J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

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Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 11 janv. 2021 13:29

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Voici la première édition d’un album inédit de Barney Wilen dont la source consiste en deux concerts donnés à Montréal le quatre juillet 1993, à l’occasion du « Festival International de Jazz ». Barney est accompagné par l’excellent pianiste d’origine guadeloupéenne, Alain Jean-Marie.

Avant d’aller plus loin, vous aurez le choix entre vinyle et Cd. Le vinyle comporte une sélection de titres, uniquement des standards, le double Cd forme, lui, une sorte d’intégrale des concerts avec plusieurs versions du même titre, ce sera le choix des complétistes, pour ma part je possède le vinyle.

Le franco-américain Barney Wilen est connu pour sa douceur et son jeu tout en finesse et délicatesse, ciselé, souvent même au bord de la fragilité. Si on parlait chiffon, il serait brodeur de fine dentelle, pratiquant la Haute-Couture tout en transparence et suggestion, effleurant la peau et enivrant les sens. Son esthétique est sensuelle et retenue : il a été élevé à la mode « cool » enseignée par Miles Davis aux côtés duquel il joua.

Alain Jean-Marie est son complément idéal, auparavant il a déjà accompagné Barney sur l’album « La Note Bleue » de 1987 et a même joué sur deux titres en duo avec le saxophoniste, particulièrement sur « ‘Round About Midnight » qui est joué également ici. Un autre album, « Dream Time », signé par le duo sortira en 1992. L’attachement des deux musiciens est patent, il n’est que de les écouter pour sentir immédiatement la complicité qui les unit.

On remarquera également le titre « My Funny Valentine » précédé de l’annonce par Barney : « One For Chet », sans trop forcer le trait on peut deviner l’admiration que portait Barney pour Chet Baker, sans doute était-elle réciproque car les deux jouaient un peu dans la même cour.

Après l’album enregistré à Tokyo il est heureux que cette étape de Montréal paraisse enfin, c’est le fils de Barney qui exhume et fait partager tous ces trésors, en attendant l’étape de Grenoble en compagnie de Tete Montoliu. Hormis deux ou trois sons parasites l’album est parfait au niveau de l’écoute, ce qui est à souligner.

Skating in Central Park (Live)


My Funny Valentine (Live)


Bésame Mucho (Live)


'Round Midnight (Live)

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Message par Douglas » mar. 12 janv. 2021 15:32

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Roots Magic est une formation italienne que j’ai plaisir à suivre depuis ses débuts. Voici le troisième album sorti en 2020 sur l’excellent label portugais « Clean Feed », il se nomme « Take Root Among The Stars », un nom qui colle bien au groupe. Celui-ci compose peu, mais c’est le premier album sur lequel il n’y a que des reprises.

Ainsi les noms qui défilent permettent d’appréhender le monde dans lequel baigne Roots Magic : Phil Cohran, Kalaparusha Maurice McIntyre, Skip James, Sun Ra, Ornette Colemean, John Carter… Ce qui compte ici c’est donc l’interprétation, et, à ce niveau, on n’est pas déçus. Le quartet est formé par Alberto Popolla aux clarinettes, Errico De Fabritiis au saxs alto, baryton et à l’harmonica, Gianfranco Tedeschi à la basse et Fabrizio Spera à la batterie et aux percussions. Deux invités sont également présents sur le premier et le troisième morceau, Eugenio Colombo aux flûtes et Francesco Lo Cascio au vibraphone et au gong.

Tous ces noms qui s’enchaînent sont prometteurs d’un album chaud et enflammé, comme à l’habitude. Avec Roots Magic on plonge aux racines, au blues, à l’énergie première, puis ça s’enfle, gonfle et éclate en une puissante énergie, souvent débridée qui se déplace telle une force tellurique, qui emmène et emporte. Bien sûr ce n'est pas un scéma qui s’applique à l’identique sur l’ensemble des morceaux, mais on oscille souvent entre « roots », groove lancinant et montées erratiques. L’autre force ce sont les jaillissements free des solistes qui dépotent comme on aime, un album de Roots Magic ce n’est pas anodin, on pourrait même parfois penser (abusivement) à l’énergie tourbillonnante de la musique klezmer !

Un album qui fait plaisir avec, comme toujours, une magnifique pochette.

Frankiphone Blues


Devil Got My Woman


Still Screaming For Charles Tyler


Mean Black Cat Blues

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Message par Douglas » mer. 13 janv. 2021 10:01

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Une façon de rester encore un peu en Italie, car c’est dans ce pays que l’édition originale de cet album est parue en 1984. Je vous mets la pochette de l’original bien que la mienne soit différente, je possède en effet l’édition japonaise Cd de 2003. On ne louera jamais assez l’excellence, au niveau du son, de la plupart des éditions japonaises !

Un Sun Ra presque mainstream, pourrait-on dire, où le morceau-titre « Nuclear War », chanté et repris en chœur, fonctionne parfaitement bien, une sorte d’hymne anti-nucléaire, très funky avec des airs de gospel, très entêtant, ça aurait pu faire figure de hit si l’édition et la distribution avait été conforme. Mais la sortie de l’album est compliquée et les morceaux qui le composent paraissent ici ou là, sur d’autres disques, avant que cette édition italienne ne sorte enfin.

On remarque également la présence de June Tyson qui chante en lead sur le standard « Sometimes I’m Happy » et la reprise de Duke Ellington « Drop me off in Harlem » très ajustée dans son interprétation et ses arrangements sur la façon de faire du maître. Il faudrait encore citer « Smile » un autre standard qui ferme l’album, autant de titres qui sont des classiques et peuvent séduire un plus large public.

Mais il ne faut pas négliger les pièces de Sun Ra, tout à fait plaisantes et planantes à souhait, qui s’enchaînent avec maestria. Le « Sun » avec son orgue et ses synthés tapisse des univers chauds, souvent lents, où l’étrangeté des sons le dispute à la douceur comme sur « Retrospect ». Sur un tempo un peu plus vif il offre des plages où les solistes brillent avec un immense talent que ce soit John Gilmore, Tyrone Hill ou Marshall Allen sur « Celestial Love ». Retour au blues avec l’excellent « Blue Intensity » ou à la tradition sur « Nameless One No. 2 » et ses airs de classique.

Un album, pas vraiment ambitieux, mais habilement exécuté avec, en ouverture, un hymne qui prend place parmi les standards du maître.

Sun Ra - Nuclear War


Sun Ra - Sometimes I'm Happy


Sun Ra - Celestial Love


Sun Ra - Retrospect

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Message par Douglas » jeu. 14 janv. 2021 07:41

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Encore un inédit surgi du passé et paru en 2020, extrait des archives personnelles de Sam Rivers et édité par NoBusiness Records, c’est un album provenant d’un concert donné au « Keystone Korner » de San Francisco en 1976 par le trio de Sam Rivers, celui-ci joue, fidèle à ses habitudes, des saxophones ténor et soprano, de la flûte et du piano, il est soutenu par Dave Holland à la basse et par Barry Altschul à la batterie. Une section rythmique qui collera à la peau de Sam Rivers assez longtemps, et il n’y a que de bonnes raisons pour ça.

La première d’entre elles, c’est le parti pris de l’improvisation totale, ici un seul titre, « Ricochet », qui s’étend sur plus de cinquante-deux minutes. Sam Rivers ouvre avec le saxophone soprano puis Dave Holland prend un long et formidable solo à la basse avant que le trio ne se reforme avec cette fois-ci Sam Rivers au piano, très en verve et même étincelant, pour ceux qui douteraient de son aisance sur l’instrument il n’est que de dresser l’oreille vers cet enregistrement pour être convaincu !

Le concert continuera son cours en découvrant Dave Holland quelques moments au violoncelle et Sam Rivers au ténor, Barry Altschul se lance également dans un court, mais fastueux, solo ponctué par les cris de Sam Rivers, celui-ci se saisit ensuite de sa flûte dont il joue avec brio jusqu’à la fin de l’enregistrement, je crois bien que c’est lui, et James Newton, qui ont attisé mon goût pour cet instrument.

Sur cet album Sam Rivers est vraiment très saignant, particulièrement pendant son solo au ténor, il faut dire qu’il est soutenu par un Dave Holland à son meilleur. Peut-être le moment pour se souvenir des deux albums (vol.1 &2) qu’ils ont fait paraître en duo, en 76 et 77, et qu’il ne faut pas laisser passer s’ils se présentent entre vos mains.

Ricochet (Live)

En ligne
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Message par vox populi » jeu. 14 janv. 2021 17:12

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Le fils et le père
J'avoues que je ne connaissais pas l'existence de ce père musicien
Le premier morceau est particulièrement prometteur et le dady a un son à la Joe Pass que j'aime beaucoup

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Message par Douglas » ven. 15 janv. 2021 06:28

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Voici « Les Mémoires d’un Ventriloque » de Pascal Comelade sorti en France en janvier 2020, c’est un double trente-trois tours vingt-cinq centimètres qui regroupe des titres chantés, des chansons donc, retraçant la période 1981-2018. L’album est numéroté et le tirage compte cinq cents exemplaires signés par Comelade.

On se souvient qu’en 2016, lors de la parution de « Rockanrolorama » en six Cds, un essai dans ce sens s’appelait « Les mémoires du chanteur masqué ». Ici on croise Jac Berrocal, PJ Harvey, Robert Wyatt, Sergi Lopez, Les Vierges, Miossec, Mark Cunningham et plein d’autres qui interviennent sur cette sélection de seize titres.

Alors, forcément, on est à la frontière de tout, dans le monde de Pascal Comelade, un pays fascinant et étrange fait d’un mélange de génie et de bricolage, qui navigue d’un genre à l’autre, de Kurt Weil à Vince Taylor, de Soft Machine à Deep Purple et de Johnny à Leonard Cohen.

Attention cependant, ceci n’est pas une simple compile, c’est à ranger plutôt côté rareté car les pièces ont été retravaillées et certaines sont inédites. Cette idée sera reprise sur le « Plan de Paris » dont on a déjà parlé ici.

Un pur joyau cet album, en fait.

We Did It Again


Larme secrète


Ja som la foca


The Sad Skinhead


Cares d'arguiles

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Message par Douglas » sam. 16 janv. 2021 06:00

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Arthur Doyle et Sunny Murray sont parisiens quand ils se sont réunis pour enregistrer ce « Dawn Of a New Vibration » pour Fractal Records, qui sortira en l’an deux mille. L’année suivante ils enregistreront un autre album ensemble « Live At Glenn Miller Café » qui sera enregistré en Suède et paraîtra chez « Ayler Records » alors que ce label n’était pas encore devenu français. Ce sont me semble-t-il les deux seuls albums où ils sont réunis.

Sunny Murray, dans mon univers, fait partie des pionniers du free jazz, disons acteur majeur de la vague qui déferla après 1964, sans remonter aux origines Colemaniennes. Pièce essentielle de l’« Albert Ayler Trio » il révolutionna le jeu de la batterie et plus particulièrement des cymbales, dont il jouait de façon très personnelle. Petit à petit son jeu s’est modifié et s’est classifié, cet album est à ranger parmi ceux de la grande maturité.

Arthur Doyle est un saxophoniste d’une très grande personnalité, c’est ce qui le rend unique et fait son charme, côté discographie c’est relativement modeste si on le compare mais il a également joué aux côtés des grands, Sun Ra, Bill Dixon, Noah Howard, Milford Graves ou Alan Silva.

Il est réputé pour son engagement free, très généreux il se donne sans compter, se déchirant les poumons et montant dans les suraigus de façon spectaculaire. Ses versions de « Nature Boy » sont d’ailleurs souvent épiques, il y en a d’ailleurs une sur cet album. Son chant est également particulier, il n’est que de l’écouter pour s’en convaincre, c’est également un flûtiste de talent. Je vous avais déjà présenté un de ses albums « The Basement Tapes », page 16, qui était sorti en 2003.

Cet album a été enregistré dans un studio de la banlieue parisienne, le Triton, aux Lilas le 8 mars deux mille, à une période où Arthur Doyle jouait en club à Paris. La première pièce de l’album, "Giblets 3", dépasse les vingt-deux minutes et annonce la couleur, des improvisations folles qui s’enchaînent pendant plus d’une heure, si vous êtes amateurs de longues chevauchées improvisées vous ne serez pas déçu, cet album est un modèle du genre. C’est puissant, torride, avec de l’humour également et un plaisir de jouer très communicatif !

Arthur Doyle and Sunny Murray

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Message par Douglas » dim. 17 janv. 2021 06:48

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Suite à la recommandation d’Harvest sur le site je me suis enquis du dernier album de Terje Rypdal, « Conspiracy ». Il se trouve que c’est un musicien que j’ai connu dès ses débuts puisque j’avais acheté son album éponyme de 1971 sur ECM, un label qui, déjà, faisait beaucoup parler. Je l’ai suivi à peu près jusqu’en 1981, lors de la sortie de « To Be Continued » avec Miroslav Vitous et Jack DeJohnette, en ratant un ou deux vinyles tout de même. J’ai également quelques Cds épars achetés depuis, car je garde une grande estime pour ce musicien improvisateur.

En 1971, quand on achetait un album, on l’écoutait à fond, souvent, on en connaissait toute la trame, les forces et les faiblesses. L’album n’était sans doute pas parfait, mais la pureté cristalline du son ECM augmenté de cette musique des grands espaces, même sur des tons froids, subjuguait, emportait et impressionnait grandement.

En écoutant « Conspiracy », ce sont ces moments qui remontent et reviennent, Jan Garbarek en moins. Terje a désormais 72 ans, cinquante années sont passées et il fait ce qu’il sait faire mieux que quiconque, édifier des paysages avec des sonorités rondes, douces et feutrées. Puis, les étirer, lentement, tracer des lignes, jusqu’à ce que naisse chez l’auditeur un sentiment d’immersion et de profondeur. C’est ce qui fait que l’album est beau, fort et puissant.

Le quartet est magnifique, d’un équilibre parfait, le touché précis de Päl Thowsen le batteur, la rondeur exquise de la basse de Endre Hareise Hallre et la distance maîtrisée de Stale Storlokken aux claviers permettent à Terje de tisser ses longs fils dans l’espace sonore, avec amplitude ou parcimonie.

Un album qui se révèle au fil des écoutes…

As If The Ghost … Was Me!?


Conspiracy

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Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Message par Harvest » dim. 17 janv. 2021 11:13

Merci pour cette présentation qui ne fait que renforcer ma conviction qu’on tient ici un bel ouvrage magistral. Retour aussi à une musique qu’il proposait à ses débuts sur ECM.
Moi aussi j’ai connu ce guitariste avec son premier album sur ECM. On devait être en 73 quand un disquaire me l’a fait découvrir. Me sachant admirateur d’Hendrix il s’était dit que je serai intéressé.
Il est tombé juste...et aujourd’hui encore je l’écoute. En ces temps où la musique est une denrée périssable c’est toujours ça de gagné.

Par contre j’ai raté le Comelade. Je vais voir si c’est toujours disponible.

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Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 18 janv. 2021 07:25

C'est pas très jazz, mais on se souvient de l'album de Brigitte Fontaine avec l'Art Ensemble de Chicago, l'occasion de signaler la parution l'album de Brigitte Fontaine et Areski sur "Monster Melodies Records". Un concert de mai 73, ça s'appelle "Théâtre Musical ", l'album est violet et c'est en mono, limité à 1000 numéroté comme toujours chez Monster, ça laisse le temps... Peut-être ça a déjà été signalé mais comme je n'ai pas vu!
:)

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Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 18 janv. 2021 07:33

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Voici un album composé par le duo Joe McPhee à la trompette de poche et au saxophone ténor, et Paal Nilssen-Love à la batterie, il s’appelle « Lift Every Voice And Sing » et a été enregistré en 2019. Comme souvent avec ces deux musiciens l’origine de la musique provient d’un concert, celui-ci a été enregistré à l'église St.Edmund, à Oslo, en Norvège, le 13 décembre 2017.

L’album est sorti strictement à cinq cents exemplaires vinyles par le tout récent label « AFJ », c’est-à-dire « Actions For Free Jazz », c’est un sous label du norvégien « Smalltown Supersound ». Son catalogue semble actuellement constitué par quatre vinyles, deux sortis en 2019, celui-ci inclus, et deux autres parus en 2020. Dans sa présentation le label déclare s’inspirer de BYG Actuel, Incus, Freedom et ESP-Disk, souhaitons-lui longue vie.

Quoiqu’il en soit c’est bien parti, cet album est superbe, il faut dire que Joe McPhee est un musicien hors pair, toujours très actif, qui enregistre à tour de bras, bien qu’il ait dépassé les quatre-vingts ans. Paal Nielsen-Love, en si bonne compagnie, sait se montrer à la hauteur. L’album est très recueilli, peut-être est-ce le lieu qui impose la hauteur et la tenue, il arrive parfois que les vieilles pierres agissent sur la musique, c’est un truc à ne pas y croire, bien que, ma foi, justement l’inverse est possible également.

Donc point de fureur ici, mais une belle liberté qui se bâtit autour des pièces signées par les deux musiciens, mais on remarque aussi une reprise de Monk « Circumstancial Evidence » et une autre (splendide) de James Weldon Johnson qui n’est autre que le morceau titre de l’album. Il y a également un hommage à Don Cherry « Mr. D.C. ».

L’album passe tout seul, splendide et lumineux, l’échange entre les deux musiciens est très respectueux, Nielsen-love est égal à lui-même, ouvert, libre et généreux et Joe McPhee se montre mélodique et innovant, éternel créatif au tempérament sensible, à l’écoute de son partenaire et des vieilles pierres qui lui chuchotent des histoires à l’oreille.


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Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 19 janv. 2021 07:52

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Maxime a écrit :
jeu. 17 déc. 2020 09:37
The Ibrahim Khalil Shihab Quintet - Spring (1968, réédition de 2020)

Je rajoute une découverte du jour, un album sud-africain de 1968, réédité par Matsuli Music.
C'est l'album d'un pianiste de 22 ans à l'époque, connu avant sous le nom de Chris Schilder.
A première écoute, le morceau titre ne dépareillerait pas sur le Karma de Pharoah Sanders : géant !
Le morceau Birds est une très belle réussite dans le genre post-bop.
Reste à confirmer cette très bonne première impression, mais je ne devrais pas tarder à me l'offrir.
https://matsulimusic.bandcamp.com/album/spring
Bien embarqué par les extraits proposés par Maxime j’ai vu arriver l’objet dans ma boîte il y a quelques jours. Post-bop convient en effet très bien avec la forte marque coltranienne incontournable à l’époque. « Birds » qui ouvre la seconde face en est, à cet égard, un parfait exemple, tant dans le jeu du jeune pianiste, Chris Schilder, dont le nom deviendra « Ibrahim Khalil Shihab » en même temps qu’il changera de religion, que dans celui du saxophoniste ténor, « Mankunku » invité vedette qui complète le quintet.

Par ces concessions à ce qu’on appellera par la suite, Spiritual Music « Birds » est en effet un moment fort de l’album, entre les sonorités à la McCoy Tyner dans le jeu de Schlinder et les accents coltranien de Mankunku, difficile en effet de résister à la beauté de ce titre empreint de ces accents dont l’introduction rappelle « A love Suprême » et qui se poursuit en évitant tout pastiche, comme un hommage rendu au géant. Vingt-deux ans seulement pour le jeune pianiste qui déjà avait tout compris.

Le jeu de « Mankunku » est également passionnant, il décrochera un gros succès en Afrique-du-Sud grâce à son album « Yakhal' Inkomo » qui sortira lui-aussi cette même année 1968, et plus tard, on lui attribuera improprement la paternité de pièces provenant de cet album, pensant qu’il s’agissait de chutes de son enregistrement sorti quelques mois plus tôt. Son jeu tantôt chaud et aérien peut évoquer celui de Ben Webster ou même, pour fouiller un peu plus loin, celui de Lester Young dont il partage la douceur. Il se révèle très tendre sur la seule reprise de l’album « You Don’t Know What Love is » qu’aimait itant nterpréter la complice de Lester, Billie Holiday.

« Spring » qui ouvre l’album est la pièce la plus longue ici, on y entend outre la maestria de Mankunku, le jeu très rythmique de Chris Schilder soutenu par la basse de son frère Phillip. Mais il faudra attendre le morceau suivant pour goûter aux sonorités du solo de la guitare de Garry Kriel. Il faut également souligner le jeu tout en maîtrise du batteur Gilbert Matthews et surtout se souvenir que l’enregistrement complet de cet album ne dura que deux heures, une seconde prise pour un morceau leur sera même refusée par l’ingénieur du son.

Qu’importe, l’album est superbe et sort pour la première fois, en 2020, d'Afrique-du-Sud en quête d’une reconnaissance mondiale bien méritée.

Winston 'Mankunku' Ngozi - The Birds


The Ibrahim Khalil Shihab Quintet - Spring (1968)



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Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 19 janv. 2021 21:27

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La pochette originale sous le nom du Chris Schilder Quintet, côté prix ça monte sévère...

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Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 20 janv. 2021 07:00

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« The Thing » c’est un trio composé de Mats Gustafsson aux saxs ténor et baryton, Ingebrigt Håker Flaten à la basse et Paal Nilssen-Love à la batterie, aux percussions et au sampler. Des noms familiers par ici, des grandes pointures du free jazz réunies pour former un groupe dont le premier album est sorti en 2001 et le dernier en 2018. Celui-ci est sorti en 2004 sous la forme d’un Cd et a été réédité en 2015 en vinyle, c’est l’album que je possède.

« The Thing » aime le rock quand il est saignant, violent et rentre-dedans, ces trois-là réunis sont des tueurs, il n’y a aucun doute, attention : surineurs sans pitié. Ça commence par une reprise de la formation « Yeah Yeah Yeahs », « Art Star » qui met le feu et fait chauffer gravement la température, du binaire incendiaire, ça continue avec « Have Love Will Travel » des Sonics, là on comprend pourquoi l’album se nomme « Garage », c’est survolté et, on le sent, il n’y aura pas de quartier ! Ensuite une reprise du père spirituel, non pas Albert Ayler mais Peter Brötzmann avec « Eine Kleine Marschmusic », oui une petite marche, histoire de lâcher la bride et d’improviser un peu avant de conclure la face avec « Hey Fläsk », une impro porcine.

Face B la démesure s’invite à nouveau, démultipliée même avec cette reprise d’« Aluminium » des White Stripes, on connaît ces gars-là, on sait qu’ils sont fêlés, du genre à lyncher Lustucru sans mot dire, les maudits ! Ça écorche bien avec toute la lenteur voulue, du travail propre et soigné, dans les règles de l’art, ça gueule même…

Pour vous dire, le dénommé Mats Gustafsson, aucune morale : il acceptait de jouer en concert et se faisait payer par un vinyle rare, une simple galette, digne du troc de Cro-Magnon…

Et ça ne s’arrange pas par la suite, le morceau « Garage » est une autre pièce de mauvais goût imaginé par ces punks hallucinés, une improvisation délirante sans queue ni tête, où, ceux qui se laissent embarquer dans la danse tourbillonnante finiront en transe, le regard livide, le corps en sueur, pantelant tels des marionnettes, proies faciles pour ces dandys de grands chemins !

Bon, vous êtes prévenus, et sur le dernier titre, c’est pire, ils ne font que gueuler, un cochon qu’on égorge, « Haunted » un titre de Norman Howard dont on a parlé pour ceux qui suivent, le gars qui joua de la trompette aux côtés d’Albert Ayler…

Bon, vous êtes prévenus.


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Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 21 janv. 2021 07:17

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La musique, à force de vouloir devenir encore plus libre, s’ouvre à des formules peu usitées, voire inédites, car ce n’est plus l’instrument dont on joue qui fait l’équilibre, mais la façon dont on l’utilise. Cet album sorti en 2005 pourrait l’illustrer de la façon la plus juste, Raymond Boni joue de la guitare électrique, Daunik Lazro des saxophones alto et baryton, Joe McPhee des saxophones alto et soprano ainsi que de la trompette de poche et Claude Tchamitchian de la contrebasse.

Chacun est soit rythmicien, soit soliste, alternativement, ça se conçoit pour la guitare qui évolue dans son rôle, à la façon d’un piano, ou bien pour la contrebasse dont on connaît sa puissance rythmique et la force de ses envolées mélodiques. Mais il faudra jouer des clefs pour les instruments à anches, ou les dévoyer en instruments répétitifs.

Et comme, avec de tels musiciens il est loisible de tout imaginer, évoluer sans rythme défini ou improviser collectivement, c’est typiquement ce grand savoir-faire qui éclate ici. Ce n’est pas un hasard si toutes les compos sont signées par les quatre, car ils évoluent ensemble au fil des pièces, débutant avec « Folie dure » et finissant sous « Le règne du calamar géant ».

Il faut dire qu’ils se connaissent bien, se pratiquent souvent, se séparent et se retrouvent. Tout ici est intuitif, réglé à l’avance, on se reconnaît, on se sent, on se devine. Les grilles ont été tissées, l’intuition et la confiance fonctionnent à plein dans l’édifice de ces mondes inquiétants, étranges, beaux ou irréels, chaque maison à bâtir est une petite construction fragile ou poétique, voire brinquebalante, mais qu’importe, seul le temps de la construction compte.

C’est un album à tout faire, marcher dans la rue avec les oreillettes, rouler en voiture tranquilou, allongé sur le canapé ou sous la couette, à écouter car il est prenant, et parfois surprenant, et même des fois il vous soulève et s’empare de votre esprit…
Hmm !

Folie dure


Le règne du calamar


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Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 22 janv. 2021 06:44

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Où l’on parle d’Horace Tapscott et de son « Pan-Afrikan Peoples Arkestra » enregistré pendant une période de cinq mois, au rythme d’une séance mensuel, entre février et juin 1979 à l’« Immanuel United Church of Christ » de Los Angeles. La première parution de l’album date de 79 sous la forme d’un double LP, une réédition récente, faisant partie de la vague de 2019, est parue en format trois vinyles.

On retiendra prioritairement trois pistes de haut niveau, les plus longues de l’album, dont une de plus de vingt-six minutes, « Village Dance », et le morceau d’ouverture, l’excellent « Macrame » de vingt minutes. Ces deux pièces fortes et puissantes justifient amplement l’achat de l’album pour qui souhaite mieux connaître ou approfondir l’œuvre du grand Horace. L’Arkestra y dévoile sa grande cohésion et la richesse de sa masse orchestrale.

Il faut également signaler l’excellent « L.T.T. » qui brille dans son costume épique. Sabia Matteen au ténor, puis Billy Harris au soprano improvisent de façon remarquable sur les arrangements pleins de tensions écrits par Tapscott, puis l’archet de Roberto Miranda frotté sur les cordes de sa basse distille lui aussi ses humeurs, pour finir c’est au tour du maître lui-même de conclure la pièce sur un long solo qui, ouvrant l’espace vers un ailleurs aventureux, se dévoile free avant que le thème ne revienne une dernière fois.

Signalons également sur la dernière face le titre « Desert Fairy Princess », dévolu essentiellement à la flûte d’Adèle Sebastian, dont le timbre aérien se déploie de façon exquise, apaisée et recueillie, avant un dernier negro spiritual qui nous invite à quitter l’église.

Horace Tapscott and The Pan-Afrikan People's Arkestra - Macrame


Horace Tapscott & The Pan-Afrikan Peoples Arkestra - Village Dance


L.T.T.


Horace Tapscott and The Pan-Afrikan People's Arkestra - Desert Fairy Princess

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Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 23 janv. 2021 07:33

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Threadbare est un trio de Chicago qui comprend le vétéran Jason Stein à la basse clarinette et deux jeunots bourrés de talent, le guitariste Ben Cruz et le batteur Emerson Hunton, leur premier album « Silver Dollar » est paru en mai 2020 chez « Nobusiness records » le label Lithuanien, ce dernier a d’ailleurs vu ses membres frappés par la covid, mais tout est revenu dans l’ordre.

Pour s’en débarrasser parlons avant tout du morceau-titre, placé en avant-dernière position dans l’ordre des pistes. Il ne reflète pas trop le reste de l’album mais c’est une tuerie, il se place d’emblée côté très gros son, assez métalleux, des effets, larsen and C°, la guitare énorme, déferlements lents en cascade sur les toms, cymbales à l’avenant, ça charroie, grandiloquent, et la clarinette basse qui cherche les suraigus et les graves intenses, alternativement, en creusant, encore et encore, vous voyez où on est…

Ceci dit, passé cette bonne défonce, le reste n’est pas mal non plus, dans des registres différents, si on suit l’ordre normal des pistes, par exemple « Threadbare » en deux, pourrait se placer à l’opposé de « Silver Dollar », discret, jouant avec les silences, en variant l’intensité des sons, créant un cache-cache mené de façon habile, jouant des effets de surprise et créant des dialogues mutins. Ainsi l’agitation est toute cérébrale et nous voilà vite pris dans un tourbillon intense. Capté et embarqué, pareil pour la pièce suivante « 70 Degrees and Counting Down ».

Vraiment l’album est prenant et passionnant de bout en bout, ça tient à cette clarinette basse, majestueuse, diablement vivante et même forante tant elle est prégnante, et cette guitare, tantôt rythmique ou répétitive qui s’échappe elle aussi en solos inoubliables, le tout soutenu par le jeu habile et puissant des tambours qui jamais ne s’arrêtent.

Vraiment un excellent album !


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Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 24 janv. 2021 05:55

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Dans la case inclassable voici « Sleeping in Vilna » un quartet composé de Dave Randall à la guitare, Dirk Rothbrust à la batterie et aux percussions, Carol Robinson aux clarinettes et au chant et MiKe Ladd au chant et aux synthés. C’est paru sur le label Ayler Records très orienté jazz contemporain, du coup on aurait vite fait d’étiqueter ça côté jazz, mais c’est tout autant des chansons, des bruits ou de la musique contemporaine ou encore de l’électro et même du rock, bref comme indiqué plus haut, inclassable, il faut donc écouter.

L’album se nomme « Why Waste Time », il est le fruit d’un un collage habile entre un travail de studio et l’enregistrement d’un concert aux « Instants Chavirés », lieu de prédilection de tous les « inclassables » transitant en région parisienne. L’album est chaleureux et même parfois brûlant ce qui valide entièrement le choix de ce mélange entre scène et travail en laboratoire.

L’esprit du jazz souffle dans le parti-pris improvisé pour ce qui relève de la partie instrumentale, garder intact la sève créative et l’énergie brute, capter les sons et l’environnement tout autour, la vie, son souffle et son écho. Tout participe à rendre l’enregistrement vibrant et palpitant.

Il faut dire, pour vendre la mèche, que ces quatre-là proviennent d’univers très différents, classique et musique contemporaine pour Carol Robinson et Dirk Rothbrust, rock pour Dave Randall et hip-hop pour Mike Ladd. En tout cas la rencontre s’est faite et elle s’est montrée véritablement fructueuse, un album absolument étonnant, ouvert et… inclassable !



Sleeping in Vilna MILLION KNOTS


Sleeping in Vilna PAST CHASER


Sleeping in Vilna LET NOBODY

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Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Message par Piranha » dim. 24 janv. 2021 07:27

C'est clair qu'avec Mike Ladd rien n'est jamais définit
A ses débuts, il était classé hip-hop parce qu'il faisait du spoken word....

En tout cas toujours intéressant

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Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 24 janv. 2021 16:07

Piranha a écrit :
dim. 24 janv. 2021 07:27
C'est clair qu'avec Mike Ladd rien n'est jamais définit
A ses débuts, il était classé hip-hop parce qu'il faisait du spoken word....

En tout cas toujours intéressant
Sauf erreur je crois que c'est la première fois que je l'écoutais, mais il pèse d'un poids considérable sur la réussite de l'album, certainement un musicien chanteur intéressant et une discographie à creuser...

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