ART ZOYD (Bio)

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ART ZOYD (Bio)

Messagepar alcat01 » 14 Jan 2016, 20:41

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Art Zoyd est un groupe Français qui a été fondé en 1969.
D'abord formé de Rocco Fernandez, Gérard Hourbette et Thierry Zaboitzeff, ce groupe évolue avec de nombreux musiciens additionnels.
Ils font un saut dans le Hard Rock entre 1972 et 1975 et passent ensuite à une musique plus complexe mêlant Free Jazz, Rock Progressif et Avant-garde électronique.

Les compositeurs principaux du groupe furent Thierry Zaboitzeff et Gérard Hourbette.
Assimilé parfois, tout en s'en démarquant, au courant Zeuhl (proche de Magma et Univers Zéro) ou au mouvement Rock in Opposition, Art Zoyd tente à l'origine une fusion du Rock Progressif et du Jazz avec la musique 'sérieuse' contemporaine.
Classée également en 'Musique Actuelle', le style très personnel d'Art Zoyd peut pourtant se découper en plusieurs phases.

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Les années 1970/1980 laissent apparaître une formation instrumentale tournée sur l'acoustique, avec au centre le violon de Gérard Hourbette et le piano de Patricia Dallio.
Thierry Zaboitzeff tient la basse et le violoncelle.
Mais, l'arrivée des synthétiseurs Yamaha DX7 et des sampleurs sera vécue par le groupe comme une avancée dans la découverte des sons et des assemblages. La musique parfois répétitive d'Art Zoyd est facilitée par l'utilisation de ce matériel. L'album "Berlin" illustre parfaitement cette avancée.

L'histoire est faite de rencontres, et c'est grâce à la diffusion par FR3 d'une émission sur Art Zoyd que Roland Petit contacte le groupe afin de travailler sur le projet qui deviendra "Le Mariage du ciel et de l'enfer", un ballet produit à Marseille où les musiciens jouent en direct sur la scène.
Installé à Maubeuge, le groupe sera financé par la ville et le Conseil Général du Nord, ce qui permettra de mettre en place de nombreux événements, comme les 'Inattendus de Maubeuge', en 1994, par exemple.
Le groupe travaille également avec le Vorgänge Bewegung Theater et produit de nombreux spectacles en plein air.

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Au début des années 1990, Art Zoyd travaille sur la mise en musique de films Allemands du début du siècle, d'abord avec "Nosferatu", puis "Faust", de F.W. Murnau.
C'est aussi l'époque d'une collaboration avec Serge Noyelle et la production de "Marathonnerre", un spectacle de douze heures au cours duquel les acteurs jouent sur scène pendant que les musiciens jouent sur une autre scène.

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Aujourd'hui, Art Zoyd se définit comme un groupe de musique électronique, et travaille surtout sur des musiques de film, de ballet ou en alliance avec d'autres arts, comme en témoignent ses œuvres récentes:
"Armaggedon" en 2004, opérette pour robots avec Louis-Philippe Demers, ou "Le champ des larmes" en 2006, oratorio électronique avec le vidéaste Dominik Barbier.
Après le départ de Thierry Zaboitzeff en 1997, qui poursuit son travail à Berlin, Art Zoyd s'est réorienté sur une musique encore davantage électronique.

Gérard Hourbette assure aujourd'hui la direction artistique et s'associe ponctuellement à d'autres compositeurs: Kasper T. Toeplitz, Patricia Dallio, Carl Faia, André Serre-Milan, etc.
Art Zoyd possède aussi son propre studio de création musicale à Valenciennes dans lequel il accueille de nombreux compositeurs pour de la production et de la recherche, et mène aussi des actions pédagogiques (ouverture d'une classe électro-acoustique en 2005)...

Mais, commençons par le commencement:

Fondé en 1969, Art Zoyd, est, à ses débuts, un groupe Français de Rock Progressif, influencé par des musiques comme celles de Beefheart, Frank Zappa, etc.

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Ce premier groupe fondé par le poly-instrumentiste Rocco Fernandez enregistre chez Chant du Monde-Opaline Records un premier et unique single intitulé "Sangria".

A l’arrivée de Gérard Hourbette et Thierry Zaboïtzeff en 1971, Art Zoyd prend une nouvelle direction.
Dès 1975, après le départ de Rocco Fernandez, ils vont reprendre en main la destinée du groupe et en changer radicalement l’orientation, traçant de nouvelles voies.
Désormais, plus de batterie ni de guitare, mais un ensemble de quatre musiciens: deux violons, basse, trompette.
Ce quatuor sera à la base du groupe pendant plusieurs années.

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Le guitariste Rocco Fernandez, à l'origine du groupe, est remplacé par Alain Eckert sur le premier LP du groupe intitulé "Symphonie Pour Le Jour Où Brûleront Les Cités" enregistré au Studio Tangara, à Toulouse du 30 Aout au 9 Septembre 1976.
Publié en 1976, il s'agit d'une fresque en trois parties inspirée par l'environnement d'alors.
Le groupe est alors composé de Alain Eckert, guitariste, percussionniste, chanteur, de Gérard Hourbette, aux violon, viola, et flute, de Jean-Pierre Soarez, trompettiste, percussionniste et de Thierry Zaboitzeff, à la basse, aux percussions et au chant.

Les débuts d'Art Zoyd sont encore très étroitement liés à la musique classique moderne du début du 20ème siècle.
Avec un ensemble constitué d'instruments principalement acoustiques, Art Zoyd présente une prise constante sur la dissonance dure et l'accent rythmique de Stravinsky début fonctionne.
Ce premier album permet aux musiciens d’exposer au grand jour leurs compétences instrumentales exceptionnelles, héritées d’une formation classique poussée.

Art Zoyd puisera, au fil des parutions, sa force dans la complémentarité de ses deux têtes pensantes: Gérard Hourbette et Thierry Zaboitzeff, dont les influences respectives fluctueront au grès des albums, accordant une place plus importante tantôt aux écritures limpides, tantôt aux recherches austères.

Le présent opus est dominé par la plume de Gérard Hourbette, et en raison de la trop grande discrétion de Zaboitzeff, n’offre pas encore d’éléments de comparaison probants.
Une musique de mouvement, essentiellement construite autour des cordes, énergique, éclatante et débridée, à la fois savante et drôle, raffinée et d’une violence extrême, renvoyant le punk à de la chanson de feu de camp… en un mot : vivante.

Le Rock de chambre de cette Symphonie est éblouissante, mélodieuse et très spontanée, et même assez ludique.
Alain Eckert ajoute quelques excentricités vocales clairsemées et sans paroles, ou plutôt rugissements, soupirs et cris, un peu comme Blasquiz de Magma.
La guitare basse ajoute une impulsion rythmique qui rappelle aussi Magma.
Les pièces sont très bien écrites et interprétées avec brio, et l'énergie en direct est parfaitement captée pendant les sessions.
Le groupe idéal pour s’initier à la musique classique et contemporaine, parvenant à vulgariser un art difficile sans en trahir l’exigence. Une prouesse.

Le groupe fait, dans le même temps, une tournée avec le groupe Magma (Paris, Nantes, Toulouse, Colmar ...).

C'est en 1978 qu'Art Zoyd rejoint le collectif international Rock in Opposition, fondé par le batteur Chris Cutler avec notamment Fred Frith, Art Bears, Univers Zero, Stormy Six, Etron Fou Leloublan, Zamlas Mammas Manna…

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Art Zoyd enrôle Daniel Denis afin de pérenniser le fruit de leurs recherches par le biais d'un travail de retenue magistral aux percussions et le joueur de hautbois, Michel Berckmans, tout deux membres du groupe Belge Univers Zéro pour enregistrer leur second album, "Musique Pour l'Odyssée", paru en 1979. En outre, ils engagent aussi Michel Thomas au saxophone et Franck Cardon au violon.
Ce LP poursuit la démarche originale que le groupe avait initiée sur son premier opus en ayant soin cependant d'en adoucir les contours peut-être un brin trop anguleux qui pouvaient faire de "Symphonie Pour Le Jour Où Les Cités Brûleront" un album quelque peu rébarbatif.
Non pas que le groupe se lance dans un Rock banalisé, loin de là! Art Zoyd donne toujours dans une musique alternative et inclassable, tenant d'un mélange de classicisme et d'avant-garde.
Mais, contrairement à l'album précédent où les 'thèmes' changeaient sans logique apparente, ici la 'mélodie' évolue plus 'harmonieusement', en continu, sans rupture abrupte.

La musique est indubitablement plus construite, moins chien fou, que sur l'album précédent.
Les répétitions ne se font plus ennuyeuses mais installent des atmosphères sur lesquelles les solistes racontent leur histoire.
L'omniprésence du violon et de la trompette qu'on pouvait déplorer sur le premier album n'existe plus, le groupe tire bien mieux parti de tous les instruments.
Car les violons grinçants demeurent l'ossature principale de cet album, les dissonances sont toujours bien présentes et il n'y a toujours pas de mélodie clairement dessinée, mais la lente évolution de la musique lui donne un caractère homogène plus facilement apréhendable que sur "Symphonie Pour Le Jour Où Les Cités Brûleront".

"Musique pour l’Odyssée" se décline en trois compositions, avec toujours en guise d’introduction une pièce de choix, le plat principal, dépassant allègrement le quart d’heure, faits de silences, d’éclats, d’osmose et de cacophonie orchestrée.
Comme sur "Symphonie pour le Jour où Brûleront les Cités", on retrouve ces longs dialogues violons / trompettes, qui ne sont pas sans évoquer Bélà Bartok.
Mais, fondamentalement, la musique ne change pas.

"Musique Pour l'Odyssée', morceau éponyme à celui du disque, développe une histoire dont on peut suivre le fil conducteur sans effort particulier malgré l'absence de véritable mélodie, où les dissonances sont maîtrisées et ne semblent pas gratuites, les ostinatos ne donnent plus l'impression d'une répétitivité laborieuse mais accompagnent une lente progression dont on peut comprendre la construction.
Tout en conservant son caractère original et avant-gardiste, le morceau se pare d'une intensité dramatique qui permet d'affronter les 17 minutes du titre sans ennui.
"Bruit, Silence – Bruit, Repos", bien moins sombre, rappelle tantôt le Boléro de Ravel par son entrée en matière orientalisante, tantôt Debussy et Satie par l'aspect minimaliste de certains développements.
Enfin, 'Trio "Lettre d'Automne"' célèbre la gloire des cordes, notamment des violons, dans un concerto moderne à la Vivaldi, gris comme un automne pluvieux. On sent le froid qui pénètre, on entend le vent qui souffle lugubrement, on voit la pluie qui ruisselle des branches défeuillées. Très cinématique.

Dans l’ensemble, "Musique pour l’Odyssée" semble moins chaotique que son prédécesseur, tout en affinant un peu plus son propos. Il est peut-être plus sombre sans vouloir nécessairement se faire violence.
Hormis cette propension au repli sur soi induit par une musique d'apparence austère, Art Zoyd jongle toujours aussi brillamment avec son sens de la dramaturgie; la mélancolie et le désespoir habité par le violon de "Lettre d'Automne" ne s'écarte pas en cela de la magie noire qui s'échappait des lignes mélodiques de "Masques", deuxième plage de leur précédent effort.

En soignant ses transitions et adoucissant ses traits, Art Zoyd livre avec "Musique Pour l'Odyssée" une œuvre originale et cependant très abordable.
On est encore loin des expérimentations électroniques que le groupe va peu à peu introduire dans sa manière même de concevoir la musique.
Par contre, celle écrite et jouée pour "l'Odyssée" possède ce souffle et cette force qui cimentent l'essentiel de leur oeuvre autour de leurs cinq premiers disques.

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L'album suivant, "Génération sans futur" paru en 1980, reprend les mêmes thèmes que "Symphonie Pour Le Jour Où Brûleront Les Cités", avec les mêmes musiciens.

Progmonster a fait une bonne analyse de ce disque:
...Gérard Hourbette et Thierry Zaboïtzeff ont toujours la main mise sur l’écriture du matériel, mais ils permettent l’inclusion timide d ‘une composition de Gilles Renard, "Speedy Gonzalez" et une autre d’Alain Eckert, "Trois Miniatures" que ce dernier se taille sur mesure pour mettre en valeur toute la fluidité de son jeu de guitare et qui a pour délicate mission de refermer ce nouvel opus, dans l'espoir de graver dans nos esprits une dernière image, indélébile.
Essai réussi, mais quelque part peu nécessaire, tant ce nouveau disque véhicule d'images fortes. Plus que jamais, "Génération sans Futur" semble démontrer qu'Art Zoyd a pris Univers Zéro pour modèle; l’atmosphère reste toujours aussi oppressante mais se diversifie quelque peu avec un coup de retroviseur étonnant lorgnant sur cette touche rock que l’on croyait à jamais éradiquée de leur mode d'expression, notamment dans la construction de la plage titre où le pathos, les ligne de piano et, pour la première fois, le jeu de batterie (assuré une fois encore par Daniel Denis), sont autant d'éléments qui corroborent cette hypothèse.
Avec "La Ville", la plage titre est le nouveau moment fort d'une carrière alors en plein bourgeonnement, vraissemblablement peu enclin à délaisser sa toujours aussi dévorante fascination pour les musiques contemporaines qui l'inspirent et une analyse vitriolée, non sans une pointe d'ironie, de notre vie en société au travers de leur filtre musical s'étalant au grand jour dans des morceaux aux énoncés sans appel.
Sans lyrisme, la musique d'Art Zoyd n'existerait pas pour ainsi dire.
Mais elle n'est jamais emphatique à outrance, instaurant une distance polie avec l'auditeur, quoi qu'il en soit appelé à contempler le spectacle d'introspection maladive auquel s'adonne les différents solistes, violoniste et trompettiste en tête.
Bien que des oreilles encore vierges puissent avoir du mal à en faire le discernement, "Génération sans Futur" reste sans doute l'oeuvre la plus équilibrée de leurs jeunes années...

De 1980 à 1984, Art Zoyd va tourner dans l’Europe entière et deviendra une figure de proue en matière de 'Musique Nouvelle' (ou 'Art Rock' ou 'Avant-Rock'…).

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Pendant le mois de Juillet de l'Eté 1980,"Symphonie Pour Le Jour Où Brûleront Les Cités" a été ré-enregisté à Hennuyères, en Belgique, avec une plus grande instrumentation, la technologie de son a été améliorée et l'album a été réédité sur le label Atem Records en 1981.

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C'est en 1982 que parait le nouvel album (double, celui-ci) du groupe intitulé "Phase IV".
Encore une fois, Progmonster en a fait une excellente analyse:

...Une tendance qui se confirmera bien au-delà des espérances sur "Les Espaces Inquiets", c'est l'assise que prend peu à peu Thierry Zaboïtzeff dans son rôle de compositeur pour le groupe ; cinq titres à son actif pour six à Hourbette, plus une improvisation collective (où seul Hourbette est entendu).
Ce sont sur ces douze plages aux climats variés que va s'ériger l'imposant "Phase IV", double album, qui va définitivement sceller le sort de ceux qui jusqu'à présent ne savaient pas trop quoi penser de cet ensemble de musique contemporaine, en stimulant écoeurement ou fascination.
Comme pour "Génération sans Futur", "Phase IV" va jouir de la production optimale d'Etienne Conod dans ses fameux Sunrise Studio, à Kirchberg, en Suisse, devenu, au début des années quatre-vingt, un des hauts lieux de tous les artistes privilégieant les chemins de traverses.
Ceux empruntés par Art Zoyd, bien que déroutant au premier abord, restent inchangés.
Malgré son évidente longueur, "Phase IV" est à la fois un parfait résumé de la carrière du groupe tout en abordant pour la première fois de nouvelles perspectives. Et celles-ci sont ouvertes principalement par Zaboïtzeff qui varie les instrumentations et révèle une écriture au potentiel mélodique insoupçonné ("Ballade", réminiscent des tous premiers Magma et, sous certains aspects, même Zappa).
Son "État d'Urgence" reste malgré tout la pièce la plus extrême du lot, en dépit de deux autres longues plages signées Hourbette ("Chemins de Lumière" et "La Nuit", effroyablement bons mais formellement moins audacieux).
Malgré le remplacement au pied levé de Patricia Dallio par l'intermittent Thierry Willems, l'environnement sonore déployée par Art Zoyd sur ces deux disques reste ancré dans sa gravité légendaire et demeurent d'une extraordinaire intensité.
Avec leur premier disque, "Phase IV" est probablement le disque d'Art Zoyd le plus riche en émotions fortes, à la différence près que ce dernier varie les plaisirs grâce aux interventions accrues d'un Zaboïtzeff qui se révèle enfin en tant qu'atout majeur, capable de donner du poids à des moments d'une indicible beauté...


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Un an plus tard sort leur nouvelle création intitulée "Les Espaces Inquiets"

Progmonster a écrit:
..."Les Espaces Inquiets" laisse entrevoir les prémices d’une intrusion bientôt exclusive de l’électronique au détriment de l’acoustique dont ils étaient jusqu’ici de brillants représentants.
"Légendes", en guise de prologue et d'épilogue au travers de ses deux parties, en est un bon exemple ; avec sa démultiplication d'effets sur les voix ou son parti pris d'un travail en boucle, il préfigure en quelque sorte ce qui est devenu la norme dans notre vingt-et-unième siècle. Il n’empêche ; la formule est plus convaincante que jamais, de par l’étendue de ses arrangements, illustré par l'excellent "Cérémonie", Art Zoyd gravissant indubitablement un nouvel échelon en terme de production.
Ne faisant en aucun cas la moindre concession, "Les Espaces Inquiets" demeure sans aucun doute le plus facile d'accès des disques d'Art Zoyd, tant au niveau de leurs travaux antécédants que de ce qui va suivre. Le groupe, lui, se stabilise avec le remplacement de Michel Thomas par Didier Pietton au saxophone, avec les toujours fidèles Jean-Pierre Soarez, à l’étincelante trompette, et Patricia Dallio dont le piano a pris ici une place encore accrue.
Ce qui reste néanmoins le fait le plus marquant de ce cinquième album - et pourtant aussi le plus paradoxal - après l'imposant double album "Phase IV", c'est la contribution quasi exclusive de Zaboïtzeff, ne laissant à Hourbette le soin de placer qu'un seul titre, la tout de même imposante suite en trois actes "Images d'une Ville Poussière", fait assez rare dans leur longue carrière.
Il serait toutefois erroné de considérer que ce côté plus abordable (toutes proportions gardées) serait imputable à l'omniprésence de Zaboïtzeff.
Ce sont en effet sur ses titres que le plus de nouvelles choses sont tentées : introduction du synthétiseur, des boîtes à rythme aussi ("Migrations"), même si le ton général semble plus posé. Par la suite, on le sait, Hourbette reprendra très vite les commandes pour orienter de plus en plus son travail sur les structures sonores et les manières de jouer avec elles quel qu'en soit le média...


La même année, Art Zoyd tente une première 'alliance de la musique et de l’art visuel' grâce au chorégraphe Roland Petit qui les remarque lors d’un concert télévisé et leur passe commande d’un ballet intégral: "Le Mariage du Ciel et de l’Enfer", créé au Festival de la Scala à Milan.
Avec Art Zoyd sur scène, le ballet sera repris pour trente représentations en France, dont douze au Théâtre des Champs Élysées à Paris.

Dans un spectacle outrageusement noir où le spectre de Pasolini croise celui de James Dean et de la mort, la musique d'Art Zoyd trouve un contexte parfaitement approprié à sa démesure.

C’est une véritable révélation que cette musique aussi radicale dans ses développements et ses choix, puisse séduire des foules hétéroclites, peu habituées aux harmonies dissonantes et aux chocs rythmiques d’un nouveau genre, mêlant instruments amplifiés, instruments électriques, bandes, voix…
L’envie est là dorénavant, d’allier musique et art visuel. Alliance de la musique avec l’art vivant comme la danse ou le théâtre, ou avec l’image comme le cinéma muet ou la vidéo.

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Ce n'est en 1985 que "Le Mariage Du Ciel Et De L'Enfer" parait en LP.

Euka en a fait une belle analyse:
..Le Mariage Du Ciel et de l’Enfer est à la base un ballet commandé à Art Zoyd par Roland Petit.
Cependant loin de n’être que le complément sonore de ce ballet, Art Zoyd a su délivrer à sa musique une personnalité, un ensemble de sentiments allant jusqu’à en faire une œuvre indépendante, débordant d’émotions.
A cette époque, le groupe ne s’est encore pas attaqué à la musique de films (Nosferatu, Faust, …), mais ce premier pas d’une création basée sur un spectacle visuel ouvre le chemin suivi par le groupe les années suivantes. Mais Art Zoyd reste avant tout une expérience sonore unique…
Tout au long d’environ 70 minutes, l’auditeur se retrouver tiraillé, harcelé entre les deux facettes sauvages des 9 compositions qui s’unissent l’une à l’autre avec une sensualité presque séductrice.
Dès les premières notes, éclats enfantins capturés sur la bande, on peut ressentir cette dualité présente, ce combat de chaque partie pour préserver son existence : cordes aériennes et sons cristallins se frottent à l’inquiétude amenée par cet Enfer. Chaque morceau dégage une ambiance particulière.
Lorsque Sortie 134 Part 1 débute, ce sont les portes de la réalité qui se ferment. Le Ciel fait son apparition, grâce à quelques notes éclatantes préservant de la bestialité de l’Enfer à venir, bénédiction de ces voix angéliques parvenant à l’oreille de l’auditeur.
Cryogenese - Reve Artificiel ne serait point un rêve, mais plutôt un cauchemar, descente aux enfers du voyageur de l’imaginaire avec ce coté étouffant, presque paranoïaque… quand en surgissent les derniers sons, une respiration haletante, apeurée et plaintive se fait entendre, comme si finalement le rêve n’en était plus un.
Les notes se succèdent, rires imprudents sur Io 1, cris apeurés sur Io 2 ou voix fantomatiques sur Io 3. Les deux mouvances correspondent aux mots échangés par les mariés. Facilement identifiables, ils précédent la marche nuptiale et l’union amenée par les deux derniers morceaux. Et lorsque des voix résonnent, ce ne sont pas des cris de joie, mais plutôt le brouhaha fêtant l’événement imaginé par Art Zoyd. Sur la fin de Cryogenese - Les Portes Du Futur, lorsque les notes sortent droit d’un film d’horreur des années 30, l’Enfer se veut puissant, ouvrant le dernier chapitre de ce Mariage Du Ciel et de l’Enfer.
Le point le plus inquiétant reste ces rires d’enfants disséminés sur Le Mariage Du Ciel et de l’Enfer.
Hors contexte, ils seraient rassurants, source de joie et de bonheur, mais lorsque ils résonnent ici, le coté intriguant en ressort. Fantômes sonores d’une allégresse disparue, emportés par l’Enfer, ils créent une tension palpable, échos d’un plaisir rongé par ce malaise sonore…
Et lorsque les dernières notes fuient, ce ne sont pas pour se réfugier dans des contrées imaginaires, mais pour annoncer que deux êtres se sont unis en grande pompe…
Ce Ciel et cet Enfer ne sont pas uniquement nommés, mais sont aussi présents dans chaque mouvement, se mariant et s’emportant dans un enchevêtrement de sons à l’image du monde dont ils sont issus...


Art Zoyd crée alors des musiques de films, comme "Nosferatu" (1988) et "Faust" (Rome – 1993) de F.W. Murnau, "Häxan" de Benjamin Christensen (Queen Elisabeth Hall – Londres 1995).
La réussite est étonnante: "Nosferatu" est toujours représenté, plus de quinze ans après sa création, "Häxan" et "Faust" également jusqu’en 2001 et 2003.

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"Berlin", paru en 1987 est l'un des disques-phare du mouvement Art Rock. Maniant puissance incantatoire et imagination foisonnante, cet album nous renvoie à la fascination qu'exerçait cette ville scindée à une époque d'avant le mur.

Là encore, Progmonster en a fait une très bonne analyse:
...La musique d'Art Zoyd est si dense et demande un tel effort d'écoute qu'il fallait bien une pause prolongée avant d'aborder leur seconde partie de carrière. Comme une fissure qui ne cicatrisera jamais, "Le Mariage du Ciel et de l'Enfer", publié en 1985, était venu poser les jalons de leur grammaire future. Plus tôt encore, "Les Espaces Inquiets" laissait déjà timidement entrevoir cette nouvelle orientation qui, à l'instar de nombreux autres groupes, allait concéder du terrain à ce que l'on pourrait sommairement désigner en tant que fascination technologique.
Bien qu'étant toujours en soi un des plus respectables vulgarisateur de la musique de chambre contemporaine dans un contexte rock (entendez populaire), Art Zoyd montre clairement sur "Berlin" qu'il envisage sa musique désormais autrement. "Epithalame", monumentale pièce de vingt minutes, induit le trouble et l'effroi à grand renfort de programmations électroniques auxquelles viennent s'opposer une instrumentation dite classique, matérialisant les visions biomécaniques chères à Hans Ruedi Giger.
Le trompettiste Jean-Pierre Soarez n'est plus convié à la fête ; qu'à cela ne tienne, les synthétiseurs combleront son absence dans la limite de leur capacité ("A Drum, A Drum"). Par conséquent, point d'envolées lyriques ou d'interventions impétueuses ici, "Berlin" enfonçant l'univers d'Art Zoyd un peu plus dans le sinistre et le lugubre.
Leur approche "classique", sans jamais avoir été académique en aucune façon, cède le pas ici à une recherche de tous les instants sur les textures, les sonorités les plus originales possibles, quitte à simplifier à outrance leur mode d'écriture ("Unsex Me Here"). L'atmosphère plus Univers Zero que de coutume (précédant d'une quinzaine d'années ce que le groupe belge allait accomplir sur "Implosion") possède même une petite touche Present par l'entremise de la voix scandée de manière détachée et malsaine par Thierry Zaboitzeff.
À noter que sur sa version vinyle, "Berlin" ne comportait que deux titres...


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En 1988, Art Zoyd fait sa propre création de "Nosferatu" sur le film de F.W. Murnau.
Le groupe projète un pont entre la poésie, la générosité, l'esprit de découverte de Murnau et son propre espace d'émotions sonores et de technologie.
À l'aube des années quatre-vingt dix naissantes, Art Zoyd entre dans une longue période d'introspection, où son travail de recherche et son talent créatif vont être tout entier dédiés aux musiques dites 'de spectacle', prolongeant l'expérience du partenariat unique qui les lia à Roland Petit.
Fidèles à leur goût prononcé pour le sombre et l'expérimental, Art Zoyd jette cette fois son dévolu sur l'art expressioniste du réalisateur Allemand Friedrich Wilhelm Murnau.
Par la force des choses, on découvre un Art Zoyd concis, nous proposant des titres ramassés sur trois minutes.
Car cette fois, la main mise des programmations machines sur les interventions humaines organiques semblent avoir définitivement pris le dessus.
Il demeurera néanmoins une porte d'accès privilégiée auprès de tous les amateurs éclairés de dark ambient et autres musiques aux relents gothiques et industriels afin de se familiariser à l'oeuvre exigeante d'Art Zoyd.

Encore une bonne analyse, mais cette fois-ci, c'est signé Euka:
...Dans le cadre de sa réappropriation des bandes sonores de vieux films ("Faust", "Metropolis", ...), Art Zoyd a été amené à travailler en premier sur le "Nosferatu" de Murnau.
Œuvre de 1922, culte de par son traitement de l'histoire, romantisme épuré à travers chaque image, aussi bien que par son acteur principal par lequel le vampire apparait comme un être humain apeuré et non un monstre sanguinaire...
Art Zoyd reste avant tout un groupe expérimental, et chacun des 20 morceaux qui composent "Nosferatu" s'en ressent. Que ce soit "La Peste" (avec sa voix parlant au dessus de sons tirés de la faune et de la flore (bruit de ruisseau, chants d'oiseaux, ...)), "Rumeurs" (où les notes résonnent telles des voix indistinctes s'échangeant des propos lointains), où "Le château" (imaginez vous seul, la nuit, dans les ruines d'un château d'écosse et laissez vous bercer par l'inquiétude dégagée par le moindre bruit), sur près de 70 minutes de bruits, notes et voix, on peux voir défiler le film devant nos yeux.
Non pas un film comme le "Dracula" de Coppola, mais bien le "Nosferatu" de Murnau, avec son absence de paroles, son image défraichie et ses acteurs si expressifs...
Chaque morceau correspond à une étape du film, "Le Voyage de Harker", "Le maître Arrive", "La Peste", … autant de noms qui évoquent, pendant quelques minutes, quelques morceaux de pellicules. Et à l’image du film, la musique est terrifiante ("Le Château"), grandiloquente ("Marées"), mystérieuse ("Beffroi").
Ne vous imaginez pas que "Nosferatu" est un album qui se laisse écouter, loin de là. C’est plutôt une expérience sonore à part entière, qui se savoure délicatement, qui s’écoute en noir et blanc…
Le groupe continue dans le virage amorcé par "Le Mariage du Ciel et de L’Enfer", avec cette volonté d’utiliser tout instrument, tout bruit, qui lui passe à portée de main (voix, bandes, percussions, vents, …).
Certaines compositions vont même au-delà du film, comme "Rumeurs I, II & III". On ne peut parler de morceaux simples, mais plutôt d’un assemblage de sons épars. La voix, sur "Rumeurs III", chantée dans un dialecte mystérieux, donne cette sensation d’impersonnalité, de rumeurs à proprement parler. "Nosferatu", à l’image du vampire du film, se révèle monstrueux, taillé au burin. Des bruits, semblables à des cris de douleurs, résonnent, montrant la solitude et le désespoir du personnage.
Bien loin d’être un album illustrant le film, ces compositions possèdent leur propre personnalité, celle que le groupe lui a insufflée à travers sa compréhension du film.
Art Zoyd n'offre pas qu'un ensemble de morceaux à écouter légèrement, mais bien une nouvelle vision du film. Oeuvre intemporelle, à l'image du long-métrage, "Nosferatu" n'en reste pas moins un chef d'œuvre dans la discographie d'Art Zoyd, pourtant déjà excellente. Car finalement, Nosferatu ne vampirise-t'il pas ses victimes pour en extraire leur précieux fluide, comme Art Zoyd nous aspire notre âme lors de l'écoute de Nosferatu ?...


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En 1990 sort "Art Zoyd - J.A. Deane - J. Greinke", un album un peu en dehors de la discographie du groupe.
Art Zoyd a composé le premier tiers de ce CD divisé en trois. Il date de l'ère post-"Berlin" de leur travail (en particulier la période entre "Nosferatu' et "Marathonnerre"), avec les synthés et le sampling qui ont commencé de manière significative en augmentant leur approche Rock de chambre de cette période et mettant en avant dans leur musique une autre sorte de gravité solennelle de leur travaux antérieurs plus acoustiques.
Ce matériel de 23 minutes, à la fois sinistre et attirant, est inédit ailleurs que sur ce disque.
Quant au deux tiers restants, J.A. Deane et Jeff Greinke, collaborateurs de Jon Hassell et Butch Morris, entre autres, créent une musique qui n'a pas grand chose à voir avec Art Zoyd!

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"Marathonnerre I" 1992

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"Marathonnerre II" 1992

selon hern42:
...Comme souvent la musique d'Art Zoyd est couplée avec une expérience visuelle, ici spectacle marathon de 12 heures, mi théatre mi danse mi juste expérience visuelle et sonore, le groupe jouant live pendant aussi 12 heures (et la pose syndicale nom de nom !!).
Atonal nous propose sur ces deux CDs une sorte de compilation des meilleurs moments du spectacle, rien ne pouvant bien entendu remplacer ni égaler ce qui a dû se passer lors du spectacle...
C'est donc la force mais aussi la faiblesse de ce double CD, on sent bien qu'il y a quelque chose mais on sent aussi bien qu'il nous en manque. La musique en elle m^eme est assez typique d'Art Zoyd, assez indescriptible, porteuse d'imaginaire et répétitive sans l'être.
J'aime beaucoup ce groupe pour son approche très personnelle et originale de l'orchestration, il faut tout de même reconnaitre que cette bande son est très bien en fond sonore mais qu'on n'arrête que rarement son activité pour se dire woaw qu'est-ce qu'il se passe au niveau des bruits là ? Comme ça arrive dans "Berlin" ou bien "Le marriage..." lorsque l'univers soudain est pris dans la musique sans qu'on lui demande son avis.
Ne vous méprenez pas, ça reste de la qualité mais pas sur le même pied que les deux autres, pas intrinsèquement.
De nos jours on résoudrait sans doute rapidement l'affaire avec un bon DVD de derrière les fagots mais en 93...


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"Archives I (1969-1985)" 1992 + "Archives II (1984-1987)" 1989

Pour les fans du groupe, une compilation intitulée "Archives" est parue dans le courant des années 90.
Il n'y a pratiquement pas de renseignements sur ce disque, sauf que les morceaux ont été enregistrés pendant les périodes pré-citées...

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En 1993, Art Zoyd crée "Faust" sur un second chef-d'œuvre de F.W. Murnau.
Le groupe a conçu la musique comme un livret d'opéra en lui refusant tout rôle décoratif.
C'est en effet la deuxième fois qu'Art Zoyd se propose de mettre en musique un film muet, qui plus est lui aussi réalisé par Murnau!
Si sept années séparent "Faust" de "Nosferatu", le groupe reste fidèle dans son intention et son approche, même si le rendu est à fortiori bien différent.
Plus que jamais, on prend toute la mesure du poids que revêt désormais le progrès technologique en terme d'instrumentation et de composition dans le processus créatif de la paire Hourbette / Zaboitzeff, compositeurs du sombre et de l'expérimental.
Il ne reste pratiquement rien de l'ambition d'écriture affichée autrefois par le groupe sur des albums comme "Symphonie Pour Le Jour où Brûleront les Cités", "Musique pour l'Odyssée" ou "Génération sans Futur".
Tout ici est tourné vers la matière sonore, recherche d'ambiance et de textures, tantôt vaporeuses et apaisantes, tantôt agitées et dérangeantes, tout en percussions, représentation pour trop évidente d'un manichéisme sommaire entre angélisme et son contraire.
Art Zoyd n'échappe pas à la facilité non plus ("Marais" est redondant jusque dans son titre), mais dans l'ensemble, peut-être parce que le groupe a l'intelligence de ne pas tomber dans le contraste à outrance, en cela sans doute aidé par toute la retenue dont fait preuve le film original, l'écoute de "Faust" apparaît comme moins linéaire et prévisible que son prédécesseur, même s'il ne s'en dégage pas toujours des moments mémorables. L'une comme l'autre, après les représentations publiques pour lesquelles elles ont été conçues, ces illustrations sonores connaissent aujourd'hui une seconde vie en CD; celle de simple musique de fond.
Musique de fond de qualité tout de même...
"Faust" ne parait en CD qu'en 1996...

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1995 voit la création de "Häxan" sur le film de Benjamin Christensen.

D'après Progmonster:
...Jamais deux sans trois... Art Zoyd remet très rapidement les couverts pour une ultime (disent-ils) adaptation musicale d'un film noir et blanc des années vingt. Cette fois, ils s'attaquent au "Häxan" de Benjamin Christensen, entreprise qui aura au moins le mérite de mettre en lumière l'oeuvre unique de ce réalisateur d'origine danoise. Quand on connaît le sujet du film, on comprend mieux pourquoi Art Zoyd a tant tenu à lui donner un relief sonore.
Jugez plutôt ; développé sur le mode du docu-fiction, le film traîte en réalité de sorcellerie, sujet vaste s'il en est et propice à l'imagination. À l'instar de "Faust", commercialisé un an plus tôt, "Häxan" jouit de la même instrumentation et du même agencement des textures, plutôt sourdes et souterraines, où il suffit simplement de prolonger la répétition d'une seule note crispante pour installer l'ambiance glaciale et angoissante qui caractérise cette oeuvre aux relans gothiques appuyés (l'imposant "Glissements Progressifs du Plaisir"). Les portions les plus ouvertements synthétiques ont du mal à passer sans encombres, mais on finit par s'accommoder assez rapidement de ses légers désagréments, heureux que nous sommes de retrouver Art Zoyd dans ce qu'il maîtrise le mieux ; les longues suites.
Des trois musiques de film que réalisera le groupe en quasiment dix ans (entre 1989 et 1997), "Häxan" emporte la palme de la réalisation la plus extrême alors que paradoxalement elle semble avoir été celle qui aura nécessité le moins de temps à son accomplissement. On ne renoue pas avec l'approche d'antant, mais Art Zoyd continue imperturbablement à démontrer qu'il est sans conteste le chantre des musiques au climat fondamentalement malsain.
"Häxan" a aussi ceci d'important qu'il est en vérité la dernière participation active de Thierry Zaboitzeff avant son départ définitif du groupe après presque trente ans d'activités (!), et ce alors que sa contribution au présent disque se révélait être des plus déterminantes ("Épreuves d'Acier")...


Häxan parait en CD en 1997.

L’ensemble effectue de nombreuses tournées en Europe, mais aussi aux Etats-Unis (Festival du Lincoln Center à New York), à Hong Kong, Australie (Adelaide Festival), Japon (1997 et 2002), Mexique (1996, 1999 et 2003).
Art Zoyd reste par ailleurs sollicité pour différents événements comme l’inauguration du Globe Arena de Stockholm, et réalise aussi des musiques de scène.

Art Zoyd ouvre ses studios à des créateurs et des compositeurs extérieurs et s’associe pour trois ans à l’Orchestre National de Lille amorçant le projet Dangereuses Visions, alliant orchestre symphonique, technologies musicales et images.
Luc Ferrari, Gérard Pape, Thierry de Mey, Heiner Goebbels, Pierre Vasseur, Helmut Oehring, Christophe Maudot, Eric Sleichim, Granular Synthesis, Gérard Hourbette, pour la musique et Granular Synthesis, dumb type, Michael Saup, Lydie Jean-Dit-Pannel, Hagen Klennert, Geert Mul, Safy pour les images, participent à ces « aventures » d’un nouveau genre.
Plus de 20.000 spectateurs assistent à ces concerts (Lille, Créteil, Maubeuge, St Pölten, Mexico).

À partir de 2000, Art Zoyd prolonge l’entreprise et s’associe pour un nouveau projet à long terme intitulé: "Expériences de Vol", à l’Ensemble Belge Musiques Nouvelles, afin de fonder un Centre Transfrontalier de Production et Création Musicales, accueillant des compositeurs ou artistes en résidence.
Les pièces sont créées sur scène, puis enregistrées en studio par des musiciens d’Art Zoyd et de Musiques Nouvelles.
Ce centre élargit les activités du studio à la production incluant l’aide à des projets multiples (aide à la création, concours de composition, formation, stages, projets avec des amateurs…)

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Ce qui nous amène à l'album suivant intitulé "u.B.I.Q.U.e" paru en 2001.
Il a fallu à "u.B.I.Q.U.e" plus de quatre années d'élaboration.
Construit autour d'une œuvre énigmatique de l'écrivain Philip K. Dick, c'est un hybride, ni fantôme de l'opéra, ni symphonie.
Art Zoyd utilise plusieurs schémas rythmiques qui s'enchevêtrent, des éléments arithmétiques parcourent la pièce entière de façon obsessionnelle soumis à des processus de rétraction et d'extension.
Ce projet particulièrement ambitieux puisqu'il associe plus de cinquante musiciens est un véritable hymne à la disproportion et à la démesure.

Progmonster en a fait une belle analyse:
...Avec "U.b.i.q.u.e.", Art Zoyd entame une troisième partie de carrière, découpage aléatoire qui n'est du qu'à l'absence de l'ancien pilier Thierry Zaboitzeff.
Car en réalité, formellement, peu de choses ont changé depuis "Häxan".
Certes, le groupe n'est plus tout à fait le même; Berckmans et Denis viennent renforcer pour un temps seulement la connexion Univers Zero alors que l'on y retrouve avec étonnement Mireille Bauer, ancienne percussioniste de Gong, que j'imaginais personnellement assez mal en train d'évoluer dans un tel contexte...
Mais musicalement, seules les quelques mises à jour technologiques survenues dans ce court laps de temps séparent "U.b.i.q.u.e." de "Häxan"; impression de parenté d'autant plus renforcée que l'album s'ouvre sur neuf nouvelles variations de "Glissements Progressifs Du Plaisir", partageant avec l'original ces zones de silence lourdes de tension et son thème principal que l'on retrouve à partir du sixième mouvement, "La Chute des Anges".
Est-ce à dire que Art Zoyd n'a désormais plus rien à dire au point de se répéter d'un disque à l'autre?
On serait en effet presque tenté de le croire, la suite climatique "Métempsychose" en sept mouvements provoquant peu de remous.
"U.b.i.q.u.e." nous montre avant tout que l'emprise de la musique générée par voie informatisée ne cesse de s'accroître de parutions en parutions, et ce alors que cette nouvelle oeuvre originale - la première depuis "Berlin"! - ouvertement dédiée à Philip K.Dick mais sans lien aucun avec quelque oeuvre cinématographique que ce soit, serait en réalité un projet de scène qui, paraît-il, met à contribution près de cinquante musiciens!
Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'à l'écoute du disque, on a bien du mal à le croire...
À priori, quel que soit le contexte, Art Zoyd reste égal à lui-même. Il y a autant de raisons de s'en réjouir que de s'en lamenter, l'architecture sonore bâtie par le groupe depuis tant d'années ayant été assimilée et transcendée depuis belle lurette par quantité invraisemblable d'autres artistes...


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En 2002 parait "Expériences De Vol 1-2-3".
Musica ex machina ! La lutherie électronique a ouvert depuis plus d'un demi-siècle un fabuleux champ d'invention sonore.
Depuis les ondes Martenot jusqu'à l'échantillonneur, le "phonôme" humain, son patrimoine sonore, est en constante expansion.
Leur proximité géographique (Maubeuge et Mons) tout comme la complémentarité artistique d'rt Zoyd et de MUSIQUES NOUVELLES ont permis aux deux structures de marier leur singularités.
Treize compositeurs ont chacun écrit une pièce pour l'Ensemble MUSIQUES NOUVELLES (fondé par Henri Pousseur en 1962, aujourd'hui dirigé par Jean-Paul Dessy) enregistrée dans le studio d'ART ZOYD.

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En 2001, Art Zoyd crée et enregistre "Metropolis" sur le film de Fritz Lang, pour la nouvelle version intégralement restaurée.
"Metropolis" est une sorte de 'méta-musique' issue de la superposition des musiques de plusieurs compositeurs: celles de Gérard Hourbette, de Patricia Dallio et de Kasper T. Toeplitz.
Cette même année, Gérard Hourbette compose également une musique pour la chorégraphie de Karole Armitage, "Le Chat de Schrödinger" pour le ballet National de Nancy.
Art Zoyd s’oriente désormais de plus en plus vers la recherche, notamment sur les lutheries et interfaces (capteurs, theremin, temps réel…), associant le compositeur Kasper T. Toeplitz à ces recherches ainsi que différents assistants et développeurs liés ou non à d’autres studios et instituts.

Mais revenons à "Metropolis" qui est surprenant par son élaboration et son maelström sonore: L'univers musical unique du groupe entre musique populaire et musique contemporaine, dévoile en filigrane une gigantesque fête foraine où les sons et les bruits s'amoncellent, s'aliènent et finissent par un univers intemporel.

Pour Progmonster:
...Si vous enfiler un disque de Art Zoyd relevait déjà de la torture, l'envie impérieuse d'écouter ce nouveal album - double qui plus est - ne risque pas de vous arriver!
Deux heures trente d'abstractions électrorchestrales complètement froides qui, bien qu'ils s'en défendaient il y a peu, revisitent une fois de plus un film muet, et pas n'importe lequel puisqu'il s'agit ni plus ni moins du mythique "Metropolis" de Fritz Lang!
En réalité, il s'agit là d'un projet auquel Gérard Hourbette tenait depuis de très nombreuses années, un projet pour lequel il aura fini par céder et dans lequel - il n'y a pas de hasard - on retrouve tout ce qui synthétise l'âme du groupe depuis maintenant une bonne décennie, à savoir cette fusion entre homme et machine.
Comme ont pu le montrer leurs publications précédentes, avec toute l'énergie déployée par le groupe pour se créér une identité visuelle, c'est sans doute encore dans le cadre du concert qu'Art Zoyd demeure le plus pertinent.
Qu'il s'agisse de "Marathonnere", des adaptations pour films de Murnau ou même dans leurs projets orchestraux, Art Zoyd a aligné une série de disques que l'on ne peut considérer autrement qu'en tant que témoignage de leur intense activité scénique, mais difficilement comme une représentation fidèle et absolue du concept dans son ensemble.
C'est de ce si difficile grand écart dont souffre Art Zoyd aujourd'hui. L'ambitieux "Metropolis" y échappe un tant soit peu de par sa nature intrinsèque; il y a d'abord l'originalité du procédé en lui-même (chaque morceau étant un collage de compositions individuelles, recombinées d'un titre à l'autre dans une série de séquences dissemblables), stimulant un vrai désir de découverte.
Ensuite, il y a l'agencement du disque en lui-même qui propose en clôture deux autres plages, "Le Chat de Schrödinger" et l'obscur "Appars" que l'on doit à Kasper Toeplitz, frôlant les vingt minutes chacun, le tout se présentant comme un formidable résumé de ce que Art Zoyd a à nous offrir aujourd'hui...


"Metropolis" sort en CD en 2002.

Art Zoyd crée pour Lille 2004 Capitale Européenne de la Culture, "Armageddon", la première opérette pour robots avec le roboticien Louis-Philippe Demers et Musiques Nouvelles.

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"Expériences De Vol 4 - 5 - 6", avec Jean-Paul Dessy, Gérard Hourbette, Art Zoyd, etc / Compositions de Giuliano D'Angiolini, Phil Niblock, Iancu Dumitrescu, Zbignew Karkowski, François-Bernard Mache, Francis Faber, Henri Algadafe, Stevie Wishart, Phil Von, Todor Todoroff, Daniel, parait en 2005.
Aux volumes 1, 2 et 3 des Expériences de Vol sortis en 2002, ce triple album offre le complément discographique des créations de 2002, 2003 et 2004.

En 2005, Art Zoyd s'installe à Valenciennes et ils créent 'Les magasins Réunis' avec l’ensemble Ars Nova...

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En 2006, c’est un projet avec une création vidéo de Dominik Barbier qui voit le jour, "Le Champ des Larmes".
Cette oeuvre, oratorio électronique, mêle les musiques de Kasper T. Toeplitz et Gérard Hourbette.
Les Enfers étaient traversés par cinq fleuves: le Styx (qui bordait au nord le Champ des Larmes), le Phlégéton, l’Achéron, le Cocyte, et le Léthé.
Ces cinq fleuves pourraient être les cinq parties d’un concert mettant en scène image et son, le fleuve faisant office de lien créatif en un flot unique et ininterrompu.
Sur ce thème, Gérard Hourbette, Kasper T. Toeplitz et Dominik Barbier ont construit une écriture symbiotique entre musique et images électroniques.
“...Varier les limites d'un champ audible, les préciser ou au contraire en 'flouter' les contours, accélérer un mouvement statique, varier le point de gravité d'une masse inerte, alourdir un mouvement continu, sont autant de comportements familiers à ma musique et autant de sensations assimilables à l'idée de l'eau...“ (Kasper T. Toeplitz)

Selon Progmonster:
...Dès le départ, on sait que "Le Champ des Larmes" va reproduire l'écueil sur lequel Art Zoyd s'est trop souvent buté depuis maintenant près de vingt ans. À l'heure du dvd, s'échiner à transposer sur compact disc un spectacle multimédia comme celui-ci, relèverait presque de l'hérésie pure et simple. Conçu à trois par l'indélogeable Gérard Hourbette et le bassiste Kasper Toeplitz (ce dernier se montrant plein d'initiative et débordant d'énergie depuis qu'il a rejoint Art Zoyd) pour la musique, et Dominik Barbier pour les projections vidéos, "Le Champ des Larmes" est un spectacle total qui - et c'est à souligner - ne nécessite pas l'intervention de leur créateur, les représentations étant assurées par Jérôme Soudan, Daniel Koskowitz, Yukari Bertocchi-Hamada et la fidèle Patricia Dallio. Présenté officiellement comme étant un oratorio électronique, "Le Champ des Larmes" est paradoxalement ce que le groupe aura accompli de plus organique depuis fort longtemps. La place des percussions y est prépondérante. En effet, si l'électronique est encore présente, elle vient souligner l'oeuvre par instants, jamais très loin, mais en retrait, comme un fil de sécurité qui délimiterait le cadre et en assurerait sa pérennité. Minimal par raison, plus abstrait que jamais, la musique n'étant plus ici que matière et timbre sauf à de rares occasions (comme sur "Abundans Civitas"), la tension se crée toute seule à partir d'éléments discrets mais tendus. On reste quelque part dans le prolongement d'autres titres tel que "Appars" - déjà proposé par Toeplitz sur "Metropolis" - à mettre en corrélation aussi avec les travaux accomplis par le groupe en compagnie du Musique Nouvelle Ensemble sur les deux volumes de "Expériences de Vol", peut-être moins connus. Si le résultat s'avère concluant, voire même séduisant en de nombreux endroits, l'expérience, elle, reste, envers et contre tout, fondamentalement incomplète...


Et comme deux avis valent mieux qu'un, pour Euka:
...Le Champ Des Larmes. Surréaliste par le nom et la musique, Art Zoyd consacre ainsi un disque à l'un des éléments naturel les plus présents et nécessaire : l'eau. Après une série de disques consacrés à des bandes originales de vieux films, Art Zoyd s'attaque à un nouveau pavé, un album consacré à un élément. Alors qu'en est-il de ces 10 titres qui tourbillonnent sur la platine ?
L'eau. Elément naturel composé de deux molécules d'Hydrogène et d'une d'Oxygène. Et Art Zoyd se lance dans un oratorio mêlant donc musique et vidéo. Le groupe va donc construire le disque autour du spectacle donné. Toutes les phases de l'eau y passent : on se sent porté par le courant et immergé dans Fleuve / Bruit1, assis au bord de la mer un soir d'été sur Eclats de Souffle ou face au feu, élément opposé à l'eau, sur Incendium. Les instruments semblent chacun désordonnés, sans fil conducteur ni sens propre, mais au final, l'assemblage de tout ces élément donne cette sensation de se retrouver entouré de liquide. En effet, l'électronique semble à nouveau s'effacer au profit des percussions, sans pour autant retourner dans les premiers amours du groupe. Les quelques sons autres (des voix sur Murmur Fulminis) sonnent distordus, non distincts, augmentant cette impression d'immersion. Parfois, les notes deviennent dérangeantes, créant un malaise dont l'origine peut paraitre inconnue (le son strident sur Fleuve de Pluie / Fleuve Bruit 2 ou les percussions énigmatiques sur Achron Le Fleuve Obscur). Ceci crée une dimension étrange, comme si l'eau était peuplée de mystérieuses créatures, ou alors simple déformations par l'eau de bruits extérieurs ? Tout prend une autre dimension, la moindre note peut paraître inquiétante. Expérience éprouvante car hormis cette sensation d'eau, les morceaux se succèdent naturellement, avec une transition toujours coulante, mais toutes les compositions sont riches, et peut-être tellement différentes et courtes qu'on ne prend pleinement conscience de l'une que déjà la suivante débute, détruisant les repères. Spectacle composé pour allier musique et vidéo, il manque la seconde partie pour ressentir l'ampleur du travail.
Beaucoup plus difficile d'accès que ses prédécesseurs et à la fois plus simple, Le Champ Des Larmes se ressent. Il est juste nécessaire de se laisser porter par les sons, courant phonique basé plus sur la perception qu'autre chose. La sensation d’Art Rock est bien présente, et au final, les avis seront tranchés, Bruit ou Musique ? Il n'en reste qu'Art Zoyd signe ici, pour les adeptes de ce style (ou même les curieux), un album prenant et complet...


En 2007, Art Zoyd crée "Eyecatcher – L’homme à la caméra", une 'fantaisie dramatique' sur les 'anciennes modernités' mêlant les images de synthèses de Cécile Babiole et le cinéma muet de Vertov, les instruments d’aujourd’hui et ceux d’hier: Theremin, Ondes Martenot, violon Stroh.
Et création Fleuves de Lumières en association avec le Groupe F pour Valenciennes...

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En 2008 Art Zoyd crée "La chute de la Maison Usher" sur le film de Jean Epstein au musée du Louvre à Paris, avec Laurent Dailleau, Gérard Hourbette, Nadia Ratsimandresy, Yukari Hamada-Bertocchi, Jérome Soudan, Iantha Rimper, etc.

Pour Gérard Hourbette:
...La lenteur, cette lenteur, ou langueur pesante, tout au long du film, mouvements ralentis, visions dédoublées, souffles de vent, hantant la demeure des Usher, ou griffant les paysages, ne dissimule que les frémissements et les palpitations d’un monde clos.
C’est ce monde-là, à l’orée des songes ou de la mort, qui m’intéresse, ou me fascine.
Il a suscité une musique qui garde des traces tant de musiques rituelles, Gagaku ou khmères, que de fréquences et bruits électroniques, ou d’échos d’industries.
J’avais envie, prolongeant l’expérience de Metropolis lequel superposait jusqu’à cinq musiques différentes, d’imaginer cette sorte de musique rituelle, comme parcourue de frémissements et de fulgurances, de musiques hétérogènes, non pas comme dans Metropolis, figurant le chaos, mais suggérant ce qui est caché et affleure, ce qui est fugitif ou hanté.
Car ne sommes-nous pas tous parcourus ou traversés par des fantômes ?
L’idée est donc d’enlacer ou d’entrelacer ces musiques, comme autant de discours chimériques, comme les conversations qu’auraient les spectres, ou celles que nous menons en silence, avec notre passé, ou bien notre futur. Les musiques entrelacées sont de Didier Casamitjana, Patricia Dallio, Kasper T. Toeplitz et moi-même...


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"Experiences De Vol #7 / Pure Noise" avec Ulrich Krieger, saxophones / Carol Robinson, clarinettes / Laurent Dailleau, theremins / Jérôme 'Mimétic' Soudan, percussions / Erik Baron et Kasper T. Toeplitz, basses / Carl Faia, développement informatique & live électrique, parait en 2009.
“Pur bruit ou bruit pur, tel un cataclysme, ou l'annonce d'un cataclysme, ou son résultat. Trois compositeurs (Dror Feiler, Kasper T. Toeplitz, Ulrich Krieger), trois approches du 'bruit pur' comme un matériau malléable mais surtout comme un jalon d'une nouvelle musique aux antipodes de la tranquille post-modernité” (Gérard Hourbette).

Wotzenknecht a écrit:
...Avec un nom pareil, je vous vois venir: encore une compilation de harsh noise suédoise? Perdu!
Celle-ci est franco-belge et s'inscrit dans le cadre des commandes du studio Art Zoyd, devenu laboratoire de formes depuis que Gérard Houbrette a lancé la série des 'Expériences de Vol'. N'ayant pas eu la chance de mettre l'oreille sur les volumes précédents, c'est donc en néophyte que j'entame l'analyse de cette série qui s'avère pour le moins rafraîchissante pour qui veut s'éloigner du pompeux monopole du bruitisme “artistique” par certaines institutions paternalistes tout en évitant la main-mise de la noise par une poignée de freaks trouvant là une catharsis appropriée pour leurs déviances sexuelles.
Entre-deux, donc, semble être le motto de cette compilation: trois cheminements entre substance et essence, chaos et structure, musique et bruit.
'Ragnar_2', écrit par Ulrich Krieger, offre un quart d'heure entre bruitisme incolore et ambiances étouffantes – à mi-parcours se dresse un paysage d'obsidienne, tendu entre électronique et acoustique, sur lequel viendra se greffer un saxophone et de nombreux niveaux de maltraitance digitale brouillant les pistes autant sur les moyens que sur le but visé.
'Eau Blanche', quant à elle, est formidable. Une fois de plus, Kasper T.Toeplitz privilégie l'interprétation à l'improvisation et tout est structuré de manière si tendue que l'on pourrait presque croire à une version ralentie d'un 'Thrène pour Hiroshima' de Penderecki sur lequel de nouveaux évènements s'ajouteraient – drones se faufilant imperceptiblement puis s'affirmant de plus en plus, cordes monotones fendantes comme des rasoirs; la stridance du glissandi est maîtrisée dans une nouvelle intensité et rejoint sur la fin le travail de Daniel Menche dans cette “construction de l'intensité”; ou comment faire jaillir le sang de vos enceintes tout en affirmant une beauté dans le détail pour qui tendrait l'oreille dans ce déluge d'aplats surdimensionnés.
Arrive sans prévenir le très chaotique 'Ousia'; apocalyptique s'il en est, pourtant plus précis et racé que le one-shot Chaos of the Night qui pourrait faire un contrepoint à 'Ousia' dans le sens où, comme souvent dans les projets de Mayuko Hino, C.o.t.N. est plus philosophique que formel.
Une longue demi-heure dans un brouhaha plus compact qu'un 'Swallowing Scap Metal' de Controlled Bleeding mais heureusement moins dissonant et arracheur de dents.
Trois approches différentes d'un même matériau: le bruit “pur” et intense, ici encore retenu par quelques rets aux mailles distinctes.
Il y aurait eu matière à refaire un triple-CD tant d'autres possibilités existent mais il y a dejà ici tant à subir que l'on s'en réjouira pour le moment...


En 2009, création de "Kaïro", opéra parlé d’après Kiyoshi Kurosawa en 2009 dont sera extrait "Les Particules noires".
Et, par conséquent, 2010 voit la création des "Particules Noires", à partir du roman de Kurosawa avec Akiko Kitamura et sur une vidéo d’Anne Niemetz.

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En 2010 parait "Expériences De Vol # 8", avec Carol Robinson, cor de basset / Serge Bertocchi, saxophone soprano / Carl Faia, électronics et avec L'Ensemble Itinéraire dirigé par Dominique Dournaud.
C'est une tentative d’archéo-musicologie des débuts de la musique mixte, ambitionnant de donner un deuxième souffle à certaines pièces historiquement et musicalement captivantes, et de rendre accessible ce répertoire à tous les musiciens curieux pourvus d’un matériel de base minimum (ordinateur portable muni de MaxMSP, interfaces audio et midi et pédalier).
Quatre premières œuvres (enregistrées dans les studios d’ART ZOYD) sont au programme : “Pendants I, II & III” (2008-2009) de Jesper Nordin / “Reed Phase” (1966) de Steve Reich / “Solo” (1965-1966) de Karlheinz Stockhausen / “Laima” (2008) de Carol Robinson.

L'année 2011 verra à la fois la création du spectacle à destination du jeune public "À demi endormi déjà", conte musical dessiné sur un texte de Célia Houdart et des dessins de François Olislaeger, bande son de Sébastien Roux et "Les Portes du Futur", concert pyrotechnique avec le Groupe F dans le cadre de Bethune 2011.

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En 2001 sort "Eyecatcher" avec Laurent Dailleau, Gérard Hourbette, Nadia Ratsimandresy, Yukari Hamada-Bertocchi, Jérome Soudan, Iantha Rimper, etc.
Le groupe présente la musique du film de Dziga Vertov (URSS, 1929), "Homme à la Caméra" (sous intitulé "Eyecatcher 2"), conçu par Gérard Hourbette et créé à Valenciennes le 27 novembre 2007. Suivi de "Eyecatcher 1", "Petite Collection de Rêves Etranges et Pièces Plaisantes", et "Eyecatcher 3".
...“Un divertissement sur la modernité, sur l’électricité, sur l’œil, le regard, la mémorisation. Un concert avec vidéo, puis avec film et pour finir, vidéo sans film, ni musique, ni musiciens!
Un grand écran et d’autres plus petits, des musiciens, musiciennes escamotables et une manipulatrice d’images.
Une trilogie avec l’œil au centre”...

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C'est en 2012 que parait "Armageddon - Opérette Pour Robots".
...En 200041 après l'invention du tourne-disque, les hommes se sont fait la belle, Ils ont disparu corps et biens ne laissant derrière eux que les âmes et les anges.
Heureusement qu'il reste les robots d'industrie dont le rôle et la raison seront de rejouer sempiternellement les grands mythes humains: "La Guerre des Gaules", l'opération "Tempête du Désert" et "Armageddon", des opérettes au style inimitable, pleines de tueries, de massacres et de liquidations.
Les musiciens perchés en haut de l'arène sont comme une assemblée des anges, effleurant les instruments électriques (capteurs, Theremin, infrarouges).
D'autres en bas soufflent les trompettes de la renommée et celles de Jéricho…
Les robots, dont chaque gueule est un haut-parleur, sont au nombre de vingt et un: douze forment un chœur articulé d'anges thaumaturges.
Aucune voix humaine, rien que de la synthèse vocale: paroles et chants barbares aux doux chuintements métalliques des premiers ahanements humanotypes, un vrai livret d'opérette avec entrées et sorties, interjections, interventions divines, dialogues parlés, quiproquos et, pour finir, une guerre armée : un vrai carnage...
A découvrir!

Depuis 2011- 2012, un Projet est en cours, "Trois Rêves non valides", spectacle multimédia sur trois scénographies numériques de Serge Meyer, Christian Châtel et Pierrick Sorin à partir de l’univers de Philip K. Dick.

Discographie:

1976 : Symphonie pour le jour où brûleront les cités
1979 : Musique pour l'Odyssée
1980 : Génération sans futur
1980 : Symphonie pour le jour où brûleront les cités (nouvelle version)
1982 : Phase IV (double album)
1983 : Les Espaces inquiets
1985 : Le Mariage du ciel et de l'enfer, musique du ballet de Roland Petit
1987 : Berlin
1989 : Nosferatu
1990 : Art Zoyd - J.A. Deane - J. Greinke
1992 : Marathonnerre I & II
1992 : Archives
1993 : Faust
1997 : Häxan
2000 : Ubique
2002 : Expériences De Vol 1-2-3
2002 : Métropolis (BO pour le film muet de Fritz Lang)
2005 : Expériences De Vol 4 - 5 - 6
2006 : Le Champ des larmes, oratorio électronique de Gérard Hourbette, Kasper T. Toeplitz et Dominik Barbier
2008 : La Chute de la Maison Usher (BO pour le film muet de Jean Epstein)
2009 : Experiences De Vol #7 / Pure Noise
2010 : Expériences De Vol # 8
2011 : Eyecatcher / Man with a movie camera (BO pour le film de Dziga Vertov)
2012 : Armageddon - Opérette Pour Robots

Sources: wikipedia, nightfall.fr, Bonnek, artzoyd.net, Progmonster
Dernière édition par alcat01 le 25 Jan 2016, 21:49, édité 66 fois.
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Re: ART ZOYD (Bio)

Messagepar nunu » 14 Jan 2016, 22:55

Je ne connais pas tout du groupe mais j'ai racheté en LP de couleur les rééditions de Symphonie pour le jour ou bruleront les cités et de Musique pour l'ODyssée qui restent deux tres bons albums
Bono se pointe vers moi et me dit « Ça va fiston ? » Je ne suis pas ton fiston, connard. Ce mec là a fait un ou deux bons disques, mais de là à m'appeler fiston... (Liam Gallagher, 1995)
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Re: ART ZOYD (Bio)

Messagepar alcat01 » 15 Jan 2016, 19:16

nunu a écrit:Je ne connais pas tout du groupe mais j'ai racheté en LP de couleur les rééditions de Symphonie pour le jour ou bruleront les cités et de Musique pour l'ODyssée qui restent deux tres bons albums


Pour moi, c'est ce qu'ils ont fait de mieux!
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Re: ART ZOYD (Bio)

Messagepar Monsieur-Hulot » 16 Jan 2016, 00:59

"Les fourmis" :miam: :miam: :miam: à classer entre Marcoeur et Magma, et vive la France !

Vidéo cachée: Afficher
[video]https://www.youtube.com/watch?v=soho2wxbj9c[/video]
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Re: ART ZOYD (Bio)

Messagepar francisl » 17 Mai 2016, 09:30

alcat01 a écrit:
nunu a écrit:Je ne connais pas tout du groupe mais j'ai racheté en LP de couleur les rééditions de Symphonie pour le jour ou bruleront les cités et de Musique pour l'ODyssée qui restent deux tres bons albums


Pour moi, c'est ce qu'ils ont fait de mieux!


Tu oublie Le Mariage du Ciel et de L'enfer! Et Générations sans futur.
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Re: ART ZOYD (Bio)

Messagepar tournedix » 09 Nov 2016, 14:04

alcat01 a écrit:Ce premier groupe fondé par le poly-instrumentiste Rocco Fernandez enregistre chez Chant du Monde-Opaline Records un premier et unique single intitulé "Sangria".


Art Zoÿd - Sangria / Something In Love
Opaline Records 45-1105 - 1969
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Re: ART ZOYD (Bio)

Messagepar Monsieur-Hulot » 09 Nov 2016, 18:22

EXCELLENT ! Différent de la suite (pour violoncelle) :))
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Re: ART ZOYD (Bio)

Messagepar alcat01 » 09 Nov 2016, 23:20

tournedix a écrit:
alcat01 a écrit:Ce premier groupe fondé par le poly-instrumentiste Rocco Fernandez enregistre chez Chant du Monde-Opaline Records un premier et unique single intitulé "Sangria".


Art Zoÿd - Sangria / Something In Love
Opaline Records 45-1105 - 1969
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Merci pour ce complément! :respect:
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Re: ART ZOYD (Bio)

Messagepar Noé » 08 Oct 2017, 13:23

En 1992, j'ai eu la chance d'assister à deux concerts Marathonerre, le premier à Meubeuge, le second quinze jours plus tard à Paris. Un spectacle concert de 12 heures qui commençait à midi pour se terminer à minuit. A Meubeuge, avec ma compagne, nous étions arrivés en début d'après-midi, mais les gens entraient et sortaient. C'était un peu l'idée, chacun pouvait entrer et sortir, comme quand les musiciens font une pause déjeuner, mais restent sur scène. Nous avions prévu un pique-nique pour le deuxième concert. Des gens en avaient fait autant. Comme les morceaux se répétaient, il y avait une sorte de complicité entre les acteurs et les musiciens, et certains se mettaient à danser toujours de la même manière sur certains morceaux. Une expérience très intéressante à l'époque, j'en garde une très bonne image.
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