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Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : ven. 28 août 2020 08:50
par Douglas
Cooltrane a écrit :
ven. 28 août 2020 08:10
Nouvel album d'une perle de la scène jazz de London: Nubya Garcia

J'ai parcouru les fichiers et j'attends les vinyles sous peu, encore un peu sage semble t-il... mais quelle présence scénique!

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : sam. 29 août 2020 04:14
par Douglas
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Bien que rangée dans la catégorie « Jazz », Zara McFarlane me semble plus souvent servir un répertoire plutôt pop-rock dans un style qui fait de temps en temps penser au groupe Morcheeba à son meilleur, elle penche également côté reggae, son héritage jamaïcain sans doute. Avant de parler de son dernier album il est intéressant de dire un mot sur « Arise », son album précédent.

Il n'y manquait pas d’intervenants aujourd’hui célèbres appartenant à la nouvelle scène anglaise, Binker Golding au ténor, Moses Boyd au chant et à la batterie, Shabaka Hutchings à la basse clarinette, Nathaniel Cross au trombone. Du beau monde et un album très chouette qui se vendit bien, il faut dire que Zara est une interprète sensible qui n’hésite pas à s’engager pour les causes justes.

Comme le dit la sagesse populaire, « on ne change pas une recette qui gagne » … Et bien si, et c’est là tout l’intérêt de cet album qui représente une prise de risque considérable, c’est aussi ce qui me décide à parler de ces deux albums, il est assez rare d’observer un tel courage musical, se remettre en question si rapidement pour faire évoluer son art et aborder des sonorités nouvelles.

L’album est baigné dans une veine électro qui lui donne un aspect assez « futuriste », la chaleur du souffle et des peaux a presque disparu, on trouve uniquement Idris Rahman au saxophone sur deux titres. Place à la « Drum machine » et aux synthés, une basse et le vieux Rhodes de temps à autre, des percus et une guitare électrique aussi. Wu-Lu et Kwake Bass sont à la manœuvre ici…

Reste la voix de Zara, son chant et son engagement qui demeurent. Deux bons albums donc, deux visages dissemblables et distincts qui pourraient s’adresser à des publics différents, l’album suivant sera riche d’enseignements.

Zara McFarlane - Everything Is Connected


Zara McFarlane Future Echoes


Zara McFarlane - Black Treasure


Pour finir un extrait d'Arise, un reggae:

Zara McFarlane - Fussin' and Fightin'

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : dim. 30 août 2020 00:15
par Cooltrane
Et le nouveau Tigran Hamasyan




à ranger à coté des excellent Red Hail (2009) et Mockroot (2015)

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : dim. 30 août 2020 05:42
par Douglas
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Un album pas très facile à se procurer, discogs en indique seulement quatre en collection. Le mien vient de loin, il lui a fallu plus de cinq semaines pour arriver et, ce samedi, il était dans la boîte à lettre, celle-ci ne produisait plus ce jour de semaine depuis le confinement, cette réactivation m’a donc valu cette belle surprise, il faut bien le reconnaître, le colis intercontinental génère, en général, une inquiétude liée à la durée, et, bien qu’on en soit averti par avance, elle demeure malgré tout…

L’album a été enregistré Au Caire, en Egypte, en 2006 et est paru l’année suivante sur Incognito, un label libanais qui avait déjà publié « El Dor El Awal » pour ceux qui se souviennent. Bakash est un trio constitué par Colter Frazier au saxophone ténor, Naïssam Jalal à la flûte et Miles Jay à la basse. Souvent touché par la musique de Naïssam, il me plaît de retracer son parcours discographique, après un passage en Syrie elle se rend au Caire pendant une durée de trois ans, puis quitte la ville, précisément en 2006 qui sera pour elle l’année de la bascule entre Orient et Europe.

Cet album est très zen et très contemplatif, presqu’uniforme et sans beaucoup d’aspérité. Il paraît même assez grave, c’est sans doute dû en partie au rôle de la basse qui est central, l’axe autour duquel tout se joue, elle est souvent répétitive avec une présence presque obsédante parfois. Les deux trublions autour s’y appuient pour prendre leur envol, la flûte est magistrale, maîtrisée et le sax joue de ses timbres pour éclairer la musique avec un œil neuf, et y apporter la nécessaire lumière.

Chacun a apporté ses propres compos dans ses bagages et l’album y gagne en équilibre, bientôt Naïssam fondera « Noun Ya » avec Yann Pittard pour une légèreté retrouvée.

L'unique témoignage du groupe que j'ai trouvé sur le tube:
BAKASH (Live Cairo, june 2006)

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : lun. 31 août 2020 06:01
par Douglas
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Derek Bailey & Han Bennink

Cette réédition chez Honest John’s Records d’un album important du jazz improvisé pèse son poids et vous fera économiser le prix d’un coûteux original. C’est la seconde rencontre entre le plus grand improvisateur à la guitare et le plus fou des batteurs/ percussionnistes qui est présentée ici. Derek Bailey et Han Bennink réunis en 1972 lors d’un concert au Verity's Place, ce sera la matière sonore de l’Incus 9. Aujourd’hui s’ajoute grâce à cette réédition des enregistrements inédits qui figurent sur le second album de ce double LP, des pièces issues d’un concert enregistré l’année suivante.

Cette période est propice à toutes les audaces, le free a ouvert bien des portes ! Sur le vieux continent, côté germanique, on a balayé et nettoyé le jazz avec une vive promptitude, en lançant les bases d’une musique européenne improvisée, sans limite, extrême par nature. Derek Bailey met à bas ce qui reste d’académisme, se cantonnant dans l’inédit et dans l’inouï, tandis qu’Han Bennink tape, frappe, cingle sa batterie mais aussi tout ce qui se présente à sa portée, il n’est pas rare de le voir pendant les concerts frapper le sol de ses mains, sauter, extraire de la matière sonore de tout ce qui passe dans son univers immédiat. Audace et complexité sont les maîtres mots de ces heures - là…

Derek Bailey / Han Bennink [Incus 9] (1972)

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : lun. 31 août 2020 16:00
par vox populi
Giant Steps de coltrane
Sunday at the village vanguard de Bill Evans
Follow the White rabbit de yaron Herman
Osloob Hayati de Naissam Jalal
A certain Trip de Guillaume Perret


Beaucoup de jazz ces derniers jours et je vous conseille chacun de ces albums si vous aimez le genre

ET pour finir en beauté

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Pour moi c'est vraiment le disque à écouter au casque les yeux fermés

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : lun. 31 août 2020 18:54
par Cooltrane
A Certain Trip de Guillaume Perret







bandcamp:


Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : mar. 1 sept. 2020 04:04
par Douglas
vox populi a écrit :
lun. 31 août 2020 16:00
Giant Steps de coltrane
Sunday at the village vanguard de Bill Evans
Follow the White rabbit de yaron Herman
Osloob Hayati de Naissam Jalal
A certain Trip de Guillaume Perret


Beaucoup de jazz ces derniers jours et je vous conseille chacun de ces albums si vous aimez le genre

ET pour finir en beauté

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Pour moi c'est vraiment le disque à écouter au casque les yeux fermés
Magnifique parcours jazz! Il se trouve que j"avais écrit un truc sur cet album après m'être documenté sur son histoire, il y a de ça quelques années:

La pochette d'abord, Keith Jarrett en plan serré, le visage parallèle au clavier, les yeux fermés, la tête perpendiculaire au corps, au centre un espace vide, les mains s'y cachent, certainement elles caressent les touches et libèrent les accords sacrés qui, cette nuit- là, touchèrent au sublime, à la miraculeuse harmonie, à l'universelle beauté.

Nous sommes en janvier 75, cela fait pas mal de temps que Keith Jarrett tourne dans les groupes, il a joué aux côtés de Charles Lloyd, a flirté alors avec le free, il a également joué dans le groupe de Miles Davis, celui-ci avait un flair particulier pour dénicher les talents, Keith aux côtés de l'icône a alors exploré les instruments électriques, les orgues, et les mélanges des genres. Il a créé ensuite son propre univers, même si habituellement on le range dans la case "jazz", sous les notes de son piano les catégories volent en éclat, particulièrement quand il s'assoit seul devant son clavier, comme ce soir là, à Cologne.

C'était mal parti, Keith est connu pour être un surdoué versatile, parfois dur avec son public. Pas encore une immense star, il peut malgré tout en avoir les caprices, quittant la salle si les conditions lui semblent insuffisantes, ou si le public fait du bruit. Exigeant envers lui-même il l'est aussi envers son auditoire. Il est également méticuleux, aime l'ordre et l'harmonie. A Tokyo il descend toujours au même hôtel qui n'est pourtant pas un "Grand Hôtel", animé d'une certaine fidélité et respectueux des habitudes.

Oui ce soir là, c'est mal barré, Keith Jarrett avait demandé ce qui se faisait de mieux comme piano: un Bösendorfer model Impérial 290, le top du top ! Et ne voilà t-il pas, semble t-il à cause d'une grève, qu'on lui propose une vieille carne, un vieux piano d'étude, le concert doit avoir lieu dans quelques heures, impossible de le remplacer! Un malheur n'arrivant que très rarement seul, il est victime de douleurs lombaires et il a très mal dormi ces dernières nuits, plus particulièrement celle qu'il vient de passer : il n'a pas fermé l’œil ! L'affaire va mal tourner, c'est sûr...

Mais il est écrit, que le destin se montre parfois facétieux, et que d'un mal, comme disent les contes, peut naître un bien.

Keith Jarrett décide de monter sur scène, il va s'adapter au vieux piano, il en a rapidement décelé les faiblesses: manque de force dans les graves et les aigus, pédale fatiguée. Il met son répertoire au placard et décide de se consacrer aux touches centrales, dans une improvisation totale. De mauvaise humeur, il s'assoit devant le piano et silence... un silence assez long semble t-il... Va t-il se lever?

Keith se souvient de la sonnerie de rappel de la salle de concert, ces quatre notes sont dans sa tête, il les joue, le public est immédiatement complice et Keith va donner ce soir là, par nécessité et par contrainte l'un de ses plus beaux concerts, ce handicap va le survolter, il n'aura de cesse de se dépasser continuellement, d'inventer des successions rythmiques inouïes, des climats qui vous transportent hors du temps, une force hypnotique soudain vous entraîne, la verve du musicien est féconde et sans limite, plus d'une heure de musique au-delà des genres, touchant de la même façon les publics du jazz, du classique, de la pop et du rock. Par bonheur des techniciens avaient décidé de se faire ce soir là un petit souvenir, enregistrant le concert. Il a fallu tout le savoir-faire et l' ingénierie des sorciers d'ECM pour réussir à rendre un son parfait sur l'album.

Ce vinyle sera l'un des plus vendus au monde et l'enregistrement de piano solo le plus distribué de tous les temps.

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : mar. 1 sept. 2020 21:23
par Cooltrane
Nouveau Idriss Ackamoor & The Pyramids



Deux nouveautés de Yazz Ahmed (par contre, c'est pas (encore) en écoute sur Bandcamp)

[media]https://yazzahmed.bandcamp.com/album/th ... -were-live[/media]

[media]https://yazzahmed.bandcamp.com/album/under-quiet-skies[/media]

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : mer. 2 sept. 2020 04:23
par Douglas
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Cette fois-ci un sept pouces au menu, un titre par face, enregistré par Angel Bat Dawid sur « International Anthem », le label de Chicago. En vérité, c’est un peu plus que cela car le disque n’est que le compagnon d’un ouvrage d’Emma Warren, "Make Some Space" qui, en série limitée, est joint au 45 tour, accompagné également d’un poster ou plutôt d’une affiche.

Emma Warren est critique et journaliste, son ouvrage, écrit en anglais, a pour thème le « Total Refreshment Centre » de Londres qui est situé dans une ancienne chocolaterie. C’est ici que s’est développée cette nouvelle vague du jazz anglais qui s’est déversée sur les amateurs avec un certain succès. Ce lieu est l’épicentre du phénomène et le livre témoigne de son importance, et comme Emma Warren possède des antennes à Chicago …

Le premier titre « Transition East » est composé et joué en solo par Angel Bat Dawid, c’est un montage et un collage habile de solos de clarinette, soutenus par une boîte à rythme et un clavier. Petits moyens et grands effets qui renvoient à « The Oracle » son précédent album.

« No Space Fo Us », la seconde face a été enregistré à Salvador, au Brésil, en compagnie d’autres musiciens du cru ainsi que de Ben LaMar Gay. Un très beau morceau également, pièce évolutive avec départ free et montée éruptive.

A-1-Angel Bat Dawid-Transition East


Angel Bat Dawid - No space for us

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : jeu. 3 sept. 2020 06:55
par Douglas
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Il souffle un air de déjà vu sur cet album d’Émile Parisien et de Vincent Peirani, c’est la réflexion qui me vient en premier en découvrant « Abrazo », le dernier arrivé des albums du duo. Ces deux-là jouent comme des frères et j’espère pour eux que de temps en temps ils se chamaillent, bien que ça ne se voit pas, ni ne s’entend.

L’entente est là, aussi bien que l’écoute, gémellité aurait également convenu, tant ils se fondent, s’aiment et se complètent. Il est dit dans les notes de pochette qu’Abrazo est une accolade mais aussi le geste d’enlacer sa partenaire quand le Tango se danse. Bien que je vois bien qui est le grand et qui est le petit, l’embrassade est symbolique, dans la fusion des esprits, et le tango est le thème central autour duquel tout court…

Un air de déjà vu, ça veut dire également que ça stationne haut, c’est-à-dire là où ils nous emmènent quand ils s’envolent, dans les cimes, tout là-haut, et, une fois de plus, ça ne rate pas ! Ça grimpe, ça monte, ça virevolte, comme le font les oiseaux qui batifolent en tous sens… C’est précis, et tout se combine avec une extraordinaire facilité et une virtuosité qui vous fait tomber les bras, un lyrisme fou car tout est musique, chaleur, couleur, joie et pétillance…

Un seul titre signé Émile Parisien contre trois pour Peirani, mais beaucoup de reprises qu’ils ont arrangées, Astor Piazolla, Jelly Roll Morton, Gubitsch, Cugat et même « Army Dreamers » de Kate Bush, mais qu’importe tout se fond couleur tango.

Un album qui se place au sommet du jazz européen.

Vincent Peirani & Emile Parisien - Memento (Official Video)

The Crave

Army Dreamers

Emile Parisien & Vincent Peirani – Nouchka

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : ven. 4 sept. 2020 05:04
par Douglas
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Chruch - Le corps du triste

Un album paru en octobre 2019 qui a mis un peu de temps à venir jusqu’à moi, il y a un tirage de trois cents exemplaires et le chemin qu’ils suivent pour se déverser entre nos deux oreilles est long, lent et tortueux. Finalement rien d’anormal, le contraire (une surprise à la Błoto) eut été surprenant, c’est plutôt l’exception.

Ici rien n’est fait pour vous plaire, la magie hypnotique qui peut se saisir de vous et pénétrer votre mental n’est accessible qu’aux âmes moribondes, perdues dans des mondes tristes et glacés. Possiblement, si vous aimez le noir, quand il est froid, les vieux airs chantés par les esprits de la Scheulte quand elle s’écoule à travers bois, à certaines heures pâles de la nuit, comme un vieux folk dégénéré qui se meurt au coin des lèvres, alors, oui, ça peut…

Des drones, des rythmes parfois, c’est le royaume de Pascal Lopinat. Pia Achternkamp compose, des airs, des chants qu’interprète Ida Friis avec une voix venue des fjords froids du nord de la Norvège, tout là-haut. Augustin Rebetez, un autre sorcier, chante également, avec une voix qui creuse et caverne.

Un album minimaliste qui semble prendre racine dans le fond des âges, un univers onirique un peu hors du temps commun nous est proposé, pour une balade vers un ailleurs étrange où il fait bon vagabonder.


CHRUCH /// AUX COUTEAUX ///


CHRUCH /// SANS SOLEIL ///


Chruch - Le corps du triste [FULL ALBUM]

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : sam. 5 sept. 2020 02:57
par Douglas
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Pendant les années quatre-vingts Jean-Marc Foussat est intimement lié au « Dunois », club free de Paris où il enregistre les artistes à tour de bras. En 2012 il crée « Fou Records » et sort, en plus de ses propres albums, des enregistrements d’époque très intéressants, comme « Enfances » avec Lazro, Léandre et Lewis dont on a parlé ici.

Mais c’est en 1992 qu’il rejoint la formation « Marteau Rouge », pas trop doué pour la guitare il se spécialise depuis quelques années sur le VCS III, synthé qu’il va apprendre à connaître et à maîtriser sur le bout des doigts. Il joue en compagnie de Makoto Sato à la batterie et de Jean-François Pauvros à la guitare. Bien que leur premier album ne soit pas daté, on estime que « ... Un Jour Se Lève » a été enregistré en 1993 sur Cdr. Il a été réédité en vinyle en 2013, chez « Fou Records » bien évidemment.

Marteau Rouge est essentiellement un groupe de scène où tout ce qui se passe est totalement improvisé, pourtant les voici tous les trois rôdant dans les studios, alors l’habitude s’impose et la liberté fait loi. Foussat joue de son Synthé de façon particulière, il ne trame pas de longues masses sonores qui tapissent le fond mais bidouille, s’insère de façon continue mais dynamique à la façon d’un soliste. C’est un lutin qui déstabilise, utilise des cassettes pour introduire le réel et la voix qui improvise des vocalises surprenantes. Pauvros ne s’interdit rien non plus et c’est ainsi qu’il donne le meilleur bien soutenu par le subtil Makoto Sato aux baguettes qui tisse le fil avec une grande finesse.

Un album free et déstabilisateur qui ne s’interdit rien.

Côté extraits, je n'ai rien trouvé...

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : dim. 6 sept. 2020 04:19
par Douglas
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Ambrose Akinmusire ‎– On The Tender Spot Of Every Calloused Moment

Pour des raisons sans doute de marketing le dernier vinyle d’Ambrose Akinmusire ‎ « On The Tender Spot Of Every Calloused Moment » n’est sorti qu’à la fin août en vinyle en Europe, alors qu’il était déjà distribué aux States depuis juin, mystère de la distribution… Du coup il a pour moi, à l’heure où je l’écoute, tous les attraits du neuf, bien qu’il ait déjà défilé entre mes oreilles sous la forme de fichiers, pour une expérience incomplète…

C’est à Archie Shepp à qui échoit l’honneur d’écrire les notes de pochette, un magnifique texte qu’il a intitulé : « That’s the cat ! ». Ça ne m’étonne pas, Shepp a souvent embarqué Ambrose dans ses projets et il n’y avait qu’à observer l’œil avec lequel il couvait le « petit » pour comprendre toute l’affection qu’il lui portait. Il l’avoue, Ambrose lui rappelle le jeune Coltrane qui travaillait avec ardeur son instrument, et Shepp est certainement l’un des seuls à pouvoir émettre une telle comparaison.

Ambrose est arrivé à un stade où ne s’entend plus la musique que dans l’épure, au-delà de la virtuosité et du « m’as-tu vu », il joue l’essentiel, la note juste dans sa précision, son intensité et sa sincérité, et ça s’entend. Cet album est juste sublime, par sa simplicité, en quartet cette fois, sans le quatuor à cordes d’Origami Harvest, cette frugalité retrouvée lui permet de laisser libre-court à l’essentiel, sincérité et émotion.

On retrouve Harish Raghavan à la basse, Justin Brown à la batterie et Sam Harris au piano, ses fidèles accompagnateurs, on remarquera également la présence de Becca Stevens et de Jesus Diaz au chant, le temps d’un titre. Par ailleurs Ambrose élargit sa palette sonore en jouant également du Rhodes.

Un grand album.

Ambrose Akinmusire - Tide of Hyacinth


Ambrose Akinmusire - An interlude that get' more intense


Ambrose Akinmusire - Mr. Roscoe (Consider the Simultaneous)


Hooded procession (read the names outloud)

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : lun. 7 sept. 2020 02:27
par Douglas
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Voici un album de Marion Brown enregistré en octobre 1966 et sorti en 68 sur le fameux label ESP. Le carton est dur, épais et la photo de couverture, qui correspond à la photo de la pochette, figure côté verso, à moins qu’il ne s’agisse d’une particularité de mon exemplaire, mais je ne le crois pas. Sur la tranche figure bien « Why not ? » avec le point d’interrogation.

Marion Brown semble revenir en grâce et les fées se penchent sur son berceau, il le mérite bien et c’est tant mieux, l’artiste est grand, l’homme également. On sait qu’il a joué aux côtés de Coltrane sur « Ascension », côtoyé Sun Ra et joué sur « Fire Music » un album majeur de Shepp. Avec celui-ci il a enregistré « Three for Shepp » ou il lui a rendu hommage, le plaçant en invité d’honneur. « Why not » est son second album pour ESP, le premier, éponyme, a été enregistré en 65 et paru en 66, on le nomme parfois « Capricorn Moon » du nom de la composition d’ouverture.

Il est ici en quartet entouré de fameux musiciens, Norris Jones à la basse, Stan Cowell au piano et Rashied Ali à la batterie, lui-même joue du saxophone alto. Bien que ce soit certainement un homme d’esprit, d’aucun ne se priveront pas d’ajouter la mention « spiritual music » pour vendre mieux, sans doute l’aspect spirituel figure -t-il ici par une sorte d’imprégnation…

Quatre titres, deux de chaque côté, cet album est fait pour plaire, des ballades essentiellement et peu de passages vraiment « free », pas de quoi apeurer le chaland ou faire fuir la ménagère. Seul l’interrogatif « Why not » s’échappe en course effrénée, emmené par le terrible Rashied Ali. En plus c’est beau. Marion Brown possède un jeu à la fois puissant et fragile, on l’entend ici ne rien négliger de la musique populaire et des thèmes à la mode.

Un album free, sans doute, mais ouvert et sensible. Marion Brown a déjà été évoqué dans ces contrées à travers l’extraordinaire « Live at the Black Musicians Conférence,1981 » qu’il a enregistré en duo avec Dave Burrell.

The Marion Brown Quartet - La Sorella


Why Not?


Homecoming

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : lun. 7 sept. 2020 10:34
par The lad
Douglas a écrit :
lun. 7 sept. 2020 02:27
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Voici un album de Marion Brown enregistré en octobre 1966 et sorti en 68 sur le fameux label ESP. Le carton est dur, épais et la photo de couverture, qui correspond à la photo de la pochette, figure côté verso, à moins qu’il ne s’agisse d’une particularité de mon exemplaire, mais je ne le crois pas. Sur la tranche figure bien « Why not ? » avec le point d’interrogation.

Marion Brown semble revenir en grâce et les fées se penchent sur son berceau, il le mérite bien et c’est tant mieux, l’artiste est grand, l’homme également. On sait qu’il a joué aux côtés de Coltrane sur « Ascension », côtoyé Sun Ra et joué sur « Fire Music » un album majeur de Shepp. Avec celui-ci il a enregistré « Three for Shepp » ou il lui a rendu hommage, le plaçant en invité d’honneur. « Why not » est son second album pour ESP, le premier, éponyme, a été enregistré en 65 et paru en 66, on le nomme parfois « Capricorn Moon » du nom de la composition d’ouverture.

Il est ici en quartet entouré de fameux musiciens, Norris Jones à la basse, Stan Cowell au piano et Rashied Ali à la batterie, lui-même joue du saxophone alto. Bien que ce soit certainement un homme d’esprit, d’aucun ne se priveront pas d’ajouter la mention « spiritual music » pour vendre mieux, sans doute l’aspect spirituel figure -t-il ici par une sorte d’imprégnation…

Quatre titres, deux de chaque côté, cet album est fait pour plaire, des ballades essentiellement et peu de passages vraiment « free », pas de quoi apeurer le chaland ou faire fuir la ménagère. Seul l’interrogatif « Why not » s’échappe en course effrénée, emmené par le terrible Rashied Ali. En plus c’est beau. Marion Brown possède un jeu à la fois puissant et fragile, on l’entend ici ne rien négliger de la musique populaire et des thèmes à la mode.

Un album free, sans doute, mais ouvert et sensible. Marion Brown a déjà été évoqué dans ces contrées à travers l’extraordinaire « Live at the Black Musicians Conférence,1981 » qu’il a enregistré en duo avec Dave Burrell.

The Marion Brown Quartet - La Sorella


Why Not?


Homecoming
Les extraits me plaisent beaucoup, et quelle pochette. Ça c'est dans la wantlist direct !
Merci Douglas.

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : mar. 8 sept. 2020 04:29
par Douglas
The lad a écrit :
lun. 7 sept. 2020 10:34

Les extraits me plaisent beaucoup, et quelle pochette. Ça c'est dans la wantlist direct !
Merci Douglas.
Un engouement qui fait plaisir!
:chapozzz:

Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : mar. 8 sept. 2020 04:34
par Douglas
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Je vous avais déjà parlé de Nubya (prononcer avec trois syllabes) Garcia et de son premier album sorti en 2017, suivi d’un E.P. l’année suivante. Pas de nouvelles discographiques depuis, sinon de multiples participations à divers projets et de nombreuses collaborations à des albums en tant qu’invitée. Je ne sais pas si c’est dû à une vie déjà bien pleine ou à un manque d’entrain pour l’écriture, mais l’attente se faisait longue.

Il faut dire que, de toute évidence, l’atout majeur de cette brillante saxophoniste est le charisme qu’elle exerce sur son public. Sa présence scénique est lumineuse, il semble qu’autour d’elle plus rien n’existe quand elle joue, la fascination qu’elle exerce sur son auditoire est magnétique.

Son jeu est également passionnant, bien qu’il soit sans risque, académique, on pourrait même dire très « propre ». Cet aspect est très en évidence sur ses albums où ses prestations sont très clean, comme sur celui-ci, très confortable à l’écoute, cosy même, un jazz-rock ouateux avec quelques rythmes latinos qui vont bien.

Joe Armon-Jones aux claviers, Daniel Casimir à la basse et Sam Jones à la batterie auxquels s’ajoutent des invités au fil des morceaux. Dans un contexte aussi heureux l’album est donc fait pour plaire, il est de qualité, consensuel, avec des morceaux qui font mouche, « Source », « Pace », le chantant « La Cumbia Me Está Llamando » … Chaque titre participe à sa façon à la félicité générale car l’album sera sans doute très bien reçu par la critique et le public, il est taillé pour ça et, ma foi, il y a toujours un moment propice à l’ écoute de Nubya Garcia !


Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : mer. 9 sept. 2020 05:16
par Douglas
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En contraste complet avec l’album de Nubya Garcia voici « Lena » l’album d’Anna Högberg Attack sorti il y a quelques mois. Le point de départ en est le contre-pied parfait, la démarche d’Anna assume l’entièreté de l’héritage jazz, acceptant le free et une certaine expérimentation. Il faut dire que les terres Scandinaves ont été des îlots de refuge et de compréhension pour les pionniers du free au cours des années soixante.

Pour autant la musique ici n’est en rien débridée comme elle le fut autrefois en faisant place aux improvisations totales. Une grande partie est écrite et l’espace est harmonieusement partagé entre impros et passages convenus par avance, ainsi chaque titre possède une direction. Il faut préciser que l’altiste n’en est pas à son coup d’essai et qu’elle travaille dans plusieurs directions, avec le trio Doglife, le quatuor Se och Hör et le sextuor Anna Högberg Attack.

Ce dernier est formé par Elin Forkelid au ténor, Niklas Barnö à la trompette, Lisa Ullén au piano, Elsa Bergman à la basse et Anna Lund à la batterie. C’est le second album de la formation, il est entièrement composé par Anna Högberg qui laisse une grande place aux musiciens qui s’expriment avec une grande liberté, on pourrait extraire du lot Niklas Barnö particulièrement en verve ou Elin Forkelid qui envoie bien, ou encore Lisa Ullén qui s’inscrit dans un registre romantico déstructuré assez personnel, mais le groupe avant tout est un ensemble cohérent et solidaire.

Une artiste à suivre.


Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Posté : jeu. 10 sept. 2020 03:48
par Douglas
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Revoici A.R. Penck et les deux frères Wollny, Franck et Heinz, mais attardons-nous quelques secondes sur l’invité du jour, Lawrence Butch Morris, qu’ici on appelle tout simplement « Butch » et c’est suffisant, tout le monde comprend très bien : c’est le cornettiste !

Butch est un vétéran du Vietnam, à son retour au début des années soixante-dix, il joue dans le grand orchestre du Pan Afrikan Peoples Arkestra dirigé par un homme dont on redécouvre l’œuvre en ce moment : Horace Tapscott. C’est le point de départ d’un long parcours qui mènera Butch Morris à inventer une nouvelle façon de « conduire » la musique qu’il appellera « conduction », ce concept est basé sur un système de gestes.

Pour l’heure il gagne Paris en 1976, puis Amsterdam et travaillera tantôt en Amérique, tantôt en Europe. Sur cet album, pas question de « conduction », il est ici en tant qu’invité et joue avec le groupe TTT. Il n’y a aucun renseignement concernant la date d’enregistrement, je risque une hypothèse large, fin des années quatre-vingts et début des années quatre-vingt-dix.

Nous voici conviés à une « jam » tout à fait réjouissante, elle est contenue sur un double LP, malheureusement il arrive à certains moments que la technique ne suive pas et que le cornet « couine » un peu. Sinon c’est extrêmement jouissif et plaisant si on accepte de se laisser embarquer.

Le groupe est assez facétieux et nous en dit long sur le trio TTT qui ne cesse de s’échanger les instruments. Ainsi ils passent tous les trois à la batterie, à tour de rôle, même chose pour la basse, pour ce qui est de la guitare les deux frères Wollny alternent également tandis que Penck se consacre à la flûte… L’essentiel est de jouer et d’improviser en prenant son pied et surtout pas la tête, ça se sent dans la musique qui groove bien.

TTT / A.R. Penck – Butch In Hackney (1983)