Alexandre Varlet - L’entrevue

 

Alexandre Varlet est à aujourd’hui ce que Nick Drake était à hier : un musicien brillant, dont l’oeuvre respire l’authenticité, ne se noie jamais dans la facilité ou la concession. Résultat : Varlet est encensé par les mélomanes quand les médias lui préfèrent la médiocrité musicale racoleuse. Souhaitons-lui de connaître un sort plus enviable que celui de Nick et d’être reconnu pour la magie de sa musique maintenant, et non quand il ne sera plus là pour récolter lui-même ce qu’il a semé.

Alexandre a accepté de répondre à quelques questions portant sur ses propres amours musicales, sur lui, ou encore la culture de l’Hexagone vue par les artistes français. Micro !

Béa : Tes deux premiers albums ont été encensés par les critiques, mais il aura fallu attendre 10 ans et un troisième disque pour que la radio et le public suivent enfin. Des regrets ? Si c’était à refaire, tu suivrais le même chemin ?

Alexandre : On ne peut guère dire qu’avec Ciel de fête, j’ai trouvé un écho radio et public plus ample. Montre-toi a eu un bel airplay, certes, mais le clip a été ignoré, comme les autres single du disque par les radios. Ce troisième album s’est heurté à de nombreuses incompréhensions médiatiques, la critique en général a plutôt délaissé ce disque. Pourtant, Ciel de fête n’est pas radical, il est fait de chansons qui reflètent l’âme humaine, parfois sombres, électriques, parfois douces, heureuses, tendres. En quoi est-ce compliqué ?

Je n’ai pas de regrets, mes choix sont motivés par le désir, donc pas de concessions. Force est de constater qu’agir est déjà un grand pas. Quoi qu’on pense de ma musique, et par extrapolation de moi-même, j’avance à ma manière, j’essaie de continuer à être dans l’action, en tâchant de garder le désir toujours ardent.

Te souviens-tu de ton premier amour musical, ta première rencontre avec la musique ? Peux-tu me le raconter ?

Les premières émotions musicales c’est la radio, mon petit radio réveil. C’est l’époque du top 50, et les images qui vont avec, les clips et la musique se greffaient à un monde visuel, des habits, des mouvements, des allures, une photo, c’est ce tout qui donnait un relief fort, et donc me faisait fantasmer. En somme, tout ce qu’on a appelé new wave et, logiquement, toutes les ramifications post punk, punk, pop, d’Angleterre et des USA.

Quels sont les musiciens qui t’ont donné envie de jouer de la musique à ton tour ?

J’ai eu mon premier instrument, une guitare folk, vers 13 ans. Mais cet instrument ne collait pas vraiment avec la musique de l’époque, du moins celle que j’entendais et appréciais à la radio, comme Depeche Mode, OMD ou Daho. Ce que j’aimais, dans cette grande époque de la new wave, c’était la noirceur au fond, la mélancolie, les sons, les manières. Plus tard et par hasard, j’ai découvert Nick Drake, le premier à mes oreilles qui, guitare voix, créait un monde entier sans les artifices des machines, de la production. J’étais bluffé par l’impact poétique de ses disques, la force sombre et mélancolique, bouleversante. Il est le premier qui m’a inspiré diablement et réconforté. C’était en 1992, j’avais 17 ans.

Peux-tu me citer les musiciens des années 60 et 70 que tu admires le plus, que tu écoutes encore aujourd’hui ?

Nick Drake, Scott Walker, Pink Floyd, Bob Dylan, Leonard Cohen, Neil Young, Brian Eno…

 

Tu as repris Everybody’s talkin’ de Fred Neil, popularisé par Harry Nilsson. Pourquoi cette reprise ?

Parce que le film Macadam Cowboy est magnifique, parce que la chanson est magnifique, parce qu’elle parle de soleil. 

Parmi les musiciens actuels, lesquels t’intéressent particulièrement ?

J’écoute dans la grande majorité des disques qui ont entre dix et trente ans. J’ai une grande admiration pour la production de Eno, de Harold Budd, The Innocence Mission et le couple Peris, New Order. J’y reviens avec délectation. J’aime aussi Douglas Pierce de Death In June, David Tibet de Current 93, Viny Reily. En France, un mec comme Fred Poulet m’a toujours séduit. Il tient un peu des frères Cohen au cinéma, le cul entre deux chaises : noirceur punk, humour décalé, mais il semblerait qu’il arrête. Le dernier Verone, il y a deux ans, était extra.

Bashung cite Elvis, Daniel Darc nomme Iggy Pop, tu indiques Dead Can Dance ou Nick Drake dans tes influences… À ton avis, pourquoi les musiciens français s’intéressent souvent davantage à la culture anglo-saxonne qu’à celle de leur propre pays ?

Prendre le parti d’écrire en français, c’est un choix, c’est le mien parce que c’est ma langue, et il me plaît de la travailler. Mais ce que j’entends depuis des lustres en France est trop empreint de clichés pour que ça me touche : raconter une histoire au premier degré, le côté plan plan, la gouaille… Chanter aujourd’hui comme Brassens, Gainsbourg ou Daho, exploiter les mêmes thèmes, ça ne m’intéresse pas. Les nouvelles voix que j’entends ici ressemblent toujours diablement à une voix qui existe déjà, les maisons de disques jouent le jeu, les médias aussi, libre à eux. Donc je vais chercher ailleurs l’honnêteté et la générosité.

Travailles-tu sur un nouvel album ? Quels sont tes projets sur le plan artistique ?

Oui, je travaille beaucoup sur de nouvelles chansons, beaucoup d’idées, d’envies, de matière qu’il faut modeler, faire mûrir. Je travaille d’arrache-pied avec la conviction qu’il faut être le plus libre et libéré possible. Peut-être bien que dorénavant, je vais devenir radical ! Mon travail consiste aujourd’hui à écouter beaucoup de musique, beaucoup beaucoup ! Toute cette belle musique autour de nous, toutes ces belles choses dont personne ne parle, elles existent.

À écouter : de l’album Ciel de fête (2007)

Presque monde

Pour en savoir plus : http://alexandrevarlet.net/

Béa 

2 commentaires pour “Alexandre Varlet - L’entrevue”

  1. Mojo dit :

    Par la critique (!?) alléché, j’ai voulu goûté et fais l’effort d’écouter consciencieusement 5 ou 6 morceaux… et j’ai trouvé tout cela bien fadasse. C’est dommage de galvauder Nick Drake avec des comparaisons sans queue ni tête.

  2. martine dit :

    le bon lien pour le site officiel d’Alexandre Varlet est le suivant http://alexandrevarlet.com/

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