Archive pour septembre 2007

Pirate City

Mercredi 19 septembre 2007

L’industrie du disque avance chiffres et statistiques pour tenter de démontrer que le piratage nuit aux artistes. Mais eux, qu’en pensent-il réellement ? Souhaitent-ils qu’on les enferme tous, ces illuminés hirsutes au regard hagard qui remplissent des tonnes de disques durs gonflés à bloc de mp3 en bouffant devant leur ordinateur ? Ont-ils plus sérieusement le sentiment que le téléchargement illégal ruine leur carrière, ou croient-il au contraire que la libre circulation de leur musique en ligne peut les aider à se faire connaître bien au-delà de leurs propres frontières ?

J’ai posé la question à quatre musiciens au parcours artistique différent : Vincent Vallières, auteur d’un quatrième album qui connaît un si franc succès qu’il n’échappe pas aux borgnes à la jambe de bois; Catherine Durand, qui a produit elle-même son dernier disque et se voit donc doublement concernée par le piratage; Alexandre Varlet, bel ambassadeur d’une nouvelle scène française flamboyante; et Baudoin, jeune auteur-compositeur interprète québécois qui enregistre actuellement un premier album fort prometteur.

Pour Alexandre Varlet, Internet est une discothèque infinie où chacun pioche de toutes les façons possibles et imaginables. « Avant d’être un gars qui chante et qui fait des disques, je suis un consommateur de musique, et ce depuis très jeune. La musique est vivante, et le but d’une chanson est de papillonner d’un monde à l’autre. En ça, le Net, c’est dément ! Le téléchargement illégal est un vrai vecteur de communication qui permet à mon nom et ma musique de circuler. Je ne pense donc pas que ça me nuise catégoriquement. Il y a des gens qui n’ont peut-être pas acheté mon disque, mais ils peuvent payer leur place pour l’un de mes concerts. Peut-être même finiront-ils par acheter le disque d’après, puis tous les autres quand ils le pourront. Une chanson téléchargée n’enlève pas de sa valeur intrinsèque. Un gamin peut l’adorer, et grâce à lui, elle va vivre, et le nom de l’artiste tailler sa route. »

Catherine Durand, qui a investi argent, efforts et énergie pour produire son excellent Diaporama, reconnaît plutôt ne pas trop savoir que penser de la libre circulation de son travail : « C’est évident que des outils comme un site Internet ou Myspace sont des véhicules de promotion incroyables ! J’y ai découvert un paquet d’artistes en écoutant des extraits de leur album. Dans certains cas, ça m’a convaincue d’aller acheter le disque en magasin. Mais la différence est là ; il est très utile pour les artistes que leurs chansons soient disponibles pour écoute sur le web, mais lorsque ça devient carrément du téléchargement gratuit, là c’est plus problématique… »

Point de vue que ne partage pas Baudoin, pour qui le piratage représente un pouvoir de diffusion de la musique des artistes indépendants impensable auparavant. « Dans mon cas particulier, le problème du téléchargement illégal ne se pose pas encore puisque l’album n’est pas sorti. Toutefois, comme on ne débute les concerts que dans quelques mois, je ne devrais même pas exister médiatiquement parlant. Or, Internet m’a déjà permis de constater un certain enthousiasme tant au Québec qu’en Europe chez ceux qui ont téléchargé gratuitement quelques-unes des chansons de mon démo que j’ai accepté de laisser circuler moi-même. Cela n’aurait pas été possible il y a à peine dix ans. »

Quant à Vincent Vallières, il avoue humblement n’avoir aucune idée de l’impact réel du téléchargement illégal : « Naïf peut-être, j’ai le sentiment que la majeure partie des gens qui me connaissent sont encore des acheteurs de disques, respectueux des artistes et intéressés à les soutenir. » S’il a déjà téléchargé lui-même ? « Non, je ne sais pas comment faire. Personnellement, j’aime encore les disques. J’aime flâner dans les magasins. Je pense qu’il est trop tôt pour mettre de côté l’idée du disque comme on le connaît actuellement. » Catherine, elle, s’est certes déjà procuré des mp3 sans les payer, mais seulement ceux de vieilles chansons qu’il est impossible d’acheter en magasin.

Alexandre reconnaît avoir déjà téléchargé illégalement, mais « toujours une chanson ou deux, jamais un album entier, et quasi systématiquement, j’ai fini par acheter le disque en question. Je suis assez fétichiste, j’aime l’objet, ce qu’il y à lire, les photos à voir ». Boulimique de musique, Baudoin avoue que dans son cas, « ça se compte en giga-octets. Je considère le téléchargement un peu comme un poste d’écoute. Globalement, ma ligne éthique personnelle est la suivante : si j’aime, j’achète le CD, et préférablement au concert. Comme on ne peut pas tout acheter, mes priorités vont aux labels indépendants, québécois, francophones. »

Si leur opinion diverge quand il est question de l’utilité du téléchargement illégal pour les artistes, nos quatre musiciens se rejoignent entièrement sur l’importance de sensibiliser les internautes sur les conséquences de leurs actes. Selon Alexandre Varlet, « il faut tout de même admettre que lorsqu’on télécharge Céline Dion qui, de toute façon, vend des millions de disques et dérivés, ça lui nuit moins qu’à un jeune artiste en développement qui a non seulement besoin d’argent pour survivre au quotidien, mais pour qui les ventes de disques seront une référence pour un producteur, s’il veut continuer à chanter et sortir des albums. »

Ce à quoi Catherine Durand ajoute : « Au bout du compte, ce sont toujours les artistes qui finissent par payer, et c’est ça que les gens doivent comprendre. Car si les ventes diminuent de façon substantielle, les producteurs deviendront de plus en plus frileux et voudront investir dans des valeurs sûres. Il y aura de moins en moins de diversité. » Et Baudoin conclut : « Les pirates ? Qu’ils brûlent en enfer ! Je blague… Mais reconnaissons que chaque chanson achetée légalement rend un peu plus accessible le rêve de tout artiste, soit celui de pouvoir vivre de sa passion. Je connais des musiciens brillants, certains même connus, qui peinent à payer leur loyer et abiment leurs rêves dans des jobs minables afin de joindre les deux bouts. C’est absolument dramatique. »

Alors qu’il semble impossible de contrer le phénomène du piratage, le constat s’impose. Si le téléchargement illégal abolit les frontières et nourrit la passion des mélomanes, il ne saura rendre justice aux artistes que s’il s’accompagne d’une prise de conscience collective, de l’établissement de principes librement dictés par cette simple logique : téléchargez, découvrez, écoutez, aimez ! Mais si vous tombez sous le charme d’un artiste, encouragez-le si vous voulez qu’il ait les moyens de vous enchanter encore. Non, contrairement aux idées entendues, acheter ses disques ne lui servira pas à combler ses désirs de vice et de luxure, d’aller se faire griller les orteils à Honolulu en jet privé. Mais ça lui permettra de vivre décemment et de bouffer à sa faim, et nous lui devons au moins ça.

Béa

Comment découvrir nos quatre musiciens ?

Alexandre Varlet
Catherine Durand
Baudoin
Vincent Vallières

Allons au diable !

Mardi 4 septembre 2007

Oubliez tous ces crétins qui professent que le rock est satanique, qu’il s’y cache des messages subliminaux. Oui, la musique des années 70 est divinement diabolique. Mais Lucifer n’a pas besoin de proférer ses incantations à l’envers pour pervertir la bande de petits mécréants nourris au rock que nous sommes. À l’endroit, ça marche encore mieux.

En 1971, le démoniaque groupe allemand Dies Irae enregistrait un seul et unique album pour lequel il s’inspirait certainement de l’oeuvre de Black Sabbath. Qualifié de bombe de heavy progressif, le disque est certes devenu rare en vinyle, mais il a fort heureusement été réédité en CD. Pour assister à l’une des messes noires musicales les plus géniales de toute l’histoire du rock, faites 666 fois le tour du pâté de maisons à cloche-pied, revenez en boitant jusqu’ici, et écoutez ! 

Tired

Harmagedon Dragonlove

Witches Meeting

Lucifer

Béa