Archive pour juillet 2007

La France dans toute sa splendeur musicale

Vendredi 20 juillet 2007

 

 

En musique comme en tout, il y a ce qui est sublime, racé, délicatement charmeur. Et il y a le tape-à-l’oeil, le trop fardé, ce qui offense par abus de pacotille. Fort malheureusement, le grand public est naturellement attiré par ce qui se voit et s’entend sans effort. Depuis toujours, et particulièrement avec l’arrivée du concept de la téléréalité, succès et popularité ne riment que très rarement avec finesse et qualité.

Éteignons donc la télé et partons à la découverte de ceux dont la France peut vraiment être fière ces dernières années…

 

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Nicolas Haas

Une voix éthérée enchanteresse, des mélodies qui s’insinuent voluptueusement et vous invitent à y revenir vite et souvent, le mariage enivrant d’un piano soyeux et d’instruments à cordes lumineux (violons, guitares). Nicolas Haas a enregistré un album magnifique et essentiel en 2006. Espérons qu’une sortie officielle s’en vienne bientôt l’extirper de l’ombre où il n’a aucunement sa place !

À écouter : de l’album Une île à ma portée (2006)

À chaque fois que ton oeil noir me vise

À toi

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Pascal Colomb

Toute ressemblance n’est pas fortuite. Mais il peut être agaçant et réducteur pour un musicien de se voir comparer à un autre. Toutefois, immanquablement, on pense à JP Nataf et à son très bel album Plus de sucre en écoutant Pascal Colomb. Même atmosphère délicieusement vaporeuse, même souci du détail instrumental, même sentiment enivrant d’évasion, d’intemporalité. Rien d’étonnant à cela puisque Pascal a collaboré à l’album de JP. Mais le lien s’arrête là. L’univers de Pascal Colomb n’appartient qu’à lui-même. Et c’est un bonheur qu’il nous soit offert d’y entrer.

À écouter : de l’album Boulevard de la mer (2005)

Montjavoux

Élisabeth

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Alexandre Varlet

Je vous ai déjà parlé de son nouvel album il y a quelques semaines. Je vous propose aujourd’hui de faire davantage connaissance avec ce musicien au style et à la voix incomparables. Si Ciel de fête commence enfin à lui apporter la visibilité qu’il mérite depuis 9 ans, ses deux premiers CD sont aussi à ranger tout en haut de la pile des meilleures créations musicales françaises. Flamboyant et renversant !

À écouter : de l’album Ciel de fête (2007)

Presque monde

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De l’album Dragueuse de fond (2003)

L’amour épinglé

Lubies

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De l’album Naïf comme le couteau (1998)

L’hôtel aux étoiles nombreuses

Invitation

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Pierre Bondu

De remarquables chansons, Pierre Bondu en a livrées tout au long de son exceptionnel deuxième album, Quelqu’un quelque part. Une merveille de pop atmosphérique, à mille lieues de ce que la France connaissait en 2004. Mais si les dithyrambes ont fusé çà et là du côté des médias, le public avait les oreilles ailleurs, comme toujours… Ouvrez grand les vôtres et savourez !

À écouter : De l’album Quelqu’un quelque part (2004)

Mieux que personne

Quitter la terre

Vu d’ici

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Fred Vidalenc

En théorie, le fait que Fred ait été le bassiste de Noir Désir aurait dû lui assurer de rencontrer une oreille publique attentive. Mais la direction qu’il a choisi de prendre pour enregistrer ses deux albums en solo le mène loin du manège médiatique. Sur le sentier à la fois paisible et tortueux des souvenirs de son enfance, ou au large, en mer, là où il est bien. Frédéric se fait habile conteur et nous chante d’une voix douce, à la singularité attachante, ses petites terreurs d’hier dans lesquelles on redessine les nôtres. Trop somptueux pour la radio, divine offrande pour le fin mélomane.

À écouter : de l’album La latitude des chevaux (2001)

Les petites terreurs

La photo d’Espagne

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De l’album Quelque chose dans l’ordre (2005)

Les chevaux de Mangin

Liza les ombres

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Pour en savoir plus sur ces musiciens…

Nicolas Haas :
http://nicolashaas.free.fr/

http://www.myspace.com/nicolashaas

Pascal Colomb :
http://www.myspace.com/pascalcolombmusic

Alexandre Varlet :
http://www.myspace.com/alexandrevarletmusic

Fred Vidalenc :
http://www.fred-vidalenc.com/

Pierre Bondu n’a pas de site…

Béa

Tim Hardin - Les reprises

Mardi 17 juillet 2007

Hardin

Faut-il croire que la souffrance décuple le talent ? Qu’être un musicien folk dans les années 70 condamnait d’office à une existence proche de l’insoutenable ? Nick Drake noyait son mal de vivre dans les antidépresseurs, Bert Jansch leur préférait l’alcool. Quant à Tim Hardin, il a rencontré l’héroïne très jeune, alors qu’il sortait à peine de l’adolescence. Elle l’a accompagné tout au long de son chemin, foutant en l’air tout ce qu’il avait de plus précieux : sa liaison avec Susan, son amour, sa muse, celle pour qui il composa ce que nombre de ses fans considèrent comme son chef d’oeuvre : Suite for Susan Moore. Et sa présence auprès de son fils, Damion, qu’il n’aura vu grandir qu’épisodiquement.

Tim Hardin est mort d’une surdose d’héroïne six jours après son 39e anniversaire. Si sa vie a été un échec, son répertoire est un coffre à bijoux dans lequel moult musiciens ont pioché. Certains par réelle admiration pour l’artiste, d’autres parce qu’ils y ont flairé le succès facile. Dresser ici la liste de tous ceux qui ont chanté Hang on to a dream, If I were a carpenter ou encore Reason to believe serait aussi long qu’inintéressant. Je vous propose plutôt d’écouter quelques-unes des reprises les plus exceptionnelles de ces perles de Tim.

Don’t make promises

Le groupe anglais Circus en a livré une version époustouflante en 1969. L’exemple même de la reprise qui va beaucoup plus loin que l’original, là où le créateur de l’oeuvre n’aurait peut-être pas su aller seul. MA relecture préférée d’une chanson de Tim Hardin !

La version originale de Tim Hardin :

Celle de Circus :

If I were a carpenter

L’une des plus vibrantes reprises : celle de Bert Jansch en 1982 sur l’album Heartbreak (il y reprend aussi magnifiquement Heartbreak Hotel d’Elvis).

La version originale de Tim :

Celle de Bert :

Misty Roses

Les Youngbloods de Jesse Colin Young en ont donné une jolie relecture en concert en 1970. La plus belle version est toutefois celle que Colin Blunstone chantait sur son superbe album One year en 1971. Je vous propose d’écouter les deux accompagnées de l’original.

L’original de Tim :

La version de Colin Blunstone :

Celle des Youngbloods :

 



Hang on to a dream

Tant de fois reprise, rarement aussi porteuse d’émotions qu’en cette année 1968 où Fleetwood Mac l’a chantée dans les studios de la BBC.

L’original de Tim :

La version de Fleetwood Mac :

Béa

Jimmy Page : grand musicien, petit homme

Jeudi 12 juillet 2007

Page

Il est un grand guitariste. C’est incontestable. Mais sur le plan humain, c’est une enflure de première. Quoi ? Je mérite qu’on me pende pour oser lui manquer de respect ? Pourquoi diable devrais-je respecter un gars qui s’est à ce point foutu de son public en lui mentant effrontément ? Pourquoi devrais-je ne pas en vouloir à un mec qui a pillé le répertoire d’une grande partie des musiciens pour lesquels j’ai une brûlante admiration ?

Résumons… Parce que vouloir décrire en détail pourquoi Jimmy Page ne reposera pas en paix au paradis des rockers, c’est se lancer dans la rédaction d’une brique que vous n’aurez jamais envie de lire, ni moi d’écrire. Jimmy Page a co-signé la grande majorité des chansons de Led Zeppelin avec Robert Plant. Or, cette grande majorité appartient à d’autres artistes qui n’ont pas connu un succès aussi monstre et l’auraient pourtant bien plus mérité !

Le 30 mars 1968, lors d’un concert des Yardbirds, Keith Relf présenta Jimmy sous l’appellation de « grand sorcier de la guitare magique » avant qu’il n’entame White Summer. Notre Merlin du manche a-t-il eu une pensée pour Davey Graham à qui appartenait à l’origine le morceau qu’il s’est entièrement approprié ? Que je croupisse au purgatoire si la réponse est oui !

La copie de Jimmy Page avec les Yardbirds en 1968 :

L’original de Davey Graham en 1963 (She moved through the Fair)

« Ah bon d’accord, mais quand même, il y a Stairway to Heaven. Ça, c’est d’eux ! » Erreur… Il est évident que la ligne mélodique n’est pas venue par enchantement à l’esprit de Jimmy. Elle est directement inspirée (fulminons, mais restons polis…) du magnifique morceau instrumental de Spirit, Taurus. Page aura beau nier, le regretté Randy California a lui-même relevé la similitude et l’a expliquée par le fait que Led Zepp assurait les premières parties de Spirit lors d’une tournée américaine. Et si les mots ne savent vous convaincre, les notes parleront…

À écouter : Spirit - Taurus

Mais le vol le plus lamentable est celui dont ont été victimes les Small Faces. Le groupe avait « emprunté » You need Love à Muddy Waters en 1966. Les musiciens en ont livré une version époustouflante qu’ils ont appelée You need Loving. Robert Plant n’a jamais caché qu’il était un grand fan de la bande à Marriott. Ça ne l’a pourtant pas étouffé quand, trois ans plus tard, lui et Jimmy ont décidé de calquer à l’identique cette chanson pour en faire Whole Lotta Love. Ils ont tout pompé ! Absolument tout ! Jusqu’à la façon de chanter ! Mais n’ont crédité personne d’autre qu’eux-mêmes… Muddy Waters leur a toutefois indiqué le chemin de l’humilité en leur intentant un procès pour plagiat en 1985. L’affaire s’est réglée à l’amiable, Led Zepp préférant casquer en silence plutôt que de rougir en public…

À écouter : The Small Faces - You need Loving

Le cas de Dazed and Confused est encore plus révélateur de la cupidité de Page. Il a toujours prétendu ne pas avoir pompé et n’avoir jamais entendu la version originale de Jake Holmes. Pourtant, Jim McCarty, le batteur des Yardbirds, ne s’est pas privé de démontrer que Jimmy se fout ouvertement de notre gueule… Il déclarait ainsi : “Nous (ndlr : Jimmy Page, Keith Relf, Jim McCarty et Chris Dreja) jouions avec Jake Holmes à New York et j’étais fasciné par l’atmosphère de Dazed and Confused. Je suis allé à Greenwich Village pour y acheter son disque et nous avons décidé d’en faire une version. Nous y avons travaillé ensemble avec Jimmy qui contribua aux accords de guitare au milieu de la chanson.”

À écouter : Jake Holmes - Dazed and Confused

« Bon, ok Béa, tu as raison, Page est une enflure de première. Mais quand même, il reste Tangerine. Celle-là au moins, aucun doute, elle est de lui. » Même pas ! Jimmy a tout tenté pour qu’au moins cette chanson passe à travers les mailles de la suspicion. Seulement voilà, Tangerine n’est pas de Led Zeppelin, elle a été écrite et composée par les Yardbirds en 1968. Jimmy y a certes collaboré, mais lorsqu’on écoute la version originale, intitulée Knowing that I’m losing you, il ne fait quasiment aucun doute que les paroles sont le fruit de l’imagination de Keith Relf, le chanteur du groupe. Pourtant, quand Led Zeppelin l’a reprise quelques années plus tard, qui Page a-t-il seulement crédité ? En plein dans le mille !

À écouter : The Yardbirds - Knowing that I’m losing you

Pour les autres pompages, consulter le dossier sur mon site en cliquant ici.

Béa