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Redécouvrir Cat Stevens

Samedi 29 décembre 2007

 

Le 21 septembre 2004, Cat Stevens, alias Yusuf Islam, se rendait à Washington en avion avec sa fille de 21 ans. Il souhaitait y discuter d’un possible projet artistique avec le responsable d’une maison de disques, et préférait ne pas ébruiter cette rencontre afin d’éviter que les médias s’empressent de clamer haut et fort le retour à la vie musicale de l’homme aux yeux de chat.  Le FBI en aura toutefois décidé autrement en détournant son avion. Cat Stevens a été arrêté, séparé de sa fille. Le chef d’accusation : il aurait financé le Hamas.

La machine médiatique était en marche. Les jours suivants démontreront que le FBI se trompait, Yusuf Islam pensant qu’on l’avait tout bonnement confondu avec un presque homonyme prénommé Youssef. Mais le mal était fait. Peu importe les démentis, les explications qu’a données Cat Stevens concernant la déformation de ses propos au sujet de la fatwa qui visait Salman Rushdie, il est aujourd’hui, aux yeux de ceux qui n’iront pas chercher la vérité plus loin que dans l’hypocrisie des médias, l’ennemi de l’Occident.  

Qu’il soit, au contraire, homme de paix, qu’il investisse tout ce que sa carrière lui a rapporté dans des oeuvres caritatives n’y changera rien. Sa musique restera souillée, bêtement, parce que depuis le 11 septembre 2001, être musulman vous rend d’office suspect. Et vous l’êtes encore mille fois plus quand vous avez choisi délibérément de le devenir… 

Si la conversion à l’islam de Cat Stevens fait couler tant d’encre qu’elle en noie l’intérêt pour sa musique, c’est pourtant son oeuvre, et elle seulement, qui nous « appartient ». Oublions donc ces discours de basse-cour, et plongeons-nous plutôt dans le rapide survol de sa discographie.  

Celle-ci est malheureusement fort inégale, les perles y côtoyant parfois les chansons dispensables dans un même disque. La carrière de Cat Stevens a commencé alors qu’il sortait à peine de l’adolescence. Ses premiers albums sont ceux d’un jeune aspirant au statut de pop star. Ce qu’il devint très vite grâce à un registre édulcoré, aux arrangements lourds. De ses deux premiers albums, enregistrés en 1967, je ne retiendrai qu’une seule chanson : Portobello Road

   

Il aura fallu un triste coup du sort pour que Cat Stevens sorte de cet univers pop aseptisé pour entrer dans celui d’un folk plus introspectif qui le conduira à graver plusieurs disques encore incontournables aujourd’hui. À 19 ans, miné par l’échec de son deuxième album, affaibli par le train de vie démentiel de la star qu’il était devenu, Cat Stevens contracte la tuberculose. Il lui faudra de longs mois d’hospitalisation et de traitements intensifs pour s’en sortir. Cette dure épreuve a fait se transformer la chenille superficielle en papillon réflexif, plongé dans l’étude des religions et de la numérologie. Guéri, Cat Stevens trouvera en Paul Samwell-Smith, ancien bassiste des Yardbirds, le producteur qui l’aidera à s’affirmer dans un registre fondamentalement opposé à celui de ses débuts. En cette année 1970, date à laquelle il signa son retour avec l’album Mona Bone Jakon, le public était entièrement prêt à le suivre ailleurs.   

Jusqu’en 1978, Cat Stevens enregistrera plusieurs albums, dont quelques-uns se vendront à plus de 3 millions d’exemplaires aux États-Unis seulement. Tea for the Tillerman et Teaser and the Firecat deviendront disques d’or très rapidement. Mais s’il est un nom extrêmement connu du grand public, on ne retient généralement de Stevens que les chansons populaires qui figurent sur les différentes compilations qui sont sorties avant et après son premier retrait de la vie artistique. Terriblement dommage… Car le meilleur de Cat Stevens ne se trouve pas dans ce que les « compileurs » ont jugé digne de retenir de lui pour des raisons peut-être autres que purement musicales. Son meilleur album est l’un des plus ignorés, parce qu’il ne contient aucun grand succès : Numbers, qui date de 1975. Si vous deviez ne posséder qu’un disque de Cat Stevens, c’est celui que je vous recommanderais. Et que je vous propose de découvrir partiellement en écoutant trois de ses chansons.

  

Novim’s Nightmare

  

Land O’Freelove & Goodbye

  

Home 

  

2006 signe le retour de Cat Stevens à la vie musicale. Il enregistre un album sous le nom de Yusuf, An other Cup, dont la sincérité saura rejoindre autant les fans des premières heures que ceux qui le découvriront aujourd’hui seulement. Il existe un DVD d’un concert qu’il a donné pour la BBC l’an dernier, que je vous recommande chaudement : Yusuf’s Café. Graphisme soigné, et Cat/Yusuf y est tout aussi magique qu’il y a 28 ans.

À écouter, une chanson de son nouvel album

Heaven/Where true love goes

 

À lire : un article que Cat Stevens a écrit lui-même pour un journal, après son arrestation, pour raconter ce qu’il a vécu :

http://www.guardian.co.uk/comment/story/0,,1317260,00.html  

Béa