L’histoire de cet album est assez révélatrice de ce qui peut se passer dans le monde du jazz tel qu’il fonctionne dans la réalité. C’est d’autant plus révélateur que cet album est une « tuerie », enfin c’est ce genre de mot qu’on utilise parfois pour indiquer qu’il est traversé par la passion !
Déjà le support est un indice, c’est en effet un Cdr de chez Cdr, pas ce qui semble le mieux indiqué pour évoquer une longévité hors normes. C’est la restitution d’une captation d’un concert qui s’est déroulé au Ballroom Marfa, au Texas, le huit octobre deux mille quatre. Un très bon concert !
Concernant la formation elle est conforme aux musiciens présents, Hamid Drake à la batterie, Jemeel Moondoc au saxophone alto, William Parker à la contrebasse et Steve Swell au trombone, mais ces renseignements ne sont pas fournis sur le Cd.
Par contre le véritable nom de la formation n’est pas indiqué, il s’agit du « Steve Swell’s Fire Into Music », cette dernière partie deviendra le titre de l’album, alors qu’elle appartient au nom du groupe, mais rien de grave.
Ça devient un peu plus cocasse lorsqu’un jour Steve Swell reçoit dans sa boîte aux lettres un exemplaire vinyle de cet album, dont il ignorait tout, y compris son existence. Il est gravé sur le label « Ballroom Marfa » avec la cote « BM-001 », des Cds suivront contenant deux titres également, « Junka Nu » et « Space Cowboys ». Il y aura même un autre Cd avec quatre titres différents, contenant des extraits du même concert…
Comme tout finit par s’arranger, l’album devint officiel, il faut dire que c’est un pur joyau de l’ambiance « club » qui plaît tant aux amateurs de jazz, c’est un peu approximatif côté prise de son, mais l’énergie est là, l’ambiance et la sueur avec le fond sonore qui va bien, constitué par les bruits des conversations et la réaction chaude du public face à la proximité quasi familiale qui s’exprime ici.
Oui, il y a aussi des bons côtés, mais l’affaire n’est pas tout à fait terminée. C’est que l’album est vraiment bon, dans son jus, brut de décoffrage et organique, chaque musicien est à son top niveau, totalement investi dans sa mission, sur la fin c’est tout bouillonnant !
L’enregistrement connaîtra une autre vie sur le label français « RogueArt », il bénéficiera d’une réédition en trois cds, très chics, de la totalité de la musique présente ici et jouée ce soir-là.
Le titre deviendra « For Jemeel Fire From The Road » en hommage au saxophoniste alto parti à l’âge de soixante-quinze ans.
Junka Nu (CD-2)


(jamais utilisé avant, celui-là)
