Page 12 sur 22

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : mar. 17 déc. 2019 08:06
par Silence
Bon OK :hehe: le "petit côté Soft Machine des débuts" s'estompe très très vite ! Mais ça reste sympathique.

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : mar. 17 déc. 2019 13:06
par Douglas
Silence a écrit :
mar. 17 déc. 2019 08:06
Bon OK :hehe: le "petit côté Soft Machine des débuts" s'estompe très très vite ! Mais ça reste sympathique.
Je souhaite que ça te plaise... De mon côté j'ai reçu ce matin "hôpital de la conception" dont tu as parlé, je vais m'écouter ça, mais pour l'intant c'est ça:

Image

La flûtiste Naïssam Jalal est demeurée très en vue ces dernières années, enregistrant beaucoup en traçant une trajectoire riche et diverse : elle a fondé le groupe Rhythms Of Resistance avec lequel elle a sorti deux superbes albums en 2016, également en compagnie du rappeur Osloob Hayati avec lequel elle a fondé un duo, ou encore avec le joueur de oud Hazem Shaheen en 2018 ou bien dans le groupe de Mathilde Grooss Viddal et même sous son nom propre avec «Quest Of The Invisible » sorti cette année , il faut encore ajouter ses projets Egyptiens avec El Dor El Awal et même libanais si on remonte à 2007 !

Et bien, croyez-le, un nouvel album sort en cette fin d’année, il n’est toujours pas répertorié sur discogs et se nomme « Om Al Aagayeb ». Il a été enregistré avec des musiciens Egyptiens, Naïssam a en effet vécu au Caire entre 19 et 22 ans, elle raconte en préambule ses souvenirs « lumineux et douloureux », elle a en effet quitté Le Caire en 2006, « à la fois construite et démolie ».

Ce retour au milieu de ses amis musiciens a valeur de réconciliation. Cet album est donc très intime, plein de pudeur et d’amour pour ce pays et sa culture, Naïssam ravive les bons souvenirs et les moments exceptionnels comme ceux qu’elle a vécu aux côtés d’Am Abdo, le plus grand violoniste classique de la musique Egyptienne qui recevait des jeunes musiciens dans son salon pour les former, sans rien demander en échange. « Le son d’Abdo pénétrait mon âme d’une manière indescriptible. Plus tard lorsque je quittais son appartement, l’hallucination commençait. Son violon commençait à jouer dans mon oreille, j’entendais ses phrases, ses notes longues, le détail du crin de la corde […] Le son d’Abdo me possédait. »

Un album sur la nostalgie et le retour qui éclaire une trajectoire qui m’a fasciné au travers de cette flûte, ce son si « trippant » dont j’essaie de percer le mystère, voici donc un nouvel épisode et ce n’est pas le moins beau !

Naïssam Jalal - "Al Maadiya"

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : mer. 18 déc. 2019 07:08
par Douglas
Image

Un album de 2008 passé inaperçu (il y a des tonnes d’albums de jazz qui passent inaperçus). Celui-ci me paraît intéressant, il concerne le pianiste Matthew Shipp et le batteur (zendrum) Guillermo Brown, celui-ci joue des effets électro également (electronics, laptop).

Matthew Shipp est un pianiste d’envergure, toujours très actif, qui a côtoyé la fine fleur du free jazz (David S. Ware, Roscoe Mitchell, William Parker, Evan parker etc…). Concernant Guillermo E. Brown la liste est moins fournie, mais lui aussi a joué aux côtés de Davis S. Ware et aussi aux côtés de George Lewis entre autres.

Le jeu de Matthew est lyrique, construit, harmonieux, flattant l’oreille, au moins dans un premier temps… Guillermo, c’est le vilain petit canard qui vient tout saborder, interrogeant sans cesse son compagnon de route, perturbant et dérangeant il n’a de cesse de questionner le pianiste dont le jeu vacille ou se ressaisit au fil de l’album. Nous assistons à une sorte de lutte entre des pôles discordants qui s’opposent, se complètent ou s’inversent, petit à petit ça glisse sur une pente suicidaire, avec des glissements psychotiques même (le piano qui s'entête et joue les mêmes notes à tue-tête de façon répétitives), au final un album intéressant dans sa démarche et finalement attachant pour les risques qu’il prend.

Dans l'ordre les trois premiers titres de l'album:

Between Here and Everywhere


Telephone Popcorn


Escape from Tomorrowland

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : jeu. 19 déc. 2019 06:44
par Douglas
Image

"Avant records" est un label créé au Japon en 1992 par John Zorn, il est spécialisé dans les musiques expérimentales, d’avant-garde ou de free jazz. Il cessera son activité lorsque John Zorn se consacrera à son nouveau label Tzadik, à partir de l’année 1995. Il publiera quatre-vingt-un albums, celui-ci est le quarante-deuxième.

Cet album est arrivé dans ma discothèque il y a bien longtemps et j’ai oublié l’histoire qui m’en a fait l’heureux propriétaire. Je l’ai toujours aimé, avec son chouette Obi et surtout à cause de cette musique vraiment différente, du rock à la base, c’est sûr, mais augmenté: expérimental, noise et free ! Chris Cochrane est un foutrement bon guitariste et chanteur, mais tout est amateur sur cet album, le son lo-fi, ça se traîne et c’est beau, Cochrane a dû tendre une oreille vers Derek Bailey, à moins qu’il n’ait ingurgité Trout Mask Replica, gober le poiscaille par la tête !

Le génie de ces dix-huit morceaux qui s’enchaînent, d’une durée de vingt-deux secondes à quatre minutes et dix secondes, c’est qu’ils sont tous excellents, emboîtés les uns dans les autres, tous avec ce grain de folie, ce son, ces dérapages qui font de cet album une pure merveille ! Ah ! Ils sont quatre à le seconder, à le soutenir dans l’effort: Ann Rupel à la basse, Hanna Fox à la batterie et aux percus et Zeena Parkins à la harpe…

Chris Cochrane - Bath (1995)

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : jeu. 19 déc. 2019 21:41
par Douglas
Image

Le nom de la formation « Shabaka And The Ancestors » pourrait paraître immodeste, mettre en avant la personnalité du saxophoniste ténor par rapport au reste du groupe, en réalité il n’en est rien, il reflète juste une rencontre musicale entre un individu et un groupe « The Ancestors », des musiciens sud-africains avec lesquels il a enregistré cet album en une journée, dans la ville de Johannesburg.

C’est l’enregistrement que je préfère de la part de Shabaka, bien qu’il souffre de quelques défauts et ne reflète en rien les immenses qualités de cette formation. J’ai eu le bonheur de visionner plusieurs fois les deux concerts donnés dans les clubs Suisses de Montreux et Zurich et la formation s’est révélée tout à fait exceptionnelle, bien au-delà des qualités que laisse entrevoir l’album, bien que celui-ci contienne les fondations sur lesquelles s’épanouit la musique.

Lors de ces concerts le batteur Tumi Mogorosi n’était pas présent pour des problèmes de visa, il a été remplacé par Tom Skynner (Sons Of Kemet, Melt Yourself Down et Wildflower) qui s’est parfaitement attelé à la tâche, il faut dire qu’à ses côtés Gontse Makhene était tout à fait exceptionnel aux percussions et Ariel Zamonsky en fusion avec sa basse, au sax alto le timide Mthunzi Mvubu se cachait presque, bien que chaudement acclamé à chacun de ses solos, quant au chanteur-narrateur Siyabonga Mthembu il est tout simplement immense avec son phrasé emphatique et ses incantations déclamatoires… Shabaka, lui, reste très classe, il a toujours le petit pas en arrière pour faire la place, ses envolées sont remarquables et il embrase de son souffle l’atmosphère…

Sur l’album jouent également le trompettiste Mandla Mlangeni et le pianiste Nduduzo Makhathini, bien qu’il soit plutôt bon, il n’est pas étal et souffre sans doute de quelques petites faiblesses. L’ethno-jazz proposé se situe dans une mouvance très coltranienne assez en vogue aujourd’hui, il ne sera frustrant que pour ceux qui ont vu de quoi était capable le groupe sur scène. J’attends avec impatience le second essai !

Shabaka and the Ancestors - Mzwandile - feat. Shabaka Hutchings


Shabaka and the Ancestors - Joyous


Shabaka and the Ancestors - The Observer


Shabaka and the Ancestors - Nguni - feat. Shabaka Hutchings

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : ven. 20 déc. 2019 09:02
par Cooltrane
j'ai vu la tournée des Ancestors trois fois, mais d'un concert à l'autre, très eu de changements, même au niveau des solos (pas d'improvs)

leur 2è devrait sortir bientôt.

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : sam. 21 déc. 2019 06:34
par Douglas
Image

Le batteur norvégien Paal Nilssen-Love est une figure importante du free jazz européen, bien qu’il n’ait pas connu la « grande » période du free jazz de la fin des années soixante et du début des années soixante-dix, il a pris la flamme et l’a portée auprès de sa génération. Du coup il a côtoyé les plus grands du genre comme Peter Brôtzmann, Marilyn Crispell, Mats Gustafsson, Ken Vandermark, Joe McPhee, Otomo Yoshihide, Arto Lindsay… j’arrête là tellement sa discographie est nombreuse et la liste de ses compagnons de route importante.

Ce Cd a été enregistré live au festival de Roskilde au Danemark, lors de l’édition 2018, l’album est sorti l’année suivante. Ce groupe est l’un des deux projets montés à l’occasion de cette prestation. Il est tourné vers le Japon, comme l’indique le titre « New Japanese Noise », trois musiciens du pays du soleil levant sont donc conviés, tout particulièrement Akira Sakata, la légende vivante du free-jazz nippon, il joue du sax alto, de la clarinette basse et est également récitant sur « The Bone People » le cheval de bataille de cet album. Kohei Gomi et Toshiji Mikawa sont à l’électro et le brésilien Kiko Dinucci joue de la guitare électrique, il se trouve uni dans les deux projets imaginés par Paal Nilssen Love, l’autre s’appelant « Brazilian New Funk ».

L’album commence sur les chapeaux de roue, c’est violent, rageur et paroxystique, si vous avez pris la précaution de monter le son, vous avez bien fait, c’est ainsi que l’on apprécie le mieux ce genre de musique… On reprend ses esprits avec les deux morceaux suivants, du free à papa, histoire de récupérer un peu (ça improvise à fond) … Puis arrive « The Bone People » avec ce texte dit en japonais, alors là ça dépote grave, on frise le cataclysme et le climat s’alourdit encore…

Excellent album dans le genre, toutefois est-il possible que l’autre projet soit encore meilleur ?

45 secondes avec Akira Sakata, le son est très mauvais mais l'ambiance est là (The Bone people):
Paal Nilssen Love's Japan Free Jazz and Noise [2] (Live at Roskilde Festival, July 4th, 2018)


Le lien pour écouter l'album:
https://pnlrecords.bandcamp.com/album/n ... nese-noise

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : dim. 22 déc. 2019 13:13
par vox populi
Image

Yaron Herman : Y
un album qui flirte avec de nombreux univers allant de la musique expérimentale à la chanson.
J'aime bien, même si je suis moins fan de Jazz Vocal ..surtout quand c'est M qui chante
Mais il y a suffisamment de très bons moment sur ce disque pour le rendre intéressant..

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : dim. 22 déc. 2019 15:44
par andy
hello quelqu un pourrai t il me conseiller un ou deux albums de quincy jones

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : dim. 22 déc. 2019 18:02
par Douglas
andy a écrit :
dim. 22 déc. 2019 15:44
hello quelqu un pourrai t il me conseiller un ou deux albums de quincy jones
Je ne suis pas sûr d'être de très bon conseil, c'est un artiste que j'ai très largement survolé, il a fait des musiques de film et est surtout connu comme arrangeur. On peut citer par exemple ces deux albums "Walking in space" (1969) et "Back on the block" (1989).

Quincy Jones - Walking In Space (1969)


Quincy Jones- Birdland

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : dim. 22 déc. 2019 18:06
par Douglas
Image

Les deux albums enregistrés par les formations de Paal Nilssen-Love sont sortis le même jour, ce second volet s’est déroulé le lendemain de la nuit Japonaise, il met en scène le groupe « New Brazilian Funk » formé par le guitariste Dinucci, qui a joué en compagnie du « New Japane Noise » la nuit précédente, du bassiste Felipe Zenicola, de Paulinho Bicolor au tambour (cuica) et du fidèle Frode Gjerstad, musicien norvégien et grand ami de Paal.

Pour expliquer ce qui se passa cette nuit-là il suffit de constater que ce groupe devint régulier, ce qui en dit long sur la qualité d’écoute entre les musiciens. En outre, Paal a toujours été sensible à la musique brésilienne et particulièrement à ses rythmes, tout en balancements chaloupés, bien qu’il ne faille pas en déduire qu’il les imite ici… Il a également apprécié les musiciens qu’il a côtoyés lors de ses voyages intercontinentaux. On remarque ici le (rare) percussionniste Paulinho Bicolor qui joue d’un tambour à friction appelé « cuica », au son original qui est mis très en avant sur l’album.

On pourrait également remarquer les éternelles retrouvailles avec son ami de jeunesse et figure éminente du free jazz européen, Frode Gjerstad, tout à fait brillant également. Il participe à cette course fiévreuse qui nous est proposée, propulsant et oxygénant la machine qui réagit, s’énerve et se débride, sans cesse alimentée par l’énergie électrique injectée par Kiko Dinucci, lui-même guidé par la baguette d’un Paal Nilssen-Love, irréductible cavalier empressé !

On pourrait conseiller également de prendre garde au terme « Funk » utilisé en titre sur l’album, car, si c’est là le ressort qui vous anime au moment du choix, vous risquez d’être déçu, il y a beaucoup d’ingrédients ici (et des sévères), mais de funk, point…

L'album en écoute ici:
https://pnlrecords.bandcamp.com/album/n ... ilian-funk

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : lun. 23 déc. 2019 07:21
par Douglas
Image

Secret Chiefs 3 est une formation qui s’était autrefois distinguée sur le volume 9 de la série des Books of Angels, signant l’un des albums les plus réussis de la série : Xaphan. Il n’est donc pas surprenant de croiser à nouveau la route du groupe mené par Trey Spruance sur le volume 10 du Book Beri'ah. Je ne reviens pas sur les péripéties qui ont marqué la sortie du coffret et des albums, mais il serait regrettable de les mettre de côté alors qu’ils méritent un coup de projecteur.

Dans la tradition des « Books », John Zorn propose ses compositions à divers musiciens, groupes ou formation qui enregistrent un album. Celui-ci est l’avant dernier de la série de onze. Le guitariste, claviériste et multi instrumentiste Trey Spruance a donc convié les fabuleux musiciens de Secret Chiefs 3 pour enregistrer les douze compositions de l’album.

Il est difficile de décrire le résultat obtenu, les mots manquent souvent, pire, on saute souvent d’un genre à l’autre, et même parfois à l’intérieur du même morceau. Ce qui est sûr c’est que l’interprétation laisse un sentiment de perfection et de plénitude. L’univers de John Zorn est extrêmement large et même sans limite, disons qu’ici nous sommes plongés dans des pièces musicales très simples à aborder, limite easy-listening parfois, bien que les morceaux soient très complexes et souvent virtuoses. Disons que l’art est difficile mais l’écoute aisée, ce qui, en soi est déjà un tour de force.

Voici la description discogs. Genre: Jazz, Rock, Funk / Soul, Folk, World, & Country, Stage & Screen - Style: Avant-garde Jazz, Avantgarde, Experimental, Surf.
On comprend vite que ces étiquettes contradictoires ne représentent chacune qu’un moment de l’expérience d’écoute, certaines sont mêmes carrément abusives. L’écoute personnelle est comme toujours la seule véritable étape qui compte dans son rapport à la musique (même si youtube, question qualité, c'est moyen mais ça permet d'avoir une idée assez précise).

Secret Chiefs 3 / Mishkan


Ayin by John Zorn


John Zorn: Malkhut - Sitra Achra (The Book Beriah)

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : lun. 23 déc. 2019 09:32
par andy
merci douglas pour tes conseils :) c est note

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : lun. 23 déc. 2019 19:03
par Douglas
Image

Voici un autre volume de Book of Beri’ah, le n°9 consacré au groupe « Banquets of The Spirits » qui avait également signé un album très réussi sur le Book of Angels 2 (Caym, le vol.17). Le groupe est formé par Cyro Baptista, percussionniste et leader du groupe, Brian Marsella au piano et au vibraphone, Shanir Ezra Blumenkranz à la basse et Tim Keiper à la batterie.

Concernant les dates il y a un « patacaisse », l’album a été enregistré en 2016, sorti une première fois dans le coffret Book Beri’ah en 2018 (on sait que la diffusion a été ultra limitée suite aux égarements du distributeur Pledgemusic qui a gardé les bénéfices au détriment de John Zorn et des musiciens) puis est sorti au fil de 2019, volume par volume, pas toujours dans l’ordre, je ne sais même pas si tous les volumes sont parus… Celui-ci est sorti en fin d’année 2019, absent sur Discogs et chroniqué sur le numéro du mois de décembre de Jazz magazine en tant que « nouveauté ».

Ceci posé on retrouve donc un quartet dans une formation « jazz » plus habituelle avec une puissante section rythmique, on retrouve également, épars, l’influence forte de la musique klezmer qui se mélange avec les rythmes latino chers à Cyro Baptista, la richesse rythmique et le mélange des genres est un régal absolu.


John Zorn - Yesod: Hekhalot Rabbati (The Book Beriah)


John Zorn: Yesod - Iggulim (The Book Beriah)


Nischono by John Zorn

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : mar. 24 déc. 2019 07:40
par Silence
J'aime bien les Secret Chiefs 3, je les ai vu sur scène une fois.C'était plutôt chouette, même si un peu "démonstratif" par moments.
Ils me font parfois penser à un autre groupe que j'aime bien, les Master Musicians Of Bukkake qui eux aussi partent un peu dans tous les sens.

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : mar. 24 déc. 2019 11:19
par Douglas
Silence a écrit :
mar. 24 déc. 2019 07:40
J'aime bien les Secret Chiefs 3, je les ai vu sur scène une fois.C'était plutôt chouette, même si un peu "démonstratif" par moments.
Ils me font parfois penser à un autre groupe que j'aime bien, les Master Musicians Of Bukkake qui eux aussi partent un peu dans tous les sens.
Le groupe Secret Chiefs 3 fait partie de la "galaxie" John Zorn qui évolue au fil du temps et des affinités. Merci pour la recommandation des "Master Musicians Of Bukkake" que je ne manquerai pas d'écouter !

Image

Matana Roberts a ouvert en 2011 un grand projet nommé « Coin Coin » qui devrait contenir douze chapitres. Le premier s’appelle « Gens de couleurs libres » (2011), le second « The Mississippi Moonchile » (2013) et le troisième « River Run Thee » (2015). Chacun de ces albums feuillette une page de l’histoire afro-américaine, Matana Roberts s’est inspirée de la vie de Marie-Thérèse Metoyer, esclave de Louisiane qui deviendra une femme libre avant de réussir dans les affaires.

Le quatrième volet de cette épopée sonore est sorti cette année avec, sur la pochette, le portrait de la grand-mère de Matana, comme si elle identifiait sa propre histoire à celle de son modèle. Matana, originaire de Chicago, puise dans les racines de cette ville les influences musicales qui seront déterminantes dans son parcours. L’esprit du free-jazz et de l’AACM est sous-jacent dans chacun de ces albums, bien qu’elle se soit désormais posée à New-York.

Ce volume quatre s’appelle « Memphis », il suit le parcours du Mississipi et suit le fil commencé dans les chapitres précédents. L’album remonte le temps et l’histoire de la musique, tantôt grinçant et déstructuré, tantôt narratif, puis faisant un détour par une superbe variation sur « St Louis Blues » suivi du poignant « Her Mighty Waters Run » sur le mode gospel avec chœur, dans la tradition.

Pour ma part, heureux possesseur des trois précédents, j’attends le vinyle (toujours sur Constellation) avec impatience, je dois faire pour l’instant avec un fichier mp3…

As Far As The Eye Can See


Matana Roberts | "Her Mighty Waters Run"


Matana Roberts - Coin Coin Chapter Four: Memphis (2019) Full Album

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : mer. 25 déc. 2019 06:43
par Douglas
Image

Parfois l’écrin correspond parfaitement à son contenu, ainsi la photo de la pochette de l’album d’Angel Bat Dawin s’assemble bien avec ce que l’on écoute en posant le vinyle sur la platine. Un album intime, mal cadré, saisi par le biais du portable, d’aujourd’hui mais sans âge, un côté vintage et jauni que transporte le lo-fi, solitaire et sauvage aussi, ce regard boudeur et même un peu hostile de celle à qui on a volé l’image, dérangé la tranquillité, de l’autre côté de la scène encore…

Les vignettes défilent, brutes de de décoffrage, ce côté inachevé qui séduit tant, la vie qui passe et défile en déposant derrière elle, de temps en temps, une trace sonore, dans différents endroits de la planète, de Londres à Chicago, le plus souvent seule mais aussi en compagnie du batteur sud-africain Asher Simiso Gamedze sur « Capetown ».

On l’a compris, ce qui fait toute la force de l’album c’est la somme de ses faiblesses, comme si la vérité et la sincérité du réel se moquaient des technologies, cet album, c’est sûr, possède la force d’un vieux blues, chanté seul à la guitare, pendant que Lomax, qui passait par là, a laissé défiler les bandes…

Angel Bat Dawid - We are Starzz


The Oracle


Capetown

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : ven. 27 déc. 2019 05:32
par Douglas
Image

« Kiodyssea » c’est un homme, Jacques Derégnaucourt, violoniste de formation et surtout compositeur, bricoleur touche à tout de génie, il faudrait aussi ajouter poète dans l’âme, rêveur infatigable, et créateur de mondes parallèles…

Pour bâtir des cathédrales il lui suffit de peu, c’est un artisan du son, ses outils sont modestes, comme chacun il utilise sa voix, haute, haute, haute et aussi son violon caressé, frotté, pincé. Il y a aussi une pédale qui déforme, transmute et pleure aussi, des synthés qu’il a explorés, défrichés, et même dopés. Avec tout ça il crée, il cherche, il court et crie, il joue, contemple, franchit le vitrail et touche… l’inaccessible !

Alors, faut-il parler de jazz, de musique contemporaine, d’ambient, de musique concrète, expérimentale, ou peut-être de poème sonore aux vers très écrits, construits ou bien libres et improvisés ? Y a-t-il même une pertinence à se poser ces questions ?

Un album paru en 2001 dans la série « Signature » de France Musique, ces pochettes ornées d’une grande lettre (ici le « K ») et ces Cds qui se ferment avec un système aimanté (attention, parfois, le temps passant, il faut utiliser la lame d’un cutter pour séparer les deux éléments aimantés) …

Du même auteur, dans la même veine et dans la même collection est paru en double Cd « Les océans de Psyché » pour continuer le voyage…

Le lien pour écouter:
https://www.muziekweb.nl/Link/EBX0649/Kiodyssea

Le lien discogs:
https://www.discogs.com/Kiodyssea-Ab%C3 ... ase/479761

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : ven. 27 déc. 2019 22:48
par Douglas
Image

On connaît le goût de Bill Orcutt pour les efforts solitaires, il vient de sortir son septième album solo depuis 1996 où son sixième depuis 2009, ce qui indique que la tendance se renforce avec le temps. La parution de l’album remonte au mois d’octobre dernier, il se nomme « Odds Against Tomorrow ».

Comme souvent les genres se mélangent sous les doigts du prodige, de la country, du folk, du rock, du jazz mais aussi du blues ! Ce dernier ingrédient est déterminant et c’est ce mix, auquel s’ajoutent sur quelques titres du re-recording et du multi pistes, qui fonde, dans une simplicité apparente, la beauté, parfois même un peu rugueuse, de cette musique des grands espaces…

L’album est court, autour de la demi-heure, les dix titres s’écoulent sans hâte, ils prennent même leur temps et visent juste. Un album qui suinte le blues, une minute trente-cinq de « Stray Dog » ça bouscule, enchaîné au morceau d’avant et à celui d’après, car c’est un tout qui défile, comme un fondu-enchaîné, un train de neuf wagons tirés par le morceau titre qui sert de locomotive.

L’impression d’un ailleurs, d’un au-delà pas forcément rassurant mais qui arrache à la réalité...

Bill Orcutt - Odds Against Tomorrow


Bill Orcutt - The Conversion Experience (2019)


Bill Orcutt - All your buried corpses begin to speak

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : dim. 29 déc. 2019 08:59
par Douglas
Image

Allez, une petite entorse à la bonne conduite, voici un album « pirate » de Cecil Taylor enregistré « At Michican State University » en avril 76.

Les raisons de l’écouter : L’année 1976 n’est pas énormément renseignée en enregistrements ("Dark to Themselves"), ici c’est la retransmission d’une émission Radio qui est la source du vinyle. Le groupe (l’Unit) est alors exceptionnel, constitué outre de Cecil Taylor au piano, de Jimmy Lyons à l’alto, de David S. Ware au ténor, de Raphe Malik à la trompette et de Marc Edwards à la batterie. La pièce principale « Wavelets » se décline en trois parties, la fin de la troisième partie d’une durée de onze minutes se termine sur la face deux, l'album est complété par le titre "petals" présenté ci-dessous… Un insert avec un article sur Cecil Taylor provenant du magazine Rolling Stones est joint à l’album (juin 79).

Pourquoi ne pas l’acheter : La source, une émission de radio, donc, ne permet pas un enregistrement de haute qualité technique, ici c’est juste moyen, il y a peu de dynamique, même si ça reste honnête si on se place uniquement d’un point de vue document historique ou témoignage exceptionnel. Pire, sur la pochette du vinyle figure la mention « Pressed on serious 180 g vinyl – Rediscover the sound of vinyl » ce qui met la puce à l’oreille, vu que le poids du vinyle ne garantit en rien la bonne qualité sonore. En effet, le pressage présente des imperfections très audibles, particulièrement sur la face une.

Côté musique : Le groupe est vraiment très bon (en est-il possible autrement ?) Assagi si on le compare aux enregistrements furieux du début des années soixante-dix, mais la musique reste très intense, il ne faut pas hésiter à pousser le son pour s’exposer à de saines et brutales sensations et s’offrir quelques bons trips, malgré les insuffisances déjà signalées.

Cecil Taylor Unit - Petals (Michigan 1976)