Archive pour la catégorie ‘Alexandre Varlet’

Alexandre Varlet - L’entrevue

Mardi 19 février 2008

 

Alexandre Varlet est à aujourd’hui ce que Nick Drake était à hier : un musicien brillant, dont l’oeuvre respire l’authenticité, ne se noie jamais dans la facilité ou la concession. Résultat : Varlet est encensé par les mélomanes quand les médias lui préfèrent la médiocrité musicale racoleuse. Souhaitons-lui de connaître un sort plus enviable que celui de Nick et d’être reconnu pour la magie de sa musique maintenant, et non quand il ne sera plus là pour récolter lui-même ce qu’il a semé.

Alexandre a accepté de répondre à quelques questions portant sur ses propres amours musicales, sur lui, ou encore la culture de l’Hexagone vue par les artistes français. Micro !

Béa : Tes deux premiers albums ont été encensés par les critiques, mais il aura fallu attendre 10 ans et un troisième disque pour que la radio et le public suivent enfin. Des regrets ? Si c’était à refaire, tu suivrais le même chemin ?

Alexandre : On ne peut guère dire qu’avec Ciel de fête, j’ai trouvé un écho radio et public plus ample. Montre-toi a eu un bel airplay, certes, mais le clip a été ignoré, comme les autres single du disque par les radios. Ce troisième album s’est heurté à de nombreuses incompréhensions médiatiques, la critique en général a plutôt délaissé ce disque. Pourtant, Ciel de fête n’est pas radical, il est fait de chansons qui reflètent l’âme humaine, parfois sombres, électriques, parfois douces, heureuses, tendres. En quoi est-ce compliqué ?

Je n’ai pas de regrets, mes choix sont motivés par le désir, donc pas de concessions. Force est de constater qu’agir est déjà un grand pas. Quoi qu’on pense de ma musique, et par extrapolation de moi-même, j’avance à ma manière, j’essaie de continuer à être dans l’action, en tâchant de garder le désir toujours ardent.

Te souviens-tu de ton premier amour musical, ta première rencontre avec la musique ? Peux-tu me le raconter ?

Les premières émotions musicales c’est la radio, mon petit radio réveil. C’est l’époque du top 50, et les images qui vont avec, les clips et la musique se greffaient à un monde visuel, des habits, des mouvements, des allures, une photo, c’est ce tout qui donnait un relief fort, et donc me faisait fantasmer. En somme, tout ce qu’on a appelé new wave et, logiquement, toutes les ramifications post punk, punk, pop, d’Angleterre et des USA.

Quels sont les musiciens qui t’ont donné envie de jouer de la musique à ton tour ?

J’ai eu mon premier instrument, une guitare folk, vers 13 ans. Mais cet instrument ne collait pas vraiment avec la musique de l’époque, du moins celle que j’entendais et appréciais à la radio, comme Depeche Mode, OMD ou Daho. Ce que j’aimais, dans cette grande époque de la new wave, c’était la noirceur au fond, la mélancolie, les sons, les manières. Plus tard et par hasard, j’ai découvert Nick Drake, le premier à mes oreilles qui, guitare voix, créait un monde entier sans les artifices des machines, de la production. J’étais bluffé par l’impact poétique de ses disques, la force sombre et mélancolique, bouleversante. Il est le premier qui m’a inspiré diablement et réconforté. C’était en 1992, j’avais 17 ans.

Peux-tu me citer les musiciens des années 60 et 70 que tu admires le plus, que tu écoutes encore aujourd’hui ?

Nick Drake, Scott Walker, Pink Floyd, Bob Dylan, Leonard Cohen, Neil Young, Brian Eno…

 

Tu as repris Everybody’s talkin’ de Fred Neil, popularisé par Harry Nilsson. Pourquoi cette reprise ?

Parce que le film Macadam Cowboy est magnifique, parce que la chanson est magnifique, parce qu’elle parle de soleil. 

Parmi les musiciens actuels, lesquels t’intéressent particulièrement ?

J’écoute dans la grande majorité des disques qui ont entre dix et trente ans. J’ai une grande admiration pour la production de Eno, de Harold Budd, The Innocence Mission et le couple Peris, New Order. J’y reviens avec délectation. J’aime aussi Douglas Pierce de Death In June, David Tibet de Current 93, Viny Reily. En France, un mec comme Fred Poulet m’a toujours séduit. Il tient un peu des frères Cohen au cinéma, le cul entre deux chaises : noirceur punk, humour décalé, mais il semblerait qu’il arrête. Le dernier Verone, il y a deux ans, était extra.

Bashung cite Elvis, Daniel Darc nomme Iggy Pop, tu indiques Dead Can Dance ou Nick Drake dans tes influences… À ton avis, pourquoi les musiciens français s’intéressent souvent davantage à la culture anglo-saxonne qu’à celle de leur propre pays ?

Prendre le parti d’écrire en français, c’est un choix, c’est le mien parce que c’est ma langue, et il me plaît de la travailler. Mais ce que j’entends depuis des lustres en France est trop empreint de clichés pour que ça me touche : raconter une histoire au premier degré, le côté plan plan, la gouaille… Chanter aujourd’hui comme Brassens, Gainsbourg ou Daho, exploiter les mêmes thèmes, ça ne m’intéresse pas. Les nouvelles voix que j’entends ici ressemblent toujours diablement à une voix qui existe déjà, les maisons de disques jouent le jeu, les médias aussi, libre à eux. Donc je vais chercher ailleurs l’honnêteté et la générosité.

Travailles-tu sur un nouvel album ? Quels sont tes projets sur le plan artistique ?

Oui, je travaille beaucoup sur de nouvelles chansons, beaucoup d’idées, d’envies, de matière qu’il faut modeler, faire mûrir. Je travaille d’arrache-pied avec la conviction qu’il faut être le plus libre et libéré possible. Peut-être bien que dorénavant, je vais devenir radical ! Mon travail consiste aujourd’hui à écouter beaucoup de musique, beaucoup beaucoup ! Toute cette belle musique autour de nous, toutes ces belles choses dont personne ne parle, elles existent.

À écouter : de l’album Ciel de fête (2007)

Presque monde

Pour en savoir plus : http://alexandrevarlet.net/

Béa 

La France dans toute sa splendeur musicale

Vendredi 20 juillet 2007

 

 

En musique comme en tout, il y a ce qui est sublime, racé, délicatement charmeur. Et il y a le tape-à-l’oeil, le trop fardé, ce qui offense par abus de pacotille. Fort malheureusement, le grand public est naturellement attiré par ce qui se voit et s’entend sans effort. Depuis toujours, et particulièrement avec l’arrivée du concept de la téléréalité, succès et popularité ne riment que très rarement avec finesse et qualité.

Éteignons donc la télé et partons à la découverte de ceux dont la France peut vraiment être fière ces dernières années…

 

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Nicolas Haas

Une voix éthérée enchanteresse, des mélodies qui s’insinuent voluptueusement et vous invitent à y revenir vite et souvent, le mariage enivrant d’un piano soyeux et d’instruments à cordes lumineux (violons, guitares). Nicolas Haas a enregistré un album magnifique et essentiel en 2006. Espérons qu’une sortie officielle s’en vienne bientôt l’extirper de l’ombre où il n’a aucunement sa place !

À écouter : de l’album Une île à ma portée (2006)

À chaque fois que ton oeil noir me vise

À toi

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Pascal Colomb

Toute ressemblance n’est pas fortuite. Mais il peut être agaçant et réducteur pour un musicien de se voir comparer à un autre. Toutefois, immanquablement, on pense à JP Nataf et à son très bel album Plus de sucre en écoutant Pascal Colomb. Même atmosphère délicieusement vaporeuse, même souci du détail instrumental, même sentiment enivrant d’évasion, d’intemporalité. Rien d’étonnant à cela puisque Pascal a collaboré à l’album de JP. Mais le lien s’arrête là. L’univers de Pascal Colomb n’appartient qu’à lui-même. Et c’est un bonheur qu’il nous soit offert d’y entrer.

À écouter : de l’album Boulevard de la mer (2005)

Montjavoux

Élisabeth

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Alexandre Varlet

Je vous ai déjà parlé de son nouvel album il y a quelques semaines. Je vous propose aujourd’hui de faire davantage connaissance avec ce musicien au style et à la voix incomparables. Si Ciel de fête commence enfin à lui apporter la visibilité qu’il mérite depuis 9 ans, ses deux premiers CD sont aussi à ranger tout en haut de la pile des meilleures créations musicales françaises. Flamboyant et renversant !

À écouter : de l’album Ciel de fête (2007)

Presque monde

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De l’album Dragueuse de fond (2003)

L’amour épinglé

Lubies

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De l’album Naïf comme le couteau (1998)

L’hôtel aux étoiles nombreuses

Invitation

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Pierre Bondu

De remarquables chansons, Pierre Bondu en a livrées tout au long de son exceptionnel deuxième album, Quelqu’un quelque part. Une merveille de pop atmosphérique, à mille lieues de ce que la France connaissait en 2004. Mais si les dithyrambes ont fusé çà et là du côté des médias, le public avait les oreilles ailleurs, comme toujours… Ouvrez grand les vôtres et savourez !

À écouter : De l’album Quelqu’un quelque part (2004)

Mieux que personne

Quitter la terre

Vu d’ici

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Fred Vidalenc

En théorie, le fait que Fred ait été le bassiste de Noir Désir aurait dû lui assurer de rencontrer une oreille publique attentive. Mais la direction qu’il a choisi de prendre pour enregistrer ses deux albums en solo le mène loin du manège médiatique. Sur le sentier à la fois paisible et tortueux des souvenirs de son enfance, ou au large, en mer, là où il est bien. Frédéric se fait habile conteur et nous chante d’une voix douce, à la singularité attachante, ses petites terreurs d’hier dans lesquelles on redessine les nôtres. Trop somptueux pour la radio, divine offrande pour le fin mélomane.

À écouter : de l’album La latitude des chevaux (2001)

Les petites terreurs

La photo d’Espagne

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De l’album Quelque chose dans l’ordre (2005)

Les chevaux de Mangin

Liza les ombres

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Pour en savoir plus sur ces musiciens…

Nicolas Haas :
http://nicolashaas.free.fr/

http://www.myspace.com/nicolashaas

Pascal Colomb :
http://www.myspace.com/pascalcolombmusic

Alexandre Varlet :
http://www.myspace.com/alexandrevarletmusic

Fred Vidalenc :
http://www.fred-vidalenc.com/

Pierre Bondu n’a pas de site…

Béa

Alexandre Varlet - Ciel de fête

Mercredi 27 juin 2007

À 23 ans, Alexandre Varlet offrait au répertoire français l’un de ses albums les plus exceptionnels : Naïf comme le couteau. Une splendeur folk renversante, illuminée par un jeu de guitare flamboyant, une voix grave, belle à faire fondre un iceberg en hiver, et des textes qui se distançaient brillamment de ceux, d’un réalisme calculé, auxquels la nouvelle chanson française avait déjà trop souvent recours. Les critiques fort élogieuses qui ont accueilli ce premier opus promettaient à Varlet un avenir aussi brillant qu’il le souhaitait. Seulement voilà, la vie est parfois une salope, et sa proie de prédilection est le musicien fragile. Trois mois après la sortie de Naïf comme le couteau, la maison de disques qui avait signé cette perle mettait la clef sous la porte, rejetant jusqu’au rivage la vague qui la portait vers le succès.

Ceux qui ont succombé d’emblée au charme de cet album singulier ont attendu fidèlement 5 ans qu’Alexandre Varlet leur revienne sur disque. Sorti en 2003, Dragueuse de fond nous l’a ramené tout aussi ardent et troublant, mais également riche d’une maturité qui habillait somptueusement ses nouvelles chansons. Ce deuxième disque a été encensé presque unanimement par l’ensemble des médias français. Mais si les fidèles admirateurs d’Alexandre ont été entièrement comblés par cette nouvelle splendeur, le grand public n’a pas suivi, trop abruti par le matraquage médiatique qui propulse sur le devant de la scène des produits commerciaux brailleurs tout droit sortis du très petit écran…

Après deux disques aussi forts et 4 ans d’attente, on pouvait craindre légitimement que le troisième album d’Alexandre Varlet puisse décevoir. D’autant plus qu’on nous l’annonçait différent, plus rock, teinté de cette cold wave dont il se nourrit depuis son adolescence. Mais il n’en est rien. Dès les premières minutes d’écoute du Varlet nouveau, Ciel de fête, on renoue avec l’embrasement que provoque cette guitare toujours aussi obsédante. À l’intro instrumentale folk (que ne renierait pas un Bert Jansch) suit avec une fluidité étonnante une bombe rock décapante qui ensoleille actuellement les ondes des radios en France (Montre-toi). Toujours cette voix, ces textes magnifiques qui portent haut ces décharges de riffs nerveux, parfaitement balancés, et ces sublimes moments de douceur folk.

Ciel de fête est un album totalement réussi. Ne reste plus qu’à espérer une longue panne de télé mondiale pour que le public sorte de son salon et parte à la découverte des musiciens qui méritent vraiment de porter ce nom. Et qu’Alexandre Varlet n’attende pas 5 ans pour nous offrir une quatrième merveille.

Pour l’écouter :

http://www.myspace.com/alexandrevarletmusic

Béa