J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

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Douglas
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 31 juil. 2022 16:06

Une réédition de 2021 sur "Our Swimmer", un "ICP" d'origine !

Dudu Pukwana, Han Bennink, Misha Mengelberg ‎– Yi Yole (1979)
Douglas a écrit :
jeu. 6 janv. 2022 03:44
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Voici une réédition d’un bon album free des familles, « Yi Yole » sorti à l’origine sur le label « ICP », en soixante-dix-neuf. On y trouve le Sudaf Dudu Pukwana au saxophone alto et au sifflet, Han Bennink à la batterie, à la clarinette, au trombone et au violon alto et enfin Misha Mengelberg au piano.

Chacun y va de son morceau, « Yi Yole » est signé par le saxophoniste, « The King Of Weasle Is Called Easle » par le batteur et «Silopobock », qui occupe seul la face deux, par le pianiste. C’est Misha Mengelberg qui a effectué la prise de son de l’enregistrement en live à « Uithoorn », un festival situé aux Pays-Bas.

Dudu Pukwana est une figure importante du free jazz Sud-Africain, il est moins connu en France que d’autres musiciens comme Chris McGregor, Johnny Dyani, Louis Moholo ou Mongezi Feza, pourtant il jouait à leur côté dans le groupe Blue Notes, mais il s’installa principalement autour de la scène londonienne, et fréquenta également les musiciens néerlandais et allemands. Il fit parti également du « Brotherhood of Breath » et mourut à l’âge de cinquante et un ans.

Sa discographie personnelle n’est pas énorme mais il a beaucoup enregistré dans de multiples environnements liés au réseau musical qu’il fréquentait. On l’entend ici dans un parcours free qui lui convient bien, son jeu est chaleureux et parfois audacieux, mais il aime retrouver ses racines et rendre hommage aux classiques comme « When the saints go marching in » qu’il interprète en l’intégrant au titre « Uithoorn » de Misha.

Ce dernier est l’accompagnateur attendu, fantasque et impeccable dans son rôle de soutien indéfectible, mais le plus fou c’est sans doute l’impeccable Han Bennink, jouant de multiples instruments, imprévisible comme à son habitude, il participe très largement à faire de ce « petit » concert une fête.

On comprend bien que l’intérêt de cet album est de figer ce trio magique pour l’unique fois où il joua ensemble, alors profitons !

Dudu Pukwana/Han Bennink/Misha Mengelberg-Yi Yole (full album)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 1 août 2022 03:27

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Steve Lacy – The Forest and The Zoo (1967)

Une façon de faire le lien avec la formation Blue Notes est de parler de cet album de Steve Lacy, en effet ce dernier s’est ouvert très vite aux nouveaux arrivants d’Afrique Du Sud et une complicité musicale s’est vite établie entre ce petit monde. Cela s’est concrétisé notamment lors d’un concert en Argentine où la formation de Steve Lacy s’est retrouvée un peu par hasard.

Steve Lacy joue évidemment du soprano, Enrico Rava de la trompette et Johnny Dyani est à la basse avec Louis Moholo qui tient la batterie. Ils sont tous les quatre en pleine jeunesse, enthousiastes et rien ne les arrête, ce séjour ensemble sera le bienvenu. Le concert se déroula le huit octobre mille neuf cent soixante-six à « L’Instituto Di Tella » de Buenos Aires.

Steve Lacy enregistre le concert sur une cassette d’alors, avec, semble-t-il, des problèmes de phase. Sur les éditions plus tardives des corrections seront apportées, pour ma part je pars d’un album d’époque. Assez vite Steve est allé voir Bernard Stollman, le fondateur du label majoritairement de free « ESP », pour enregistrer un album à partir de cette cassette, ce qui donnera naissance à ce projet, « The Forest And The Zoo » qui sortit l’année suivante. On remarque la beauté de la pochette, illustrée à partir d’un tableau de Bob Thompson, un ami de Steve Lacy.

Cet album se vendit et n’enrichit personne mais permit à chacun de poursuivre sa route. Il contient deux thèmes improvisés, un par face, le premier appelé " Forest" face A, et l'autre "Zoo" face B. L’improvisation collective est totale, la rythmique est de rêve, Louis Moholo est superbe, brillant et foisonnant, volubile, il ne cesse de fournir du combustible à ses partenaires, Johnny Dyani est très mélodique, excellent à la relance, et surtout très précis, ménageant une certaine discrétion, Enrico Rava est à son meilleur à la trompette, très expressif, et Steve Lacy est déjà grand.

Parti du Dixieland, puis interpelé par la musique de Monk dont il devint un des plus grands interprètes, il continua son parcours vers la free music, incluant des influences d’Ayler, Coleman et Coltrane, on entend même sur cet album déjà une approche personnelle du free, incluant des espaces et du vide, ou une prolifération du son en un flux continu.

Le discours du quatuor évolue selon la loi de l’improvisation collective, chacun se situe dans un espace partagé où se joue équilibre, tensions, échanges et écoute des autres, pour que l’énergie créée produise de la force, de la beauté, de la vie tout simplement. Malgré que cet album soit rarement considéré comme une étape décisive du cheminement de Steve Lacy, il nous dévoile une musique forte, avec beaucoup de caractère et d’expressivité, très vive et enjouée, toujours vivante et en évolution constant. Steve Lacy et Enrico Rava échangent avec constance, Steve plus plaintif et gémissant, explorateur insatiable et Enrico tout en puissance et énergie, souvent incisif tel la mouche qui pique.

L’album est très beau et je le tiens en grande estime pour la qualité de cette rencontre, il méritait certainement l’honneur de cet enregistrement et son écoute est énergisante. Bientôt Steve viendra à Paris où il passera la majeure partie de sa vie…

Steve Lacy - Forest


Steve Lacy - Zoo
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 1 août 2022 10:59

Pour rester dans les mêmes thèmes, voici un album du Moholo Octet de 1978!
Douglas a écrit :
jeu. 3 juin 2021 03:36
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Louis Moholo Octet ‎– Spirits Rejoice!

Voici un album de 1978, rempli d’une musique gentiment free, il est sorti chez « Ogun » et il est à nouveau disponible à la suite d’une réédition de 2019. Dès le titre de l’album on sait où on se trouve : « Spirits Rejoice », une allusion au grand Albert, une filiation qui s’entend lors de quelques solos retentissants. L’Octet du batteur Louis Moholo est empli de grands noms à tous les postes sans exception, un véritable « All Stars » qui impressionnera les amateurs.

Harry Miller et Johnny Dyani, aux basses, Keith Tippett au piano, Evan Parker au sax ténor, Kenny Wheeler à la trompette, Nick Evans et Radu Malfatti aux trombones, à huit ils peuvent sonner comme un big band au complet ! C’est un premier lead pour Louis, il apporte avec lui la compo d’ouverture « khanya Apho Ukhona » à laquelle succède une série de titres en provenance d’Afrique du Sud, dont « Ithi-gqi » de Johnny Dyani.

Bien sûr, il y a la beauté des thèmes et l’art des arrangements qui font bel effet, mais le « sel » de cet album ce sont les solos, multiples, d’où qu’ils viennent, à tous moments, à chaque fois impressionnants et souvent déchirants. A ce jeu il y a Evan parker qui brille sans surprise mais que dire de Keith Tippett, souvent à l’arrière qui savonne sans cesse ou de Radu Malfatti ou Kenny Wheeler ? Tout le monde est au rendez-vous et l’inspiration est féconde.

Un chouette album qui peut évoquer à certains moments la JCOA pour situer un peu. Un cadre libre mais avec des repères et des moments de compositions bien structurés, comme sur « Wedding Hymn », le final qui balance entre jazz et fanfare, avec une belle emphase cérémonieuse.

You ain't gonna know me 'cos you think you know me - Louis Moholo


Louis Moholo Octet - Wedding Hymn (Spirits Rejoice! 1978)


Louis Moholo-Moholo Octet "Khanya Apho Ukhona"


LOUiS MOHOLO OCTET :: Ithi Gqi (Appear) (UK 1978)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 1 août 2022 14:38

Johnny Dyani sur cet album, encore...
Douglas a écrit :
ven. 26 nov. 2021 06:00
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Voici une réédition Cd par NoBusiness Records d’un album enregistré le onze ou le douze octobre 1982, ça dépend de la mémoire des participants. Le vinyle d’époque, chez Affinity, ne coûte guère plus cher que la version Cd renouvelée, vous pourrez préférer cette version, et, en faisant un petit effort, vous retrouverez le symbole « Phi » du nom de la lettre grecque, symbole de l’apport de la démocratie, plus ou moins dessinée sur la pochette vinyle, en y mettant un peu d’imagination, enfin ne la verront sans doute que ceux qui veulent bien la voir…

C’est la formation « Detail » qui joue ici, un trio composé par des chevaliers du free, avec Tanguy et Laverdure, euh non, je m’emmêle les pinceaux, il s’agit plutôt de Johnny Dyani à la basse, de John Stevens à la batterie et de Frode Gjerstad, c’est bien ça, un trio de feu dont la destination reste de vous emmener vers le ciel !

Deux pièces, ou plutôt une partagée en deux parties, « Day Two part I » et « Day Two part II ». Vu les personnalités présentes, c’est extrêmement brillant côté technique, ça pousse et ça subjugue, le SudAf Johnny Dyany, un grand maître de la basse, est absolument extraordinaire. Le son de l’instrument est situé vers l’avant du spectre sonore et il est impossible de ne pas vibrer en même temps que les cordes, denses, claires et virtuoses.

John Stevens est du même tonneau, situé sur la droite et au centre il joue comme en suspension, quelque chose d’aérien se glisse dans son jeu, peut-être les millisecondes qui séparent chacun de ses impacts, c’est brillant, faussement économe et d’une justesse redoutable.

Le Norvégien Frode Gjerstad, ici au sax ténor et soprano, est également une figure brillante du free jazz, nous en avons déjà parlé par ici aux côtés de Paal Nilssen-Love et sa discographie est impressionnante. Il joue ici à Stavanger, sa ville natale, pas d’esbroufe, la sonorité est plutôt légère au soprano et forcément plus rude au ténor, mais toujours juste, il va là où on aimerait qu'il aille, aimant lui aussi les moments aériens ...

Beaucoup de lyrisme ici, de continuité, un territoire qui se situe, particulièrement sur la seconde partie très calme, entre un jazz cherchant et insoumis, et un free débridé qui hésite à s’afficher. Ainsi cet « entre-deux » est assez neuf et d’avant-garde pour les années quatre-vingts, bien que ses audaces soient limitées.

Dans ce cadre l’album est superbe, avec cette rareté qui l’habite, comme en suspension…

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par dark pink » lun. 1 août 2022 17:13

Douglas a écrit :
lun. 1 août 2022 03:27
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Steve Lacy – The Forest and The Zoo (1967)

Une façon de faire le lien avec la formation Blue Notes est de parler de cet album de Steve Lacy, en effet ce dernier s’est ouvert très vite aux nouveaux arrivants d’Afrique Du Sud et une complicité musicale s’est vite établie entre ce petit monde. Cela s’est concrétisé notamment lors d’un concert en Argentine où la formation de Steve Lacy s’est retrouvée un peu par hasard.

Steve Lacy joue évidemment du soprano, Enrico Rava de la trompette et Johnny Dyani est à la basse avec Louis Moholo qui tient la batterie. Ils sont tous les quatre en pleine jeunesse, enthousiastes et rien ne les arrête, ce séjour ensemble sera le bienvenu. Le concert se déroula le huit octobre mille neuf cent soixante-six à « L’Instituto Di Tella » de Buenos Aires.

Steve Lacy enregistre le concert sur une cassette d’alors, avec, semble-t-il, des problèmes de phase. Sur les éditions plus tardives des corrections seront apportées, pour ma part je pars d’un album d’époque. Assez vite Steve est allé voir Bernard Stollman, le fondateur du label majoritairement de free « ESP », pour enregistrer un album à partir de cette cassette, ce qui donnera naissance à ce projet, « The Forest And The Zoo » qui sortit l’année suivante. On remarque la beauté de la pochette, illustrée à partir d’un tableau de Bob Thompson, un ami de Steve Lacy.

Cet album se vendit et n’enrichit personne mais permit à chacun de poursuivre sa route. Il contient deux thèmes improvisés, un par face, le premier appelé " Forest" face A, et l'autre "Zoo" face B. L’improvisation collective est totale, la rythmique est de rêve, Louis Moholo est superbe, brillant et foisonnant, volubile, il ne cesse de fournir du combustible à ses partenaires, Johnny Dyani est très mélodique, excellent à la relance, et surtout très précis, ménageant une certaine discrétion, Enrico Rava est à son meilleur à la trompette, très expressif, et Steve Lacy est déjà grand.

Parti du Dixieland, puis interpelé par la musique de Monk dont il devint un des plus grands interprètes, il continua son parcours vers la free music, incluant des influences d’Ayler, Coleman et Coltrane, on entend même sur cet album déjà une approche personnelle du free, incluant des espaces et du vide, ou une prolifération du son en un flux continu.

Le discours du quatuor évolue selon la loi de l’improvisation collective, chacun se situe dans un espace partagé où se joue équilibre, tensions, échanges et écoute des autres, pour que l’énergie créée produise de la force, de la beauté, de la vie tout simplement. Malgré que cet album soit rarement considéré comme une étape décisive du cheminement de Steve Lacy, il nous dévoile une musique forte, avec beaucoup de caractère et d’expressivité, très vive et enjouée, toujours vivante et en évolution constant. Steve Lacy et Enrico Rava échangent avec constance, Steve plus plaintif et gémissant, explorateur insatiable et Enrico tout en puissance et énergie, souvent incisif tel la mouche qui pique.

L’album est très beau et je le tiens en grande estime pour la qualité de cette rencontre, il méritait certainement l’honneur de cet enregistrement et son écoute est énergisante. Bientôt Steve viendra à Paris où il passera la majeure partie de sa vie…

Steve Lacy - Forest


Steve Lacy - Zoo
J'ai vu sur scène le duo Steve Potts - Steve Lacy :super: et il me semble avoir vu le duo Drouet - Frémy au même endroit mais je ne me souviens plus où ? Ca doit dater de 73, 74, 75... :vieuzzz: C'était une petite salle, on pouvait entendre le son des saxos sortir directement du pavillon de l'instrument. C'était très "free" et extrêmement jubilatoire. Ambiance seventies. Un grand moment !

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 1 août 2022 18:30

Un dernier album de la part de nos Sud-Africains, dès demain retour vers l'actualité 2022 !

Keith Tippett, Julie Tippetts, Louis Moholo-Moholo & Canto Generàl ‎– Viva La Black Live At Ruvo (2007)
Douglas a écrit :
mar. 1 juin 2021 04:06
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Keith Tippett, Julie Tippetts, Louis Moholo-Moholo & Canto Generàl ‎– Viva La Black Live At Ruvo

Un album qui tient ses promesses, des grands noms, un projet et une réussite au rendez-vous, voilà ce que nous réserve cet enregistrement. Keith Tippett d’abord, aux claviers mais surtout à la tête du projet, chef d’orchestre et souvent compositeur ici. Julie Tippetts au chant et Louis Moholo-Moholo à la batterie, voilà pour les têtes d’affiche, mais il faut ajouter Canto Generàl, un grand orchestre avec des musiciens italiens de grande qualité, sections de anches, de cuivres et des chœurs qui ont ici une grande importance, ceux qui connaissent l’excellent « It’s time » de Max Roach auront une idée de ce qui se passe ici également.

L’enregistrement est public, il s’est déroulé au festival de Ruvo di Puglia, dans la région des Pouilles en Italie, le 5 septembre 2004. L’album est sorti en 2007 sur le label anglais Ogun. L’ombre de l’apartheid plane sur cet album, par la présence de Louis Moholo-Moholo, le titre « Mra » qui ouvre l’album signé Dudu Pukwana, Mongezi Feza qui signe le dernier titre de l’album « You Ain't Gonna Know Me 'Cos You Think You Know Me », juste après le traditionnel « South African National Anthem ». Il faut ajouter deux titres d’Harry Miller qui est également créateur du la bel Ogun.

Pour le reste c’est Keith Tippett qui est le signataire des autres compos, pour autant elles évoquent elles aussi l’Afrique du Sud. L’album file vite avec ces pièces qui s’enchaînent dans une longue suite d’une grande beauté, pas de temps faible ici, juste le temps de respirer et de repartir vers un autre rythme, un autre thème et une autre mélodie. L’Afrique toujours présente avec ces solistes incroyables issus du fantastique Canto Generàl qui ne cesse d’éblouir, citer l’ensemble des noms serait trop long mais en isoler un serait injuste tant tous brillent dans une formidable unité.

A ne pas rater si vous croisez ce Cd.

Keith Tippett, Julie Tippetts, Louis Moholo-Moholo & Canto General "A Song"


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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 1 août 2022 18:36

dark pink a écrit :
lun. 1 août 2022 17:13

J'ai vu sur scène le duo Steve Potts - Steve Lacy :super: et il me semble avoir vu le duo Drouet - Frémy au même endroit mais je ne me souviens plus où ? Ca doit dater de 73, 74, 75... :vieuzzz: C'était une petite salle, on pouvait entendre le son des saxos sortir directement du pavillon de l'instrument. C'était très "free" et extrêmement jubilatoire. Ambiance seventies. Un grand moment !
Moments privilégiés très certainement, Steve Pots et Steve Lacy on assez souvent joué ensemble pendant les années que tu as citées, un beau souvenir pour sûr!

Il y a cet ouvrage sur Steve Potts chez Lenka Lente:

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 2 août 2022 01:37

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Nduduzo Makhathini ‎– In The Spirit Of Ntu (2022)

Voici le nouvel album du pianiste sud-africain Nduduzo Makhathini, musicien dont nous avons déjà parlé par ici, d’abord pour son appartenance à la formation « Shabaka And The Ancestors », et aussi pour la sortie de « Modes Of Communication : Letters From The Underworlds » en deux mille vingt, qui était son premier album sur Blue Note. Voici donc le second, lui aussi sur Blue Note, une façon également de rester dans les territoires Sud-Africains.

En effet la musique jouée ici fait énormément référence au pays racine, par son actualité politique mais aussi par la culture des peuples qui l’habitent. D’ailleurs Nduduzo Makhathini est également guérisseur et, si sa musique ne dit pas qui a tort ou raison, elle se veut telle un baume qui apaise et guérit les plaies.

Voici les musiciens qui partagent et font vivre la musique de Nduduzo, ils sont jeunes pour la plupart, sont vraiment tous excellents et nous font passer un merveilleux moment en leur compagnie, la saxophoniste Linda Silkhakhane, le trompettiste Robin Fassie Kock, le vibraphoniste Dylan Tabisher, le bassiste Stephen de Souza, le percussionniste Gontse Makhene, le batteur Dane Paris et les chanteuses Omagugu et Anna Widauer, il y a également des invités de passage en petite quantité.

Toute la musique est composée par Nduduzo, seule la fort belle seconde pièce « Mama » est co-composée par Nomagugu Makhathini. D’ailleurs beaucoup de titres sont chantés, bien qu’il ne s’agisse pourtant pas de chansons classiques avec couplet et refrain, ici les voix disent aussi, elles sont souvent étranges et se perchent assez haut, juste pour surprendre et charmer, je pense.

L’album est ainsi fabriqué de pièces un peu bizarres avec une architecture étrange, qui fabrique de drôles de climats, c’est toujours à propos et presque même évident, pourtant rien n’est plus brinquebalant, inédit et personnel que ces agencements curieux.

La musique semble venir d’en haut comme une pluie fine où chaque goutte est une note qui tombe, note en provenance du piano, ou du vibraphone souvent magique, ou des percussions qui frappent ou même du batteur qui fait tomber les notes en grappes.

Dans cet équipage étrange ce sont les saxos, trompettes et bugle qui sont les plus conformes à ce qu’on attend d’une atmosphère jazz, les moins surprenants, Jaleel Shaw nous gratifie d’ailleurs d’un superbe solo de saxo alto sur « Emlilweni » qui emporte bien. Car cette musique est de voyage, très personnelle, elle puise dans les folklores locaux probablement, ses couleurs, ses thèmes, son âme, mais il ne faut pas oublier que le compositeur est grand et qu’il est le premier créateur ici.

C’est album est vraiment beau, si vous aimez les développements souvent lents, les surprises au bout de chaque séquence, les chants qui s’envolent au fil des compos qui s’enchaînent, sans jamais montrer de faiblesse ou de facilité, si vous aimez les brisures rythmiques, les sons riches et les vents qui soufflent à tout va, alors cet album est pour vous !

Nduduzo Makhathini - Unonkanyamba (Visualizer)


Nduduzo Makhathini - Mama (Visualizer) ft. Omagugu


Nduduzo Makhathini - Nyonini Le? (Visualizer)


Nduduzo Makhathini - Senze' Nina (Visualizer)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 2 août 2022 13:37

L'album précédent, sur Blue Note:

Nduduzo Makhathini ‎– Modes Of Communication: Letters From The Underworlds (2020)
Douglas a écrit :
dim. 4 oct. 2020 03:14
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S’il fallait parler de « famille » à propos de Nouduzo Makhathini, on pourrait en trouver plusieurs. Tout d’abord la prestigieuse famille Blue Note, puis que son album sort sous l’aura du vénérable label. Il faudrait ajouter la famille Sud-Africaine et surtout Dollar Brand, car lui aussi est pianiste, en creusant encore un peu on verrait apparaître également la famille de Shabaka and The Ancestors, puisqu’il joua sur le premier album de la formation, il n’est d’ailleurs pas anodin que Shabaka écrive une petite bafouille sur le livret qui accompagne le Cd.

Mais ce n’est pas tout, pour être complet il faudrait parler de sa famille proche, puisque sa propre sœur, Linda Sikhakhane, participe à l’album en jouant avec un très grand talent du saxophone ténor. A ce sujet il faut noter la regrettable coquille sur le livret qui écrit « tenor sex » à la place de « ténor sax » au-dessus de la photo de la musicienne.

C’est sûr, l’heure de Nduduzo Makhathini est arrivée, on le chronique ici ou là, on le passe dans les radios, il a le vent en poupe, c’est l’artiste à la mode. Quand on parle de lui on évoque Kamasi Washington, ou Shabaka, Abdullah Ibrahim et même Wayne Shorter et bien sûr Pharoah, car il croque lui aussi de la « Spiritual Music » !

Finalement rien de surprenant car il tient également du Griot, c’est un visionnaire et un guérisseur aussi, il sait parler aux esprits, mais il est également chef de village, c’est un homme important. Personnellement, je suis intimement convaincu concernant la force de ses pouvoirs, la preuve, sa musique guérit, et toc !

L’album est long et dépasse largement les soixante-dix minutes, les musiciens sont tous excellents et le jeu de piano de Nouduzo fait penser au grand McCoy avec une main gauche ferme, les codes « anciens » ne sont pas loin et on entend des réminiscences de qui vous devinez. Il y a également des chants, c’est beau, ça respire l’Afrique avec tous ces rythmes fous, les solos de sax, épatants, je l’ai déjà mentionné, mais aussi ceux de Ndabo Zulu à la trompette qui sont merveilleux…

Un album qui va compter…

Beneath The Earth


Isithunywa


Shine


Unyazi
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 3 août 2022 03:23

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Horace Tapscott Quintet – Legacies For Our Grandchildren - Live In Hollywood, 1995 (2022)

Un titre qui va bien pour cet album, cet « Héritage à nos Petits-Enfants » pourrait parfaitement le catégoriser, car il est celui du véritable combo d’Horace Tapscott, alors qu’il jouait en concert au « Catalina Bar and Grill », un club de Los Angeles où il stationnait en mille neuf cent quatre-vingt-quinze, capté ici lors de deux passages, les dix-neuf et vingt décembre.

Horace est au piano, Michael Session jouait de divers saxophones, Thurman Green du trombone, Roberto Miranda de la basse et Fritz Wise de la batterie, il y a également un invité de passage, le chanteur Dwight Trible qui nous régale comme sur la seconde pièce, le traditionnel « Motherless Child », il chante également sur deux autres titres, « Close To Freedom » et « Little Africa ».

Le quintet est bien huilé, ça tourne tout seul et chacun sait ce qu’il doit faire, et pour mieux dire, la formation a atteint une telle maîtrise que chaque musicien est à son zénith, ça respire le bon feeling et la passion dans le coin, comme si tout allait de soi. Du coup on n’est pas loin du chef d’œuvre à chaque morceau et les perles s’enfilent avec maestria. Tout ça c’est un peu le travail d’Horace qui a su fédérer et créer la saine émulation et l’envie, il faut dire que c’est aussi son job d’organiser et de mettre chacun en position favorable, ainsi les solos de haute intensité se succèdent-ils sans relâche, vous donnant l’impression d’assister au concert du meilleur combo du monde !

Michael Session y est pour beaucoup, son jeu de ténor sur « Motherless Child » et « Breakfast At Bongo’s » est tout simplement de très haut niveau, notamment sur ce dernier titre où son solo prend un très long envol puis se libère, free, sur quelques notes, nécessité fait loi. C’est ensuite le tour de Roberto Miranda à la basse qui s’échappe également, bientôt rejoint par Tapscott qui n’est pas le dernier à lâcher le morceau.

Sur « The Theme » dont la pièce se joue essentiellement en trio piano, basse, batterie, Horace nous dévoile son arsenal tout personnel, des accords percussifs qui tombent en cascade, tes trucs à la Monk qui sont répétitifs et tortueux, une énergie démente qui secoue, et les deux de la rythmique qui répondent du tac au tac, vraiment impressionnant, il faut dire qu’Horace est au sommet de sa forme !

Reconnaissons-le tout de suite, la plus-value sur cet album c’est notre ami Dwight qui, à chaque fois que sa voix s’élève nous transporte haut et loin. La dernière pièce « Little Africa » nous le dévoile tendre et nostalgique lors d’une longue introduction accompagnée du seul piano, la voix monte et explose, c’est le moment que choisis le reste de l’orchestre pour se joindre au duo dans une seconde partie très expressive, et même emphatique.

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 3 août 2022 13:47

Le Cd ci-dessus provient du label français "Dark Tree" qui a été fondé en 2011 à Paris, il a déterré pas mal d'enregistrements d'Horace Tapscott qu'il publie au fil du temps, comme ce "Live At Lacma" de 1998, déjà présenté.

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On dit souvent que « choisir c’est éliminer », c’est exactement l’alternative qui vous échoit avant de faire l’achat de cet album. Pour certains ce sera difficile, d’un côté un vinyle avec insert et deux faces enregistrées occupées chacune par un morceau, « Fela, Fela » face A et « Why don’t you listen ? » face B, de l’autre côté un Cd est proposé, moins cher, il est gorgé de musique, trois fois plus que sur le vinyle ! Avouons qu’il est difficile … d’éliminer ! Pour ma part c’est la version vinyle que je vous présente, espérant un jour tomber sur un Cd bon marché…

Pour bien comprendre ce qu’est cet album il faut déjà savoir que c’est l’un des derniers concerts d'Horace Tapscott, je ne veux pas commettre d’erreur mais il est même possible que ce soit son dernier. Il s’est déroulé live le 24 juillet 1998 à Los Angeles County Museum of Art (LACMA).

Il est également remarquable car il marque la rencontre entre son Pan Afrikan Peoples Arkestra et les chœurs du « Great Voice of UGMAA » (Union of God’s Musicians and Artists Ascension) qui comprend douze formidables chanteurs. L’Arkestra est un tentet comprenant trois basses, trois percussionnistes, un pianiste, un sax et un tromboniste avec également Dwight Trible dans le rôle du chanteur soliste. Un équipage étrange et sans doute inédit. Pour faire simple, court et bien me faire comprendre, cet album est une pépite dans le genre, je suppose qu’il réunit le meilleur du Cd.

Malgré ou peut-être à cause de l’enregistrement captant les bruits venants de toutes parts, pas au même niveau que le Shepp à Alger mais pas loin pour ceux qui connaissent, on ressent le sentiment d’immersion, c’est très sensible sur la première face et le splendide hommage à Fela mais ça culmine sur la face B et l’interprétation phénoménale de « Why don’t you listen ? », un truc qui vous dresse les poils et vous emmène loin, là où vous vous sentez bien…

Je me demande si, finalement, pour un amateur de vinyle, il ne faudrait tout de même pas également loucher un peu vers le Cd…

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 3 août 2022 18:23

Toujours sur "Dark Tree" un autre album d'Horace Tapscott:

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Horace Tapscott With The Pan-Afrikan Peoples Arkestra – Ancestral Echoes - The Covina Sessions, 1976 (2020)

Horace Tapscott a toujours fait partie de la troupe des seconds couteaux, mais il a connu une notoriété suffisante pour travailler. Il est sur la brèche depuis le début des années soixante où il s’illustre en tant que tromboniste, il côtoie de grands noms comme Dolphy, Dexter Gordon, Don Cherry ou Art Farmer, mais son destin basculera plus tard, quand la formation qu’il dirige, le Panafrican Peoples Arkestra, gagnera une certaine reconnaissance, alors qu’il devient pianiste.

Le nom d’Horace Tapscott ne m’est pas resté inconnu pour l’avoir lu ici ou là, et ceci depuis de nombreuses années, mais ce n’est qu’aujourd’hui, à la suite de récentes rééditions, que son œuvre est réévaluée au point d’en faire un artiste majeur. Je m’en réjouis car son œuvre le mérite, dans ce créneau post-coltranien qui plaît tant aujourd’hui. Du coup on cherche les trésors cachés, les fonds de tiroir et on trouve !

Dans les années soixante-dix le Panafrican Peoples Arkestra est très reconnu à Los Angeles et son succès grandit, on a retrouvé pas mal d’enregistrements live de cette période, mais hélas pas mal de bandes d’enregistrement studios ont été détruites lors d’un incendie à l’époque. Pendant longtemps on pensa que les bandes studios de janvier soixante-seize, inédites également, étaient égarées ou, pire, détruites, et voilà qu’elles ressortent aujourd’hui sous le nom des « Covinas sessions », retrouvées dans les archives personnelles d’Horace Tapscott !

Je ne m’attarde pas sur le nom et la qualité des musiciens, ils sont trop nombreux et, de plus, la documentation est insuffisante et certains participants sont restés inconnus. Juste vous conseiller cet album sorti chez Dark Tree, pour l’instant uniquement en CD. Quatre morceaux merveilleux d’une durée totale de soixante-dix minutes dont le cheval de bataille « Eternal Egypt Suite » échoue à deux minutes trente de la demi-heure. La qualité d’enregistrement est excellente.

Pas trop de free chez Horace, là n’est pas sa voie, mais de l’optimisme, du lyrisme, entre modal et structure bop. Le nom et l’ordre des solistes est détaillé sur le livret conséquent, sans surprise Horace Tapscott prend la part du lion mais ses acolytes sont très au niveau et les instruments à vent sont flamboyants, prenant le temps d’un long développement, les solos sont fantastiques et ça groove vraiment bien.

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Message par Douglas » jeu. 4 août 2022 02:57

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Vinny Golia, Bernard Santacruz, Cristiano Calcagnile – To Live And Breathe... (2022)

Je suis arrivé à cet album par le bassiste, Bernard Santacruz qui m’a impressionné aux côtés de Frank Lowe sur « Short Tales » et « Latitude 44 », je l’ai suivi également sur « Cardinal Point » avec Michael Zerang en deux mille vingt et le voici en trio, avec le transalpin Cristiano Calcagnile à la batterie et Vinny Golia. Ce dernier est d’ailleurs la véritable vedette ici, né à New-York en quarante-six, il possède une discographie longue comme le bras, que je n’ai, hélas, que trop peu fréquentée si ce n’est cet hommage « Healing Force - The Songs Of Albert Ayler »…

L’album est sorti sur le label français « Dark Tree » qui compte quelques belles sorties, celle-là entre autres, mais aussi des live d’Horace Tapscott que je vous ai déjà présentés ci-dessus. Un label à surveiller donc. Cet album est issu d’un enregistrement live provenant d’un concert en Italie, à la « Casa Spezia » de Trevozzo Piacenza, le cinq février deux mille dix-sept. Pour dire les choses nettement disons que cet album a le souffle et qu’il en impose.

Vinny Golia y joue du saxophone soprano et de la flûte piccolo sur le dernier titre « Evanesce », il tient l’avant de la scène avec une maîtrise de premier ordre, improvisant très longuement avec une créativité impressionnante, ne lâchant jamais l’auditeur, les titres passent vite et l’album s’achève sans jamais avoir laissé place à l’ennui.

Je l'ai écouté plusieurs fois et, à chaque passage, il m’a laissé comme un sentiment de liberté, transportant un goût d’achevé, comme si la musique ici semblait intemporelle, belle et libre à jamais. La première piste « An Introduction to Bonzai Basics » est gonflée d’énergie et Vinny Golia semble indestructible, la seconde met quelques instants à l’avant Bernard Santacruz, joueur de contrebasse qui sait faire chanter son instrument, la musique ici semble vouloir s’imprégner de toutes les autres, venues de l’orient lointain.

« Drumstart » qui suit se charge à nouveau d’énergie, et c’est Calcagnile qui régale, puis vient « Visit To The Mountains », compo bucolique, calme et reposée où tout s’équilibre doucement, dans le jardin de Santacruz qui régale encore, la dernière pièce, « Evanesce » totalement improvisée nous permet d’entendre Vinny Golia à la flûte piccolo, une façon de dire au revoir à ce chouette album.

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Message par nunu » jeu. 4 août 2022 08:36

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Coffret 5 CD qui couvre la période de 1934 a 1949, soit les deux sont seuls soit ils sont accompagné entre autre par le frere de Django à la guitare

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 4 août 2022 12:13

Pour continuer avec Vinny Golia, voici en 2020 la formation « A Love Supreme Electric » et le double Cds "A Love Supreme & Meditations" :
Douglas a écrit :
mar. 5 janv. 2021 05:29
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Voici un double album sorti au mois de novembre dernier, il porte un nom de groupe surprenant mais sans ambiguïté, « A Love Supreme Electric », et, n’ayant peur de rien, le nom de l’album est lui-même un vaste programme, pour ne pas dire un sacré chantier « A Love Supreme & Meditations ».

On a vu l’œuvre de Coltrane subir l’appropriation de deux façons différentes, soit dans le style « Scatter the Atoms that Remain » ou « Muriel Grossmann » sur quelques albums, à savoir une interprétation très coltranienne où le style et les plans sont calqués sur le géant mais en interprétant des œuvres personnelles, ou bien l’inverse, des œuvres signées Coltrane réinterprétées de façon personnelle, comme tente de le faire le groupe de L.A. « A Love Supreme Electric ».

Les deux démarches se tiennent et, pour tout dire, créent un grand plaisir lors de l’écoute, la seconde est toutefois inscrite dans la tradition du jazz alors que la première peut être soumise à la critique, mais je ne développe pas car j’ai beaucoup de respect pour tous ces musiciens et leur sincérité dans la démarche me semble acquise.

Je ne connais aucun des musiciens qui joue dans cette formation californienne mais voici leurs noms et les instruments dont ils jouent, ce dernier point est très annonciateur de ce qui nous attend : Vinny Golia aux saxophones ténor, soprano et barytons, Henry Kaiser à la guitare, Wayne Peet aux différents orgues, Mike Watt à la basse et John Hanrahan à la batterie. On le comprend d’emblée c’est bien à une relecture des deux suites coltraniennes à la quelle nous sommes conviés.

Le premier Cd est consacré à « A Love Supreme » et le second à « Meditations » augmenté de deux prises supplémentaires, la première de « The Father and the son and the holy ghost » qui ouvre « Meditations » et la seconde concerne le titre d’ouverture d’« A Love Supreme », « Acknowledgement ». Le premier Cd a une durée de quarante et une minutes environ et le second d’une heure et six minutes.

Une des clés du projet tient à l’intérieur du livret d’accompagnement où le guitariste Henry kaiser dit : « J'avais su que Coltrane voulait que sa suite Meditations soit une suite spirituelle de sa suite A Love Supreme ». Ces propos ne me surprennent pas et j’avais imaginé une continuité entre ses deux œuvres en écoutant avec passion la discographie de Coltrane, et il ajoute : « Et si A Love Supreme et Meditations étaient deux parties d'une même expression d'un état spirituel extatique ? »

J’ai eu un plaisir extrême à écouter et réécouter cet album, la seule faiblesse que j’y ai perçu concernerait peut-être le jeu un peu bavard de Wayne Peet à certains moments du second album, et encore c’est peut-être moi, mais pour qui veut donner une seconde vie et un second souffle à l’écoute de ces chefs - d’œuvres, la voie est toute trouvée pourvu que vous ne soyez pas un puriste invétéré.

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A Love Supreme Electric - "Acknowledgement" (Official Audio)


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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 4 août 2022 17:50

Encore un bel album avec Vinny Golia:
Douglas a écrit :
mar. 25 janv. 2022 04:58
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Vinny Golia, Aurora Josephson, Henry Kaiser, Mike Keneally, Joe Morris, Damon Smith, Weasel Walter – Healing Force - The Songs Of Albert Ayler (2007)

Avec cet album on quitte un peu l’actualité pour plonger en 2006, année où il a été conçu, il sortira en Cd l’année suivante. C’est un magnifique et audacieux hommage à Albert Ayler qui s’est enregistré à Berkeley, en Californie. Magnifique car il est de mon point de vue réussi, et audacieux car il y a une prise de risque assez importante.

Comme souvent dans ces cas-là, il y a une personne à l’origine du projet, ici c’est le guitariste Henry Kaiser qui batailla pour le mettre sur pied et aboutir à cet enregistrement. Il a réuni autour de lui quelques musiciens de grande renommée, Vinny Golia aux saxophones et à la flûte, Aurora Josephson au chant, Mike Keneally au piano et à la guitare, Joe Morris à la guitare et à la basse, Damon Smith à la basse et Weasel Walter à la batterie.

La prise de risque que j’évoquais tient au répertoire, plutôt que de s’asseoir sur les classiques les plus connus du grand Albert, Kaiser a fait le choix de puiser dans la période la plus décriée du saxophoniste, la dernière, à travers trois albums Impulse, « Music Is The Healing Force Of The Universe », « New Grass » et « Love Cry », soit la période 68-70. C’est aussi la période où chantait Mary Maria Parks, elle est donc créditée pour les paroles et Albert pour la musique.

Deux pièces sont à mettre au crédit de trois musiciens du groupe, « New New Grass » et « New Message » qui sont signés Golia, Morris et Smith, ce sont plutôt des impros d’ailleurs, mais ça reste anecdotique. Pour dire les choses, le principal obstacle que je perçois concernant le bon accueil à cette musique est plus lié à l’acceptation de la voix d’Aurora au chant, plutôt que le côté free qui ne m’apparaît pas si rédhibitoire que ça, finalement.

Le Cd n’est pas si loin des quatre-vingts minutes, c’est du massif, le choix du répertoire nous fait naviguer dans des eaux très diverses, perso j’ai été emporté par la version de « Music is The Healing Force of The Universe », vingt minutes hors du temps au service d’une musique à caractère spirituel, telle que la jouait Albert Ayler. Mais il y a pas mal de parties chantées qui ne valent pas les parties instrumentales de mon point de vue.

Un grand nombre de de grands moments quand même, « Heart Love » et son final, « New Generation » et son rythme entraînant, « Japan-Universal Indians » que l’on doit en partie à Pharoah et «Oh ! Love Of Life » et ses guitares. Il faut également citer les impros qui sont superbes.

On pourra mettre au crédit de cette œuvre son originalité liée à la recréation des pièces, loin d’une relecture passive. Chacun ici apporte un son neuf et de nouvelles idées, même le plus féru des admirateurs d' Albert Ayler trouvera ici de quoi le nourrir et l’étonner.

Healing Force - Oh! Love of Life


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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 5 août 2022 03:42

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New Life Trio – Visions Of The Third Eye (1979)

Bonne chance pour trouver l’original, pressé à uniquement cinq cents exemplaires à l’époque, il fait partie des albums très recherchés par les collectionneurs. Heureusement une réédition de cinq cents, puis de mille, a été effectuée cette année dans une version remasterisée, l’occasion de pouvoir enfin écouter l’album dans de bonnes conditions d’écoute.

Comme l’indique le nom de la formation, nous avons affaire à un trio, Steve Reid est à la batterie, Brandon Ross à la guitare et David Wertman à la basse. A l’origine Steve Reid ne faisait pas partie du projet, c’était un violoniste, Terry Jenoure, qui devait compléter le trio à cordes. Mais ce dernier s’est désolidarisé la veille de la séance, c’est ainsi que Wertman a appelé Steve Reid pour combler le manque. La formation ne survivra pas à cet album, l’éloignement géographique entre les musiciens devenant un obstacle important.

L’album s’est enregistré en moins d’une journée, le six décembre soixante-dix-huit, pour une parution en soixante-dix-neuf. Le temps ensuite a créé la légende, la pochette à la Sun Ra, avec cet œil d’Horus, la musique exotique, free, et ce quelque chose d’inclassable qui la rend absolument originale. Les apports venant de Chine, d’Egypte, d’Espagne, du blues, du jazz inouï, avec des séquences répétitives…

Ces préoccupations sont présentes dans les titres, les lire c’est déjà faire un voyage. Trois par face, « Empty Street », « Egypt Rock » et « Sculpture » sur la première, « Chinese Rock », « Prelude to Grace » et « Love Chipper » sur la seconde. Malgré ce que disent les titres l’approche n’est pas rock, enfin pas musicalement, si ce n’est le jeu de Steve Reid, plutôt carré. Dans un autre ordre d’idée, on pourrait l’assimiler au punk, pour l’appartenance au label amateur de Steve Reid, ou pour le côté résolument free de la musique, cette guitare est folle, parfois psychotique même.

Les pièces sont toutes intéressantes pour peu qu'on aime cette guitare, la dernière est une improvisation totale et la première est sans doute la plus connue, déjà le titre: « Empty Street », qui décrit la traversée de Northampton alors que le ciel noir devient bleu et que la nuit « galope et le jour la poursuit » comme le dit Ross. Un titre qui fait naître des images, du mouvement et des couleurs.

Un album à écouter en tout cas.

New Life Trio 1980 Visions Of The Third Eye

00:00 Empty Streets
02:05 Egypt Rock
10:17 Sculpture
21:05 Chinese Rock
33:25 Prelude to Grace
38:22 Love Cipher
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 5 août 2022 13:04

Un petit retour sur un autre album de Steve Reid:

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Steve Reid - Nova (1976)

Voici un bel album de Steve Reid enregistré à New York et sorti en 1976, je me fais l’écho de popscene qui a présenté cet album en seconde place sur la première page de ce topic. Dans sa présentation il précise que c’est un album sur lequel il est agréable de revenir. En effet il fait partie des albums qui trouvent aisément leur place sur la platine, à la fois agréable en thèmes, riche en mélodies, funky également avec un groove assez énorme, il fait même place à des thème très coltraniens, de ceux que l’on classe en « spiritual music » aujourd’hui. Tout ça en un peu plus d’une demi-heure, sans une seconde d’ennui : l’album est bien à sa place sur la première page de cette rubrique.

Steve Reid est un batteur émérite qui a côtoyé les plus grands, oui, les grands-Grands ! Du type Miles Davis ou James Brown, des grands-Grands du free également, Sun Ra, Shepp, Ornette Coleman, Lester Bowie ou Sam Rivers, mais aussi des grands-Grands du bop, Freddie Hubbard, Jackie McLean, Arthur Blythe, Dextor Gordon ou Horace Silver. C’est aussi un homme courageux qui s’est tapé quatre années de tôle au titre de l’objection de conscience, refusant de servir l’oncle Sam pendant la guerre du Vietnam.

Il y a également sur cet album un musicien qui s’éclate bien, le trompettiste Ahmed Abdullah qui signe également deux des cinq compos, c’est ici l’occasion d’écouter ce grand trompettiste qui a brillé aux côtés de Sun Ra pendant plus de vingt ans !


Steve Reid - Lions Of Juda [Mustevic Sound] 1976 Free Jazz Funk


Steve Reid - Free Spirits Unknown


Steve Reid feat. The Legendary Master Brotherhood - Sixth House
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 6 août 2022 04:06

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Pierre Bastien – Sonic Folkways (2022)

Peut-être que certains se souviennent de Pierre Bastien, ce musicien étrange, bâtisseur de sons nouveaux à partir de machines élaborées par lui-même pour émettre une trace sonore. Ce joueur de mécanos modernes, de jeux de constructions évolués, créateur de machines mécaniques agencées de telle façon qu’elle produisent de la musique avec une précision horlogère est de retour sur cet album de deux mille vingt-deux.

Ça se présente sous la forme d’un vinyle tiré à cinq cents et ça s’appelle « Sonic Folkways », je suis un peu frustré par le manque de documentation, mais figure cette note au dos de l’album : « All Made by Pierre Bastien and his Mecano Orchestra », nous pouvons être sûr qu’il s’agit bien du Pierre Bastien que nous connaissons et que nous avons déjà eu le plaisir d’écouter…il y a bien longtemps !

Pour ma part je l’avais laissé en deux mille onze sur l’album « occupé » de Michel Potage, depuis il a sorti plus d’une douzaine d’albums sans que je ne m’en rende compte. Il est vrai qu’il a passé et dépassé les frontières du jazz, flirtant avec d’autres musiques, électroniques, répétitives, d’avant-garde et expérimentales, pour autant il souffle encore dans les instruments ou gratte les cordes quand il le faut, comme sur « Pan’s Nap ».

Il aurait fallu que je sois plus assidu pour mieux entrer dans son univers actuel, qui semble moins « ludique » qu’autrefois et plus profond sans doute, les sons entendus font entendre une musique assez élaborée avec une multiplication de couches sonores qui s’ajoutent ou disparaissent, laissant la place à autre chose qui pourrait être une mélodie ou un thème.

D’un côté le souffleur fait appel à tout type d’instruments, embouchures ou anches qui pourraient convenir, de l’autre le rythmicien utilise des percussions de toutes sortes, déjà existantes ou inventées pour l’occasion, car Pierre Bastien est aussi un inventeur d’instruments, je ne sais s’il garde des traces écrites de toutes ses découvertes mais elles mériteraient de faire l’objet d’un musée !

Un album étrange donc, bâti autour d’une musique unique et personnelle dont le seul pierre Bastien est dépositaire, les atmosphères sont souvent répétitives avec un axe évolutif et une multitude de petits évènements qui interviennent pour que tout tienne et vive.

Pierre Bastien - Râ, jaw ajar (from Sonic Folkways LP)


Pierre Bastien - Aha! (from Sonic Folkways LP)


Pan's Nap


Moor's Room
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 6 août 2022 14:03

Une petite remontée d'un autre album de Pierre Bastien:

Pierre Bastien - Mecanoid (2001)
Douglas a écrit :
lun. 29 juin 2020 03:55
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Après avoir agité le monde du jazz avec « Nu Creative Methods », joué aux côtés de Pascal Comelade sur « The Oblique Sessions » dont on a un peu parlé, sorti un album aux côtés de « Klimperei », Pierre Bastien a retrouvé ses jouets et s’est concentré sur celui qu’il préfère : le mécano !

« Mecanoid » est sorti en 2001 sur Rephlex, le label de Richard D. James aka Aphex Twin. Comme il y a des mots pour tous les genres de musique, il suffit de trouver la bonne boîte pour se donner une idée. Si je regarde Discogs des efforts ont été faits, trois termes proposés, le premier, « electronic » ne convient pas trop, ça flirt un peu avec ce genre de son mais on passe à côté. Les deux autres termes sont meilleurs, « Experimental, Minimal », c’est en effet de la musique expérimentale et il y a du minimalisme ici, mais surtout des boucles et des répétitions, d’où l’appellation qui correspond bien : « Musique Machinale », on pourrait dire également « Musique jouet », on accepte aussi. Pierre Bastien n’est pas le seul à se réclamer de ce genre, il a des petits camarades.

Pour l’heure il est seul avec son mécano, il l’utilise énormément pour créer des boucles musicales sans fin, l’énergie est fournie par le jouet et ses moteurs électriques silencieux, les mécanismes répétitifs sont également fabriqués avec les pièces vissées et assemblées de façon à produire un rythme, des objets usuels, du quotidien, sont arrimés au mécanisme afin de provoquer les sons désirés, créer une sorte de boîte à musique inouïe, géniale, sortie du cerveau du musicien-ingénieur qui régale ici.

Soyez sûrs d’une chose, ici c’est le musicien qui s’exprime et son exigence est avant tout musicale, aucune autre velléité n’a de place ici. D’ailleurs Pierre Bastien joue de la trompette également, du piano électrique, de l’orgue, du kundi, du godge… j’arrête ici car la liste est longue, elle figure sur le livret intérieur où tout est indiqué dans le détail. On y trouve également deux photos de ses créations mécaniques.

Un album merveilleux, comme est merveilleux, parfois, le pays de l’enfance, on pense fort également à Pascal Comelade, pas loin au milieu du jardin (d’enfants).

Pierre Bastien - Mecanoid (Full Album)

1) 0:00 - Damn Mad
2) 3:34 - Revolt Lover
3) 7:32 - No Eon
4) 11:07 - Gnu Lung
5) 16:05 - Tender Red Net
6) 25:22 - Revel Ever
7) 28:41 - Avid Diva
8) 33:03 - Deep Speed
9) 37:47 - Sore Eros
10) 41:00 - Rev Over

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