Archive pour octobre 2007

Sale temps pour l’industrie du disque !

Vendredi 12 octobre 2007

 

Radiohead décide de faire cavalier seul et de se passer de la filière de distribution traditionnelle. Prince offre gratuitement son album. La RIAA se heurte encore à l’animosité des internautes après avoir intenté un procès insensé à l’une des leurs pour 24 fichiers téléchargés. Et le géant Yahoo ajoute sa pierre à l’édifice de démolissage des DRM. Qui aura la peau de l’industrie du disque ?

La RIAA espère que le cas de Jammie Thomas, condamnée récemment à payer une lourde amende pour avoir téléchargé et partagé une vingtaine de MP3, servira d’exemple et portera un rude coup au piratage. C’est toutefois peut-être l’inverse qui se produira. Jammie a fait appel, et lance une collecte de fonds pour faire face à une éventuelle défaite. Les internautes, sensibles aux déboires de la jeune femme, mais aussi craintifs du poids qu’un jugement final favorable à la RIAA pourrait avoir sur l’avenir d’Internet, se mobilisent pour empêcher Goliath de triompher contre David. Jusqu’à présent, la collecte a rapporté plus de 10 000 dollars à Jammie, et un soutien fort évocateur qui devrait faire réfléchir l’attaquant.

Le 5 octobre dernier, le vice-président du développement des produits chez Yahoo Music signifiait à l’industrie du disque qu’elle ne devrait pas compter sur son aide pour redorer son blason. Ian Rogers ne mâchait pas ses mots lors de la conférence Digital Music Forum West qui se donnait à Los Angeles. Il fustigeait l’industrie, l’accusant à juste titre d’avoir perdu huit précieuses années et des sommes colossales pour mettre des bâtons dans les roues des consommateurs, alors qu’il les enjoignait lui-même à commercialiser tout simplement la musique sous forme de MP3 débridés dès 1999. Le succès que rencontre actuellement amazonmp3, qui fait la nique aux DRM depuis quelques semaines, démontre fort bien la faisabilité du projet. Mais il est peut-être trop tard… L’aveuglement, la trop longue passivité, puis l’agressivité de l’industrie ont ancré chez les internautes des habitudes et un sentiment si négatif envers elle qu’il est assurément utopique d’espérer ramener globalement la communauté virtuelle sur le chemin de la légalité.

Si les maisons de disques refusent toujours de sortir de leur torpeur, les musiciens se montrent généralement bien plus clairvoyants. Loin d’approuver la stratégie d’attaque de l’industrie, ils sont plusieurs à préférer offrir leur musique, privant ainsi la RIAA et ses consoeurs de leur argument le plus fort: mener bataille au nom et pour le bien des artistes. Moult d’entre eux disent préférer de loin le piratage à l’indifférence. Le groupe américain The Brian Jonestown Massacre offre ainsi à ses fans de télécharger légalement et entièrement gratuitement l’intégralité de sa discographie.

Au Canada, des musiciens aussi renommés qu’Avril Lavigne, Sarah McLachlan et Randy Bachman sont membres d’une alliance qui se prononce contre les poursuites intentées aux internautes et contre les serrures numériques qu’ils disent risquées et improductives. Leur message est clair : «Jusqu’à maintenant, un groupe de maisons d’enregistrement multinationales a surtout pris la parole concernant les besoins des artistes canadiens en matière du droit d’auteur. Les sociétés d’enregistrement et les éditeurs de musique ne sont pas nos ennemis, mais soyons clairs. Les agentes et les agents des principales maisons d’enregistrement agissent pour le compte de leurs actionnaires; ils parlent rarement au nom des artistes canadiens. Les propositions législatives visant à faciliter les poursuites judiciaires contre nos partisanes et nos partisans ou à augmenter le contrôle qu’exercent les maisons d’enregistrement sur la jouissance de la musique ne sont pas faites en nos noms, mais bien au nom des succursales mères étrangères des maisons d’enregistrement.»

Ainsi donc, d’un côté, autant sur le sol nord-américain qu’en Europe, les procès menés contre les internautes se multiplient, et les discours visant à contrer le piratage se font de plus en plus virulents. De l’autre côté, lentement mais sûrement, ceux que l’industrie du disque prétend vouloir défendre se dissocient d’elle et cherchent des moyens de distribution de la musique plus viables et équitables en cette ère numérique où il est impératif d’apprendre à regarder loin devant, d’anticiper. Ce à quoi l’industrie du divertissement se refuse toujours…

Béatrice André
Pour Québec Micro

Londres, ma bien-aimée

Mercredi 10 octobre 2007


Je reviens d’un séjour à Londres. La belle m’a été quelque peu infidèle depuis la dernière fois où nous nous sommes aimées. Elle abritait jadis de nombreux magasins de disques dans lesquels scintillaient quelques perles en vinyle qui faisaient pâlir eBay. 

Aujourd’hui, lentement mais sûrement, elle les abandonne… Qui a eu la peau de Reckless Records sur Berwick Street ? Internet ? Le téléchargement illégal ? Le désintérêt des mélomanes pour le support non numérique ?

Londres n’est plus le paradis sur terre de l’amoureux de musique qui en ramenait moult trésors de Portobello Road, ou des nombreuses boutiques où il faisait bon se noircir les doigts en fouinant dans les bacs. Reste toutefois l’un des magasins de disques les plus magiques d’Europe : Sister Ray.

 

Et le HMV d’Oxford Street, gigantesque caverne d’Ali Baba de plusieurs étages, avec sa section folk douloureuse pour le compte en banque… Attention toutefois ! Il y a deux HMV sur cette très longue rue. Un de taille humaine, et l’autre que je vous recommande, qui vous jettera sur la paille, mais vous rendra heureux comme une petite fille qui reçoit son premier godemiché à Noël.

Lors de mon séjour, il y avait une convention de disques à l’Olympia. Si elle est à mille lieues d’impressionner par sa taille autant que le fait la convention d’Utrecht, en Hollande, on y perd magnifiquement le sens du temps. Quatre heures après y être entré, on en ressort avec quelques disques rares et ce sentiment unique d’avoir, le temps d’une journée, fait partie d’une tribu. Qui parle une langue qui lui est propre, que personne en dehors de cette salle qui sent bon le carton vieilli ne peut comprendre. Les formules magiques ne sont pas abracadabra ou shazam, mais « tirage à 200 exemplaires en 1968 » ou « bijou  psychédélico-folk-progressif »… Le seul langage qui mérite vraiment d’être maitrisé, en somme…