J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 2 sept. 2023 02:27

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Die Like A Dog Quartet – Little Birds Have Fast Hearts No. 1 (1998)

Cet enregistrement live a été capté pendant le « 30th Total Music Meeting », les sept et huit novembre quatre-vingt-dix-sept au « Podewil » à Berlin. On retrouve le même quartet que précédemment, Peter Brötzmann joue du ténor, bien sûr, ainsi que du tarogato et de la clarinette, et il est rejoint par le bassiste Wiliam Parker, le batteur Hamid Drake et le trompettiste Toshinori Kondo et ses effets électroniques.

Deux pièces sur ce Cd pour un total de soixante-sept minutes et quarante trois secondes, réparties comme suit, quarante-cinq minutes et quarante-quatre secondes pour la partie une et vingt-deux minutes pour la seconde. Tout ça pèse bien lourd et la plongée dans ce torrent free se doit d’être immersive.

La trompette de kondo fonctionne un peu en point d’interrogation, personnellement elle me va, car je suis assez bon public pour ce genre d’exercice, mais à l’écoute aujourd’hui, on pourrait la juger, par moments seulement, un peu datée, ou convenue, alors que, j’imagine qu’à l’époque elle était ressentie moderne et d’avant-garde, voire très prisée par le public qui devait en redemander.

Mais je finasse, car en fait elle va bien, cette trompette, secouée par l’énergique et increvable saxo de Brötz, qui secoue et balance son surplus de vigueur avec toute la force d’âme dont il est capable. William Parker est véritablement omniprésent dans ce flot ininterrompu, il s’y montre solide, constant et déterminé, tissant une toile aux fins maillages serrés qui autorisent toutes les audaces aux impétueux solistes.

Il va sans dire que l’impro est reine et que les séquences se suivent avec des intensités différentes, allant du tonitruant au calme presque plat, bien que chacun se sente avec évidence concerné par les chemins que prend la musique, ils sont tous à fond, tant dans la préparation contemplative que dans les montées de sève escaladant les marches jusqu’au degrés les plus extrêmes, bien que la partie une se termine après une lente perte d’intensité.

La seconde pièce est également intéressante avec une première partie toute en énergie, avant que la clarinette de Brötz ne crée un climat doux et presque recueilli, un registre dans lequel Hamid Drake fait vibrer les peaux et dessine des arabesques, tout en finesse et variété, chacun se déplaçant avec grâce dans cet espace improvisé d’une grande beauté.

On le sait, il y a un volume deux !

Die Like A Dog Quartet – Little Birds Have Fast Hearts No. 1 [Full Album]
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Message par Douglas » dim. 3 sept. 2023 03:52

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MMM Quartet – Live At The Metz' Arsenal (2012)

Bon, bon, ami qui passe dans le coin, probablement tu te diras : « MMM Quartet, mais qu’est-ce que c’est que ça que c’est ? » Je sais, à moi aussi ça m’a fait pareil… En regardant au bas de la pochette on est un peu mieux renseigné, les noms s’affichent : Léandre, Frith, Curran, Leimgruber. Mais il y a une histoire…

Une histoire à trois, bien qu’ils soient quatre. Les trois M collés sont l’abréviation, secrète au départ, de « MillsMusicMafia ». Joelle Léandre a en effet rencontré Fred Frith et Alvin Curran au Mills College, où les trois enseignaient la musique. Imaginez ce truc pour un élève, d’avoir ces drôles de profs ! Le dernier larron, Urs Leimgruber, s’est ajouté tout simplement, c’est juste une greffe utile et même essentielle.

Attention ce truc, c’est un truc de fou, un truc bizarre, du genre qui ne passe pas souvent entre deux oreilles, c’est du pur jus de free, mais qui passe tendrement en chatouillant vos esgourdes, de quoi vous éblouir les tympans, vous gratouiller le cerveau et vous stimuler les sinus, en passant…

Deux pièces, la première porte le doux nom de « Part One », je sais, vous ne vous y attendiez pas, elle dure un peu plus de quarante-cinq minutes, c’est-à-dire l’essentiel du concert de ce vingt novembre deux mille neuf, au « Metz' Arsenal » où tout se passa. L’autre pièce, une sorte de rappel probablement, frôle les sept minutes et je vous laisse deviner le titre, avec l’indice un peu plus haut, ça devrait aller…

Cette musique est tout à fait indescriptible, il y a pourtant des tas de choses qu’elle n’est pas. Déjà la disséquer c’est prendre une mauvaise route, il faut juste l’écouter. Parfois on dit : « ce n’est pas l’arrivée qui compte, mais le voyage », et bien voilà, c’est tout à fait ça, mais qu’est-ce que ça passe vite, sitôt parti et déjà arrivé !

Ce qui est bien aussi c’est que le disque ne se vend pas cher, rapport qualité prix imbattable, c’est tout simplement du vol, pour nos quatre talentueux qu’on arnaque à chaque écoute ! Bon, bon, tout à la fin, juste avant les applause, quand tout se termine, on entend les rires ravis des musiciens, Joelle est aux anges, mais tout le monde est sur le même nuage car le voyage a été tout simplement extraordinaire, et la magie fonctionne à chaque écoute !

Ah oui j’ai oublié, il faut que vous sachiez au cas où… Joëlle Léandre est à la basse, Fred Frith à la guitare, Alvin Curran à l’électro et au piano et Urs Leigruber aux saxos soprano et ténor.

Pour les profs de ce collège je mets dix sur dix, pour le ressenti incroyable et le plaisir immense que m’a procuré cet enregistrement, je motive la note avec cette appréciation, d’ailleurs il existe un autre album de ce quartet pas comme les autres…

Part One


Part Two
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Message par Douglas » dim. 3 sept. 2023 15:00

John Zorn – The Hermetic Organ

Voici une série d’albums vraiment à part dans l’œuvre de John Zorn. C’est un musicien accompli, compositeur prolixe, son instrument de prédilection est le saxophone alto qu’il maîtrise de façon poussée.

Pour autant il aime diriger et mettre en forme les idées qu’il a couchées sur le papier, c’est pourquoi il agit le plus souvent en dirigeant l’orchestre, concrétisant sa vision musicale par d’autres musiciens.

Il n’a pas d’aptitude particulière aux claviers, ni aux instruments de la famille, bien que l’on devine qu’il patouille un peu et touche à tout. L’orgue est pour lui un souvenir d’enfance, un choc musical ancien qui l’habite, ce truc me parle.

Pourtant, en choisissant de parcourir le monde à la recherche de tous types d’orgue pour improviser des pièces, il est certain qu’il prend un risque. Il est évident qu’il ne possède pas le bagage technique de nombre de pratiquants de l’instrument. Il se pourrait même que parfois on le moque, c’est assez facile.

Mais il n’en a cure, rien ne pourra détruire le lien qui l’unit à cet instrument d’ogre, et il prend le risque car son talent, s’il n’est pas dans la technique, tient dans sa sensibilité, l’amour sincère qu’il porte à l’outil et l’investissement qu’il met dans les impros. Elles tournent dans sa tête, le hantent et l’implication qu’il met dans ces rares séances aux manettes produisent une musique unique et grandiose.

La série contient dix volumes, elle est toujours en cours:

John Zorn - The Hermetic Organ ‎

John Zorn - The Hermetic Organ Vol. 2 - St. Paul's Chapel, NYC

John Zorn - The Hermetic Organ Vol. 3 - St. Paul’s Hall, Huddersfield

John Zorn - The Hermetic Organ Vol. 4 - St. Bart's, NYC

John Zorn - The Hermetic Organ Vol. 5 - Philharmonie De Paris

John Zorn - The Hermetic Organ Vol. 6 - For Edgar Allan Poe

John Zorn - The Hermetic Organ Vol. 7 - St. John The Divine

John Zorn - The Hermetic Organ Vol. 8 - For Antonín Artaud

John Zorn - The Hermetic Organ Vol. 9 - Liber VII John Zorn

John Zorn - The Hermetic Organ Vol. 10 - Bozar, Brussels
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 3 sept. 2023 15:01

Douglas a écrit :
ven. 3 févr. 2023 05:54
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John Zorn – The Hermetic Organ (2012)

Voici le premier enregistrement de la série « The Hermetic Organ », d’ailleurs cet album est également porteur de ce même nom, paru en deux mille douze, il initie un chemin qui continue encore aujourd’hui. Dix volumes sont parus et d’autres viendront, on ne sait ni où ni quand se terminera cette course…

Il se passe quelque chose avec cette série qui est peu banal. Quand on la voit de loin il n’y a rien de bien excitant, un type seul devant un orgue austère, ça ne crée pas l’envie, et même ça peut rebuter. Il y avait un peu de cela en moi, mais j’avais cet avantage sur d’autres, c’est que j’apprécie John Zorn depuis longtemps, et que j’ai appris à écouter ce gars, et surtout, je sais qu’avec John Zorn, rien n’est jamais prévisible. Il est capable de tout. Vraiment, rien ne l’arrête, et c’est pour ça qu’on l’aime.

Alors, un beau jour, j’ai sauté le pas, et j’ai trouvé ça magnifique et passionnant, et même plus, scotché ! C’était un truc entre l’orgue et moi. Je ne sais si cet effet est le même chez d’autres, mais j’imagine que oui. Il est vrai que j’avais des prédispositions, élevé dans mon enfance près d’un orgue d’église, avec les énormes tuyaux, situé en haut d’un escalier creusé dans la pierre, tous les dimanches matin à la même heure.

L’enregistrement de cet album s’est déroulé le neuf décembre deux mille onze, à vingt-trois heures, sur l’orgue « Aeolian Skinner » de la chapelle St. Paul, dans l’université de Columbia. Après s’être familiarisé avec l’instrument, John Zorn a donc donné son unique représentation improvisée. Elle se nomme « Office n°4 » et contient six parties, Introït, Bénédiction, Offertoire, Élévation, Communion et Descente. L’album est cependant court puisqu’il dépasse à peine les trente-six minutes.

Arrivé autour de vingt minutes, assez curieusement il y a un blanc, un silence d’environ deux minutes, seulement interrompu par le léger bruit des spectateurs, quelques pas dans le lointain, un éternuement… Puis ça repart… C’est surprenant mais il n’en est pas à son coup d’essai, j’ai un album dont j’ai oublié le nom, où un silence total s’installe pendant une période plus longue encore, la première fois j’ai même cru avoir affaire à un album défectueux…

Un bon conseil, le casque et pousser le son, pour ressentir physiquement la puissance de l’instrument lorsqu’il gronde, c’est assez phénoménal et on y croit. Le final est très réussi, marquant une magnifique inspiration de Zorn qui nous fais un peu planer du coup…

John Zorn on the Hermetic Organ at Saint Paul's Chapel, NYC (Improvisation)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 4 sept. 2023 03:36

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The Charles Gayle Trio – Forgiveness (2008)

Cet album est un enregistrement live enregistré au « Jazzga Club », à Łódź, en Pologne, le vingt-cinq avril deux mille sept. La durée du concert frôle les capacités physiques d’enregistrement du Cd, mais tout rentre pile poil. Côté son, on a connu mieux c’est sûr, mais ça reste très correct et très écoutable, suffisamment pour bien profiter de l’événement, ce soir-là.

Charles Gayle joue comme à l’habitude du sax alto, il est entouré du fidèle Hilliard Greene à la basse et de klaus Kugel à la batterie. Il aime ce jeu à trois, la formule du trio est souvent sa préférée, il s’y sent bien, à l’aise, prêt à endurer la durée du set bien au-delà de l’heure, même s’il est sans cesse exposé à l’avant, tout donner, avec générosité, il sait faire, c’est là sa vie, son crédo, le prix qu’il est prêt à payer, il connaît, plus que d’autres, le prix de la survie.

Sept titres au menu, cinq qu’il a signés et qu’il enquille sans broncher, avant d’interpréter « Giant Steps », l’hommage à Trane et « Forgiveness » un traditionnel. Le concert s’ouvre avec « Living Waters », un truc ancien qui va bien. Il rend grâce ensuite avec « Glory, Glory, Glory », c’est sa façon d’être et de faire, puis se lance dans le grand bain avec « Holy Birth », près de dix-sept minutes d’un jeu brûlant et dévastateur, à la façon d’Albert Ayler.

Charles Gayle n’a de cesse de rendre grâce, de prier Dieu et de se brûler aux flammes de l’enfer qu’il combat en première ligne. D’ailleurs il enchaîne avec le compromettant « Confess », on ne le changera pas, c’est son combat, depuis qu’il est enfant, élevé entre son père diacre, et son oncle prêcheur.

Après Coltrane, Pharoah et Albert Ayler, c’est bien lui le suivant, fou de Dieu et porte-flambeau de la « spiritual music », plus que quiconque il en paiera le prix. Sa foi est primitive, simple, et ne souffre pas le doute, même si elle le renvoie dans les cordes d’un certain intégrisme.

Sans doute ses plus beaux chants n’ont-ils pas été enregistrés, la souffrance nourrissait alors le prix de son intégrité, jouant avec son sax les cris les plus sincères et douloureux, ceux d’Ayler qu’il ressentait mieux que personne, allant plus loin encore et creusant un sillon qui le détacha des humains, là où se trouve le monde des esprits, avant qu’il ne revienne, plein de certitudes…

Son interprétation de « Giant Steps » est colossale, elle scrute la pièce et la dépèce à l’os, lui arrachant ses oripeaux, fantomatique et grandiose, tout comme cette version de « Forgiveness », illuminée et sans détour.

Le destin est ainsi, traçant une route depuis les stations de métro de New-York, jusqu’à Cracovie où siège le label « NotTwo Records » qui sortit cet enregistrement, d’allure rustique, mais plein de sève et de vigueur.

Forgiveness


Giant Steps


Glory, Glory, Glory


Living Waters
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En ligne
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Algernon » lun. 4 sept. 2023 14:27

Zero Gravity

Je ne suis pas trop vieux pour ces conneries.

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 4 sept. 2023 15:33

Algernon a écrit :
lun. 4 sept. 2023 14:27
Zero Gravity

Ça donn envie d'en voir davantage...

D'un autre côté ça sert à çà les bandes-annonces !
;)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 4 sept. 2023 15:36

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John Zorn – The Hermetic Organ Vol.2 (2014)

Deux années sont passées. Ce second volume où il interprète « Office Nr 9 – The Passion » est joué à la Chapelle St Paul, à New-York, pendant une période où l’orgue était en rénovation. Sept pièces sont distinctes et des arrêts lui ont été imposés pour des raisons techniques. Les trois premières pièces s’enchaînent brillamment, la puissance et la force de l’instrument emportent vraiment l’auditeur, c’est extrêmement prenant.

« In Gloria Dei » marque une sorte de brisure, plus expérimentale, la pièce dépasse les onze minutes et semble indiquer une recherche, avec des paliers précis qui montrent un cheminement. Avec « Holy Spirit » on reste dans le monde fragile et sensible, Zorn avance à pas de loup et maîtrise les effets de « la bête », il se montre prudent et modéré…

« Battle of The Angels » est d’un tout autre acabit. On sent comme une tempête se lever, des ombres inquiétantes apparaissent et des nuées informes et lointaines semblent progresser… petit à petit l’intensité gagne…

La dernière pièce « Communion » est toute en retenue, elle progresse avec une grande délicatesse, comme si le puissant orgue à tuyaux semblait à l’unisson de la concorde qui s’annonce ici…


Ce n'est pas un extrait de l'album, mais c'est joué quelques jours plus tard...

A remarquer vers 9 minutes et trente secondes un rire sardonique qui traverse l'église...


John Zorn - The Hermetic Organ (Metropolitan Museum, Sept 28 2013)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 5 sept. 2023 01:18

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Other Dimensions In Music Featuring Fay Victor – Kaiso Stories (2011)

Voici un album sorti sur le label suédois « Silkheart » en deux mille onze. La formation « Other Dimensions In Music » est constituée par des musiciens de connaissance, comme le trompettiste Roy Cambell qui joue également de la trompette de poche, du bugle, des flûtes diverses, de l'arghoul, des appeaux, de la flûte de pan et des cloches.

Il y a également Daniel Carter qui joue des saxophones alto, ténor et soprano, flûte, trompette et clarinette, William Parker qui joue de la contrebasse du guembri, du doudouk et du Trombonium, Charles Downs est à la batterie et aux percussions et la chanteuse Fay Victor est invitée ici, en tant que chanteuse vedette.

Ne vous fiez pas aux quelques secondes de l’entrée en matière qui pourraient vous effrayer, elles ne sont représentatives en rien de ce qu’est l’album.

« Kaiso Stories » est un projet autour de la musique caribéenne et plus précisément celle de Trinité-et-Tobago, qui prend ses sources en Afrique de l’Ouest. On parle souvent du genre calypso pour parler de cette musique, d’ailleurs les paroles qui sont chantées ici par Fay Victor, proviennent bien souvent de vieux calypsos classiques.

La nouveauté bien entendu c’est ce curieux mariage d’une musique que l’on pourrait qualifier de traditionnelle, avec ce free jazz déposé amoureusement par notre quartet, d’autant que la magie opère avec efficacité, je l’avoue il n’y a rien là de surprenant, avec la présence de ces fabuleux musiciens, les risques sont minimes.

L’autre curiosité c’est sans doute le répertoire, des titres souvent très longs, au-delà des dix minutes voire atteignant le quart d’heure, il faut dire que les solos se suivent avec une redoutable efficacité, bien qu’ils ne supplantent jamais la voix de Fay.

Le plus ancien titre « Three friends Advised » date de mille neuf cent trente-sept, « John Gilman Wants Tobacco » et « « De Night A De Wake » sont de mille neuf cent trente-neuf et « « Kitch Goes Home » de mille neuf cent cinquante. Ce répertoire de terroir va bien avec cette musique enracinée que nous offre Parker, Campell and C°, c’est juste magnifique !

D’ailleurs ce calypso n’est rien d’autre qu’une sorte de « blues » local, chacun peut retrouver ce feeling et ces sensations dans sa propre culture.

Maryanne Revisited


Three Friends Advised


Kitch Goes Home


To Sir With Love - Other Dimensions in Music w/Fay Victor
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 5 sept. 2023 13:19

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John Zorn – The Hermetic Organ Vol. 3 - St. Paul’s Hall, Huddersfield (2015)

Grâce à l’orgue il est possible d’apprécier John Zorn en tant que musicien, il est vrai que c’est un rôle qui est devenu très occasionnel pour lui, il semblerait que seul l’orgue l’intéresse encore et le fascine suffisamment pour qu’il y revienne, avec ce petit « quelque chose » qui ressemblerait à une gourmandise.

Le voici en situation, fin deux mille treize, à St. Paul's Hall, en live au festival d’Huddersfield. D’après ce que dit le petit obi accompagnateur l’orgue est nouveau et véritablement magnifique. Trois pièces sont jouées, toujours avec cette inspiration religieuse, ici anges et démons sont de la partie.

La première pièce « The Fall of Satan » joue une nouvelle fois des contrastes entre moments forts, puissants et majestueux, et moments calmes, étal, plus doux. C’est ainsi que l’orgue apparaît dans toute sa majesté, avec ces deux pôles qui se croisent et s’appellent.

La seconde pièce « Spectral Angels » semble plus contenue, sans extravagance, mais John sort de beaux thèmes de son chapeau et lentement la puissance monte et s’élève jusqu’à la dernière pièce « The Revelation Of St John ».

Cette dernière improvisation est sans doute la plus expérimentale, à certains moments, il fait sortir par les tuyaux des sons qui évoquent des outils, genre perceuse ou même marteau-piqueur, ce petit passage « indus » ne dure pas, mais on sent bien que l’espiègle musicien n’a pas pu se retenir…

La pièce s’achève dans une atmosphère sombre et inquiétante…
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 6 sept. 2023 00:42

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François Jeanneau – Techniques Douces (1977)

Enregistré en soixante-seize voici le second album de François Jeanneau sorti sous son nom. C’est un musicien français alors très connu, particulièrement pour ses performances free qui l’identifièrent et le firent connaître, et surtout pour son appartenance au groupe pop Triangle, qui demeure l’un des meilleurs groupes pop français.

Mais c’est sans doute sous son nom, et avec un entourage de musiciens hors pair qu’il enregistra ses plus beaux albums. A l’époque ses enregistrements se trouvaient facilement et se vendaient bien, cette facilité d’accès ne l’aida pourtant pas sur un marché qui avait tendance à déprécier les « locaux » qui sortaient un peu du rang, pourtant il a enregistré de magnifiques albums et participé à de belles aventures musicales.

Cet album-ci résume pas mal des qualités que l’on trouve dans le jazz français un peu « mainstream » de cette époque-là, ceci dit tout en respectant cette recherche mélodique, ce goût des belles compos et de la parfaite mise en forme par de fabuleux musiciens. Ici François Jeanneau joue des saxophones, Jean-François Jenny-Clark de la contrebasse, Michel Graillier du piano et Aldo Romano de la batterie.

Ils sont tous les quatre parfaits et, quand ils tempêtent comme sur « Héliodanse », ce n’est que plaisir, J.F. Jenny Clarke est tout simplement au meilleur de sa forme et Jeanneau n’a plus qu’à lâcher la bride et se laisser guider par ce superbe attelage ! « Le Lynx », la pièce suivante de cette face B est également chaude, avec le free qui fait une brèche et les impros qui défilent à grands vents, Jeanneau en tête qui se souvient de Trane, puis Aldo en solo !

Ensuite il y aura l’album « Ephémère », puis le superbe « Akagera » avec Henri Texier et Daniel Humair dont il faudrait que je vous parle…

Techniques Douces (Pt. 1)


Le Lynx


Heliodanse


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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 6 sept. 2023 13:16

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John Zorn – The Hermetic Organ Vol. 4 - St. Bart's, NYC (2016)

Les petits renseignements sur le obi joint nous informent des circonstances de cette représentation. Nous sommes le trente et un octobre à St.Bart’s, il est minuit, cette veille d’ Halloween, et Zorn se retrouve assis devant le plus grand, le plus massif orgue de New York.

On retrouve cette atmosphère si particulière à cette série, noire et sombre, grandiose et sentencieuse, des cloches sonnent, les sons de l’orgue se fondent dans la nuit, emportant des ombres qui se fondent dans la pénombre, les gothiques cachés sous leurs capes se sont donnés rendez-vous dans les parages… Un vent glacial souffle soudain, semblant provenir des tuyaux de l’engin, le froid cingle la peau et fait claquer les dents, bonnes gens entrez, entrez dans l’église St Barts, vous y trouverez refuge et réconfort…

Si ce n’est ce gars, à l’orgue, qui semble envoyer des ondes propres à vous procurer la pétoche… Les cloches, encore… Tremblez humains, c’est l’heure de la grande citrouille qui police-patrouille, gaffe à la fouille, planquez croix, talismans et secrètes bafouilles…

L’album est assez ésotérique et ouvre une porte vers le fantastique et les mondes transversaux, de quoi nourrir de nouvelles et intéressantes visions. Les deux pièces, « Bell, Book and Candle » et « The Witch's Sabbath » s’enchaînent parfaitement et participent au même trip.

John Zorn - Bell, Book & Candle


John Zorn - The Witch's Sabbath
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 7 sept. 2023 03:08

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Archie Shepp, Eric Le Lann – Live In Paris (1996)

Voilà un album que l’on pourrait classer dans la rubrique « pour collectionneur », plus particulièrement pour sa relative rareté, il n’est, en effet, pas trop facile à trouver, et pour un Cd, le prix peut sans doute être qualifié d’excessif. Il apparaît de temps en temps sur Discogs, toujours en petite quantité, il faut guetter un peu pour ne pas se faire trop dépouiller.

Je me le suis procuré car, pour la discographie de Shepp, je suis un peu arrivé à l’os, et je me dis qu’il peut constituer une bonne surprise, ou du moins délivrer quelques frissons rares, comme par exemple sur « The Man I Love » de Gershwin, qui est sur l’album, et rentre dans cette catégorie.

Et puis il y a également Eric Le Lann, un trompettiste un peu oublié peut-être, bien qu’il soit vraiment bon. J’ai beaucoup aimé son hommage à Chet Baker «I Remember Chet », Le Lann était dans la salle, au New Morning, quand il a joué, là également, un an plus tard, quand il n’a pas joué, un peu avant que le drame n’arrive.

Il a enregistré aussi « Jazz Côte Ouest » qui est un peu collector. C’est un trompettiste qui mérite qu’on s’y intéresse, bien qu’il semble un peu moins à l’affiche. En quatre-vingt-seize, j’imagine qu’il était tout heureux de jouer en compagnie de Shepp, dans tous les cas il est très à la hauteur.

On pourrait dire de cet album qu’il est dans la lignée habituelle des albums de Shepp en cette période, du post-bop avec pas mal de reprises, mais aussi des pièces qu’il a signées, « Dedicated To Bessie Smith » qui ouvre l’album ou encore « Hope two ». Des standards qu’il aime reprendre, c’est la langue commune des musiciens. Ici une reprise de « Ask Me Now » de Monk. Il y a également deux thèmes d’Eric Le Lann, « Circle » où il joue un superbe solo, et « Twins valse », une ballade.

Mais il faut également parler des autres musiciens, Richard Clements au piano, Wayne Dockery à la basse et Stephen McCraven, le père de qui vous savez, qui joue de la batterie. Comme souvent avec Shepp, l’album est live, enregistré au « Petit Journal Montparnasse » en juin quatre-vingt-seize. Il contient plus de soixante et onze minutes de musique et se montre généreux.

Pour finir il faut citer ce point qui est important, Eric est au niveau, il joue et se révèle un interlocuteur pertinent et avisé, il manifeste une grande sensibilité, sans jamais en faire ni trop, ni trop peu.

Delicated to bessie smith


Twins valse

03. The Man I Love.mp3
(14.56 Mio) Téléchargé 91 fois
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 7 sept. 2023 14:20

Douglas a écrit :
mer. 28 avr. 2021 05:52
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John Zorn ‎– The Hermetic Organ Vol. 5 - Philharmonie De Paris

Voici le volume cinq de la série « Hermetic Organ » signée John Zorn, dont je vous ai déjà parlé à travers le volume huit. Cette série est constituée par des enregistrements d’improvisations jouées à l’orgue solo. Les albums se distinguent, entre autres, par les lieux d’enregistrements, chaque orgue étant unique et ayant un son propre.

Ainsi celui-ci s’est déroulé dans la Grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris. Cet orgue a la réputation d’être très puissant, il est vrai qu’en étant dans l’impossibilité totale de restituer la magnificence d’un tel instrument, le pauvre Cd, pour exister, a besoin lui aussi d’une amplification conséquente, il faut donc monter le son.

Le concert s’est déroulé lors d’un week-end à Paris le trente et un mars 2017 à minuit. Il semblerait que le week-end en lui-même ait reçu un accueil mitigé, de nombreuses représentations ayant été prévue dans des lieux de la capitale, par diverses formations et de nombreux musiciens venus d’outre Atlantique. Bien souvent les places étaient réservées et comptées au compte-gouttes et, de fait, réservées à quelques happy-few.

Pour quitter le contexte et revenir à notre sujet, le concert lui-même ne dura qu’une quarantaine de minutes, le temps de la composition « L’Heure Des Sorcières » qui termine l’album. Les trois autres compositions, « Rituel », « Une crise De nerfs » et « Prière Empoisonnée » ont été enregistrées l’après-midi du concert lors des répétitions et des réglages de la balance. Ces trente minutes supplémentaires sont les bienvenues.

John Zorn a déclaré que le son de l’orgue fut, lorsqu’il était enfant, son premier « coup de foudre » musical, je comprends parfaitement ce qu’il a pu ressentir, ayant moi-même fréquenté les églises à mon plus jeune âge et me blottissant, de préférence, après avoir monté le grand escalier en colimaçon, non loin de l’orgue tentaculaire, et de la voix puissante, sombre, grave et orageuse de l’abbé qui chantait.
Juste pour donner une idée, ce n'est pas un extrait du Cd...

JOHN ZORN 010417 Vilette Philharmonie de Paris
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 8 sept. 2023 03:36

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The Ivo Perelman Trio – Seeds, Vision And Counterpoint (1998)

Cet album d’Ivo Perelman est à ranger du côté des œuvres que l’on qualifie souvent de « free jazz », du jazz libre qui mérite bien son nom. L’album ne cherche pas à plaire ou à séduire, ni à envoûter ou à charmer, on pourrait plutôt le ranger du côté de l’étrange, du bizarre et même de l’inouï. Il possède cependant quelque chose de particulier, sans doute une diablerie cachée qui le rend intéressant, et même presque utile, voire indispensable. Mais c’est évidemment une folie d’écrire ça. Puisqu’il n’y a ni queue, ni tête, ni début, ni fin, juste le chemin entre deux points, ces deux points n’étant qu’éventuels, ou plutôt hypothétique, on les voit, les pense et les identifie, mais ils ne signifient pas grand-chose, sinon une sorte de début qui n’existe pas ou de fin virtuelle, du genre flou qui embrouille. Pour autant s’il n’y avait que cela, tout le monde passerait son chemin en posant ses oreilles ailleurs, mais voilà, il se trouve que ce simple bon sens est juste impossible, nada, rien. C’est là que commence les enfers, cette impossibilité à décrocher, comme si ce discours arraché à la bienséance, au bon goût vous obligeait. Bien malgré vous, prenant la place de votre volonté et vous scotchait là, pantelant, face à cette machinerie de sons, diabolique, mise en place par ce trio maléfique. Trois malins, Ivo au ténor, Jay Rosen à la batterie et Dominic Duval à la basse, à la basse préparée et à l’électro. Ils sont forts. On ne peut y faire grand-chose, le poison sonore s’insinue et s’installe dans votre cerveau, s’en empare et vous voici sous emprise. Non pas que ce soit désagréable, bien au contraire, et c’est là que se cache toute la diablerie, alors que tout ce fatras acoustique devrait vous faire fuir à toutes jambes vers un refuge plus confortable, genre cocooning rassurant et ouateux, ne voilà-t-il pas que vous vous mettez à aimer ces horreurs, ces dissonances continuelles, ces lignes ardues. Pour vous rassurer vous vous dites que tout cela est tout naturel, et ces choses qui s’insinuent dans vos petites cellules grises témoignent de votre capacité à apprécier les différences, les audaces, que votre esprit s’élargit et que ce qui le heurtait autrefois est bien ingéré désormais. Vous y prenez même goût, vous y trouvez comme une certaine magie, l’interaction des trois possède quelque chose de sublime qui vous fascine, comme une énergie qui circule sans arrêt, se régénérant continuellement, comme un flot qui s’écoule sous vos yeux dont vous ne voyez que la partie, il y a des méandres qui se dessinent, des rochers qui barrent le chemin, des structures qui se font et se défont. Parfois c’est doux et calme et, à d’autres moments ça s’énerve et s’agite sans raison, même si cela agit sur vous. Mais, de toute façon, vous n’êtes qu’un jouet, une volonté abandonnée, victime consentante sous l’influence d’une potion sonore qui a pris possession de vous, de votre corps et de tous vos sens, impossible de lutter, le mieux est de s’abandonner, sans trop se compromettre si possible. Conserver sa dignité et son libre arbitre, sans devenir une victime du free jazz, victime du free jazz, hictime du freeeee….
Brrr…


Zero Expectancy


Seeds, Vision And Counterpoint


Cantilena
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 8 sept. 2023 12:26

Je ne vous laisse pas trop de temps avec l'album du-dessus, une pépite.

Mais Charles Gayle a cassé sa pipe, je l'écoutais beaucoup ces derniers temps sans arriver à m'en détacher, tout paraît un peu fade à côté, sa musique agit lentement et vous met sous emprise...

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Charles Gayle Quartet – Raining Fire (1993)

« Raining Fire » est le second volume des sessions d’enregistrements des vingt et un et vingt-deux janvier quatre-vingt-treize, il continue et prolonge « Translations » qui le précède dans l’ordre des sorties. Il est paru sur le fameux label suédois « Silkheart » qui fit tant pour le free jazz et pour Charles Gayle en particulier.

Ce dernier joue ici du ténor, de la basse clarinette et de l’alto, cousin du violon. Une particularité de cette session est la présence de deux bassistes, William Parker qui joue également du violoncelle et du petit violon. Vattel Cherry est l’autre bassiste, il joue également du kalimba, le lamellophone, ainsi que des cloches. Michael Wimberly est à la batterie.

Cet ensemble est une véritable machine à rythme qui foisonne et bouillonne de partout, donnant une impression touffue et massive, très dense, ne laissant pas la place au silence. Dès la première pièce « In Christ », l’impact est viscéral et furieux, dix-sept minutes frontales, pleines d’une énergie féroce, où l’on comprend que l’on ne sortira pas vainqueur de ces duels- là, et qu’il faudra subir !

« Blood’s Finality » est plus erratique, la batterie passe au premier plan et les « crins-crins » strient l’air plus au loin, après une intro assez longue, presque calme bien que tendue, Charles Gayle fait entendre la basse clarinette, un instrument dont il use avec parcimonie, mais il sait faire. Il se trouve bien en cette compagnie, ce groupe est devenu presque régulier, enfin autant qu’il est possible pour une formation de jazz à cette époque, chacun répondant aux invitations qui arrivaient, de droite et de gauche, de quoi composer un emploi du temps sans trop de passoires…

« Blood’s Finality » est donc voué aux cordes qui crissent et s’agitent, violoncelle et basse, cordes frottées, grattées et frappées. La pièce suivante est dans le même ton, « Death Conquered », ça ne rigole pas trop dans la maison Gayle, les concerts sont des cérémonies funèbres où les Dieux et les Démons s’agitent et se combattent comme dans une arène. Bien qu’ici tout ce petit monde se tient bien au chaud dans un studio, à West Orange, dans le New Jersey. Qu’importe pour Charles qui, avec son ténor, réveille Albert Ayler et l’invite à sa table !

Il faut bien le dire, Charles Gayle est un homme bon et généreux, mais éprouvé par la vie qui ne l’épargna guère, mais il possédait cette force au fond de lui qui lui fit traverser tous les dangers, le fit tenir debout au milieu des épreuves et des pires difficultés. Sa foi inébranlable lui fit traverser des montagnes. Dans le même temps cette absence de doute en fit un têtu, quelqu’un qui ne transige pas, même s’il faut en payer le prix.

Artistiquement, on le voit parfois partir dans de longs développements, sans thème ni boussole, droit devant, comme un bélier, la tête vers l’avant, et bousculer les « us » et les « coutumes », tout envoyer valdinguer, en espérant voir surgir un éclair de beauté, comme sur « Grace » par exemple, où il cherche et s’évertue, se donne, l’âme à l’avant, qui écoute entendra le cri de sa voix…

Et « Raining Fire » pour dire au revoir, clarinette basse, lyrisme, paix et calme…

In Christ


Grace


Death Conquered



Raining Fire
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 9 sept. 2023 03:12

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Charles Gayle Quartet - Blue Shadows (2008)

On trouve ici les mêmes musiciens que sur « Raining Fire » et « Translations », rien d’anormal puisqu’il s’agit des mêmes sessions. En deux mille sept les gars de « Silkheart » ont franchi le pas et décidé que l’on ne pouvait laisser de côté du matériel de ces sessions, trop vibrant, trop viscéral, impossible de laisser de tels trésors dans l’ombre.

A l’écoute on comprend. Ça ouvre avec « Inside The Sun », trois minutes moins une seconde et déjà il n’y a plus débat. Trois minutes de feu, un Charles Gayle incandescent, ça mériterait une sortie en quarante-cinq tours, pour montrer aux zigs du top cinquante ce que c’est de la bonne musique, qui vibre et arrache, vous parle aux tripes et vous envoie quelque part au nirvana, un aller simple et sans retour !

« Blue Shadows » qui suit est moins expéditif, Charles prend le temps du bavardage, même si ça speed un max, à fond comme d’hab. Des circonvolutions continuelles, on prend le temps de faire le tour, d’explorer et d’en remettre un peu encore, histoire de ne pas finasser, vous en voulez ? En voilà, encore et encore, jusqu’à plus soif, et encore un peu si ça vous va…

Allez ! On va faire un tour dans les graves, bien au fond, et puis on remonte la colonne d’air en en faisant le tour, avec soin, sans rien oublier, les doigts savent, ils connaissent le chemin, mais surtout la voie, bien suivre la voie sans en dévier, ne rien négliger, c’est facile quand on est porté comme ça, suffit de suivre la voie : de penser aux esprits, au bon et au bien…

Arrivent ensuite deux versions d’« Eternity Promised », la première de plus de dix-sept minutes et la seconde qui dépasse à peine les deux minutes, mais peut-être est-ce assez long pour avoir une idée d’éternité ? Allez savoir avec Charles et ses Bondieuseries, il en est plein, il les respire et elles le guident. Est-ce un hasard si tous ces musiciens hors normes et fantastiques, ce quarteron d’anges illuminés, soient tous des fous de religion ?

La pièce suivante en est un autre témoignage, « Hearts To Jesus », toujours cette sonorité si primordiale, essentielle, brute. Les deux basses à l’arrière font un sacré boulot, elle donne de la chair à moudre, royales, grattées, pincées ou à l’archet, elles tempèrent en quelque sorte, tandis que Michael Wimberly bouscule, tapant et frappant avec puissance, roulant les tambours et cinglant les cymbales, c’est lui le premier feu !

Un album qui fait partie de ceux qu’on n’abandonne pas en route, car il y a plus que la musique, il y a l’âme, l’enjeu est considérable, pénétrer dans ce monde et l’écouter est déjà compromettant, c’est aller trop loin, trop vote, sans retour…

Les albums de Charles Gayle sont des brûlots, et ceux sur Silkheart sont en première ligne.

Inside the Sun


Blue Shadows


Eternity Promised 1


Hearts to Jesus
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Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 9 sept. 2023 13:23

Une remontée concernant "Look Up", tel qu'il était au moment où il a été écrit.
Douglas a écrit :
ven. 6 déc. 2019 17:02
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Un peu de free sur ESP avec The Charles Gayle Trio enregistré en 94 « live in Santa Monica » en Californie. Côté qualité son la basse de Michael Bisio souffre un peu, c’est en partie dû à ses compères qui font un boucan du diable, Michael Wimberly à la batterie tape comme un damné et Charles Gayle souffle les feux de l’enfer, heureusement il y a quelques moments calmes où le son s’équilibre un peu…

Charles est né en 1939, c’est pas un jeunot et il s’accroche à la religion avec la foi du charbonnier*, c’est en lui, il faut le prendre avec, rien d’étonnant cet hommage à Albert Ayler sur le second morceau, ils partageaient cette même lumière… ou ce même aveuglement, chacun choisira… Ce qui est plus ennuyeux chez Charles c’est qu’il émet des déclarations contre l’avortement et l’homosexualité (in the Name of the Father), c’est parfois désarmant de penser que l’amour de Dieu s’accommode de la souffrance et de l’exclusion…

Ceci dit Charles aime se déguiser en clown, il souffle comme un Dieu, se donne sans compter, se livre tel qu’il est. L’album est puissant, émouvant, d’une sincérité criante, il y a même quelque chose de sanguinolent dans son jeu qui suggère le martyr et le don de soi. Tant de beauté dans ce souffle torturé et c’est l’ombre d’Ayler qui surgit (The book of Révélation) !

* « J'voudrais avoir la foi, la foi d'mon charbonnier
Qu'est heureux comme un pape et con comme un panier. »
Georges Brassens

ESP-4070 - CHARLES GAYLE TRIO - LOOK UP - FALL PREVIEW - PROMO VIDEO
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 10 sept. 2023 02:00

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Charles Gayle – Unto I Am (1995)

Il fallait bien que ça arrive, et ça s’est passé sur « Victo », un petit label avec un catalogue bien free. Charles Gayle en solo, cinq titres et une petite heure. Il joue du saxophone ténor sur trois titres, de la clarinette basse sur le second, « Pastures Colors ». Son premier instrument fut le piano, il en joue sur la troisième pièce, « Eden Lost » et il joue de la batterie, en même temps que du ténor, sur la dernière, « Childs Love ».

Un beau programme, pour être complet il faut également savoir qu’il déclame quelques phrases en même temps qu’il joue du piano, ainsi que sur « Good Sheperd », où il joue également du ténor et de la batterie. Bien entendu ce sont des enregistrements de studio, qui permettent le re-recording, ça s’est déroulé à Montréal le trois septembre quatre-vingt-quatorze.

Parfois on craint l’austérité pour cet exercice difficile, mais c’est certain, Charles Gayle fait exception, c’est lié à sa nature, à son style : il est austère quoi qu’il advienne, quel que soit le contexte, alors un peu plus un peu moins…

Quand il joue, on pourrait croire qu’il s’adresse au public, ou à ceux qui sont là, ou même à lui-même, mais la plupart du temps nous sommes dans l’erreur, car il s’adresse à Dieu, directement, c’est une prière qu’il envoie aux cieux. C’est dire s’il y a de l’enjeu, et s’il y met l’essentiel de lui-même.

Les pièces au saxo ténor sont donc essentielles et particulièrement réussies, sans d’autre partenaire que lui-même, en direct avec le patron, il livre parmi ses plus beaux chants. Bien sûr il n’a pas cette même pratique de la clarinette basse, instrument qu’il pratique moins, mais dont il aime la sonorité noble et grave, propre à diversifier son jeu et à stimuler son appétit de musicien.

C’est également un pianiste talentueux, on pense assez souvent à Cecil Taylor. La bouche est libre, aussi il diatribe, en même temps qu’il joue, je ne maîtrise pas suffisamment la langue pour comprendre les subtilités de son propos, mais on connaît ses débordements, à propos de l’avortement notamment.

Charles est entier, c’est un pack complet de croyances et de foi, il ne mégote pas son engagement, il prend tout, sans faire le tri, ni critiquer. C’est « la foi du charbonnier », il a choisi son camp et n’en démordra point. A nous de respecter tout son être, en même temps que la pureté de sa musique qu’il nous offre, ses visions qu’il partage et l’amour qu’il transmet.

Charles Gayle - Pastures Colors


Charles Gayle - Eden Lost


Good Shepherd


Innocent
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Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 10 sept. 2023 13:13

Probablement l'album le plus populaire de Charles gayle, avec William Parker et Rashied Ali.
Douglas a écrit :
mer. 22 janv. 2020 20:00
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Voici la réédition de l’album « Touchin' On Trane » enregistré lors de deux concerts de 91. Sur le Cd original de 93 il existait cinq parties, l’une d’entre elle a disparu (Part C) lors de cette nouvelle parution sur vinyle, manque de place probablement.

Un hommage à Coltrane bien sûr et par de fines lames du free jazz dont on a déjà parlé. Charles Gayle est ici saxophoniste, il joue en compagnie du bassiste William Parker et, pour finir la composition du trio, c’est Rashied Ali à la batterie, mémoire vivante des derniers pas du géant ! Du lourd donc.

Il ne faut pas attendre le sempiternel hommage avec des reprises de thèmes de Coltrane, ici les compos sont signées par le trio. Il n’est pas question non plus de jouer comme Coltrane, de l’imiter ou de le citer par bribes ici ou là, non ! Puisqu’il doit y avoir hommage, il sera profond, intérieur, en communion avec l’esprit de John, chacun joue sa partie en gardant toute sa personnalité, concentré, et c’est la musique jouée en pensant au géant qui est l’hommage, et c’est bien ainsi.

La beauté de cette musique tient également dans le respect et le recueillement qu’elle véhicule, aussi il n’y a pas de démonstration par le cri ou l’explosion sonore comme on en entend parfois dans le free jazz, c’est une autre voie qui est à l’œuvre ici, ou chacun, avec sérénité, joue simplement ce qu’il ressent de l’héritage coltranien.

Touchin' on Trane: Part A


Touchin' on Trane: Part B


Charles Gayle - Touchin' On Trane (Part C) - La partie qui a disparu lors de la sortie vinyle!


Touchin' on Trane: Part D
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