J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

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Douglas
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 8 août 2026 01:56

Hamid Drake, Jemeel Moondoc, William Parker, Steve Swell – Fire Into Music.jpg
Hamid Drake, Jemeel Moondoc, William Parker, Steve Swell – Fire Into Music.jpg (68.63 Kio) Vu 1036 fois
Hamid Drake, Jemeel Moondoc, William Parker, Steve Swell – Fire Into Music - (2004)

L’histoire de cet album est assez révélatrice de ce qui peut se passer dans le monde du jazz tel qu’il fonctionne dans la réalité. C’est d’autant plus révélateur que cet album est une « tuerie », enfin c’est ce genre de mot qu’on utilise parfois pour indiquer qu’il est traversé par la passion !

Déjà le support est un indice, c’est en effet un Cdr de chez Cdr, pas ce qui semble le mieux indiqué pour évoquer une longévité hors normes. C’est la restitution d’une captation d’un concert qui s’est déroulé au Ballroom Marfa, au Texas, le huit octobre deux mille quatre. Un très bon concert !

Concernant la formation elle est conforme aux musiciens présents, Hamid Drake à la batterie, Jemeel Moondoc au saxophone alto, William Parker à la contrebasse et Steve Swell au trombone, mais ces renseignements ne sont pas fournis sur le Cd.

Par contre le véritable nom de la formation n’est pas indiqué, il s’agit du « Steve Swell’s Fire Into Music », cette dernière partie deviendra le titre de l’album, alors qu’elle appartient au nom du groupe, mais rien de grave.

Ça devient un peu plus cocasse lorsqu’un jour Steve Swell reçoit dans sa boîte aux lettres un exemplaire vinyle de cet album, dont il ignorait tout, y compris son existence. Il est gravé sur le label « Ballroom Marfa » avec la cote « BM-001 », des Cds suivront contenant deux titres également, « Junka Nu » et « Space Cowboys ». Il y aura même un autre Cd avec quatre titres différents, contenant des extraits du même concert…

Comme tout finit par s’arranger, l’album devint officiel, il faut dire que c’est un pur joyau de l’ambiance « club » qui plaît tant aux amateurs de jazz, c’est un peu approximatif côté prise de son, mais l’énergie est là, l’ambiance et la sueur avec le fond sonore qui va bien, constitué par les bruits des conversations et la réaction chaude du public face à la proximité quasi familiale qui s’exprime ici.

Oui, il y a aussi des bons côtés, mais l’affaire n’est pas tout à fait terminée. C’est que l’album est vraiment bon, dans son jus, brut de décoffrage et organique, chaque musicien est à son top niveau, totalement investi dans sa mission, sur la fin c’est tout bouillonnant !

L’enregistrement connaîtra une autre vie sur le label français « RogueArt », il bénéficiera d’une réédition en trois cds, très chics, de la totalité de la musique présente ici et jouée ce soir-là.

Le titre deviendra « For Jemeel Fire From The Road » en hommage au saxophoniste alto parti à l’âge de soixante-quinze ans.

Junka Nu (CD-2)
Space Cowboys (CD-2)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 9 août 2026 02:13

vijay iyer - InWhatLanguage.jpg
vijay iyer - InWhatLanguage.jpg (67.97 Kio) Vu 998 fois
Vijay Iyer & Mike Ladd – In What Language? – (2003)

Tout à fait le genre d’album dont je ne devrais pas parler, étant quasi hors-jeu, vu que le texte pèse autant ou même davantage que la musique… je chope bien quelques infos ou sensations de-ci de-là, mais je suis dans l’insuffisance, pourtant, j’y vais quand même, même le bon sens ne m’arrête pas !

Mike Ladd est l’auteur des paroles et dit quelques textes également, il joue aussi la partie électro. Vijay Iyer joue des claviers, du piano, de l’électro et compose l’ensemble des pièces. Jusque-là tout va bien.

Il y a également d’autres récitants qui entrent dans la dance, l’album vire facilement vers le hip hop ou le rap, on peut entendre Latasha Nevada Diggs, Allison Easter et Ajay Naidu qui interviennent avec régularité.

Il y a également des musiciens fantastiques, c’est ce qui m’a embarqué dans cette aventure, Ambrose Akinmusire à la trompette, Rudresh Mahanthappa au sax alto, Dana Leong au violoncelle, au trombone et au bugle, Liberty Ellman à la guitare, Stephan Crump à la basse et Trevor Holder à la batterie, côté musique c’est du tout bon. Jusque-là tout va bien.

Il y a au total dix-sept pièces, et chacune raconte une histoire d’aéroport, mais il faut que s’ajoute un problème lié au racisme, exacerbé par la lutte antiterroriste aux Etats-Unis, depuis les attentats du onze septembre. La sixième pièce se nomme « De Gaulle » : Nous sommes aussi dans le coup !

Heureusement mes limites arrivent vite, et je ne sais trop si le sujet vaut un album, mais il se pourrait que oui, ou bien, peut-être est-ce trop ? Ce qui est sûr c’est que le meilleur arbitre africain n’a pu embarquer pour satisfaire à son élection comme tel, lors de la coupe du monde de foot ! Le projet est financé par « Mary Flager Cary Charitable Trust » et sponsorisé par la « Creative Capital Foundation », mais c’est pour la bonne cause.

Plutôt pour les bilingues qui maîtrisent l’anglais Etasunien, mais la musique est suffisamment sympa pour porter l’album sans la compréhension fine, et, chez moi, plutôt grossière.

Beaucoup de monde dans cet album à la frontière des genres. Les amateurs de Vijay Iyer ne s’y retrouveront pas forcément tout du long, mais on reconnaît sa patte unique et sa façon de faire, les pièces ont une âme, c’est là l’essentiel.

The Color of My Circumference
Vijay Iyer & Mike Ladd - Rentals
In What Language? - Vijay Iyer & Mike Ladd
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 10 août 2026 01:55

William Hooker – Light The Early Years 1975 - 1989.jpg
William Hooker – Light The Early Years 1975 - 1989.jpg (120.27 Kio) Vu 953 fois
William Hooker – Light The Early Years 1975 – 1989 (partie une - …is eternal life ) – 4 cds

Au milieu des années soixante-dix New-York ne se porte pas si bien, la ville est ruinée, des wagons entiers de fonctionnaires sont virés, ça sent pas très bon dans les rues, la grosse pomme pourrit petit à petit…

Pourtant, il y a une certaine vitalité dans le monde du jazz, c’est la période des lofts et tout semble possible, le jazz frémit et s’étend dans la ville, des lieux s’ouvrent, les musiciens trouvent du taf, il y a comme un espoir qui renaît et la pomme gâtée attire encore à la ronde…

William Hooker reprend lui aussi espoir, il sent son heure venir, c’est un bon batteur, il le sait et croit en lui, mais rien n’y fait, chacune de ses expériences est un échec, sa façon de jouer, libre et sans cadre, l’empêche de gagner sa vie, et il a une petite famille sur les bras…

Il est au courant pour les lofts, il court vers les studios Rivbea, chez Sam Rivers et son épouse Béatrice, la solution se trouve là-bas… Mais l’heure n’est pas venue pour Hooker qui voit ses espoirs à nouveau douchés, certes on lui fait une place, mais pas celle qu’il souhaite, lui veut être un leader, chef de groupe, c’est son nom qui doit être en haut !

Mais Sam Rivers lui fait comprendre que, tel qu’indiqué sur les notes du livret : « un batteur se devait de faire ses armes en tant que sideman avant de diriger sa propre formation ». William ne lâche cependant rien, et trouve des petits contrats ici ou là, et voilà qu’un jour il apprend que David Murray, vingt ans, souhaiterait jouer avec lui…

Ce qui se fit, « Soy : material /seven » une épopée de presque vingt-sept minutes est enregistrée au « Cubiculo » de New York, avec Mark Miller à la basse, en mai soixante-quinze. La pièce se trouve sur le premier Cd du coffret, ainsi que l’ensemble de « …is eternal life », le premier album, un double, de William Hooker qui parut en soixante-dix-sept.

Il contient également « Drum Form » de plus de dix-huit minutes, et « Passages » avec rien moins que David S. Ware, lui aussi attiré par le jeu tout en folie de William Hooker, pour sûr, cet album est un chef d’œuvre ! Il contient également deux pièces de soixante-seize qui complètent ce premier album tout à fait exceptionnel, les amateurs de free music apprécieront forcément et retrouveront ces deux titres au début du volume deux de « Light ».

Drum Form (includes) - Wings - Prophet Of Dogon - Still Water - Desert Plant - Tune)
Soy : material /seven
Passages (Anthill)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 11 août 2026 03:27

William Hooker – Light The Early Years 1975 - 1989.jpg
William Hooker – Light The Early Years 1975 - 1989.jpg (120.27 Kio) Vu 905 fois
William Hooker – Light The Early Years 1975 – 1989 (partie deux)

Ce second volume contient donc les deux dernières parties de « …is eternal life », c’est-à-dire « Pieces I, II » avec outre William Hooker, Les Goodson au sax ténor, à la flûte et aux percus, ainsi que Hasaan Dawkins à l’alto, à la flûte et également aux percus. La seconde pièce est « Above and Beyond » consacré au seul Hooker à la batterie…

Les quatre autres pièces appartiennent à l’album « Brighter Lights », La piste trois, « Others », n’est pas renseignée. L’altiste et flûtiste Alan Braufman joue « Patterns I, II et trois », et Mark Hennen au piano sur «3&6/ Right ». Ce sont Jemeel Moondoc et Haasan Dawkins qui jouent respectivement de l’alto et du ténor sur « Present Happiness ». Cette dernière pièce est complètement inédite.

Le jeu de William Hooker est complètement azimuté, il ne tarit pas de roulements vrombissants et de coups de cymbales surpuissants, tout s’ensauvage bruyamment et chacun participe à l’euphorie générale qui traverse l’album, particulièrement sur les deux dernières pièces de « …is eternal ».

Le second album est également passionnant, après le mystérieux « Others » dont on ne connaît pas les musiciens, Hooker se fait rejoindre par Alan Braufman pour un « Patterns » en trois mouvements, presque folk, puis par son ami Mark Hennen, un fidèle avec lequel il interprète «3&6/ Right ». Des pièces habitées et tendues comme on les aime.

Les disques trois et quatre sont inédits…

Le Cd trois contient un enregistrement enregistré en février quatre-vingt-huit au « Roulette Club » de New York avec Roy Campbell à la trompette, Booker T. Williams au sax ténor et Hooker à la batterie. Deux pièces sont jouées, « Anchoring, Inclusion, 3&6/Right » de plus de vingt et une minute et « Clear, Cold Light, Into Our Midst/Japanese Folk Song » de quarante-deux minutes et plus…

On reste dans l’excellence avec un Roy Campbell lourdement impliqué qui signe une prestation de grand talent, son alter ego Booker T. est également à la hauteur, ces enregistrements sont admirables avec un Hooker absolument incandescent !

Le dernier volume date de février quatre-vingt-neuf au « Chumley’s in the Castle », à la Brandeis University, à Waltham dans le Massachussetts. Lewis Barnes est à la trompette et et Richard Keene aux différents saxs et à la flûte, évidemment Hooker est à la batterie et au spoken word.

Deux pièces sont jouées, « Contrast (With a feeling) » de douze minutes environ, « Naturally Forward » de plus de trente-deux minutes. Pour finir, la pièce « Continuity of Unfoldment » de plus de seize minutes, est un solo de Hooker capté en quatre-vingt-un à New-York qui termine le coffret. Ce dernier est limité à mille exemplaires, il y en a encore !

Pieces I & II
Patterns I, II and III
Natutally Forward
Natutally Forward (continues)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par vox populi » mar. 11 août 2026 06:24

Paul Lay et Joël Suhubiette, directeur artistique du Chœur de chambre Les Éléments, se sont associés en 2024 afin de mêler l’univers des chants a cappella et celui du jazz.

Ce projet a donné naissance à un disque sorti en début d’année, qui se nomme Waves of Light.

On entend bien sûr quelques réminiscences de Magma dans ce projet, mais les compositeurs ont réussi à créer leur propre univers, en privilégiant des atmosphères plus traditionnellement jazz que celles du groupe de Christian Vander.

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 11 août 2026 20:32

vox populi a écrit :
mar. 11 août 2026 06:24
Paul Lay et Joël Suhubiette, directeur artistique du Chœur de chambre Les Éléments, se sont associés en 2024 afin de mêler l’univers des chants a cappella et celui du jazz.

Ce projet a donné naissance à un disque sorti en début d’année, qui se nomme Waves of Light.

On entend bien sûr quelques réminiscences de Magma dans ce projet, mais les compositeurs ont réussi à créer leur propre univers, en privilégiant des atmosphères plus traditionnellement jazz que celles du groupe de Christian Vander.
On peut également penser à l'univers un peu ancien des "Double six" avec Mimi Perrin que l'on retrouve ici. Paul Lay est à sa place, c'est le genre de chose qui l'intéresse, et il est doué...
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 12 août 2026 04:37

The Tomeka Reid Quartet – Dance! Skip! Hop!.jpg
The Tomeka Reid Quartet – Dance! Skip! Hop!.jpg (117.35 Kio) Vu 827 fois
The Tomeka Reid Quartet – Dance! Skip! Hop! – (2026)

Bon, il va falloir encore sortir la boîte à compliments, il faut dire que ce n’est pas tous les jours que l’on découvre un tel album, du genre qui vous scotche une bonne fois à partir du début et qui ne vous lâche qu’à la fin.

Bon, Tomeka Reid fait partie du paysage désormais, tellement un peu ici, un peu là et finalement partout, qu’elle semble indispensable, un peu comme Chad Taylor à la batterie, William Parker à la contrebasse ou Mary Halvorson à la guitare, ces musiciens qui jouent tout le temps et deviennent des machines à sortir de la musique : c’est qu’ils la respirent !

Mary Halvorson, ça tombe bien, c’est elle qui est là, à côté de la violoncelliste, de Tomas Fujiwara à la batterie et de Jason Roebke à la contrebasse. Un groupe acoustique, avec des cordes qui jouent si bien toutes ensembles, il y a comme de la magie par ici, née certainement de l’habitude et de la longue confrontation, ou plutôt d’une belle collaboration.

Ils sont tous les quatre explorateurs de sons, chercheurs audacieux, pas nécessairement des destructeurs, mais des gens qui osent, et qui n’hésitent pas à franchir le pas, aller plus loin, encore un peu… Cette audace est encore présente, on s’en régale et on l’aime, cet album est une marche supplémentaire…

Les cinq compos sont bien chouettes, « dance, skip ! hop ! » est faite pour plaire au grand nombre, malgré qu’elle ne se compromette en rien, alliant thème répétitif et aventure improvisée. « A (ways) For CC and CeCe » au titre un peu obscur est un hommage à Clarence James, grand-tante de Tomeka Reid et figure de la scène jazz de Chicago. Une nouvelle fois guitare et violoncelle élèvent un discours affûté et complémentaire.

« Oo Long ! » à nouveau un titre- onomatopée qui suggère plus qu’il ne dit, nous plongeant dans une sorte de funk d’ordre acoustique, original, mais quand vient le fuzz de la gratte on y est en plein, entre magie et musique psyché.

« Under the Aurora Sky » nous plonge dans l’émouvant, l’archet forcément qui pleure un peu, une pièce plus tendre, presque intimiste, qui se plaît au pays des cordes, avec les balais de Fujiwara qui caressent les toms, grand batteur aux mille qualités…

Limité à mille en Cd, avec plusieurs tirages en vinyle pour un total de cinq cents, me semble-t-il, il figurera forcément dans la bataille pour le titre du « meilleur album de l’année » …

dance! skip! hop!
a(ways) For CC and CeCe
Oo long!
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 13 août 2026 01:16

Pixvae – De Lado A Lado.jpg
Pixvae – De Lado A Lado.jpg (283.97 Kio) Vu 780 fois
Pixvae – De Lado A Lado – (2026)

Il se trouve qu’il y a dix ans, en deux mille seize, je m’étais procuré le premier album de Pixvae, celui avec le fameux palmier en couverture, le « palmier-pêche » hybride aux racines noueuses, qui a donné son nom à la formation. On pourrait pour cette dernière également parler « d’hybridation » en évoquant l’origine des musiciens colombiens et français qui mélangent le currulao afro-colombien, avec des racines jazz et rock.

Sont donc présents Jennifer “Xiomora” Torres et Israël Quinones au chant et à la guasà, un instrument de percussion en forme de hochet rempli de graines, typique de la Colombie et plus particulièrement de la province d'Esmeraldas.

Damien Cluzel est à la guitare, Romain Dugelay au sax baryton et aux claviers, Juan Carlos Arrechea aux percussions et à la marimba de chonta, une forme dérivée du balafon africain, pour finir, Léo Dumont joue de la batterie. A ce stade on peut garantir une musique véritablement originale et finalement peu commune, avec des ingrédients assez uniques.

Ce qui est le cas, les promesses sont tenues et le mélange électrique sied formidablement à ce feeling colombien qui se maintient, intacte après cette décennie, sans jamais dévier de sa route, fidèle en tout, de pièce en pièce, avec cette forte identité culturelle qui ne saurait mentir.

« De Lado A Lado » est le quatrième témoignage de ce mix colombien installé dans le Lyonnais, avec cette identité rugueuse qui ne faiblit jamais, sûr de ses rythmes anciens avec ce groove authentique, en même temps qu’actualisé, qui tourne en entier autour de la marimba de chonta, un lamellophone à percussion typique des sonorités musicales de la région, présenté souvent comme étant d’origine africaine.

On retient « Y No He Visto Na' » qui ouvre l’album et annonce la couleur, « El Pescador », « El Plato De Comida » et « El Bacaneo » pour n’en citer que quatre, mais l’identité très forte forme un ensemble cohérent plutôt insécable.

Y no he visto na'
El pescador
El plato de comida
El bacaneao
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 14 août 2026 02:28

Youn Sun Nah – Lost Pieces.jpg
Youn Sun Nah – Lost Pieces.jpg (75.53 Kio) Vu 716 fois
Youn Sun Nah – Lost Pieces – (2026)

Après avoir connu un début de carrière tonitruant dans l’hexagone, invitée star lors des festivals d’été et artiste vénérée par les grands médias, la chanteuse d’origine coréenne a connu un virage dans son milieu de carrière, après le magnifique « Lento ». On retiendra également les très bons « She Moves on », « Voyage » et « Same Girl », ce dernier resplendissant dans sa version augmentée.

C’est en fait son accompagnateur fétiche d’alors, Ulf Wakenius, qui démarque les limites, il était autrefois le bras droit de l’Oscar Peterson Quartet. Sa déchéance, sans doute imméritée, se fit au travers de critiques l’accusant de plagiat à propos d’un air brésilien, quelques lignes perfides dans un journal de jazz bien connu. J’avais comparé à l’époque les versions mais n’avait pas été frappé tant que ça, il en existe beaucoup de pires qui circulent, par ailleurs le jazz autorise les reprises, c’en est même un véritable « sport », un passage obligé.

Bref, Ulf était le parfait « bouc émissaire » de ce changement qui vit Youn Sun Nah rechercher un autre « Ulf » dans le circuit du jazz français, il semble qu’elle ait besoin d’une béquille ou d’une épaule pour s’y appuyer, bien qu’elle fasse déjà beaucoup, sur cet album par exemple elle est à l’origine de toutes les compos.

Alors le faste ancien ne revint pas, bien que sa production restât toujours honorable, mais n’atteignait plus les rares grâces d’antan. Le temps a filé bien vite et les sorties également, celle-ci plutôt bonne, qui me plonge dans les souvenirs anciens et les sonorités nouvelles, « Where’d You Hide », « Lost Pieces », « A Map Of Pain », « I Can’t Sleep » ou « We Never Were » vont bien, à l’image de l’ensemble de l’album.

Youn semble à la recherche de ses propres « fragments perdus », éparpillés, ses blessures ou ses pleurs, ses peines également, travailler à tout rassembler, réunir ce qui s’est brisé, trouver le ciment et refaire le lien, réparer, inlassablement…
Cet album a de la tenue, Youn Nah chante sans emphase, toujours la juste note, le phrasé adroit et les pièces toutes en justesse, l’album semble inattaquable avec cet équilibre interne absolument parfait.

La jeune garde française est à ses côtés, le guitariste Matthis Pascaud, Laurent Vernerey aux basses et Raphaël Chassin à la batterie et aux percus. Tony Paeleman est le roi des claviers, piano, wurlitzer, orgue Hammond et synthés, David Patrois est au marimba et au vibraphone. Pour compléter, voici la petite liste des invités, Christophe Panzani au ténor, Robinson Khoury au trombone et Alexis Bourguignon à la trompette et au bugle.

Certainement un des meilleurs retours de l’année !

Where'd You Hide?
Lost Pieces
A Map of Pain
I Can't Sleep
We Never Were
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par vox populi » ven. 14 août 2026 06:47

Douglas a écrit :
mer. 12 août 2026 04:37
The Tomeka Reid Quartet – Dance! Skip! Hop!.jpg

The Tomeka Reid Quartet – Dance! Skip! Hop! – (2026)

Bon, il va falloir encore sortir la boîte à compliments, il faut dire que ce n’est pas tous les jours que l’on découvre un tel album, du genre qui vous scotche une bonne fois à partir du début et qui ne vous lâche qu’à la fin.

Bon, Tomeka Reid fait partie du paysage désormais, tellement un peu ici, un peu là et finalement partout, qu’elle semble indispensable, un peu comme Chad Taylor à la batterie, William Parker à la contrebasse ou Mary Halvorson à la guitare, ces musiciens qui jouent tout le temps et deviennent des machines à sortir de la musique : c’est qu’ils la respirent !

Mary Halvorson, ça tombe bien, c’est elle qui est là, à côté de la violoncelliste, de Tomas Fujiwara à la batterie et de Jason Roebke à la contrebasse. Un groupe acoustique, avec des cordes qui jouent si bien toutes ensembles, il y a comme de la magie par ici, née certainement de l’habitude et de la longue confrontation, ou plutôt d’une belle collaboration.

Ils sont tous les quatre explorateurs de sons, chercheurs audacieux, pas nécessairement des destructeurs, mais des gens qui osent, et qui n’hésitent pas à franchir le pas, aller plus loin, encore un peu… Cette audace est encore présente, on s’en régale et on l’aime, cet album est une marche supplémentaire…

Les cinq compos sont bien chouettes, « dance, skip ! hop ! » est faite pour plaire au grand nombre, malgré qu’elle ne se compromette en rien, alliant thème répétitif et aventure improvisée. « A (ways) For CC and CeCe » au titre un peu obscur est un hommage à Clarence James, grand-tante de Tomeka Reid et figure de la scène jazz de Chicago. Une nouvelle fois guitare et violoncelle élèvent un discours affûté et complémentaire.

« Oo Long ! » à nouveau un titre- onomatopée qui suggère plus qu’il ne dit, nous plongeant dans une sorte de funk d’ordre acoustique, original, mais quand vient le fuzz de la gratte on y est en plein, entre magie et musique psyché.

« Under the Aurora Sky » nous plonge dans l’émouvant, l’archet forcément qui pleure un peu, une pièce plus tendre, presque intimiste, qui se plaît au pays des cordes, avec les balais de Fujiwara qui caressent les toms, grand batteur aux mille qualités…

Limité à mille en Cd, avec plusieurs tirages en vinyle pour un total de cinq cents, me semble-t-il, il figurera forcément dans la bataille pour le titre du « meilleur album de l’année » …

dance! skip! hop!
a(ways) For CC and CeCe
Oo long!
Ah oui, ce groupe avait déjà sorti un projet il y a une dizaine d’années qui avait reçu les bravos des critiques. C’est vraiment très bon, en effet, et j’aimerais pouvoir les voir en concert. C’est aussi cool que le groupe soit à moitié composé de musiciennes, car les femmes dans le jazz, ce n’est pas si souvent qu’on en entend.

À l’écoute des morceaux que tu as partagés, le duo mélodique que composent la guitariste et la violoncelliste propose d’ailleurs une approche moins virtuose de l’improvisation que celle de beaucoup de leurs collègues masculins. On sent que la guitare et le violoncelle s’attachent davantage à créer des couleurs sur le tableau qu’à vouloir épater la galerie par leur dextérité.

Bon, ce serait exagéré de dire que cette tendance est spécifiquement féminine. D’abord parce que leur musique me fait un peu penser à certains projets de Larry Coryell, qui est un sacré bonhomme, et aussi parce qu’il y a des musiciennes dans le jazz qui sont ébouriffantes de virtuosité, comme la pianiste Francesca Tandoi, que j’ai eu la chance d’écouter en live.


Au passage j'aime aussi beaucoup le mixage de l'album qui laisse de la place à chaque instrument et les mets pourtant tous presque au même niveau sonore

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par nunu » ven. 14 août 2026 07:12

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Mary Halvorson et Ambrose Akinmusire pour leur premier album en duo meme s'ils ont deja bossé ensemble par le passé


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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 14 août 2026 08:26

vox populi a écrit :
ven. 14 août 2026 06:47
Douglas a écrit :
mer. 12 août 2026 04:37
The Tomeka Reid Quartet – Dance! Skip! Hop!.jpg

The Tomeka Reid Quartet – Dance! Skip! Hop! – (2026)

Bon, il va falloir encore sortir la boîte à compliments, il faut dire que ce n’est pas tous les jours que l’on découvre un tel album, du genre qui vous scotche une bonne fois à partir du début et qui ne vous lâche qu’à la fin.

Bon, Tomeka Reid fait partie du paysage désormais, tellement un peu ici, un peu là et finalement partout, qu’elle semble indispensable, un peu comme Chad Taylor à la batterie, William Parker à la contrebasse ou Mary Halvorson à la guitare, ces musiciens qui jouent tout le temps et deviennent des machines à sortir de la musique : c’est qu’ils la respirent !

Mary Halvorson, ça tombe bien, c’est elle qui est là, à côté de la violoncelliste, de Tomas Fujiwara à la batterie et de Jason Roebke à la contrebasse. Un groupe acoustique, avec des cordes qui jouent si bien toutes ensembles, il y a comme de la magie par ici, née certainement de l’habitude et de la longue confrontation, ou plutôt d’une belle collaboration.

Ils sont tous les quatre explorateurs de sons, chercheurs audacieux, pas nécessairement des destructeurs, mais des gens qui osent, et qui n’hésitent pas à franchir le pas, aller plus loin, encore un peu… Cette audace est encore présente, on s’en régale et on l’aime, cet album est une marche supplémentaire…

Les cinq compos sont bien chouettes, « dance, skip ! hop ! » est faite pour plaire au grand nombre, malgré qu’elle ne se compromette en rien, alliant thème répétitif et aventure improvisée. « A (ways) For CC and CeCe » au titre un peu obscur est un hommage à Clarence James, grand-tante de Tomeka Reid et figure de la scène jazz de Chicago. Une nouvelle fois guitare et violoncelle élèvent un discours affûté et complémentaire.

« Oo Long ! » à nouveau un titre- onomatopée qui suggère plus qu’il ne dit, nous plongeant dans une sorte de funk d’ordre acoustique, original, mais quand vient le fuzz de la gratte on y est en plein, entre magie et musique psyché.

« Under the Aurora Sky » nous plonge dans l’émouvant, l’archet forcément qui pleure un peu, une pièce plus tendre, presque intimiste, qui se plaît au pays des cordes, avec les balais de Fujiwara qui caressent les toms, grand batteur aux mille qualités…

Limité à mille en Cd, avec plusieurs tirages en vinyle pour un total de cinq cents, me semble-t-il, il figurera forcément dans la bataille pour le titre du « meilleur album de l’année » …

dance! skip! hop!
a(ways) For CC and CeCe
Oo long!
Ah oui, ce groupe avait déjà sorti un projet il y a une dizaine d’années qui avait reçu les bravos des critiques. C’est vraiment très bon, en effet, et j’aimerais pouvoir les voir en concert. C’est aussi cool que le groupe soit à moitié composé de musiciennes, car les femmes dans le jazz, ce n’est pas si souvent qu’on en entend.

À l’écoute des morceaux que tu as partagés, le duo mélodique que composent la guitariste et la violoncelliste propose d’ailleurs une approche moins virtuose de l’improvisation que celle de beaucoup de leurs collègues masculins. On sent que la guitare et le violoncelle s’attachent davantage à créer des couleurs sur le tableau qu’à vouloir épater la galerie par leur dextérité.

Bon, ce serait exagéré de dire que cette tendance est spécifiquement féminine. D’abord parce que leur musique me fait un peu penser à certains projets de Larry Coryell, qui est un sacré bonhomme, et aussi parce qu’il y a des musiciennes dans le jazz qui sont ébouriffantes de virtuosité, comme la pianiste Francesca Tandoi, que j’ai eu la chance d’écouter en live.


Au passage j'aime aussi beaucoup le mixage de l'album qui laisse de la place à chaque instrument et les mets pourtant tous presque au même niveau sonore
Sympa d'évoquer cet album absolument fantastique, une nouvelle édition a été lancée pour éviter la pénurie, dispo sur bandcamp.

A mon avis on n'est pas dans la même dimension avec Francesca Tandoi qui joue à la perfection un hardbop extrêmement véloce et très bien bien interprété, mais dont on connaît par avance les territoires.

Côté Tomeka Reid et Halvorson on est davantage dans l'innovation et la fraîcheur, de celles qui laissent une trace, ça fait pas mal de temps que je les suis, elles sont toutes deux imprévisibles et surprennent sans cesse, dans toutes les configurations qu'elles rencontrent...
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 14 août 2026 08:30

nunu a écrit :
ven. 14 août 2026 07:12
Image

Mary Halvorson et Ambrose Akinmusire pour leur premier album en duo meme s'ils ont deja bossé ensemble par le passé

Merci pour le clip!

Je remonte l'album dont j'avais parlé pendant que tu étais en vacances!
:envahisseurzz: (jamais utilisé avant, celui-là)

Ambrose Akinmusire, Mary Halvorson – Slo-Mo Neon Luminate Hoverings.jpg
Ambrose Akinmusire, Mary Halvorson – Slo-Mo Neon Luminate Hoverings – (2026)

Ambrose Akinmusire et Mary Halvorson sont des musiciens qui se côtoient en dehors des circuits depuis deux mille-neuf. Lors de rencontres ils jouent et échangent dans des sessions improvisées, simplement pour le plaisir de jouer.

Il se trouve que les deux sont remarquables et innovants sur leur instrument. Les échanges sont libres et sans contraintes, c’est ce qui incitera Ambrose à franchir une étape, il est depuis longtemps fasciné par les pédales à effet dont usent les guitaristes, de Hendrix en passant par Frisell et Mary Halvorson.

Celle-ci a prêté à Ambrose une de ces pédales, elle confie : « Je lui ai donné la pédale cinq minutes avant la répétition et j'ai été bluffé par la rapidité avec laquelle il a réussi à faire des trucs incroyables… en cinq minutes chrono ! » C’est aussi cette découverte que nous entendons ici, les habitués de Mary Halvorson ne seront pas surpris par la multiplicité des effets et les identifieront aisément.

Neuf pièces magnifiques sont ainsi gravées, héritées de l’expérience commune forgée au fil du temps. Le feeling accumulé est certainement un des secrets de cet album, on ressent presque physiquement cette complicité, dans l’air que l’on respire, dans l’intimité des pièces et leur architecture, et dans la façon dont elles évoluent, fusionnant parfois.

On peut également souligner la présence du souci mélodique, que l’on omet trop souvent, et qui s’impose au fil de ces pièces, mais ce qui émerge davantage encore c’est la précision parfaite, jusque dans les détails. Les effets forment une partie non négligeable de l’œuvre, les boucles, les tessitures, tout ce qui ajoute à l’atmosphère est également important.

Et c’est bien tout cet ensemble finement brodé qui donne à cette œuvre un cachet unique, avec une finition irréprochable, qui s’entend dès le titre d’ouverture « Prélude In The Ash » et qui se continue jusqu’au titre final, « Slo-Mo Neon Luminate Hoverings », entre jazz et ambiant, avec le meilleur de l’un et de l’autre, qui forment ensemble une douce alliance…

Prelude in the Ash
Soundcheck
Watersmoke
Blood & Sand
Slo-Mo Neon Luminate Hoverings
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 15 août 2026 02:30

Flea – Honora.jpg
Flea – Honora.jpg (82.93 Kio) Vu 586 fois
Flea – Honora – (2026)

Un cd comme il m’arrive de m’en procurer, heureusement assez rarement, car il y a un risque. Me voilà dans la boutique, rayon Cd de cette succursale d’une enseigne nationale bien de chez nous. Rayon jazz, tout en bas, un mètre trente tout au plus, en partant de la gauche et en allant vers la droite, c’est inconfortable, d’autant que c’est un repère à vieux, mais ça passe assez vite compte tenu de la minceur du choix.

Un sticker, « Flea’s debut Solo Album with Anna Butters, Nick Cave, Josh Johnson, Jeff Parker, Deantoni Parks, Tom Yorke », pas mal me dis-je… Un reste de culture rock me fait remonter le souvenir que « Flea » est un des membres fondateurs des « Red Hot Chili Peppers », Butters et Parker d’International Anthem et Cave et York en invité star d’honneur…

Je prends, c’était la semaine dernière avec celui de Youn Sun Nah, je l’écoute et ne regrette pas l’achat, bon signe… Flea fait son « Andre 3000 », on se souvient que ce dernier, au sommet de sa gloire, a fait un pas de côté pour sortir un album plutôt jazz, autour des flûtes dont il a exploré une grande partie des facettes, lors de son album « New Blue Sun », un album que j’aime bien…

Flea lui choisit la trompette, pas vraiment pour en explorer les possibilités techniques, mais plus prosaïquement pour en jouer. C’est un de ses instruments d’enfance qu’il a mis de côté pour se consacrer à la basse. Il s’est imposé une gymnastique personnelle pendant la grande tournée des Red Hot qui s’étala sur deux ans. Tous les soirs, il consacrait un temps à la trompette, avec comme projet de faire un album de trompettiste, quel que soit le niveau atteint au bout des deux années, c’est ainsi que paru « Honora », l’album de Flea.

C’est ainsi que naquit le nouveau Chet Baker, Clifford Brown, ou Miles Davis, choisissez celui que vous voulez… Bon arrêtons-là les blagounettes, il joue, pas si mal, de façon honorable, mais il est encore loin du compte…

Son génie c’est d’avoir fait appel à Josh Johnson, le producteur, qui a réuni une équipe de haut vol autour de lui, si bien que l’album tient plutôt bien la route, je n’énumère pas la liste des musicos mais ça impressionne et finalement tout se passe bien, malgré tout…

On remarque une reprise de « Maggot Brain » avec flea au solo, qui se passe plutôt bien, il a dû bien travailler avec son professeur, le père de Kamasi. Il y a également une reprise du standard « Willow Weep For Me » carrément casse-gueule, mais il s’en sort de justesse et avec les honneurs : c’est un véritable équilibriste ce Flea !

Et puis il y a cette pièce hors sujet, ce titre interprété par Nick Cave qui plaira sans doute aussi, car ici rien n’est à jeter, « Wichita Lineman » de Jimmy Webb, avec Butters, Parks, Parker et Refoso qui accompagnent le crooner…

Un petit mot pour la pochette qui représente la belle maman de Flea, d’origine iranienne…

Traffic Lights (feat. Thom Yorke)
Maggot Brain
Wichita Lineman (feat. Nick Cave)
Thinkin Bout You
Willow Weep for Me
Free As I Want to Be
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par vox populi » sam. 15 août 2026 06:07

Douglas a écrit :
ven. 14 août 2026 08:26
vox populi a écrit :
ven. 14 août 2026 06:47
Douglas a écrit :
mer. 12 août 2026 04:37
The Tomeka Reid Quartet – Dance! Skip! Hop!.jpg

The Tomeka Reid Quartet – Dance! Skip! Hop! – (2026)

Bon, il va falloir encore sortir la boîte à compliments, il faut dire que ce n’est pas tous les jours que l’on découvre un tel album, du genre qui vous scotche une bonne fois à partir du début et qui ne vous lâche qu’à la fin.

Bon, Tomeka Reid fait partie du paysage désormais, tellement un peu ici, un peu là et finalement partout, qu’elle semble indispensable, un peu comme Chad Taylor à la batterie, William Parker à la contrebasse ou Mary Halvorson à la guitare, ces musiciens qui jouent tout le temps et deviennent des machines à sortir de la musique : c’est qu’ils la respirent !

Mary Halvorson, ça tombe bien, c’est elle qui est là, à côté de la violoncelliste, de Tomas Fujiwara à la batterie et de Jason Roebke à la contrebasse. Un groupe acoustique, avec des cordes qui jouent si bien toutes ensembles, il y a comme de la magie par ici, née certainement de l’habitude et de la longue confrontation, ou plutôt d’une belle collaboration.

Ils sont tous les quatre explorateurs de sons, chercheurs audacieux, pas nécessairement des destructeurs, mais des gens qui osent, et qui n’hésitent pas à franchir le pas, aller plus loin, encore un peu… Cette audace est encore présente, on s’en régale et on l’aime, cet album est une marche supplémentaire…

Les cinq compos sont bien chouettes, « dance, skip ! hop ! » est faite pour plaire au grand nombre, malgré qu’elle ne se compromette en rien, alliant thème répétitif et aventure improvisée. « A (ways) For CC and CeCe » au titre un peu obscur est un hommage à Clarence James, grand-tante de Tomeka Reid et figure de la scène jazz de Chicago. Une nouvelle fois guitare et violoncelle élèvent un discours affûté et complémentaire.

« Oo Long ! » à nouveau un titre- onomatopée qui suggère plus qu’il ne dit, nous plongeant dans une sorte de funk d’ordre acoustique, original, mais quand vient le fuzz de la gratte on y est en plein, entre magie et musique psyché.

« Under the Aurora Sky » nous plonge dans l’émouvant, l’archet forcément qui pleure un peu, une pièce plus tendre, presque intimiste, qui se plaît au pays des cordes, avec les balais de Fujiwara qui caressent les toms, grand batteur aux mille qualités…

Limité à mille en Cd, avec plusieurs tirages en vinyle pour un total de cinq cents, me semble-t-il, il figurera forcément dans la bataille pour le titre du « meilleur album de l’année » …

dance! skip! hop!
a(ways) For CC and CeCe
Oo long!
Ah oui, ce groupe avait déjà sorti un projet il y a une dizaine d’années qui avait reçu les bravos des critiques. C’est vraiment très bon, en effet, et j’aimerais pouvoir les voir en concert. C’est aussi cool que le groupe soit à moitié composé de musiciennes, car les femmes dans le jazz, ce n’est pas si souvent qu’on en entend.

À l’écoute des morceaux que tu as partagés, le duo mélodique que composent la guitariste et la violoncelliste propose d’ailleurs une approche moins virtuose de l’improvisation que celle de beaucoup de leurs collègues masculins. On sent que la guitare et le violoncelle s’attachent davantage à créer des couleurs sur le tableau qu’à vouloir épater la galerie par leur dextérité.

Bon, ce serait exagéré de dire que cette tendance est spécifiquement féminine. D’abord parce que leur musique me fait un peu penser à certains projets de Larry Coryell, qui est un sacré bonhomme, et aussi parce qu’il y a des musiciennes dans le jazz qui sont ébouriffantes de virtuosité, comme la pianiste Francesca Tandoi, que j’ai eu la chance d’écouter en live.


Au passage j'aime aussi beaucoup le mixage de l'album qui laisse de la place à chaque instrument et les mets pourtant tous presque au même niveau sonore
Sympa d'évoquer cet album absolument fantastique, une nouvelle édition a été lancée pour éviter la pénurie, dispo sur bandcamp.

A mon avis on n'est pas dans la même dimension avec Francesca Tandoi qui joue à la perfection un hardbop extrêmement véloce et très bien bien interprété, mais dont on connaît par avance les territoires.

Côté Tomeka Reid et Halvorson on est davantage dans l'innovation et la fraîcheur, de celles qui laissent une trace, ça fait pas mal de temps que je les suis, elles sont toutes deux imprévisibles et surprennent sans cesse, dans toutes les configurations qu'elles rencontrent...
Ah oui, bien sûr, les deux univers n’ont absolument rien à voir. Par contre, de mon point de vue, ils sont tous les deux assez balisés (ce qui n’enlève rien au génie de ces deux musiciens). La musique de Halvorson, qui influence quand même beaucoup ce disque, me fait penser à celle de Larry Coryell ou de Marc Ribot (que j’ai vu en concert cette année et qui a été pour moi un choc, tant je ne m’attendais pas à entendre un artiste aussi libre). Il y a chez ces musiciens un talent pour faire sonner les accidents, un grincement ou un bend bizarre comme quelque chose de parfaitement musical, et j’adore ça.

Au vu de ses références déjà anciennes, je ne parlerais donc pas d’innovation concernant Halvorson (Tomeka Reid, je connais moins). Disons que ce sont des paysages tout à fait différents, mais qui sont aujourd’hui déjà anciens dans le jazz. Le jazz, comme toutes les musiques nées au XXe siècle, a maintenant atteint une certaine maturité, et je ne pense plus qu’il y ait vraiment de place pour de vraies nouveautés… sauf si un nouveau style de musique apparaissait et pouvait influencer les musiciens de jazz, comme cela a été le cas avec le rap.

Edit : en écoutant, ce matin, l'album Dragon's Head de Halvorson je rajouterais Sonic youth à ses influences

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 15 août 2026 10:30

vox populi a écrit :
sam. 15 août 2026 06:07

Ah oui, bien sûr, les deux univers n’ont absolument rien à voir. Par contre, de mon point de vue, ils sont tous les deux assez balisés (ce qui n’enlève rien au génie de ces deux musiciens). La musique de Halvorson, qui influence quand même beaucoup ce disque, me fait penser à celle de Larry Coryell ou de Marc Ribot (que j’ai vu en concert cette année et qui a été pour moi un choc, tant je ne m’attendais pas à entendre un artiste aussi libre). Il y a chez ces musiciens un talent pour faire sonner les accidents, un grincement ou un bend bizarre comme quelque chose de parfaitement musical, et j’adore ça.

Au vu de ses références déjà anciennes, je ne parlerais donc pas d’innovation concernant Halvorson (Tomeka Reid, je connais moins). Disons que ce sont des paysages tout à fait différents, mais qui sont aujourd’hui déjà anciens dans le jazz. Le jazz, comme toutes les musiques nées au XXe siècle, a maintenant atteint une certaine maturité, et je ne pense plus qu’il y ait vraiment de place pour de vraies nouveautés… sauf si un nouveau style de musique apparaissait et pouvait influencer les musiciens de jazz, comme cela a été le cas avec le rap.

Edit : en écoutant, ce matin, l'album Dragon's Head de Halvorson je rajouterais Sonic youth à ses influences
Mary Halvorson a enregistré déjà une quarantaine d'albums en tant que leader et côtoyé un grand nombre de personnalités du jazz les plus intéressantes, et souvent cherchantes, elle possède beaucoup d'affinités envers pas mal de musiciens dont Marc Ribot que tu cites. Voici ce qui est dit sur le "dictionnaire du jazz" la concernant:

"A partir d'une irréprochable technique conjuguant précision et sonorités presque sages, Mary Halvorson va et vient en douceur vers des zones plus détonantes, harmoniquement risquées, confirmant sa réputation d'improvisatrice la moins prévisible et de meneuse de groupes."

La liste des personnes avec qui elle a joué est immense alors je ne me lance pas sur ce sujet.

Tomeka Reid est également une personnalité importante, son dernier album me semble incontournable.
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Piranha » sam. 15 août 2026 13:45

Un peu d'improvisation avec cette album de Chik White, pseudo de l'artiste américain touche-à-tout Darcy Spidle.
Cette fois-ci, il joue avec, sur, autour d'un cor des Alpes, du moins un fait maison par un de ses étudiants et là en métal, pas en bois.
D'habitude c'est la guimbarde son instrument de prédilection.

"Wind Wound" (2023)
Image
On peut écouter l'album en cliquant sur l'image

2 titres, 37 minutes ou les sons s'étirent, progressent, ou l'on entend le souffle de l'artiste travailler en continu.
Un travail intéressant, captivant sorti sur le label texan Full Spectrum


Image


:chapozzz:

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 16 août 2026 01:10

Piranha a écrit :
sam. 15 août 2026 13:45
Un peu d'improvisation avec cette album de Chik White, pseudo de l'artiste américain touche-à-tout Darcy Spidle.
Cette fois-ci, il joue avec, sur, autour d'un cor des Alpes, du moins un fait maison par un de ses étudiants et là en métal, pas en bois.
D'habitude c'est la guimbarde son instrument de prédilection.

"Wind Wound" (2023)
Image
On peut écouter l'album en cliquant sur l'image

2 titres, 37 minutes ou les sons s'étirent, progressent, ou l'on entend le souffle de l'artiste travailler en continu.
Un travail intéressant, captivant sorti sur le label texan Full Spectrum


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Bien vu! Me suis régalé, une guimbarde bien encombrante!
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 16 août 2026 01:32

Tigran-Hamasyan-–-The-Bird-Of-A-Thousand-Voices.jpg
Tigran-Hamasyan-–-The-Bird-Of-A-Thousand-Voices.jpg (210.99 Kio) Vu 446 fois
Tigran Hamasyan – The Bird Of A Thousand Voices – (2024)

Je me suis procuré ce coffret double Cd dès sa sortie en deux mille vingt-quatre, j’ai fait un premier essai d’écoute, puis un second, mais sans succès, je l’ai alors reposé dans la pile. Pourtant j’ai beaucoup d’estime pour ce pianiste, précoce et surdoué, à qui tout réussi…

Cette fois-ci j’y retourne, l’album est construit autour d’un conte arménien, qui raconte la quête d'un prince parti à la recherche de l'oiseau dont le chant guérit ceux qui sont frappés par la malédiction de l'indifférence. Il y a également tout un micmac multimédia qui s’incorpore à l’œuvre, et des clips mis en œuvre par Ruben Van Leer…

Côté musique à partir du titre quatre ça commence à devenir un peu plus difficile avec des entrées pop et synthés, accompagnées par des chants éthérés, l’affaire se poursuit dans cette même veine avec « The Quest Begins » qui n’annonce rien de bon non plus, sinon quelques effets très démonstratifs, à l’image de ce prog un peu tape à l’œil qui nous est servi…

Le majestueux « The Path of no Return » remet un peu d’ordre et relance les dés, alors que nos héros admirent leurs reflets dans l’eau, tout se profile tout cool et les charmes du folk arménien, mélangés à la batterie des synthés et aux chants évocateurs opère avec bénéfice, l’album n’est certes pas mauvais, il traverse des périodes aux effets contraires, pour ce que j’en ressens…

Hamasyan est un virtuose, il peut en quelques accords offrir un nouveau sens à la musique, la métamorphoser et l’enrichir, lui offrir une nouvelle finalité, ainsi la fin du premier Cd est assez emblématique et plutôt bien réussie, la magie prend forme et fonctionne assez bien, la nuance à sa place ici.

Le Cd deux persiste et signe, quelques bordées bien envoyées pourront plaire à quelques-uns, comme sur « The Demon of Akn Anatak » ou « Forty Days In The realm Of The Bottomless Eye », l’œuvre est-elle trop longue ? Ou trop ambitieuse ? Clairement certains titres ressemblent à du remplissage, mais sont probablement nécessaires au scénario pour qu’il tienne debout.

En même temps d’autres vont bien et attirent l’oreille, je ne suis pas un grand spécialiste de ce musicien ni apte à éclairer véritablement sa discographie, j’apprécie néanmoins l'excellent « Shadow Theater » et le bon « Mockroot » dont il faudrait parler, j’ai pu voir également des retransmissions de concert vraiment très chouettes et impressionnantes, de celles qui donnent vraiment l’envie…

Cet album-ci n’est donc pas à classer à mon avis dans les grandes réussites, bien qu’il ait été plutôt bien reçu, grâce à de bons titres comme « The Well Of Death And Resurrection » … Voilà, à noter que l’objet reste beau, dans ce coffret avec de beaux livrets évocateurs…

Tigran Hamasyan - The Kingdom (Visualizer)
Tigran Hamasyan - The Curse (Visualizer)
Tigran Hamasyan -The Demon Of Akn Anatak (Official Audio)
Tigran Hamasyan - Forty Days In The Realm Of Bottomless Eye (Official Audio)
Tigran Hamasyan - The Well Of Death And Resurrection (Official Audio)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par vox populi » dim. 16 août 2026 06:00

Personnellement, j’avais adoré ce disque (comme celui qui est sorti cette année). Je trouve que Tigran Hamasyan est une excellente porte d’entrée dans le monde du jazz pour les amateurs de rock, et en particulier de musique progressive ou de metal. Tigran est un très grand fan de Dream Theater et de Tool. Cela se traduit dans sa musique par une richesse rythmique incroyable, avec de nombreuses mesures impaires ou asymétriques. Il adore aussi changer les accents au cours d’un morceau, ce qui peut être assez déstabilisant.

À titre personnel, ce qui me plaît le plus dans son univers, c’est son amour des musiques traditionnelles, et en particulier de celles provenant de son pays d’origine, l’Arménie.

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