ainsi un album, et couraient dès le lendemain chez leur disquaire pour acheter la galette. Et il y avait ces autres qui ne s’intéressaient pas suffisamment à ce qu’ils venaient d’entendre pour vouloir y investir leur argent de poche de la semaine. Ils se contentaient de la cassette.

En 2008, le téléchargement illégal n’est que l’évolution logique d’une tradition établie. Ce qui en fait l’ennemi public numéro un de l’industrie du disque n’est pas sa vocation, mais son étendue géographique et son efficacité. On ne partage plus son engouement pour un groupe entre quelques copains qui vivent dans le même quartier, on distribue ses copies au monde entier.

Dès le départ, l’industrie a fait preuve d’un manque de clairvoyance flagrant qui l’a menée à la situation délicate qu’elle connaît maintenant. Le piratage, c’est une grosse boule noire qui roulait très lentement vers une rangée de quilles industrielles statiques qui ne la voyaient pas venir. Lorsque la boule a atteint les quilles, plusieurs d’entre elles sont tombées, mais pas toutes. Celles qui ont résisté à l’assaut essayent de faire échec à l’adversaire par tous les moyens possibles. Si elles y parviennent tant bien que mal, c’est parce qu’elles peuvent compter sur l’appui de nombre de musiciens qui n’ont jamais pris conscience de l’opportunité qu’ils ont eue, tout au long des dix dernières années, d’utiliser les moyens technologiques dont ils disposent pour prendre en main leur carrière et ne plus être traités comme de vulgaires produits de consommation.

Dans un monde idéal, les artistes auraient été plus visionnaires que l’industrie qui les exploite. Ils auraient compris dès le début que le très maigre pourcentage que leur verse leur maison de disques sur la vente de leurs oeuvres ne pèse pas lourd dans la balance des scrupules des internautes. Pourquoi le public branché accepterait-il de respecter les droits des auteurs et des musiciens alors qu’eux-mêmes ont si peu d’amour-propre qu’ils ne bronchent pas quand l’industrie remplit le réservoir d’essence de sa limousine avec le fruit de leur labeur, et les laisse marcher derrière ?

Nombreux sont les artistes qui ont dérouté les internautes en ne cherchant jamais à comprendre qu’ils devraient s’allier à eux pour trouver une solution acceptable pour tous, et qui ont choisi de diaboliser leurs admirateurs en se faisant les porte-parole du discours agressif de leur maison de disques. D’autres musiciens ont plutôt décidé d’aller seul leur chemin, produisant eux-mêmes discrètement leurs disques qu’ils vendent sur leur site. Quelques coups d’éclat ont certes tonné çà et là, démontrant qu’il s’en trouve tout de même certains qui souhaitent ouvrir la porte à une évolution qui jetterait à terre le mode de distribution dépassé et inéquitable que l’industrie tente de maintenir à flot. Mais le manque de solidarité des artistes a tué dans l’oeuf toute possibilité de révolution qui aurait pu conduire la musique à redevenir ce qu’elle fut jadis : un art noble et vertueux, et non un produit de consommation jetable que l’industrie range sur des tablettes en fonction de son potentiel lucratif.

Dix ans après Napster, quelle est la situation des musiciens ? La même qu’en 1998, la même que dans les années 80. Ils n’ont pas su profiter de l’arrivée d’Internet pour améliorer leur sort. iTunes enrichit considérablement Apple en utilisant la bonne vieille méthode efficace qui exploite les artistes. Dans un article écrit pour le magazine Wired, le musicien David Byrne révélait qu’un album vendu sur iTunes ne rapporte que 14 % à l’artiste, alors que son label empoche la plus grosse part du gâteau (56 %) et le distributeur Apple les 30 % restants. La somme versée au musicien ne serait donc que de 1,40 $ pour un prix de vente de 9,99 $.

MySpace a annoncé le 3 avril 2008 qu’elle entrait à son tour dans la danse en ouvrant bientôt son propre magasin virtuel. Le but de la célèbre plateforme n’est pas de proposer un moyen de diffusion révolutionnaire qui saurait rétribuer les musiciens selon leur juste valeur, mais plutôt de porter un coup dur à  Facebook qui lui fait de plus en plus de l’ombre. MySpace s’allie donc à trois des quatre principaux acteurs de l’industrie du disque et proposera à ses utilisateurs d’acheter non seulement de la musique, mais aussi des places de concerts, des t-shirts, et probablement toutes sortes d’objets promotionnels que les musiciens vendent normalement eux-mêmes lors de leurs spectacles. Si les clauses du contrat que signeront les artistes n’ont pas encore été révélées par la firme de Rupert Murdoch, il ne fait quasiment aucun doute qu’elles seront tout aussi inéquitables que celles que l’industrie impose depuis des décennies.

En effet, l’ouverture prochaine du MySpace Music Store n’est en rien une surprise, le projet ayant déjà été échafaudé il y a quelques mois. On apprenait alors que MySpace empocherait au moins la moitié du prix de vente d’un MP3 valant 0,99 $. C’était toutefois sans compter sur les majors qui, pour la mouture finale de la boutique virtuelle, ne sont plus seulement les complices de MySpace, mais ses associés.

Le mariage de l’industrie du disque et celle des technologies n’augure rien de bon pour les musiciens. Il y a malheureusement fort à parier qu’ils ne réagiront pas davantage quand le nouveau système d’exploitation de News Corp et des majors sera mis en place. Pourtant, ils ont presque toutes les cartes en main pour reprendre possession de leur destinée artistique. La seule qui manque à la plupart d’entre eux est la volonté d’agir.

En 2007, Radiohead a prouvé qu’il est fort possible de se passer d’intermédiaires gourmands et de commercialiser soi-même sa musique. Le dernier album du groupe a été proposé en téléchargement libre aux internautes qui pouvaient choisir de payer un prix qu’ils fixaient eux-mêmes, ou d’acquérir les fichiers numériques gratuitement sans sombrer dans l’illégalité. Dès le premier mois, un million d’admirateurs ont répondu à l’appel. 40 % d’entre eux ont payé au groupe une somme qui se chiffre en moyenne à 6 $. Le bénéfice de l’opération est donc incroyablement plus élevé pour les artistes que celui qu’ils auraient obtenu en commercialisant leur disque à l’ancienne. Il se calcule en millions de dollars malgré les 60 % de téléchargements sans rétribution. Preuve est faite que l’internaute n’est pas un charognard qui fonce aveuglément sur sa proie, mais qu’il est prêt à passer à la caisse quand il a le sentiment que son argent va majoritairement dans la bonne poche.

En cette ère numérique, les voies menant vers une relation fraternelle et respectueuse entre les musiciens et leur public sont nombreuses. La possibilité pour les artistes de vivre de leur passion en se dissociant de l’industrie du disque sous sa forme actuelle aussi. Ne reste plus qu’à espérer qu’ils aient enfin l’audace de prouver qu’ils sont plus clairvoyants et solidaires que leurs exploitants…

Béatrice André
Pour Québec Micro 

Alexandre Varlet - L’entrevue

19 février 2008

 

Alexandre Varlet est à aujourd’hui ce que Nick Drake était à hier : un musicien brillant, dont l’oeuvre respire l’authenticité, ne se noie jamais dans la facilité ou la concession. Résultat : Varlet est encensé par les mélomanes quand les médias lui préfèrent la médiocrité musicale racoleuse. Souhaitons-lui de connaître un sort plus enviable que celui de Nick et d’être reconnu pour la magie de sa musique maintenant, et non quand il ne sera plus là pour récolter lui-même ce qu’il a semé.

Alexandre a accepté de répondre à quelques questions portant sur ses propres amours musicales, sur lui, ou encore la culture de l’Hexagone vue par les artistes français. Micro !

Béa : Tes deux premiers albums ont été encensés par les critiques, mais il aura fallu attendre 10 ans et un troisième disque pour que la radio et le public suivent enfin. Des regrets ? Si c’était à refaire, tu suivrais le même chemin ?

Alexandre : On ne peut guère dire qu’avec Ciel de fête, j’ai trouvé un écho radio et public plus ample. Montre-toi a eu un bel airplay, certes, mais le clip a été ignoré, comme les autres single du disque par les radios. Ce troisième album s’est heurté à de nombreuses incompréhensions médiatiques, la critique en général a plutôt délaissé ce disque. Pourtant, Ciel de fête n’est pas radical, il est fait de chansons qui reflètent l’âme humaine, parfois sombres, électriques, parfois douces, heureuses, tendres. En quoi est-ce compliqué ?

Je n’ai pas de regrets, mes choix sont motivés par le désir, donc pas de concessions. Force est de constater qu’agir est déjà un grand pas. Quoi qu’on pense de ma musique, et par extrapolation de moi-même, j’avance à ma manière, j’essaie de continuer à être dans l’action, en tâchant de garder le désir toujours ardent.

Te souviens-tu de ton premier amour musical, ta première rencontre avec la musique ? Peux-tu me le raconter ?

Les premières émotions musicales c’est la radio, mon petit radio réveil. C’est l’époque du top 50, et les images qui vont avec, les clips et la musique se greffaient à un monde visuel, des habits, des mouvements, des allures, une photo, c’est ce tout qui donnait un relief fort, et donc me faisait fantasmer. En somme, tout ce qu’on a appelé new wave et, logiquement, toutes les ramifications post punk, punk, pop, d’Angleterre et des USA.

Quels sont les musiciens qui t’ont donné envie de jouer de la musique à ton tour ?

J’ai eu mon premier instrument, une guitare folk, vers 13 ans. Mais cet instrument ne collait pas vraiment avec la musique de l’époque, du moins celle que j’entendais et appréciais à la radio, comme Depeche Mode, OMD ou Daho. Ce que j’aimais, dans cette grande époque de la new wave, c’était la noirceur au fond, la mélancolie, les sons, les manières. Plus tard et par hasard, j’ai découvert Nick Drake, le premier à mes oreilles qui, guitare voix, créait un monde entier sans les artifices des machines, de la production. J’étais bluffé par l’impact poétique de ses disques, la force sombre et mélancolique, bouleversante. Il est le premier qui m’a inspiré diablement et réconforté. C’était en 1992, j’avais 17 ans.

Peux-tu me citer les musiciens des années 60 et 70 que tu admires le plus, que tu écoutes encore aujourd’hui ?

Nick Drake, Scott Walker, Pink Floyd, Bob Dylan, Leonard Cohen, Neil Young, Brian Eno…

 

Tu as repris Everybody’s talkin’ de Fred Neil, popularisé par Harry Nilsson. Pourquoi cette reprise ?

Parce que le film Macadam Cowboy est magnifique, parce que la chanson est magnifique, parce qu’elle parle de soleil. 

Parmi les musiciens actuels, lesquels t’intéressent particulièrement ?

J’écoute dans la grande majorité des disques qui ont entre dix et trente ans. J’ai une grande admiration pour la production de Eno, de Harold Budd, The Innocence Mission et le couple Peris, New Order. J’y reviens avec délectation. J’aime aussi Douglas Pierce de Death In June, David Tibet de Current 93, Viny Reily. En France, un mec comme Fred Poulet m’a toujours séduit. Il tient un peu des frères Cohen au cinéma, le cul entre deux chaises : noirceur punk, humour décalé, mais il semblerait qu’il arrête. Le dernier Verone, il y a deux ans, était extra.

Bashung cite Elvis, Daniel Darc nomme Iggy Pop, tu indiques Dead Can Dance ou Nick Drake dans tes influences… À ton avis, pourquoi les musiciens français s’intéressent souvent davantage à la culture anglo-saxonne qu’à celle de leur propre pays ?

Prendre le parti d’écrire en français, c’est un choix, c’est le mien parce que c’est ma langue, et il me plaît de la travailler. Mais ce que j’entends depuis des lustres en France est trop empreint de clichés pour que ça me touche : raconter une histoire au premier degré, le côté plan plan, la gouaille… Chanter aujourd’hui comme Brassens, Gainsbourg ou Daho, exploiter les mêmes thèmes, ça ne m’intéresse pas. Les nouvelles voix que j’entends ici ressemblent toujours diablement à une voix qui existe déjà, les maisons de disques jouent le jeu, les médias aussi, libre à eux. Donc je vais chercher ailleurs l’honnêteté et la générosité.

Travailles-tu sur un nouvel album ? Quels sont tes projets sur le plan artistique ?

Oui, je travaille beaucoup sur de nouvelles chansons, beaucoup d’idées, d’envies, de matière qu’il faut modeler, faire mûrir. Je travaille d’arrache-pied avec la conviction qu’il faut être le plus libre et libéré possible. Peut-être bien que dorénavant, je vais devenir radical ! Mon travail consiste aujourd’hui à écouter beaucoup de musique, beaucoup beaucoup ! Toute cette belle musique autour de nous, toutes ces belles choses dont personne ne parle, elles existent.

À écouter : de l’album Ciel de fête (2007)

Presque monde

Pour en savoir plus : http://alexandrevarlet.net/

Béa 

Lisa Portelli - Des bulles électriques

29 janvier 2008

 

Lisa n’a que 20 ans. L’âge qu’ont quelques aspirants musiciens qui choisissent de se faire bâtir par d’autres une carrière facile, font trois petits tours à la télé, et puis s’en vont. 

Elle a enregistré un album surprenant, savant mélange de décharges électriques et d’émotions douces, aériennes comme des bulles de savon, limpides comme l’eau. Ses propres goûts musicaux n’ont pas de frontière, la promenant de Keren Ann à Noir Désir en passant par Bach, Joanna Newsom ou Gainsbourg.

De ce rare amalgame d’influences est né un premier disque formidablement original, riche. Je vous propose de le découvrir par l’écoute en ligne de quelques chansons.

Coccinelle 
   

Bulle
 

Berceuse

Pour en savoir plus sur Lisa Portelli :
http://www.myspace.com/lisaportelli

Béa