J’aime pas les gens. Enfin, j’aime les gens que j’aime. Les autres m’exaspèrent. Ils jacassent comme des pies, paradent comme des paons, sentent le bouc ou la poule de luxe. Le monde est un vaste zoo.
Quand, attendant sagement devant la caisse d’un magasin, je subis les nuisances verbales d’une pygmée au téléphone, je donne raison à toutes ces théories sur la sélection naturelle. Si dieu existait, il trierait à la naissance. Tout potentiel emmerdeur périrait avant d’avoir 1 an. Mais dieu n’existe pas. Alors je souffre…
Et mon calvaire me pèse encore plus en ces temps de festivités estivales où les concerts gratuits en plein air attirent immanquablement des troupeaux entiers de chieurs mal-éduqués. Vous êtes confortablement assis sur les estrades qui donnent vue sur la scène principale de la rue Sainte-Catherine. Arrivent 5 grognasses chanelées qui viennent s’asseoir juste derrière vous. Pas 3 rangées plus haut, à 50 cm de votre nuque ! Et elles pérorent, et elles bavassent… Agacé, vous vous retournez, l’index posé droit sur vos lèvres, et vous leur dites « chut » en leur balançant un regard assassin. Mais les pipelettes vous toisent, furieuses, et pipelettent de plus belle ! Devant vous, le spectacle n’est pas moins affligeant. Un mouflet qui hurle comme si toutes ses dents de lait lui poussaient en même temps, une minette qui glousse fort devant un mâle qui lui reluque allègrement l’échancrure…
Ce soir, assistant à un spectacle aussi lamentable pendant le Festival de jazz de Montréal, j’ai fermé les yeux un instant pour m’évader dans un monde meilleur. Je me voyais, yeux hagards, cheveux au vent, tronçonneuse à la main. Je zigzaguais dans la foule et je décapitais à tout va ! Quel bonheur ! Mais il a fallu que je me résolve à rouvrir les paupières et à comprendre qu’il ne s’agissait que d’un doux rêve… Alors j’ai quitté les lieux du non-crime en me faisant cette promesse : demain, au réveil, je choisirai entre les deux options suivantes : devenir tueuse en série, ou ne plus jamais aller à un concert gratuit en plein air ! La réponse dans les faits divers des journaux. Ou pas…
Ils sont généreux, les musiciens de Cosmic Trip Machine ! Non seulement ils nous offrent leur album en téléchargement libre sur leur site (voir plus bas), mais ils organisent en plus un concours grâce auquel l’heureux gagnant recevra un CD par la poste ! Pour y participer, rendez-vous sur leur site à cette adresse :
Ils n’ont pas 30 ans. Leurs connaissances du rock des années 60 et 70 et leurs influences en sont encore plus étonnantes ! Cosmic Trip Machine a enregistré une véritable perle de folk-rock psychédélique intemporelle qui devrait séduire grandement les mélomanes qui ne jurent que par la musique d’il y a 40 ans, mais également ceux que la passion musicale oriente davantage vers le rock actuel.
Cet album est si exceptionnel que le grand Lost-in-Tyme, blogue culte assidûment fréquenté par les amateurs de rock et de folk, lui consacre une page et en parle en termes fort élogieux ! Le disque est tout récent, il est sorti il y a quelques semaines seulement. Cosmic Trip Machine nous l’offre en téléchargement légal et gratuit ! Formidable initiative qui mérite qu’on les encourage encore davantage en étant parmi les premiers à les découvrir et les écouter.
Trois chansons de l’album (renversantes !) :
Plastic Hippie
Go down street
Chiaroscuro
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Pour télécharger l’album au complet, rendez-vous sur le site de Cosmic Trip Machine :
Si le folk était une autoroute à péage dans une vallée touristique, Bert Jansch serait une rutilante Jaguar qu’on admirerait ébahi quand elle nous dépasse fièrement à 200 kilomètres à l’heure. Mais ce style musical est plutôt un petit chemin de terre qui mène loin du brouhaha de la grande ville, sillonné par ceux qui préfèrent l’authenticité artistique aux lumières aveuglantes des gratte-ciel de la capitale.
Bert Jansch est donc une énigme. S’il est encensé depuis toujours par ses pairs, son nom éveille trop peu l’intérêt du public. Malgré une carrière de plus de 40 ans et une discographie impressionnante, dont presque rien n’est à jeter, il semble voué à connaître le même destin que Nick Drake, qu’il a inspiré. Si le monde musical ne se réveille pas enfin dans les prochaines années, Bert ne goûtera probablement pas de son vivant à l’immense reconnaissance qu’il mérite. Un jour peut-être, après son départ, au détour d’une quelconque publicité qui utilisera l’une de ses chansons, ce sera la révélation. Trop tardive…
Bert a un fils, Adam, musicien lui aussi. Principalement bassiste. Il a entamé son parcours artistique récemment. S’il n’est donc pas encore connu du public, le talent qu’il a hérité de son père devrait lui permettre de se faire un prénom dans un proche avenir. Bert et Adam m’ont accordé une entrevue exclusive. Micro !
Adam, que pensez-vous de la musique de Bert ? Vous a-t-elle inspiré ?
Adam : J’aime énormément la musique de mon père, que je trouve pure et riche, venant de son cœur et de son expérience. Elle est exempte de corruption artistique, ce qui est très important pour moi. Je suis certainement influencé par lui, mais surtout par la façon dont il a mené sa vie. D’une certaine manière, lui et moi venons du même moule musical, alors je ne sais pas trop si on peut réellement parler d’influence.
Et vous, Bert, que pensez-vous de la musique d’Adam ?
Bert : Je pense qu’elle est excellente, très peu commune. Adam a sans conteste sa propre signature musicale. Je ne sais pas trop dans quel style on peut le classer, mais j’aime ce qu’il fait.
Votre fils a joué de la basse sur deux de vos albums. Comment avez-vous vécu l’expérience d’enregistrer avec lui ?
Bert : C’était extraordinaire, j’aurais souhaité qu’il y en ait eu d’autres!
Et vous, Adam, quel souvenir en gardez-vous ?
Adam : En fait, enregistrer avec mon père est comme enregistrer avec n’importe quel musicien. Cela dit, l’atmosphère est évidemment bien plus détendue, d’une part grâce à la relation que nous entretenons et, d’autre part, parce que nous enregistrons dans son propre studio, ce qui nous laisse amplement le temps de le faire convenablement. Je serai certainement prêt à renouveler l’expérience quand il en sera temps.
Pensez-vous qu’être le fils d’un musicien vous a influencé à faire vous-même de la musique ?
Adam : Certainement, mais c’est une influence inconsciente. Le fait de baigner dans la musique depuis ma naissance m’en a nourri même passivement. Bien sûr, j’ai pris des cours quand j’étais enfant. Mais lorsque j’ai arrêté d’apprendre, le côté musical en moi a continué sa route. Aujourd’hui, je serais incapable de vivre sans musique.
Quand avez-vous commencé à composer vous-même ?
Adam : Ma première expérience en la matière remonte à l’école primaire. Deux amis et moi-même voulions assembler de la musique pour un projet de jeu informatique que nous avions concocté, même si aucun de nous n’était capable de faire de la programmation sur ordinateur ! C’était d’ailleurs ma première approche de la musique assistée par l’informatique. J’utilisais le studio de mon père, qui était alors équipé d’un Atari. Je composais aussi un peu pour des travaux liés aux cours de musique à l’école, mais ce n’est réellement qu’en 1999, à l’entrée au collège, que j’ai commencé à créer sérieusement.
Vous êtes bassiste. Pourquoi avez-vous choisi cet instrument ?
Adam : Je n’ai pas choisi cette direction musicale par ambition, ou parce que j’avais toujours rêvé de devenir bassiste. J’ai simplement commencé à remarquer davantage les lignes de basse dans la musique alors que j’entrais à l’école secondaire et qu’il m’était permis de prendre des leçons sur l’instrument de mon choix. J’ai donc opté pour celui-ci. Je dois d’ailleurs remercier mon père car je n’aurais jamais eu de basse s’il n’en avait tenu à lui. Merci papa !
Bert, Jimmy Page vous encense, Neil Young, Donovan et tant d’autres aussi. Même si plusieurs générations d’amateurs de folk vous portent aux nues, vous n’êtes pas aussi célèbre que nombre de musiciens que vous avez inspirés. Qu’en ressentez-vous ? Êtes-vous satisfait de votre parcours artistique, ou auriez-vous aimé être une grande star ?
Bert : J’ai tendance à vivre dans mon propre monde, peuplé principalement d’autres musiciens folks, auxquels se joignent parfois quelques artistes qui viennent du blues ou du jazz. Je n’ai pas de temps pour le succès.
La relève folk vous cite souvent comme l’une de ses plus grandes influences. C’est le cas de Devendra Banhart, Fionn Regan ou encore Espers. Que pensez-vous de ce qu’on a tendance à appeler le renouveau du folk ?
Bert : Lorsqu’un musicien crée des chansons, a des idées, son point de départ est forcément ancré dans le monde musical de la génération précédente. Dans mon cas, c’était Brownie McGhee, Big Bill Broonzy. Et, bien sûr, Davy Graham.
Vous étiez l’une des influences de Jackson C. Frank, et je crois savoir que vous étiez vous-même influencé par lui. L’avez-vous bien connu ?
Bert : En fait, je ne crois pas que Jackson ait été influencé par moi. Mais c’est absolument vrai dans l’autre sens. Je l’ai connu pendant une courte période dans les années 60 lorsqu’il jouait au Cousins et dans d’autres clubs autour de Londres.
Pentangle était un groupe fort célèbre dans les années 60. Par la suite, le folk a été malmené par l’arrivée d’autres courants musicaux comme le rock psychédélique ou progressif. Que pensez-vous de ce revirement soudain dans l’univers musical d’alors ?
Bert : Le monde de la musique est constamment en changement. Les modes arrivent, repartent, reviennent… Pentangle s’est séparé dans les années 70, alors peut-être que le moment est vraiment venu pour que le groupe fasse son retour !
Vous avez enregistré un grand nombre d’albums de 1965 jusqu’à aujourd’hui. Quel est celui que vous préférez, et quel est celui que vous aimez le moins ?
Bert : En général, je n’aime aucun disque de moi en particulier. J’aime plutôt des chansons prises individuellement. S’il faut choisir parmi les albums, je pense que Jack Orion et Rosemary Lane seraient mes préférés. Et Nicola, celui que j’aime le moins.
La plus grande partie de votre répertoire a été rééditée en CD, mis à part trois des quatre albums que vous aviez enregistrés pour le label Charisma. Pensez-vous que leur réédition serait prochainement possible ?
Bert : Tous les disques de Charisma sont maintenant la propriété d’EMI. Je suppose qu’ils les ressortiront au bon moment.
J’ai entendu dire que vous aviez dû racheter vous-même l’album L.A. Turnaround en vinyle sur eBay parce que vous n’en possédiez pas de copie. Est-ce vrai ? Si c’est le cas, comment a réagi le vendeur quand il a su que vous étiez l’acheteur ?
Bert : Oui, c’est la vérité. La réaction du vendeur ? Il m’a demandé de lui envoyer un exemplaire de mon dernier album autographié en échange !
Adam, que pensez-vous de la condition des musiciens d’aujourd’hui ? À votre avis, le téléchargement illégal les aide-t-il à se faire connaître davantage, ou leur nuit-il plutôt ?
Adam : Je n’ai pas suffisamment d’expérience pour répondre adéquatement à la première question, mais je suppose qu’être un musicien aujourd’hui n’est en rien différent de ce que ça a toujours été depuis l’invention du phonographe. Pour moi, les vrais musiciens font ce métier par amour de la musique avant tout, et c’est une vie particulièrement difficile, surtout quand on crée soi-même les oeuvres qu’on défend. On doit être préparé à faire passer la musique devant tout le reste. L’évolution de la technologie ne changera jamais rien à cela. Quant au téléchargement illégal, je ne crois pas qu’il affecte les artistes sans contrat qui doivent de toute façon travailler très fort pour en arriver à un stade où les internautes veulent télécharger leurs chansons. Aussi, je pense que les artistes s’aideraient eux-mêmes en cherchant à comprendre comment fonctionne l’industrie de la musique en matière de respect des droits d’auteur, de promotion et de distribution, et nous pouvons en apprendre sur le sujet bien plus aujourd’hui qu’auparavant. S’ils comprenaient réellement comment tout cela marche, ils seraient davantage en mesure de véhiculer leur musique vers le bon public sans compromettre leurs droits sur leurs oeuvres.
Bert, quel est le disque que vous écoutez le plus ces derniers temps ?
Bert : L’album d’une chanteuse-compositrice américaine : Meg Baird. Elle fait partie du groupe Espers.
Avez-vous l’intention de venir jouer en France, en Belgique ou au Canada dans les prochains mois, en solo ou avec Pentangle ?
Bert : Je sais que Pentangle jouera au Royal Festival Hall à Londres au mois de juin, et qu’une tournée en Angleterre est prévue. Après cela… qui sait ?
Et vous, Adam, quelle musique aimez-vous particulièrement écouter en ce moment ?
Adam : Je ne suis pas intéressé par un style en particulier. J’aime surtout les musiques qui utilisent des structures, des instrumentations ou la technologie de manière innovatrice. Si je devais balancer des noms, je dirais Steely Dan, Talk Talk, XTC, David Bernabo, The Doldrums et Radiohead.
Vous avez étudié dans une branche liée à la musique, et vous étudiez encore. Souhaitez-vous devenir un musicien à plein temps ou vous orientez-vous plutôt vers un métier en relation avec vos études ?
Adam : Mon avenir à long terme n’est aucunement planifié, mais j’espère bien continuer à faire de la musique tout au long de ma vie !
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Par quels albums commencer pour découvrir la musique de Bert Jansch ?
Bert Jansch (1965)
À écouter :
Running from Home
Needle of Death
Birthday Blues (1968)
À écouter :
The Bright New Year
Come Sing Me A Happy Song To Prove We Can All Get Along The Lumpy Bumpy Long And Dusty Road
L.A. Turnaround (1974 - non réédité en CD pour le moment)
Il y a une dizaine d’années, un jeune Américain créait Napster, ignorant sans doute alors qu’il venait de poser les fondations d’une possible révolution sociale et culturelle. Qui n’a finalement jamais eu lieu… Une décennie plus tard, la musique est toujours une simple marchandise qu’on achète aujourd’hui à la tranche. Comme le jambon.
Napster n’avait en fait rien de vraiment révolutionnaire. Le logiciel ne faisait que moderniser l’échange de musique entre copains qui se pratique depuis la nuit des temps. Dans les années 70, un gamin allait acheter un vinyle qu’il copiait sur des cassettes pour les distribuer à ses amis. Parmi eux, il se trouvait quelques fétichistes qui découvraient ainsi un album, et couraient dès le lendemain chez leur disquaire pour acheter la galette. Et il y avait ces autres qui ne s’intéressaient pas suffisamment à ce qu’ils venaient d’entendre pour vouloir y investir leur argent de poche de la semaine. Ils se contentaient de la cassette.
En 2008, le téléchargement illégal n’est que l’évolution logique d’une tradition établie. Ce qui en fait l’ennemi public numéro un de l’industrie du disque n’est pas sa vocation, mais son étendue géographique et son efficacité. On ne partage plus son engouement pour un groupe entre quelques copains qui vivent dans le même quartier, on distribue ses copies au monde entier.
Dès le départ, l’industrie a fait preuve d’un manque de clairvoyance flagrant qui l’a menée à la situation délicate qu’elle connaît maintenant. Le piratage, c’est une grosse boule noire qui roulait très lentement vers une rangée de quilles industrielles statiques qui ne la voyaient pas venir. Lorsque la boule a atteint les quilles, plusieurs d’entre elles sont tombées, mais pas toutes. Celles qui ont résisté à l’assaut essayent de faire échec à l’adversaire par tous les moyens possibles. Si elles y parviennent tant bien que mal, c’est parce qu’elles peuvent compter sur l’appui de nombre de musiciens qui n’ont jamais pris conscience de l’opportunité qu’ils ont eue, tout au long des dix dernières années, d’utiliser les moyens technologiques dont ils disposent pour prendre en main leur carrière et ne plus être traités comme de vulgaires produits de consommation.
Dans un monde idéal, les artistes auraient été plus visionnaires que l’industrie qui les exploite. Ils auraient compris dès le début que le très maigre pourcentage que leur verse leur maison de disques sur la vente de leurs oeuvres ne pèse pas lourd dans la balance des scrupules des internautes. Pourquoi le public branché accepterait-il de respecter les droits des auteurs et des musiciens alors qu’eux-mêmes ont si peu d’amour-propre qu’ils ne bronchent pas quand l’industrie remplit le réservoir d’essence de sa limousine avec le fruit de leur labeur, et les laisse marcher derrière ?
Nombreux sont les artistes qui ont dérouté les internautes en ne cherchant jamais à comprendre qu’ils devraient s’allier à eux pour trouver une solution acceptable pour tous, et qui ont choisi de diaboliser leurs admirateurs en se faisant les porte-parole du discours agressif de leur maison de disques. D’autres musiciens ont plutôt décidé d’aller seul leur chemin, produisant eux-mêmes discrètement leurs disques qu’ils vendent sur leur site. Quelques coups d’éclat ont certes tonné çà et là, démontrant qu’il s’en trouve tout de même certains qui souhaitent ouvrir la porte à une évolution qui jetterait à terre le mode de distribution dépassé et inéquitable que l’industrie tente de maintenir à flot. Mais le manque de solidarité des artistes a tué dans l’oeuf toute possibilité de révolution qui aurait pu conduire la musique à redevenir ce qu’elle fut jadis : un art noble et vertueux, et non un produit de consommation jetable que l’industrie range sur des tablettes en fonction de son potentiel lucratif.
Dix ans après Napster, quelle est la situation des musiciens ? La même qu’en 1998, la même que dans les années 80. Ils n’ont pas su profiter de l’arrivée d’Internet pour améliorer leur sort. iTunes enrichit considérablement Apple en utilisant la bonne vieille méthode efficace qui exploite les artistes. Dans un article écrit pour le magazine Wired, le musicien David Byrne révélait qu’un album vendu sur iTunes ne rapporte que 14 % à l’artiste, alors que son label empoche la plus grosse part du gâteau (56 %) et le distributeur Apple les 30 % restants. La somme versée au musicien ne serait donc que de 1,40 $ pour un prix de vente de 9,99 $.
MySpace a annoncé le 3 avril 2008 qu’elle entrait à son tour dans la danse en ouvrant bientôt son propre magasin virtuel. Le but de la célèbre plateforme n’est pas de proposer un moyen de diffusion révolutionnaire qui saurait rétribuer les musiciens selon leur juste valeur, mais plutôt de porter un coup dur à Facebook qui lui fait de plus en plus de l’ombre. MySpace s’allie donc à trois des quatre principaux acteurs de l’industrie du disque et proposera à ses utilisateurs d’acheter non seulement de la musique, mais aussi des places de concerts, des t-shirts, et probablement toutes sortes d’objets promotionnels que les musiciens vendent normalement eux-mêmes lors de leurs spectacles. Si les clauses du contrat que signeront les artistes n’ont pas encore été révélées par la firme de Rupert Murdoch, il ne fait quasiment aucun doute qu’elles seront tout aussi inéquitables que celles que l’industrie impose depuis des décennies.
En effet, l’ouverture prochaine du MySpace Music Store n’est en rien une surprise, le projet ayant déjà été échafaudé il y a quelques mois. On apprenait alors que MySpace empocherait au moins la moitié du prix de vente d’un MP3 valant 0,99 $. C’était toutefois sans compter sur les majors qui, pour la mouture finale de la boutique virtuelle, ne sont plus seulement les complices de MySpace, mais ses associés.
Le mariage de l’industrie du disque et celle des technologies n’augure rien de bon pour les musiciens. Il y a malheureusement fort à parier qu’ils ne réagiront pas davantage quand le nouveau système d’exploitation de News Corp et des majors sera mis en place. Pourtant, ils ont presque toutes les cartes en main pour reprendre possession de leur destinée artistique. La seule qui manque à la plupart d’entre eux est la volonté d’agir.
En 2007, Radiohead a prouvé qu’il est fort possible de se passer d’intermédiaires gourmands et de commercialiser soi-même sa musique. Le dernier album du groupe a été proposé en téléchargement libre aux internautes qui pouvaient choisir de payer un prix qu’ils fixaient eux-mêmes, ou d’acquérir les fichiers numériques gratuitement sans sombrer dans l’illégalité. Dès le premier mois, un million d’admirateurs ont répondu à l’appel. 40 % d’entre eux ont payé au groupe une somme qui se chiffre en moyenne à 6 $. Le bénéfice de l’opération est donc incroyablement plus élevé pour les artistes que celui qu’ils auraient obtenu en commercialisant leur disque à l’ancienne. Il se calcule en millions de dollars malgré les 60 % de téléchargements sans rétribution. Preuve est faite que l’internaute n’est pas un charognard qui fonce aveuglément sur sa proie, mais qu’il est prêt à passer à la caisse quand il a le sentiment que son argent va majoritairement dans la bonne poche.
En cette ère numérique, les voies menant vers une relation fraternelle et respectueuse entre les musiciens et leur public sont nombreuses. La possibilité pour les artistes de vivre de leur passion en se dissociant de l’industrie du disque sous sa forme actuelle aussi. Ne reste plus qu’à espérer qu’ils aient enfin l’audace de prouver qu’ils sont plus clairvoyants et solidaires que leurs exploitants…
Alors que la flamme olympique va son chemin en Chine, la censure imposée par le pays à qui on a octroyé les Jeux fait valser les pixels sur les sites d’information. Mais le reste du monde est-il encore en mesure de lui donner des leçons quand la France elle-même resserre ces temps-ci l’anneau de la censure ?
Le comité olympique demande aux autorités chinoises de ne pas entraver la couverture médiatique de ce grand rassemblement sportif et de lever l’interdiction d’accéder à l’intégralité de la toile en août prochain. La Chine empêche actuellement ses résidents de naviguer sur YouTube, où des vidéos dénonçant les mesures violentes prises à l’encontre des manifestants au Tibet circulent librement. La version anglaise de Wikipédia est également site non grata sur le Web chinois.
Il y a fort à parier que le pays hôte des JO se verra dans l’obligation d’obtempérer, et que les yeux du monde se détourneront du sort de la liberté d’expression en Asie au moment même où les athlètes monteront dans l’avion du retour à la maison, laissant ainsi à la Chine la possibilité de refermer le robinet virtuel après les Jeux. Mais si la censure qu’impose un gouvernement approvisionne abondamment les débats publics, il est une autre forme de tentative de bâillonner la liberté d’expression qui s’invite de plus en plus en France, et risque fort d’étendre son territoire bientôt !
Le 27 mars, l’administrateur du site Fuzz a été condamné à payer une amende conséquente pour avoir diffusé un lien qui menait à une information portant atteinte à la vie privée de l’acteur français Olivier Martinez, selon les dires de l’avocat de ce dernier. On y apprenait ainsi que le comédien aurait possiblement renoué avec son ancienne flamme, la chanteuse Kylie Minogue. Si le scoop (ou la fausse rumeur) est bien mince, le cas de jurisprudence que deviendra peut-être cette condamnation risque de scléroser les tribunes virtuelles françaises qui offrent aux internautes un lieu pour s’exprimer librement. Quand publier un simple lien menant vers un site externe devient acte répréhensible, les administrateurs de forums ou de blogues peuvent en venir à préférer censurer eux-mêmes les propos de leurs visiteurs pour éviter de faire face à d’éventuelles poursuites.
Extrapolation défaitiste ? Malheureusement non, comme en témoigne le site francophone Les chroniques de Nain Dien. Les sujets traités dans ses pages parlent habituellement de musique, de cinéma ou de télévision sur un ton informatif et humoristique. Toutefois, en ce premier avril, jour international du poisson farceur, ce site n’avait pas le coeur à rire et en affichait publiquement la raison. Il a dû faire face à quelques reprises à des menaces d’avocats d’émissions télévisées mandatés pour faire régner la critique positive sur la toile. Ce n’est néanmoins pas l’un des textes des rédacteurs de naindien.com qui est à l’origine de la dernière offensive des partisans de la censure, mais les commentaires des visiteurs du site.
Fuzz n’est plus en ligne aujourd’hui. Le webmestre des Chroniques de Nain Dien en viendra peut-être à changer la vocation de son site ou à baisser les bras à son tour. À l’heure où l’Europe parle de légitimer les filtrages sur Internet, où la riposte graduée visant à contrer le piratage fait son chemin de la France à l’Angleterre, le printemps qui s’éveille s’annonce bien peu ensoleillé pour les internautes…
Alexandre Varlet est à aujourd’hui ce que Nick Drake était à hier : un musicien brillant, dont l’oeuvre respire l’authenticité, ne se noie jamais dans la facilité ou la concession. Résultat : Varlet est encensé par les mélomanes quand les médias lui préfèrent la médiocrité musicale racoleuse. Souhaitons-lui de connaître un sort plus enviable que celui de Nick et d’être reconnu pour la magie de sa musique maintenant, et non quand il ne sera plus là pour récolter lui-même ce qu’il a semé.
Alexandre a accepté de répondre à quelques questions portant sur ses propres amours musicales, sur lui, ou encore la culture de l’Hexagone vue par les artistes français. Micro !
Béa : Tes deux premiers albums ont été encensés par les critiques, mais il aura fallu attendre 10 ans et un troisième disque pour que la radio et le public suivent enfin. Des regrets ? Si c’était à refaire, tu suivrais le même chemin ?
Alexandre : On ne peut guère dire qu’avec Ciel de fête, j’ai trouvé un écho radio et public plus ample. Montre-toi a eu un bel airplay, certes, mais le clip a été ignoré, comme les autres single du disque par les radios. Ce troisième album s’est heurté à de nombreuses incompréhensions médiatiques, la critique en général a plutôt délaissé ce disque. Pourtant, Ciel de fête n’est pas radical, il est fait de chansons qui reflètent l’âme humaine, parfois sombres, électriques, parfois douces, heureuses, tendres. En quoi est-ce compliqué ?
Je n’ai pas de regrets, mes choix sont motivés par le désir, donc pas de concessions. Force est de constater qu’agir est déjà un grand pas. Quoi qu’on pense de ma musique, et par extrapolation de moi-même, j’avance à ma manière, j’essaie de continuer à être dans l’action, en tâchant de garder le désir toujours ardent.
Te souviens-tu de ton premier amour musical, ta première rencontre avec la musique ? Peux-tu me le raconter ?
Les premières émotions musicales c’est la radio, mon petit radio réveil. C’est l’époque du top 50, et les images qui vont avec, les clips et la musique se greffaient à un monde visuel, des habits, des mouvements, des allures, une photo, c’est ce tout qui donnait un relief fort, et donc me faisait fantasmer. En somme, tout ce qu’on a appelé new wave et, logiquement, toutes les ramifications post punk, punk, pop, d’Angleterre et des USA.
Quels sont les musiciens qui t’ont donné envie de jouer de la musique à ton tour ?
J’ai eu mon premier instrument, une guitare folk, vers 13 ans. Mais cet instrument ne collait pas vraiment avec la musique de l’époque, du moins celle que j’entendais et appréciais à la radio, comme Depeche Mode, OMD ou Daho. Ce que j’aimais, dans cette grande époque de la new wave, c’était la noirceur au fond, la mélancolie, les sons, les manières. Plus tard et par hasard, j’ai découvert Nick Drake, le premier à mes oreilles qui, guitare voix, créait un monde entier sans les artifices des machines, de la production. J’étais bluffé par l’impact poétique de ses disques, la force sombre et mélancolique, bouleversante. Il est le premier qui m’a inspiré diablement et réconforté. C’était en 1992, j’avais 17 ans.
Peux-tu me citer les musiciens des années 60 et 70 que tu admires le plus, que tu écoutes encore aujourd’hui ?
Nick Drake, Scott Walker, Pink Floyd, Bob Dylan, Leonard Cohen, Neil Young, Brian Eno…
Tu as repris Everybody’s talkin’ de Fred Neil, popularisé par Harry Nilsson. Pourquoi cette reprise ?
Parce que le film Macadam Cowboy est magnifique, parce que la chanson est magnifique, parce qu’elle parle de soleil.
Parmi les musiciens actuels, lesquels t’intéressent particulièrement ?
J’écoute dans la grande majorité des disques qui ont entre dix et trente ans. J’ai une grande admiration pour la production de Eno, de Harold Budd, The Innocence Mission et le couple Peris, New Order. J’y reviens avec délectation. J’aime aussi Douglas Pierce de Death In June, David Tibet de Current 93, Viny Reily. En France, un mec comme Fred Poulet m’a toujours séduit. Il tient un peu des frères Cohen au cinéma, le cul entre deux chaises : noirceur punk, humour décalé, mais il semblerait qu’il arrête. Le dernier Verone, il y a deux ans, était extra.
Bashung cite Elvis, Daniel Darc nomme Iggy Pop, tu indiques Dead Can Dance ou Nick Drake dans tes influences… À ton avis, pourquoi les musiciens français s’intéressent souvent davantage à la culture anglo-saxonne qu’à celle de leur propre pays ?
Prendre le parti d’écrire en français, c’est un choix, c’est le mien parce que c’est ma langue, et il me plaît de la travailler. Mais ce que j’entends depuis des lustres en France est trop empreint de clichés pour que ça me touche : raconter une histoire au premier degré, le côté plan plan, la gouaille… Chanter aujourd’hui comme Brassens, Gainsbourg ou Daho, exploiter les mêmes thèmes, ça ne m’intéresse pas. Les nouvelles voix que j’entends ici ressemblent toujours diablement à une voix qui existe déjà, les maisons de disques jouent le jeu, les médias aussi, libre à eux. Donc je vais chercher ailleurs l’honnêteté et la générosité.
Travailles-tu sur un nouvel album ? Quels sont tes projets sur le plan artistique ?
Oui, je travaille beaucoup sur de nouvelles chansons, beaucoup d’idées, d’envies, de matière qu’il faut modeler, faire mûrir. Je travaille d’arrache-pied avec la conviction qu’il faut être le plus libre et libéré possible. Peut-être bien que dorénavant, je vais devenir radical ! Mon travail consiste aujourd’hui à écouter beaucoup de musique, beaucoup beaucoup ! Toute cette belle musique autour de nous, toutes ces belles choses dont personne ne parle, elles existent.
Lisa n’a que 20 ans. L’âge qu’ont quelques aspirants musiciens qui choisissent de se faire bâtir par d’autres une carrière facile, font trois petits tours à la télé, et puis s’en vont.
Elle a enregistré un album surprenant, savant mélange de décharges électriques et d’émotions douces, aériennes comme des bulles de savon, limpides comme l’eau. Ses propres goûts musicaux n’ont pas de frontière, la promenant de Keren Ann à Noir Désir en passant par Bach, Joanna Newsom ou Gainsbourg.
De ce rare amalgame d’influences est né un premier disque formidablement original, riche. Je vous propose de le découvrir par l’écoute en ligne de quelques chansons.