J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

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Douglas
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 1 oct. 2023 14:59

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Jazz In Silhouette (1959)

Cet album est resté longtemps très difficile à dénicher, vendu uniquement pendant les concerts de la formation, mais grâce à une réédition Impulse de 1975 il est devenu depuis l’un des plus populaires et des plus connus. On a longtemps pensé que sa première sortie se situait chronologiquement juste avant celle de « The Nubians of Plutonia », mais depuis la découverte des bandes d’enregistrement on a la certitude qu’il lui succède. Nous sommes là au moment de l’un des pics artistiques et créatifs de Sun Ra pendant la période dite de Chicago. Situé à un moment charnière de l’évolution du jazz, il est tout à la fois ancré dans la tradition be-bop, parfois même swing d’avant-guerre, et en même temps tourné vers l’avenir et l’avant-garde, avec prudence toutefois, Sun Ra ne s’est engagé dans le free qu’en suiveur, même si lui et l’Arkestra étaient prêts à faire face à tous les défis et à jouer toutes les musiques. C’est là tout l’intérêt de cet enregistrement, témoin sonore et jalon de l’évolution de la musique.

« Enlightenment » est resté longtemps inscrit au répertoire du groupe lors des concerts, à la fin de ceux-ci, pendant la procession finale où le groupe traversait la foule en chantant, dansant, au son des percussions. Il faut dire que ce morceau bénéficie d’une mélodie redoutable, semblable à une ritournelle aisée à mémoriser, une sorte de tube en puissance... La pièce est cosignée par Sun Ra et Hobart Dotson, c’est d’ailleurs le trompettiste lui-même qui illumine d’un superbe solo cette belle composition, qui bascule à petits pas vers les rythmes afro-cubains.

Avec « Saturn » on retrouve les préoccupations plus habituelles du Sun. Le rythme est virevoltant et nous transporte, c’est sûr, sur l’un des anneaux de la planète. Le tempo est ultra rapide, on peut admirer la finesse des arrangements qui rappellent Ellington et son grand orchestre, John Gilmore, lors de son solo, fait montre d’une virtuosité exceptionnelle qui fera l’admiration de John Coltrane. Plus tard, celui-ci lui demandera ses « trucs », et John Gilmore, bon prince, accèdera à la demande de son éminent confrère.

« Velvet » est orchestré avec la même précision, les solos se succèdent avec une impeccable ordonnance malgré la complexité de la pièce jouée sur un tempo très rapide. Curieusement on ressent une sorte de décalage entre la vivacité de la section rythmique et le thème joué sur un rythme beaucoup plus lent, créant une sorte de détachement anachronique.

« Ancient Aiethopia » est ici la pièce la plus remarquable, marquée du sceau unique du Sun Ra le plus avant-gardiste, jouant de la musique modale et affirmant le rôle premier des percussions, cette composition secrète étrangeté et exotisme, véhiculant des mystères, de l’angoisse et finalement de l’allégresse. Les ingrédients qui font de Sun ra ce grand magicien de la musique mythologique sont ici réunis, des percussions abondantes, des tambours lancinants, une basse mystérieuse, des anches à la fois divines et pompeuses, des voix qui parlent un langage étrange et inconnu, des riffs de cuivres répétitifs mais véhiculant d’infimes variations de rythme. Le morceau, pour se développer et créer une atmosphère, nécessite du temps et se prolonge sur une durée peu habituelle à la fin des années cinquante.

Voici la première version de « Hours After » ce blues, ici mid-tempo, qu’il réenregistrera vers la fin de sa vie. On y remarque de très beaux arrangements et quelques solos bien à propos comme ceux de Julian Priester et d’Hobart Dotson.

Je soupçonne notre mage de croire à l’Horoscope, aux thèmes astraux et à la prédestination, ça vaut bien un titre. « Images » débute par un solo au piano très introspectif, après cette introduction le grand orchestre expose un joli thème sur lequel les solistes se succèdent avec engouement, on remarque Marshall Allen à la flûte et Pat Patrick au baryton.

« Blues at Midnight » est une longue plage plutôt destinée à l’expression des solistes de l’Arkestra qui se succèdent sur un tempo vif mené par la section rythmique réduite à l’excellent William Cochran très brillant à la batterie et au fabuleux Ronnie Boykins à la basse. L’ensemble de l’orchestre, comme pendant une Jam session digne de la belle époque, s’exprime à tour de rôle en solo, excepté Sun Ra lui-même. C’est l’occasion d’admirer la grande technique de ces musiciens, parmi les meilleurs de leur génération.

Un très bel album de transition qui recèle une éclatante perle.

Enlightment (mono)


Blues from Saturn (bonus track)


Images (mono)


Ancient Aiethopia (mono)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 2 oct. 2023 03:14

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Damon Locks & Rob Mazurek – New Future City Radio (2023)

Retour vers International Anthem pour le dernier album signé Damon Locks et Rob Mazurek, c’est une sorte de plongée « futuriste », un pas d’environ un siècle en avant, vers une société qui verrait surgir les « Radios Pirates ». En fait un clin d’œil à ce qui déjà existé, au passé, on pense à « Radio Caroline » dont on fait l’hommage, d’une certaine façon ressuscitée.

Bon, ceci dit, on épouse un rêve anar sur la liberté d’expression, la disparition des frontières, la résurrection alternative avec un tas de valeurs plus, plus, plus… Pourquoi pas finalement, suffit de mettre le casque et de faire tourner la platine.

Je dirais même que c’est plutôt réussi, peut-être cette économie de moyen finalement. Le duo est bien armé avec une belle part que l’on doit à Rob Mazurek, il semblerait que cette fois-ci on ne tombe pas dans une demi-déception comme il est parfois arrivé avec Damon Locks. En fait, dans mon esprit, c’était la dernière chance que je lui laissais avant de passer gentiment mon chemin.

Damon est crédité à la voix et aux samplers, Rob aux trompettes de toutes sortes, et c’est vraiment un excellent trompettiste qui envoie bien et se montre très inspiré dans ses solos. Il joue également des synthés, modular en sus, des samplers des flûtes et de la voix. Il y a également quelques invités comme Mauricio Takara aux percus électroniques et autres, Roberto Carlos Lange aka Helado Negro et Brandi Augustus aux chants.

Il y a évidemment des annonceurs, rien de plus normal pour une radio, ils rythment l’album, lui donnent une respiration, un souffle particulier qui participe grandement à la personnalité de cet album. On retrouve également tout ce qui fait l’originalité d’International Anthem au niveau du travail sur le son, les fameux découpages, collages et autres bidouillages dont le label a le secret.

Cette mixtape créée à partir d’enregistrements de cette « Radio Pirate » contient une somme de dix-huit titres souvent courts pour un total d’une quarantaine de minutes, il ne fallait pas faire moins. On admire l’imagination des créateurs de sons, des échantillonneurs, des inventeurs d’effets et des combinaisons infinies de rythmes étranges qui façonnent un album à la fois très personnel, étrange et original, qui n’appartient au monde du jazz que par hasard, on pourrait tout aussi bien le qualifier d’électro ou de pop, une sorte d’électro-jazz populaire en quelque sorte.

Du coup un bon point cette fois-ci pour le duo Mazurek/Locks qui réussit plutôt bien son entreprise.

Damon Locks & Rob Mazurek - Yes!


Damon Locks & Rob Mazurek - "The Concord Hour"


Support The Youth (With Sound)


Twilight Shimmer
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 2 oct. 2023 14:26

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Sun Ra - The Eternal Myth (Early Music History Of Sun Ra (1921-1958) – (2011)

Ce trésor est paru en décembre deux mille onze et constitue ce qui s’est fait de mieux en matière de publication sur les débuts de Sun Ra, de mille neuf cent vingt et un à mille neuf cent cinquante-huit. C’est l’ex-batteur de Sun Ra Michael Anderson qui est à l’origine de cette somme, il faut dire qu’il est responsable officiel des archives musicales de Sun Ra.

Ce splendide coffret ne contient rien moins que quatorze Cds bien pleins de documents sonores compilés chronologiquement. Il se présente en tant que volume un, laissant espérer un second volume sur la période New Yorkaise, qui n’est toujours pas paru douze années plus tard… Il y a également un livret copieux de cent trente-deux pages qui accompagne les documents sonores.

Ça commence au tout début, lors de sa toute première composition enregistrée en mille neuf cent trente-trois, jusqu’à la fin des années cinquante et de la période dite « de Chicago ». Dix sept heures au total de documentation regroupant des soixante-dix-huit tours, des quarante-cinq tours et même des cassettes.

Il y a même des interviews et des documents sonores exceptionnels, Sun Ra avait tendance à tout enregistrer. Le livre accompagnant ajoute des photos de toutes sortes, musiciens et documents divers. A l’écoute on semble plongé dans une émission de radio qui file en dévoilant ses secrets.

Bien entendu une partie de la musique n’est pas de Sun Ra, mais elle est liée à lui, à son travail et à sa personnalité. On trouve de tout, du swing, du be-bop, du jump-blues, du rythm & blues, du doo-wop, du blues, du jazz et des poésies. On peut suivre pas à pas son cheminement créatif, son investissement auprès de Fletcher Henderson avec Ma Raney jusqu’au Sun Ra Arkestra.

Il n’y a pas mieux pour aborder ce grand chapitre de la vie de Sun Ra. Bien qu’il ait, c’est certain, un génie particulier, il avance avec son temps et s’imprègne des modes et des évolutions, souvent caméléon et parfois audacieux ou créatif, mais toujours fidèle à la musique qui est sa vie.

Sun Ra - The Eternal Myth Revealed - CD Box Set - Promo Video Part 1


Booze and Blues


Yochanan (The Space Age Vocalist ) - Message to Earth Man


Sun Ra - Church Organ (1948) [Full CS]


El Viktor
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 3 oct. 2023 04:27

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Brötzmann, Noble – I Am Here Where Are You (2013)

Ah oui ! La pochette, du genre à casser les burnes à Amazon et à la Fnac, c’est qu’il est quasi bancable Brötz ! Le voici en deux mille treize, en duo avec Steve Noble à la batterie, bon c’est pas un noobs du genre le Pete, il en a fait des duos avec des percussionnistes, c’est une affaire qu’il connaît et qu’il maîtrise, il semble même que l’exercice soit taillé juste à sa taille, le patron est adéquat.

L’affaire s’est déroulée à Bruxelles, un dix-neuf janvier, aux « Ateliers Claus », l’acoustique est excellente et la prise de son également, on y est totalement, on entend la résonance des caisses et des fûts, c’est assez bluffant, pareil pour Brötz, il semble tout à côté. Il est outillé comme à l’habitude, saxs ténor et alto, clarinette et tárogató.

Cinq titres au menu, la première pièce est tout à fait jouissive, « I Am Here Where Are You », on rentre d’emblée dans le vif du sujet, les bases sont immédiatement posées, carrées et franches du collier. On comprend de suite où on est et à qui on a à faire. C’est direct, puissant, ça vous prend aux tripes, un quart d’heure de bonnes vibrations vous attendent…

La seconde pièce se joue ailleurs, Brötz embouche le tárogató et tout devient plus terreux, plus calme également, bien qu’avec le grand Pete ça couve souvent sous la glace. Steve Noble est bluffant également, très technique avec des variations rythmiques étonnantes qui évoluent sans qu’on s’y perde, lui aussi est créateur de tension, de bonnes vibrations. On connaît les batteurs de renom qui ont joué avec Brötz, Hamid Drake, Paal Nilsson-Love, Peeter Uuskyla, Han Bennink ou Michael Zerang, des maîtres, tous !

« Mouth On Moth » est magnifique, déchiré, plaintif et délabré, mais tenant toujours debout et bataillant, le vieux chêne n’est pas près de s’abattre, après une période assez lente quand tout commence, tout s’accélère progressivement et bientôt c’est un flux immense qui arrive, du lourd et du massif, à l’apogée de la montée, le morceau cesse.

« No Basis » est d’un autre tonneau, plus aérien, erratique, avec des silences à l’intérieur, des sortes de trous que Steve Noble crée. Un côté expérimental, avec un travail sur les sonorités, les timbres, les vibrations et même le cri, sorti de la clarinette de Brötz. C’est Noble qui insuffle l’énergie et pulse, percutant Brötz qui n’en demande pas plus pour se lâcher.

Un superbe opus de la part de ce duo magnifique, très en verve. Oui, la pochette est signée Peter Brötzmann, il est artiste également, on reconnaît son style et sa « patte »… L’album se termine avec le généreux « A Skin Falls Off », vraiment magnifique qui nous donne un goût de « revenez-y », ce qui ne saurait tarder, difficile de se retenir, quand vient l’envie…

I Am Here Where Are You


If Find Is Found


Mouth On Moth


A Skin Falls Off
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Algernon » mar. 3 oct. 2023 15:39

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Carte blanche à Areski Belkacem
Vendredi 29 septembre 2023

https://www.radiofrance.fr/fip/podcasts ... em-7515763

L'odyssée de l'espace, un voyage cosmique vers la galaxie jazz
Jeudi 28 septembre 2023

https://www.radiofrance.fr/fip/podcasts ... zz-8279932

(dont Sun Ra)
Je ne suis pas trop vieux pour ces conneries.

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 3 oct. 2023 18:40

Algernon a écrit :
mar. 3 oct. 2023 15:39
Image
Carte blanche à Areski Belkacem
Vendredi 29 septembre 2023

https://www.radiofrance.fr/fip/podcasts ... em-7515763

L'odyssée de l'espace, un voyage cosmique vers la galaxie jazz
Jeudi 28 septembre 2023

https://www.radiofrance.fr/fip/podcasts ... zz-8279932

(dont Sun Ra)
Merci pour ces liens intergalactiques !
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 3 oct. 2023 18:51

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Sun Ra And His Astro Infinity Arkestra – Sound Sun Pleasure!! (1959)


Ma musique va d’abord faire peur aux gens, car elle représente le Bonheur et ils n’en ont pas l’habitude. Ils sont habitués à la tristesse, à la destruction, ils craignent que quelque chose d’affreux leur arrive. Ils ne peuvent envisager que quelque chose de bien se passe car le monde est malade, à l’agonie. Mon idée est qu’il faut commencer par étudier les mythes et voir ce qu’on peut faire avec l’impossible. " Sun Ra

Sound Sun Pleasure représente sans nul doute une image du Bonheur. Ces enregistrements par l’Astro Infinity Arkestra de Sun Ra datent de la “période de Chicago” et sont publiés tardivement en 1970, on en situe l’origine entre 58 et 60, sans autres précisions. Globalement, l’album se caractérise par une musique Post Ellingtonienne, ancrée dans le son de son époque, sans fulgurance d’aucune sorte, mais jouée à la perfection.

La voix au timbre légèrement voilé de Hatty Randolph fait merveille sur la reprise du "Round Midnight" de Thelonious Monk. Alors que le chant ne s’éloigne pas de la mélodie, Sun Ra dans le canal droit propose un accompagnement très personnel, jouant avec les notes de Monk en créant un espace mouvant et flottant. L’orchestre, avec application, façonne un écrin tout en chaleur et protection, jouant des harmonies avec délicatesse. Une très belle version de l’un des standards les plus repris de l’histoire du jazz !

"You Never Told Me That Game" est une composition de Sun Ra et du trompettiste Hobart Dotson. Le morceau débute avec des accents emphatiques et même théâtraux, puis glisse lentement vers une ballade style « ambiance vers trois heures du mat’ dans un bar louche où mimi la rousse commence à laisser glisser … » oups ! Puis soudainement tout redémarre, s’active et repart… Allez debout !

"Hour Of Parting" est un standard joué dans l’esprit d’alors... Accompagné par l’orchestre, Hobart y développe un solo paresseux, ce titre respire la chaleur et la moiteur, quand il est bon de ne rien faire, de se poser et d’attendre que le monde se fasse beau autour de vous…

Face deux, encore un standard, "Back In Your Own Back Yard", et la voix envoutante de Hatty Randolph dont la seule présence suffit à notre bonheur. Elle n’a pas, semble t-il, laissé d’autres traces enregistrées que les deux pistes gravées sur cet album.

"Enlightenment" est composée par le duo Sun Ra et Hobart Dotson, la structure du morceau est assez complexe et s’ouvre à la modernité, on sent poindre ici l’évolution future de la musique de Sun Ra pour ce qui est des arrangements et du fonctionnement harmonique.

La reprise de "Could Have Danced All Night", un autre standard, semble vouée à la danse, aux rythmes exotiques et aux mambos. L’orchestre se soumet aux lois du genre, nous offre quelques envolées épiques au saxo et à la trompette et laisse belle part au rythme et aux percussions…

Un album très court, mais sans faiblesse, à ranger à côté de The Nubians of Plutonia.

'Round Midnight


Sun Ra and his Astro Infinity Arkestra - Dreams come true


You Never Told Me That You Cared


Hour of Parting
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 4 oct. 2023 02:29

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Alabaster DePlume – Come With Fierce Grace (2023)

Vraiment tout frais cet album en provenance d’International Anthem, paru il y a dix jours et déjà dans la boîte. Il faut dire que le label, qui doit faire une grande partie de son chiffre d’affaires en Europe, n’expédie pas depuis les Etats-Unis mais depuis l’Autriche, il me semble, du coup pas de problème douanier ni de taxe abusive.

On se souvient de « Gold », le précédent album d’Alabaster, un double plutôt réussi. Du coup, DePlume est allé fouiller et chercher dans l’abondant matériel issu de l’album précédent, de quoi bâtir une nouvelle œuvre, cet album-ci « Come With Fierce Grace », fait de restes et de rebus, de trucs écartés pour de bonnes ou de moins bonnes raisons, en bon écolo il a fait un tri dans les déchets, et nous présente ce qu’il a réussi à sauver.

Douze titres sont réhabilités et extraits de ce travail effectué au centre de création londonien « Total Refreshment Centre ». En fait, vu la qualité de ce qui se trouve ici on dira plutôt qu’il y a eu surabondance de biens et de qualités, car ce qui s’entend est tout de même excellent et devrait plaire à tout ceux qui ont apprécié « Gold », ses fragilités, sa douceur et sa coolitude.

Moi le premier qui fait souvent le malin je ne m’attendais pas à ce truc un peu folk, jazzy, avec même une belle chanson en début de la face B, « Did You Know » chanté par Momoko Gill, avec le doux ténor d’Alabaster qui susurre. Y’a un peu de monde par ici, à rencontrer au fil des pistes, voici quelques noms plutôt connus, Sarathy Korvar, Tom Skinner, Tom Herbert, Donna Thompson, Falle Nioke, vingt et un au total, des synthés, des cordes, des percus de quoi faire, assurément !

Pour tout dire, on le devine, il y a eu un gros travail au niveau de toute cette musique figée sur toutes ces bandes. Il a fallu découper, assembler, déplacer, joindre, ajouter, coller, enlever, remonter, bref, passer un bon bout de temps à faire ce travail de fourmi, sans doute passionnant et gratifiant, mais invisible. Nous autres, à l’autre bout de la chaîne, nous récoltons les fruits de tout ce travail en amont.

Pour autant on ne peut pas dire que cet album soit le troisième volume de « Gold », il est plus, nu, plus simple et plus brut, avec moins de fioritures et d’ornements, plus direct dans sa philosophie. Du coup il est plein de vie et forme un bel ensemble cohérent. L’écoute vinyle se fait d’un trait à chaque face, on passe d’une pièce à l’autre avec un sentiment de continuité, comme dans un grand « tout ».

Le nom de l’album, « Viens avec une grâce féroce » proviendrait de l'expression d’une personne anonyme qui aurait émis ce souhait envers les spectateurs qui se déplaçaient pour les concerts, une phrase qui plut à Alabaster…

Did You Know


Naked Like Water


Give Me Away


What Can It Take
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 4 oct. 2023 16:18

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Sun Ra - Medicine For A Nightmare (The Singles) - (2009)

Cet album est à part dans la discographie de Sun Ra, un peu comme pour « Batman and Robin », il s’agit là d’un disque à la marge de sa production habituelle. Ce qui ne veut pas dire inférieur en qualité, mais singulier, en dehors de sa démarche artistique la plus reconnue. Cet album compile les singles de Sun Ra, tous enregistrés sur El Saturn entre 1954 et 1959, dans leur ordre chronologique. Certains parmi eux n’étaient sortis qu’à une cinquantaine d’exemplaire et vendus après les concerts.

Sun Ra est l’élément stable sur cette compile protéiforme, il se manifeste en tant que maître d’œuvre, arrangeur, producteur et bien sûr accompagnateur et même bricoleur de sons étranges sur quelques plages de la seconde face.

Les styles sont très variés, cela va du trio vocal (The Nu Sounds) accompagné du seul piano, aux expérimentations les plus cosmiques avec l’Arkestra. Il y a quelques reprises de standards assez fidèles à l’original (A foggy day), un chant de Noël assez barré dans la forme mais fidèle dans l’esprit (it’s Christmas time) mais aussi des rhytm’n blues mâtinés de rock n’roll bien déjantés comme Muck Muck avec le chanteur Yochanan, des blues, des musiques propices à la danse…

L’objectif est de plaire au plus grand nombre sans se prendre la tête mais en conservant un bon niveau de qualité. Bien sûr les titres sont inégaux et ne présentent pas tous le même intérêt, c’est inévitable dans une telle entreprise, mais l’admirateur du Vieux Céleste sera comblé par la mise en circulation de ces pièces rares et introuvables.

Pour les admirateurs de Batman & Robin, les complétistes, les picoreurs et les esthètes un peu barrés amoureux des années cinquante.

Sun Ra (with The Nu Sounds) - A Foggy Day


Yochanan - Muck Muck (Matt Matt)


Juanita Rogers - I'm So Glad You Love Me (45 Version)


Sun Ra - It's Christmas Time
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 5 oct. 2023 01:26

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The Jazz Doctors – Intensive Care: Prescriptions Filled (The Billy Bang Quartet Sesssions 1983 / 1984) – RE (2023)

Voici une réédition augmentée d’un enregistrement devenu pas trop facile à trouver avec le temps. La présence d’inédits et le prix font pencher la balance du côté de la réédition Cd. L’album d’origine se nommait tout simplement « Intensive Care », il contenait six titres, deux reprises, « Little Melonae » de Jackie McLean et « Lonely Woman » d’Ornette Coleman.

Entre les deux, les participants glissaient quelques créations. Billy Bang au violon et un peu leader ici signait « Ballad With One L. », Butch Morris aka Wilber Morris, le cornettiste que l’on a rencontré aux côtés de Charles Gayle a emmené avec lui « Spooning » mais n’enregistre que sur les titres bonus, le saxo ténor Franck Lowe apporte « Loweology » et le dernier titre « Blood On The Cross » est signé par le batteur Rashied Ali, non présent à cette session, la génération montante des années quatre-vingts est tout de même bien présente !

Pour être complet il faut signaler la présence de Rafael Garrett à la basse et de Denis Charles à la batterie pour les six pistes de l’album original. Billy Bang et Frank Lowe sont donc les deux attractions de cet album, même s’il ne faut pas mettre en avant l’un ou l’autre, le jazz étant une musique de création collective, d’autant que les deux paires rythmiques sont exceptionnelles ici.

Ce qui alors était catégorisé « free jazz » semble aujourd’hui presque badin, j’exagère à peine. J’ai toujours eu une grande admiration pour Billy Bang et son « crin-crin », ici il est parfaitement enregistré et le son de son violon s’envole avec grâce et délices, il faut bien reconnaître qu’il n’a pas toujours été mis aussi bien en évidence que sur ces bandes, le plaisir n’en est que plus total.

Frank Lowe est lui aussi à l’avant, soliste d’exception il est pourtant ici plutôt sage, il est vrai. Avec Charles Gayle, David S.Ware et David Murray, mais j’en oublie sûrement, il fait partie de cette nouvelle génération de saxos qui mettaient le feu aux Lofts New-Yorkais, ou qui rôdaient aux alentours, alors encore pleins de promesses et d’avenir. Chacun suivra sa route par la suite, mais les connexions ne manqueront pas.

L’album est une somme, c’est vraiment bon et cette version de « Lonely Woman » peut faire référence, juste magnifique ! Trois parmi les titres supplémentaires inédits sont des reprises, « Mr Syms » de Coltrane, « I Mean you » de Monk et « Pent Up Suite » de Sonny Rollins, les deux autres sont signés Billy Bang. Ces titres ont été enregistrés l’année suivante, c’est-à-dire quatre-vingt-quatre, et devait faire l’objet d’un album qui ne verra jamais le jour,et qui devait se nommer «Prescriptions Filled», avant que ces bandes ne soient enfin mis à disposition cette année, bien que, hélas, certains titres issus de cette session soient perdus.

Un album à ne pas négliger, on peut à tout moment avoir besoin d’un Jazz Doctor !

The Jazz Doctors / Billy Bang, Frank Lowe, Rafael Garrett, Dennis Charles – Intensive Care
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 5 oct. 2023 17:20

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Sun-Ra And His Astro Infinity Arkestra - Holiday for Soul Dance (1970)

Belle pochette, ici dans sa version originale, sur le label de Sun Ra , El Saturn Records, fondé avec son ami Alton Abraham qui portait plusieurs casquettes dont celles d’ingénieur du son, de producteur, de graphiste, de concepteur de pochette, bref, de bras droit …

Certains originaux de Sun Ra valent une petite fortune, ils étaient en effet conçus de manière artisanale et souvent à tirage très limité. Sun Ra ne s’intéressait guère à l’argent, une contrainte parmi d’autres… Seule la musique l’intéressait vraiment, le monde des idées également, qui nourrissait sa curiosité.

Sun Ra et l’Arkestra répétaient beaucoup et presque tout était enregistré, les micros étaient posés aléatoirement dans la maison et les magnétophones tournaient, cette technique d’enregistrement qui pouvait introduire les sons de la vie quotidienne sur les bandes s’appelait la "Solar High fidelity", ce label ne garantit évidemment en rien un haut niveau de qualité pour les enregistrements. Il en était de même pour la qualité de fabrication des albums, les pochettes étaient illustrées à la main ou même restaient parfois toutes blanches. Il y avait peu de précisions sur le nom des musiciens, les dates des séances d’enregistrement et les titres joués. Parfois le même album sortait avec des titres différents. Sun Ra passera les dernières années de sa vie à remettre de l’ordre dans tout ça.

La vente des disques représentait cependant les principales rentrées d’argent pour l’orchestre de Sun Ra, il était donc nécessaire d’effectuer des tournées pour les écouler, souvent la vente se déroulait sur scène, à la fin des concerts, la suite prouvera que les acheteurs d’alors n’ont pas fait une mauvaise affaire… C’était le saxophoniste Danny Thompson qui supervisait la vente et négociait avec certains disquaires qui jouaient aussi le jeu. Encore aujourd’hui il reste une interrogation: comment comprendre le miracle d’une telle longévité économique quand tant d’autres labels indépendants n’ont pu survivre ? Cet artisanat a tout de même permis à l’orchestre de tenir ainsi plus de trente ans !

Revenons à notre album paru en 1970, en fait les enregistrements qui ont permis de le réaliser datent de l’année mille neuf cent soixante, à la fin de la période de Chicago. "Holiday For Soul Dance" ne comporte aucun morceau composé par le leader, seul "Dorothy's Dance" a été écrit par un membre de l’Arkestra, le cornettiste Phil Cohran. C’est donc un album de reprises, des standards tirés des chansons de Broadway, de comédies musicales et d’airs populaires, comme ici les deux reprises de Gershwin. Ces chansons connues de tous, qui ont permis aux jazzmen de se les approprier lors des « bœufs » organisés après les soirées en club, utilisées pour leur thème facilement reconnaissables; ces mélodies permettaient aux solistes d’exprimer leur talent et leur singularité lors de joutes instrumentales parfois restées célèbres. Qu’importe si le thème semblent niais, c’est le solo, l’interprétation qui seule compte, il faut faire montre de technicité, certes mais aussi de personnalité et de sensibilité…

Ici l’album est court, un peu plus de trente minutes de bonne musique, bien conduite, arrangée et menée par notre maître. Toutefois, la piste vocale "Early Autumn" chantée par Ricky Murry, peut déplaire, mais c’est affaire de goût. La voix est parfaite, juste et même sans doute belle, mais le côté « crooner » peut paraître aujourd’hui suranné, quoique...

L’album montre donc un retour au jazz classique dans la tradition noire américaine, tout y est parfait, bien net et bien léché, il saura vous rendre heureux et vous séduire à chaque écoute…

Sun-Ra - Holiday For Strings


Sun Ra and his Astro Infinity Arkestra - Body and Soul


Sun-Ra - Day By Day


Sun-Ra - But Not For Me
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 6 oct. 2023 04:26

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Charles Gayle Quartet – More Live At The Knitting Factory February, 1993

Voici un double Cd bien plein qui nous présente la suite des concerts à la « Knitting Factory », autrement dit à « La Filature » qui était dédiée à l’art contemporain en général, mais plus particulièrement au free jazz et aux musiques d’avant-garde. Ce lieu représentait l’une des scènes les plus mythiques de New-York, il déménagea plusieurs fois et connut des prolongements en d’autres places et d’autres villes.

Pas de surprise sur cet album, Charles Gayle est au ténor, à la basse clarinette et au violon, Vattel Cherry à la basse, William Parker également mais aussi au violoncelle ou au violon. Michael Wimberly est à la batterie pour le concert du premier février et Marc Edwards sur le même instrument pour celui du vingt-deux.

Sur les notes de pochettes Charles Gayle a un mot gentil pour Michael Dorf, le proprio des lieux, il souligne l’importance d’une telle scène au regard de l’accueil qui fut réservé aux précurseurs de free jazz, souvent rejetés des aires publiques. Du coup il se lâche à fond, c’est sa façon de faire.

Quatre titres se succèdent sur le premier Cd, « Sealed Books » et « Take Refuge » dépassent chacun les vingt-trois minutes, « Covenants » et « Most High » dépassent ensemble les vingt minutes, le Cd est encore bien plein ! Pour autant Charles Gayle ne lâche pas l’affaire et donne de la grand-voile, sur le pont d’un bout à l’autre, il prend peu de pause, de répit, et envoie généreusement sans jamais demander grâce.

C’est sa façon de faire à Charles, généreux, sincère, jusqu’au don de soi. Pas de mérite particulier puisqu’il ne sait pas faire autrement, il a reçu un don, et il en fait bénéficier sans compter, à chaque concert, brut de décoffrage, sans fard ni maquillage, du producteur au consommateur et sans intermédiaire. Le gars qui est en face, au spectacle, il se prend tout ça en pleine poire, légèrement inquiet au début puis reconnaissant par la suite, il en veut encore mais ne peut que remercier…

Il y a une dimension christique il est vrai, comme pour Albert Ayler, l’extase est un point d’arrivée finalement logique, on traverse les enfers, le chaos pour finalement arriver à une sorte de paroxysme mystique, le temps d’une simple secousse, parfois.

« Convenants » un mélange de violoncelle et de clarinette basse histoire de grincer un peu, du coup « Most High » qui suit vous fait monter au rideau, énergique, puissant, il se veut ascensionnel, et ça marche pour qui tente le grand saut, exténué, repus, mais il reste le cd deux.

Purée, il commence fort avec « Délivrance » qui gagne en tension en avançant. Mais là où ça devient terrible c’est avec « Sanctification » tout simplement énorme, habité, un des totems enregistrés par Charles Gayle, certainement, une dimension rare, vingt-cinq minutes redoutables, pleines, une expérience, tout simplement.

« Living Waters » qui suit connaît lui aussi dans son final un déchirement intense, la clarinette basse dont les vibrations sont à l’unisson de l’émotion ambiante, prend les couleurs de la blessure et du saignement qui s’en écoule… Un album sans doute pas pour tout le monde, mais il plaira plus que d’autres aux amateurs du Révérend Charles.

Sealed Books


Most High


Sanctification


Living Waters
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 6 oct. 2023 18:51

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Mr. Sun Ra And His Arkestra – Bad And Beautiful (1972)

Enregistré entièrement à l'atelier du chorégraphe, New York (salle de répétition de l'Arkestra) en Novembre ou Décembre 1961.

Il a fallu attendre jusqu’à l’année 1972 pour que ces enregistrements de 1961 soient enfin diffusés. L’Arkestra est ici réduit à son ossature historique. En effet Sun Ra vient de quitter Chicago, mettant fin à cette étape de sa vie que l’on nommera « la période de Chicago » pour s’installer à New-York, « Bad and Beautiful » est le second enregistrement de l’étape New-Yorkaise.

Seuls les plus fidèles ont suivi cette migration. Jouer avec l’Arkestra est une expérience unique, rien ne peut être comparable. Beaucoup de musiciens sont passés par le grand orchestre, quelques-uns y sont restés la plus grande partie de leur vie, d’autres n’ont fait qu’y passer, mais pour tous, l’expérience est marquante et enrichissante. Faire partie de l’Arkestra était comparable à un engagement, il fallait être extrêmement disponible, jour et nuit, accepter des sacrifices… Pour certains membres, autour de cinq ou six, la vie était même communautaire. Sun Ra prônait le célibat et la discipline ! Ces exigences ahurissantes n’étaient pas sans retour, voici ce que raconte Marion Brown à la suite de son passage chez Sun Ra :

« J’ai joué quelques mois avec Sun Ra. Ce n’était pratiquement que des répétitions et jamais d’engagements, mais, comme tous ceux qui ont joué avec lui pendant un certain temps, il m’a vraiment aidé à me découvrir, à mettre à jour mes propres ressources musicales. Sun Ra vit dans un petit trois pièces, et les répétitions avaient lieu toute la journée, tous les jours. Parfois il y avait bien vingt ou trente musiciens entassés là-dedans. Quand je n’avais nulle part où aller, j’allais passer souvent des journées entières là-bas (…) jouer avec Sun Ra a été l’expérience musicale la plus positive que je n’ai jamais eu ! »

Ce témoignage nous montre le bouillonnement créatif qui régnait autour de Sun-Ra, la formation musicale et artistique était donc la contrepartie dont bénéficiaient les musiciens participants à ces séances. Financièrement c’était juste un peu mieux que la misère, mais c’est hélas le cas pour tous les jazzmen exerçant pendant cette période. Ces musiciens que l’on admire aujourd’hui, qui ont des discographies pharaoniques, dont on parle avec la plus grande admiration, n’hésitant pas à les comparer à des génies, ces musiciens percevaient des ressources tout juste suffisantes pour vivre : « Il vivait comme un rat » confiait David Murray en parlant d’Albert Ayler quand il était à New-York…

En cette année 1962 seuls les fidèles parmi les fidèles sont là, John Gilmore dont les solos illuminent cet album, Marshall Allen, l’héritier, qui prolongera la vie de l’Arkestra après la disparition du Sun, Ronnie Boykins clef de voûte et garant de la solidité de l’ensemble, Pat Patrick, multi instrumentiste et soliste émérite. C’est le moment que choisit Tommy Hunter, batteur et percussionniste, pour rejoindre cet ensemble, il restera pendant une vingtaine d’années aux côtés de Sun Ra. A partir de cette période, il arrivera de temps en temps à Sun Ra de se produire ainsi, en moyenne formation.

La prise de son n’est pas au top niveau, malgré le travail de rénovation effectué, mais ça reste tout de même très écoutable. « Bad and Beautiful » est la chanson thème du film du même nom. C’est une ballade sur laquelle John Gilmore promène son saxophone, bien accompagné par la flûte de Marshall Allen. Sur « Ankh » on entend un beau solo de Pat Patrick au saxophone baryton, sur tempo moyen il explore son instrument en nous délivrant des sonorités belles et rares, pleines de gravité et de solennité.

Un grand nombre de titres sont dévolus au ténor de Gilmore, comme «Just in time », très bop, ancré dans la tradition. « Search light blue » est langoureux, paresseux, le saxophone se love en explorant le thème, puis la pièce s’achève sur une longue improvisation qui se cherche malicieusement à la façon d’un timide bégaiement, les percussions se fraient subtilement un chemin dans un accompagnement en petites touches …

Par contre, sur « Exotic two » les percussions sont au contraire très présentes, ce qui semble annoncer l’importance qu’elles prendront dans la musique de Sun Ra pendant toute la décennie à venir. C’est la pièce la plus innovante de l’album.

Rien d’essentiel ici, « Search light blues » est tout de même renversant et « Exotic two » annonciateur de bien des changements !

The Bad and the Beautiful


Exotic Two


Search Light Blues


Ankh #2
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 7 oct. 2023 02:41

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Peter Brötzmann, Joe McPhee, Kent Kessler, Michael Zerang – Tales Out Of Time - (2004)

Il fait plaisir cet album, un peu surprenant car situé dans un créneau un peu inhabituel pour Brötzmann. Il joue des saxos alto et ténor, Joe McPhee joue également du sax ténor mais aussi de la trompette et du cornet, Kent Kessler est à la contrebasse et Michael Zerang à la batterie et aux percussions. L’album a été enregistré en juin deux mille deux au « AirWave Studios » de Chicago.

Un peu surprenant l’opus, car ici c’est plutôt une affaire de ballades, de morceaux tendres ou aérés, avec du lyrisme. Les pièces sont inhabituellement courtes, resserrées, souvent écrites ou du moins schématisées avec une grille prévue à l’avance, sur laquelle se développent les impros.

Onze pièces et plus de soixante-huit minutes au compteur, Michael Zerang en a écrit une, Brötz trois, Joe McPhee six, c’est lui le plus prolixe de l’album, d’ailleurs il apporte énormément ici. Un peu comme chacun bien sûr, mais il est lumineux sur cet enregistrement, véritable alter égo de Brötzmann, d’ailleurs ils se rencontrent épisodiquement depuis vingt ans au moment de cette nouvelle rencontre, sans compter que tout ce petit monde joue avec le « Peter Brötzmann Chicago Tentet », dont on a un peu parlé.

Des fois qu’il y en ait qui fassent les comptes, la pièce manquante c’est un traditionnel, « Blessed Assurance », magnifique version par ailleurs. Il est vrai que l’on est un peu surpris, pas de périples solitaires monstrueux et énergivores, pas d’envolées tonitruantes et d’explosions free, enfin très peu, ça monte un peu sur « Do you still love me/ Did I ever ? » qui est magnifique.

Cette tempérance fait qu’on oublie, un peu, que Brötz est là, il ne vampirise pas tout, à plusieurs moments c’est l’unité « groupe » qui s’impose même et qu’on entend, à la façon d’un vieux quartet qui aurait bourlingué ensemble depuis des années et qui se devine l’un, l’autre, anticipant ce que fera le partenaire.

Il faut dire que McPhee ouvre bien les possibles, il n’a pas son pareil pour créer des espaces et s’y engouffrer, il possède une science unique et un génie particulier, on n’en parle peu mais on le situe là-haut, à côté d’un gars comme Braxton, un peu au-dessus de la mêlée, on ne les oublie pas même si on en parle trop peu… Ecoutez-le sur « Pieces Of Red, green And Blue », bref et intense !

Certainement un bel album qui ne saurait décevoir !

Do You Still Love Me/Did I Ever?


Stone Poem No. 1 (For Stephanie)


Master of a Small House (For Fred Hopkins)


Pieces of Red, Green, And Blue
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 7 oct. 2023 15:55

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Sun Ra And His Myth Science Arkestra – Cosmic Tones For Mental Therapy (1967)


Cet album paru en 1967 a été enregistré en 1963.

La musique de Sun Ra est, non seulement salvatrice, mais elle guérit les plaies de l’âme et de l’esprit. Au sens figuré ? Non au sens propre !

On rapporte l’anecdote suivante (« on » c’est Sun Ra, il aimait raconter cet épisode) : Alors qu'il jouait dans un hôpital psychiatrique, une femme qui n’avait ni parlé, ni marché depuis plusieurs années se leva pour lui dire : « Vous appelez ça de la musique ? »

Le pouvoir guérisseur de la musique est donc une réalité ! Ayant foi dans ses pouvoirs, Sun Ra va donc les développer, plus particulièrement sur cet album. Voici donc les « sons cosmiques pour une thérapie mentale »…

La première face a été enregistrée quelques mois après les deux morceaux de la seconde. Elles sont cependant bien distinctes et remis dans un ordre conforme à la volonté du maître afin de respecter les impératifs artistiques.

« And Otherness » est sombre, grave un peu inquiétant. Joué en quartet, on y entend des instruments peu usuels, basse clarinette, hautbois, clavoline et batterie. Les motifs sont lancinants, répétés, bruitistes… Un sentiment inquiétant de malaise sonore s’installe, on n’ entend que le registre grave des instruments, sans agressivité cependant : Le mal est là !

« Thither and Yon » est particulièrement remarquable par les effets de réverbérations et d’écho qui l’habitent, on se croirait projeté une quinzaine d’années plus tard dans les explorations des musiciens de l’écurie ECM comme John Surman ou Jan Garbarek. Le "Myth Science Arkestra" est là, au grand complet. On nous propose ici un ailleurs cosmique et flottant : La douleur est apaisée.

«Adventure-Equation» garde toute la gravité de «And Otherness», mais semble plus apaisée et prend la forme, comme souvent avec Sun Ra, d’un voyage qui nous emporte et nous guide au rythme des percussions. La basse Clarinette de John Gilmore se déploie avec douceur et explore les contrées qui s’offrent en de paisibles paysages, comme un baume réparateur : C’est la guérison !

Sur la seconde face, « Moon Dance » est jouée par un trio formé de Ronnie Boykins à la basse, C. Jarvis aux percussions et Sun Ra à l’Astro Space Organ. La ligne de basse est imperturbable, funky, les percussions bruissent, foisonnent, occupent l’espace, Sun Ra s’insère dans cette débauche rythmique très syncopée et nous offre une des plus belles musiques qui soit, terriblement actuel.

« Voice of Space » – Ces voix de l’espaces sont célestes et aériennes, en quatuor Ronnie Boykins fait vibrer son archet, Danny Davis gravite avec son alto autour de l’orgue céleste pendant que John Gilmore improvise aux percussions. L’espace s’emplit de sons, de bruits, de rythmes qui naissent soudainement, évoluent, se déplacent et disparaissent, remplacés par d’autres, rythmiques, percussifs, tenus, tendus…

La musique psychédélique, le Krautrock et l’acid-jazz sont venus, c’est certain, s’abreuver à la source Sun Ra, shaman, guérisseur et visionnaire, c’est un grand thérapeute à n’en point douter.

Ce disque n’a pas pris une ride, mais n’est pas de première accessibilité, il réservera quelques surprises aux curieux et saura se faire aimer.

Moon Dance


And Otherness


Adventure Equation


Voice of Space
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 8 oct. 2023 03:21

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Johnny Dyani, Mongezi Feza, Okay Temiz – Rejoice (1988)

On se souvient du groupe Sud-Africain « Blue Note », dont les membres se sont exilés vers l’Europe pour dénoncer le régime d’apartheid qui sévissait alors. Ils ont fui vers l’Europe où ils se sont installés, après un court passage en France. On se souvient également du sort qui frappa les membres du groupe, de Mongezi Feza décédé en soixante-quinze à l’âge de trente ans et de Johnny Dyani qui disparut également, à l’âge de trente-neuf ans, en quatre-vingt-six.

C’est dire qu’aucun des deux ne vit sortir cet album live dont la première sortie date de quatre-vingt-huit. L’édition que j’écoute est une réédition de deux mille quatorze, augmentée d’un titre « Mad High Revisited » qui est une reprise du premier titre de l’album mais avec une durée presque doublée, vingt minutes et vingt secondes au menu.

Ce serait trop peu de dire que l’opus est excellent, c’est un régal permanent, il faut rappeler que Johnny Dyani est le contrebassiste, Mongezi Feza le trompettiste et qu’Okay Temiz tient la batterie et joue des percussions, c’est l’ami de rencontre, originaire de Turquie. L’album augmenté approche les soixante-huit minutes. Il est vendu en double Cd, accompagné de l’album « Together » de quatre-vingt-sept.

Cet enregistrement de concert s’est déroulé au Musée d'Art Moderne de Stockholm, en octobre soixante-douze, en Suède où Johnny Dyani s’est installé. Les deux SudAfs sont exceptionnels, Johnny Mbizo Dyani par son aura personnelle, sa qualité de contrebassiste et les vertus morales qu’il véhiculait, véritable citoyen du monde, un peu à l’image d’un Don Cherry avec lequel il joua.

Mongezi Feza est un surdoué de l’instrument, chacun de ses solos est une merveille, bien que très jeune lorsqu’il quitta son pays natal, il compensa en se consacrant à son instrument dont il est un redoutable joueur. Lorsqu’il disparut, le double album que lui consacrèrent les Blue Note : « Blue Notes For Mongezi » est tout simplement l’un des plus beaux chants qui soit, déroulement d’une veillée funèbre extrêmement prenante.

Ici ça vole très haut, aussi haut que peuvent nous envoyer les sons cuivrés de la trompette de Mongezi, tout là-haut, où ne se promènent que les très grands de l’instrument, oui, les vraiment grands ! L’album glisse tout seul et ne semble durer que cinq minutes emportées par la passion.

Johnny Dyani , Mongezi Feza , Okay Temiz – Rejoice (pour une meilleure navigation écouter sur le tube)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par whereisbrian » dim. 8 oct. 2023 07:26

Mongezi Feza, admiré par Robert Wyatt.
Il a donné la couleur, pour une bonne part, à Rock Bottom et à Ruth Is Stranger Than Richard.


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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 8 oct. 2023 16:28

whereisbrian a écrit :
dim. 8 oct. 2023 07:26
Mongezi Feza, admiré par Robert Wyatt.
Il a donné la couleur, pour une bonne part, à Rock Bottom et à Ruth Is Stranger Than Richard.

Bien vu, merci, du coup je place l'autre extrait, qu'on a toujours plaisir à ré-entendre:

Little Red Riding Hood Hit The Road:
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 8 oct. 2023 16:41

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Sun Ra - The Heliocentric Worlds of Sun Ra, Volume 1 (1965)

Un album ESP, classé dans les disques Free, The heliocentric world of Sun Ra vol.1 est incontestablement une des pièces majeures de notre inspiré compositeur. L’accès n’est pas facile, avec parfois une écriture très proche de la musique contemporaine, par bonheur la fougue de l’Arkestra tempère une certaine froideur car le feu couve sous la glace...

L’ensemble peut-être écouté comme un titre unique décomposé en parties. Il suffit de lire les titres de ces parties pour comprendre que nous sommes là au cœur de la philosophie mystique et cosmologique du musicien/gourou (si, un peu quand même…).

Sun Ra a passé une partie de son adolescence à s’intéresser à la franc-maçonnerie et à lire beaucoup d’ouvrages ésotériques. Quoiqu’il en soit, il rapporta une aventure (peu banale) qui lui arriva lors de sa jeunesse et qui expliquera sans doute son intérêt pour les mythes, l’Egypte, l’espace et le surnaturel…

En effet en 1937 il a été téléporté sur Saturne. Avouez qu’il y a de quoi transformer la vie d’un honnête homme, non ? Illuminé ? Sans doute, mais c’est aussi un homme de conviction : objecteur de conscience et adepte de la non-violence, il fera de la prison pour défendre ses idées… Ce portrait un peu sulfureux en fera une cible aisée des censeurs/moqueurs de tous poils, mais avant tout Sun ra est un compositeur étonnant dont la musique comporte de nombreuses facettes, en cette période des mid-sixties il penche clairement côté free et expérimental, il sait sentir la direction des vents et suivre le bon cap !

Là, il faut se mettre en situation d’écoute et se forger son propre avis. On peut y entendre un musicien habile mais exigeant, architecte sonore d’une dimension spatiale guère explorée, prenant sa part de l’écriture libérée des contraintes musicales habituelles et se lançant à corps perdu dans le free jazz…

Cet enregistrement est un voyage, dont la trame est esquissée, souvent même très écrite, mais qui fait, dans la tradition du jazz, la part belle aux improvisations des géniaux musiciens qui forment l’Arkestra : anches et cuivres de folie (entre autres Pat patrick, John Gilmore, Marshall Allen et Teddy Nance…) avec, comme toujours chez Sun Ra, percussions en nombres, clochettes, orgue trafiqué, basse chantante et percutante (le génial Ronnie Boykins), flûte colorée (Danny Davis) et silences découpés, sciés et hachés menus…

Un album-voyage dont l’écriture est à la fois libérée des contraintes et très maîtrisée dans son exécution.

The Heliocentric Worlds of Sun Ra, Volume One
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 9 oct. 2023 04:53

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Johnny Mbizo Dyani – Witchdoctor's Son 'Together' – (1987)

A l’écoute on pourrait presque penser que cet album n’a rien à voir avec le précédent, si ce n’est la présence de Johnny Mbizo Dyani, d’ailleurs il a posé la basse et joue des claviers, il chante également, car cet album est branché à la musique et aux chants qui ont fait son enfance et sa culture. Il précède d’ailleurs « Rejoice » qui est en fait son suivant, je ne dis pas successeur car ce serait tromper l’auditeur, tant les deux albums sont dissemblables.

Dyani a également le souhait de former un groupe pour ce nouveau projet musical, qu’il présente comme une ouverture vers la musique originaire de son pays natal. Pour ce faire il crée « Witchdoctor’s Son » avec des musiciens suédois et sud-africains. Côté Suède il y a le guitariste Kenny Håkansson et le batteur Bosse Skoglund.

Son ami des Blue Note, Dudu Pukwana, est au sax alto et aux sifflets, le saxophoniste ténor Peter "Shimmy" Radise natif de Johannesburg, il y a également le joueur de congas Hassan Bah et Felix Perrera à la harpe traditionnelle sud-africaine, le bassiste électrique Virimuje Willie Mbuende est lui, originaire de Namibie.

Toutes les compos sont de Johnny Mbizo Dyani sauf le dernier titre « Tula Tula » qui est un traditionnel. Ces titres prennent souvent la forme de chansons rythmées qui demandent la danse tant ils donnent envie de bouger. C’est plus ou moins réussi selon les pièces. J’aime beaucoup « Kalahari », avec l’excellent guitariste Kenny Håkansson qui balance de bons solos, bien qu’elle semble moins versée dans la tradition Sud Af.

Il est certain que l’album ressuscite les rythmes et les mélodies de l’enfance de Dyani, bien qu’il leur donne une forme personnelle, on y trouve cependant les chants qui se répondent, comme une sorte de dialogue, délivrant une joie simple et communicative.

Du coup il se montre très éloigné de l’album « Rejoice », c’est plutôt une sorte de récréation un peu festive qui n’a pas trop à voir avec ce qu’il jouait en soixante-douze, ce que, perso, je regrette, car il se montrait beaucoup plus inventif et créateur que sur ces faces…

Johnny Mbizo Dyani - Kalahari (Official Audio)


Johnny Mbizo Dyani - Together (Official Audio)


Johnny Mbizo Dyani - Johnny's Kwela (Official Audio)


Johnny Mbizo Dyani - Tula Tula (Official Audio)
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