Fred Vidalenc : l’entrevue sincérité
Vendredi 16 novembre 2007
Ex-bassiste de Noir Désir, Fred Vidalenc fait cavalier seul depuis 1996. J’écrivais ceci à son sujet dans une précédente entrée :
En théorie, le fait que Fred ait été le bassiste de Noir Désir aurait dû lui assurer de rencontrer une oreille publique attentive. Mais la direction qu’il a choisi de prendre pour enregistrer ses deux albums en solo le mène loin du manège médiatique. Sur le sentier à la fois paisible et tortueux des souvenirs de son enfance, ou au large, en mer, là où il est bien. Frédéric se fait habile conteur et nous chante d’une voix douce, à la singularité attachante, ses petites terreurs d’hier dans lesquelles on redessine les nôtres. Trop somptueux pour la radio, divine offrande pour le fin mélomane.
Fred Vidalenc a eu la gentillesse de m’accorder un peu de son temps pour me parler de sa musique, de celle des artistes qui l’ont inspiré, de son opinion sur le téléchargement illégal. Entrevue sincérité avec l’un des musiciens les plus attachants de la scène française actuelle.
Quand est né véritablement ton désir d’enregistrer en solo ? Était-ce alors que tu faisais encore partie de Noir Désir ?
Fred : Non, je ne faisais plus partie de Noir Désir quand j’ai commencé à écrire en solo. Noir Désir est un vrai groupe, avec une grande implication de chacun des musiciens. C’est un groupe fatiguant, avec lequel il y avait pas mal d’engueulades, de désaccords, mais aussi beaucoup de complicité, de fraternité, de complémentarité. Je n’avais pas envie alors d’écrire des choses pour moi-même parce que j’étais pleinement heureux au sein de cette grande famille.
Écrire des chansons pour moi m’est venu peut-être un an après mon départ de Noir Désir, quand j’ai commencé à m’emmerder un peu. Au début, je trouvais ça assez chouette de faire autre chose que de la musique. Mais peu à peu, je me suis assis de nouveau à une table, pour jouer de la guitare et installer des ambiances. Puis j’ai écrit des textes sur ses ambiances, d’abord en me faisant aider par une amie dont j’apprécie beaucoup l’écriture. Et puis j’ai fini par lui faucher le stylo pour tout écrire moi-même.
Tes deux albums sont résolument plus orientés vers le folk que vers le rock. Tu collaborais à la composition des morceaux de Noir Désir. Qu’y apportais-tu précisément ?
Oui, effectivement, les deux albums sont plus folks. C’est quelque chose qui me convient mieux, que je fais assez naturellement. J’aime bien cette expression, elle rejoint ce que j’ai toujours écouté dans mon coin. Ça correspond bien au langage et au type de voix que j’ai. Je suis très sensible aux mélodies simples du folk, aux guitares sèches.
Dans Noir Désir, c’était complètement différent. Je n’ai plus eu véritablement envie de faire du rock tout seul parce que je crois que le rock, c’est un truc de groupe. Je me suis toujours senti extrêmement à l’aise en groupe pour faire et écrire du rock. Ce que j’apportais à Noir Désir ? Peut-être justement des morceaux un peu plus mid tempo comme Septembre en attendant, par exemple. Mais vraiment, c’était plutôt mélangé. À l’intérieur de Noir Dez, j’avais une inspiration tout à fait rock. Et d’ailleurs, je pense que si je devais rejouer en groupe, j’aimerais probablement faire du rock.
Travailles-tu sur un troisième album ? Quels sont tes projets sur le plan musical ?
Oui, je travaille sur un troisième album. C’est un vrai bazar, parce qu’il faut à chaque fois repartir complètement dans le vide, se dire qu’une fois qu’on aura fini, on n’est pas sûr d’avoir un contrat avec une maison de disques. Même si ce n’est pas censé jouer un rôle sur le plan de la composition d’un album, malgré tout, ça travaille un peu au fil du temps. Cette impression de monter tout le temps la même colline, de se réveiller et de se retrouver en bas. Je n’ai pas encore d’orientation bien précise pour ce nouvel album. Je commence à écrire des chansons, et je vais voir ensuite vers où elles veulent partir. Je ne pense pas que ce disque sera radicalement différent. Mais j’ai toujours envie de tenter de nouvelles aventures.

Tu veux bien me parler de tes premières amours musicales ?
Mes premières amours musicales remontent à ce que j’écoutais enfant. J’ai la chance d’avoir grandi dans une famille qui écoutait plutôt de la musique de qualité. Je veux dire qu’on n’écoutait pas Sheila et Ringo, ou des trucs comme ça. Pas de la variété mauvaise. Ma mère écoutait beaucoup ce qu’on appelait les grands chanteurs français. Brel, Piaf, Barbara, Ferré… Mon premier amour musical était sans doute Piaf, dont le côté mélodramatique me tordait le cœur.
Quels sont les musiciens qui t’ont donné envie de jouer de la musique à ton tour ?
Des copains, qui avaient ramené une guitare à l’école, et qui jouaient des chansons de Brassens ou Lennon. C’est ça qui m’a donné envie de faire de la musique. Pouvoir participer à ce truc-là, prendre ce bout de bois pour faire de la musique avec les autres.
Te souviens-tu de ta première rencontre avec la musique ? Ton premier choc ? Peux-tu me le raconter ?
Des grands chocs, il y en a eu plusieurs ! Les Clash en concert, le Gun Club, que j’adorais. D’ailleurs, j’écoute de la musique pour ça, je vais à des concerts pour prendre des tartes. Mais ça n’arrive pas tous les jours, seulement quelques fois dans une vie.
Peux-tu me citer les musiciens des années 60 et 70 que tu admires le plus, que tu écoutes encore aujourd’hui ?
J’adore Leonard Cohen, c’est l’une de mes influences de base. Et Neil Young, évidemment, les Moody Blues, Janis Joplin. La voix de l’ange… Et Hendrix, bien sûr. Curieusement, pas tellement les Doors. C’est assez drôle, parce qu’on a souvent fait un rapprochement entre les Doors et Noir Désir. Mais moi, ils m’ont toujours un peu emmerdé…
Et parmi les musiciens actuels, lesquels t’intéressent particulièrement ?
C’est marrant, parce que j’ai peu l’habitude de dissocier les musiciens d’hier et ceux d’aujourd’hui. Je mélange un peu tout, quoi ! J’aime bien Herman Düne. Il y a quelque chose d’élégant là-dedans. Dans un autre registre, j’aime Jan Garbarek, presque froid, terriblement technique, avec des énormes arrangements. Ce que j’écoute sinon : le dernier album de The Coral, c’est bien foutu, c’est le savoir-faire anglais pour monter une mélodie imparable. Isobel Campbell et Mark Lannegan aussi, pour l’ambiance que j’aime beaucoup.
Chez les Français, le dernier Benjamin Biolay me semble bien. Et je viens d’écouter le nouvel album d’Alexandre Varlet. Vachement bien aussi. Et il y a Philippe Katerine, qui a fait un truc génial, entre l’extrêmement fin et le complètement secoué. Il faut un sacré talent pour faire ça.
J’ai moi-même découvert ta musique en solo parce qu’elle circulait illégalement sur Internet. J’ai tant aimé que j’ai fini par acheter tes deux albums. Que penses-tu du piratage ? Es-tu totalement contre ou es-tu plutôt heureux que le téléchargement illégal puisse te faire connaître plus largement ?
Je suis entièrement pour le téléchargement le plus débridé possible. Dans mon cas, c’est une formidable opportunité. En solo, je dois vendre peut-être 4000 albums. Donc l’ouverture qui se crée grâce à Internet est extraordinaire. Alors n’hésitez surtout pas !
Par contre, il y a un truc qui pourrait être rigolo. On se pose souvent la question : « Combien de fois on a été téléchargé ? Combien de gens nous ont écouté ainsi ? » Avant, quand ça ne circulait que par disques, on le savait, ça nous donnait un renseignement précieux pour notre propre satisfaction. Alors je ne sais pas, il y aurait peut-être un truc à faire de ce côté-là. Par exemple, quand un mec télécharge notre album, il pourrait nous envoyer un mot pour nous souhaiter notre anniversaire, nous dire « Tiens, je t’ai téléchargé. » Ça pourrait être une sorte de code. Comme ça on saurait qu’on a été téléchargé tant de fois, ça fait toujours plaisir…
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Pour en savoir plus sur Fred, rendez-vous sur son site à cette adresse : http://www.fred-vidalenc.com
À écouter : de l’album La latitude des chevaux (2001)
Les petites terreurs
La photo d’Espagne
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De l’album Quelque chose dans l’ordre (2005)
Les chevaux de Mangin
Liza les ombres





