Sur le chemin de l'Anthologie de la musique folk Américaine

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Re: Sur le chemin de l'Anthologie de la musique folk Américaine

Message par vox populi » ven. 5 févr. 2021 07:39

Chapitre 5 : Bill & Belle Reed - Old Lady & The Devil

Dans ce nouveau chapitre de l'anthologie nous allons plonger au coeur de l'Amérique démoniaque !


Set One: Ballads; Disc One; Track Five: "Old Lady and the Devil" performed by Bill and Belle Reed. "Vocal solo with guitar." Recorded in Johnson City, TN on October 17, 1928. Original issue Columbia 15336D (W147211).



Le duo Bill and Belle Reed reste très certainement un des plus grands mystère de la collection. On ne sait absolument rien d’eux hormis qu’ils ont enregistré deux titres lors de la séance du 17 octobre 1928 dont celui qui apparaît dans l’anthologie. Certains chercheurs pensent qu’ils pouvaient venir de la virginie ou du kentuky mais sans avoir pu apporter d’éléments probants pour soutenir leur thèse.
Autre piste, peut être Bill and Belle Reed ont ils un rapport avec la famille Reed qui est une grande famille de musiciens folk dont est issu Ola Belle Reed qui est très certainement une des 4 ou 5 chanteuse folk/ country les plus incroyables de l’histoire du pays. Nous restons cependant ici dans le domaine des suppositions.
Le plus probable est que ce duo (peut être un couple?) soit venu des régions voisines pour enregistrer leur chanson avant de retourner à leur vie quotidienne.

Durant cette session ils enregistrerons une seconde chanson We shall be free, qui sera reprise plus tard par Woody Guthrie, Leadbelly ou Bob Dylan.

Si ce duo reste donc un mystère on en sait, par contre, bien davantage sur celui qui dirigea la séance, Francis Buckley Walker, qui était alors responsable de la branche «hillbilly» de Columbia Records.
Walker est sans aucun doute possible un des producteurs les plus importants de l’histoire de la musique populaire. Il a été un des premiers à enregistrer les artistes grâce à des studios mobiles poursuivant ainsi le travail de collectage commencé, à dos de chevaux, par des musicologues qui traversaient le pays pour retranscrire les chants traditionnels. Walker s'est rendu, dans le sud, à la recherche de talents, pour la première fois en 1923. Il découvrit Bettie smith, mais aussi d’autres grands artistes blues comme Blind Willie Johnson. Dans les années 20 il fut le principal collecteur des musiques folk et country. Outre Bill et Belle Reed il découvrit Clarence Ashley ,  Ira et Eugene Yates et beaucoup d’autres ! Sa notoriété fut telle que RCA Victor Records lui proposa de diriger le label, poste qu’il accepta. Il permis à son entreprise de traverser la grande crise et supervisa des enregistrements de musiciens légendaires  comme Glenn Miller , Duke Ellington ou  Coleman Hawkins . Au milieu des années 40 il prit sa retraite..temporairement ! Car dès 1946 il fut intégré dans le projet de création du label MGM records  Grâce à cette compagnie, il signe et se lie d'amitié avec le chanteur country Hank Williams. Lorsque Walter décédera en 1953, Hank lui écriera une lettre nommée « the last letter » qui sera lu sur les antennes de plusieurs radios du pays. Walker est mort en laissant derrière lui trois enfants et une œuvre considérable qui structure encore aujourd’hui le paysage musical .


Old lady and the devil est une variante d'une child ballad nommé The Farmer's Curst Wife.

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Les ballades traditionnelles du vieux monde ont généralement tendance à être plus sérieuses qu'humoristiques, cette chanson fait donc figure d'exception puisqu'il s'agit ici d'une chanson amusante sur le Diable.
Child résuma cette ballade comme suit :
«Le diable vient prendre la femme d'un fermier qui accueille la nouvelle avec une joie non feinte. Hélas la femme se révèle aussi difficile à vivre en Enfer qu'à la maison; elle donne des coups de pieds aux diablotins et va même jusquà en tuer plusieurs de manière particulières horrible. Le diable est contraint de la ramener auprès de son mari, au plus grand désespoir de ce dernier".

Child n'a publié que deux textes de cette ballade mais il existe un nombre innombrables de versions. Des recherches plus récentes tendraient à faire croire que cette chanson trouverait sa source dans le Pañchatantra, un ancien recueil de contes et de fables (probablement le plus ancien qui nous soit parvenu) qui aurait été écrit vers -300 avant JC. Ces fables ont été transporté par l'empire perse jusqu'en occident et ont inspiré de nombreuses œuvres dont les célèbres fables de la fontaine ! Les musicologues pensent aussi que, dans des versions antérieures , le fermier aurait conclu un pacte avec le diable afin d'obtenir de l'aide pour labourer ses champs. Cette explication a disparu dans les versions récentes. Autre évolution significative, de nombreuses variantes recueillies ces dernières années en Angleterre et en Amérique se terminent par un commentaire philosophique humoristique disant que les femmes sont décidément plus coriaces que les hommes et qu'elles sont capables de revenir de tout, même de l'enfer!

Cecil Sharp célèbre folkloriste britannique et véritable cheville ouvrière du renouveau de la musique folk du début du 20eme siècle, s'est intéressé  de très près à cette chanson.
Voici une Photo de Cecil sharp dont on reparlera souvent lors de ce voyage dans les racines de la musique populaire Américaine
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Il était persuadé qu'il existait des versions où le refrain était sifflé. Ces recherches ont longtemps été vaines. En effet une légende très répandue affirmait que siffler à l'intérieur d'une maison appelait directement le diable. Dans une société traditionnelle fortement attachée aux croyances et aux rites il était donc très peu probable qu'un musicien est poussée le vice jusqu'à inclure un sifflement dans une chanson parlant du diable. Les recherches de Sharp ont pourtant finit par aboutir. Pour cela il dû traverser l'Atlantique jusqu'au comté de Knott où il rencontra Una et Sabrina Ritchie (cousine et soeur de la célèbre Jean Ritchie) qui l'ont chanté et sifflé pour lui. elles l'ont appris du père de Sabrina, Jason Ritchie qui la chantait régulièrement lors des fêtes de village.
Voici la version diabolique chantée quelques années plus tard par Jean Ritchie elle même


Ne la sifflez pas à la maison au risque de voir apparaitre dans votre salon le démon en personne!

Une variante amusante de cette chanson a été répertorié par le collecteur James Madison Carpenter au début des années 20. . La chose amusante à propos de cette variante est qu'il ne s'agit plus seulement d’une vieille ballade traditionnelle, mais aussi d' une chanson maritime

Alors que je marchais un matin de printemps
Je me suis retrouvé à côté d'une vieille auberge de campagne
je me suis assis et j'ai commandé un Gin
Un voyageur de commerce vint bientôt me rejoindre
Nous avons parlé de la météo , de choses et d'autres
et puis il me dit "J'ai une histoire que j'ai entendue en chemin"
Elle vient d'un vieux tailleur de Londres
Le diable en personne est venu le voir
Dit-il, mon bon ami, j'ai fait un long chemin
et je veux en être récompenser
Ce n'est pas toi, ni ta fille ni ton fils que je désire.
C'est ta sale vieille femme; C'est une vieille ivrogne
Alors le diable, l'emballa dans son sac
et l' a pris sur son dos
Il y avait trois petits diablotins quiattendaient devant la porte de l'enfer
Elle a retiré une pantoufle et leur a mis une pâtée !
Il y avait trois petits démons tous enchaînés
Elle en pris un pour éclater la cervelle des autres
Ces trois petits démons ont hurlé:
« père, Jette la vieille sorcière, ou elle nous assassinera tous!»

Elle n'est pas digne du paradis, elle ne peut pas vivre en enfer,
dit le diable, Londres est le seul endroit où elle peut vivre
Alors le diable la remit dans son sac
et la ramena au tailleur
Les femmes sont plus coriaces que les hommes,
elles reviennent de tout, même de l'enfer!


Cette chanson a été longtemps chanté par les marins anglais sur la mélodie d'une autre ballade ancestrale se nommant «Blow the Man Down».
Voici une photo rare puisqu'elle a été prise par James Madison Carpenter lui même et qu'il pourrait bien s'agir des marins qui lui ont appris la chanson
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Dans un autre registre cette ballade a été la source d’une histoire pour enfant éditée en 1972 aux Etats Unis sous le nom :the Devil is Afraid of a Shrew

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Elle raconte une histoire à peine adaptée. Une femme méchante et acariâtre avec son mari tombe un jour dans un trou qui débouche directement en enfer. Quelques semaines plus tard le diable lui même abandonne les lieux à la femme dont il ne supportait plus les cris et depuis il ère à la recherche d’un nouvel endroit pour se cacher.


Au delà de cette chanson le diable est un personnage récurent dans les Ballades. Citons par exemple The Devil’s Nine Questions, Tom Devil ou Tying Knots in the Devil’s Tail. Chacune de ses chansons mériterait un développement particulier et elles ne sont que le sommet de l’iceberg ! La raison de la présence récurrente du démon est à chercher à la source même de l’Amérique. Le mythe de satan est, en effet, indissociable de l’histoire de ce nouveau continent ! Jean Gilet a produit un travail remarquable sur le sujet dans son article « l’Amérique démoniaque ». Il est partie d’une carte de l’Amérique de 1698. Cette carte est illustrée de différents dessins qui représentent les aspects qui ont le plus interloqué les colons Espagnols, Français ou Britannique. Outre les beaux paysages et les animaux fantastiques on trouve également sur cette carte une scène montrant une Amérique obscure et sanguinaire puisqu’elle représente l’adoration de la divinité Aztèque qu’on appelait Vitzliputzli. Vitzliputzli.étant le Dieu de la guerre Aztèque à qui ces derniers offraient des sacrifices humains.
[url=http://sugarmountain.forum-box.com/image/114/2/d/1/71czzo5tqul._ss500_-2--5817d55.jpg.htm]Image


Un rapide coup d’œil sur la statut de Vitzliputzli, nous dit Jean Gilet, suffit à constater qu’elle ressemble beaucoup au diable chrétien., Les cornes, les ailes maléfiques.... Pour les colons Espagnols, qui ont été les premiers à rencontrer cette civilisation, il n’y avait guerre de doute sur le fait que ces peuples étaient des adorateurs de Satan ! Ce point de vue fut naturellement développé par les espagnols car ils leur a permis de justifier l’éradication de cette culture à la force du canon.

Très vite la réputation satanique de ce nouveau continent s’est répandu dans toute l’Europe ! On en retrouve des traces dans de nombreux ouvrages du 16eme siècle, y compris en France. Jean Gilet cite par exemple le père Crespet,  prieur du convent des Célestins de Paris, qui écrivit deux livres sur la haine de satan dans lesquels il dénonçait ces civilisations barbares qui sacrifiaient au diable chaque année des milliers d’individus, y compris des enfants !
Cette réputation, bien entendu, largement exagérée, perdura jusqu’à la fin du 18eme siècle. Anthonio de Solis, par exemple, dans son livre « l’histoire de la conquête du Mexique » (qui fut à l’époque un véritable best seller) alla jusqu’à affirmer que c’est le démon lui même qui organisait la résistance contre l’arrivée des chrétiens sur le nouveau continent, et cela dans le seul but de pouvoir continuer à se gorger du sang des enfants innocents. Il n’hésitera pas à témoigner des prodiges maléfiques qu’accomplissait le démon de ces terres lointaines. Il parlera dans son livre de comètes envoyées sur les troupes espagnoles par satan, de tempêtes démoniaque, d’oiseaux gigantesques qui attaquaient les chrétiens venu sauver ce continent des griffes de satan !

L’Amérique rappelle ainsi aux peuples Européens leurs origines païennes, un monde presque oublié remplit de sorcellerie et de maléfices.

Si le peuple a accordé tant de crédit à de tels récits c’est aussi dû au fait, nous dit jean Gilet, que les cartes chrétiennes ont longtemps ignorées ce nouveau monde. Cette apparition avait pour beaucoup d’Européen quelque chose de mystique et donc de suspect ! Comment faire confiance à des peuples et à un espace qui n’est mentionné nulle part dans la bible ? Les indigènes deviennent donc bientôt des âmes à délivrer des griffes du mal, un parfait motif de conquête ! Au début du 18eme siècle cette mystique atteint son apogée et dans plusieurs livres le démon apparaît carrément comme le créateur de l’Amérique ! Peu à peu ce continent représentent pour les Européens,coupés des colons, le Pandemonium, la capitale des enfers. Les philosophes des lumières se sont bien sûr moqués de ces divagations à caractère religieux et regrettaient qu’une grande partie de la population suivent aveuglement les affirmations d’auteurs fanatisés. Voltaire c’est par exemple engagé dans la lutte contre les jésuites et leur vision de l’Amérique. Dans son livre « essai sur les mœurs » il rappelle que les exactions des espagnols envers les indigènes étaient au moins aussi sanguinaire que les traditions condamnables des insulaires. Jean Gilet nous dit aussi que, cependant, Voltaire n’ira pas jusqu’à chasser le diable des âmes indigènes. Il restait pour lui un trouble dans le cœur de ces hommes, quelque chose de profondément incompréhensible à un homme amoureux des sciences et de la raison.

Avec le siècles des lumières le sentiment envers ce continent devint cependant plus ambivalent. Jean Gilet nous raconte que lorsque la noblesse Française du 18eme siècle parle des indigènes d’Amérique ils les présentent successivement comme de beaux sauvages qui connaissent le vraie sens de la vie et d’ignobles cannibales dont le cœur est inspiré par le souffle du mal. De grands écrivains ont continué à s’inscrire dans la tradition de l’Amérique démoniaque. Citons par exemple Chateaubriand dans les natchez qui alterne lui aussi entre une vision idéalisée des peuplades indigènes et des jugements définitifs sur leurs pratiques qu’il considère comme, évidemment, satanique. Jean Gilet conclu en nous disant que ce regard ambivalent sur l’Amérique du 18eme siècle, par les Francais, parle évidemment d’abord d’eux mêmes. Chateaubriand comme d’autres évoquent en sous texte et sans doute de manière inconsciente, les mystères et les propres démons qui survolent le destin de la France qui est sur le point de basculer dans la révolution.

Quoi qu’il en soit cette vision mythique et profondément démoniaque des Amériques a bien entendu fortement influencé les premiers colons dans leur choix du répertoire qu’ils ont emmené de leur pays. Pour les premiers américains le diable n’est pas un mythe, c’est un être réel de chair et de sang ! Cette obsession de satan a atteint son apogée, en Amérique, avec le procès de Salem à la fin du 17eme siècle.
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En 1692, à Salem Village, aujourd'hui Danvers  quelques jeunes filles, accusent certains concitoyens de les avoir envoûtées et d'être des sorciers ou des magiciens, alliés de Satan. La communauté, assiégée par les Amérindiens auxquels ils prêtent des pratiques satanique donne crédit aux accusations et condamne les personnes mises en cause à avouer les faits de sorcellerie  et à être pendue !De nombreux historiens estiment que ce procès a eu une influence profonde et durable sur l'histoire des États-Unis. Ainsi, l'historien George Lincoln Burr écrivit : « la sorcellerie de Salem a été le roc sur lequel la théocratie s'est brisée ».

Malgré tout l ‘Amérique reste, de nos jours encore, le pays de Satan et régulièrement l’obsession du démon remonte de l’inconscient collectif. Ainsi au début des années 90 s’est développé, aux Etats Unis un fort courant millénariste auquel le monde diplomatique consacra un long reportage.. Je cite : « L’idée se répandit , dans des milieux marginaux, que les Etats-Unis devaient être le lieu d’élection de l’Apocalypse. certains s’y sont préparé en pratiquant le « mal » Un fait divers effroyable a particulièrement bouleversé, en avril 1989, les Américains : la macabre découverte à la frontière entre Brownsville (Texas) et Matamoros, au Mexique, de treize cadavres dépecés et mutilés dans un terrain jouxtant une cabane en planches, au Rancho Santa Helena. A l’intérieur de la cabane, une trouvaille tout aussi terrifiante : la nganga, chaudron du diable où surnage une mixture de cervelle et de sang humains mélangés à une tête de chèvre et à des bâtons de drogue, le tout exhalant une odeur nauséabonde. « C’était notre religion », a expliqué un membre du gang de meurtriers sataniques arrêté par la police.  L’affaire de Matamoros était un cauchemar américain qui explosait brutalement à la face du grand public. Mais ce n’était pas une surprise : « Tous les suspects, mexicains ou américains, que nous arrêtons à la frontière portent sur eux une trousse de magie noire, comme d’autres leur permis de conduire », déclara à l’époque un agent de la brigade des stupéfiants du Texas. Les Etats-Unis en ce début des années 90 étaient en proie à l’obsession du satanisme. Dans presque tous les Etats, on parlait d’enlèvements, de viols et de sacrifices rituels d’enfants et d’animaux domestiques. On chuchotait — comme on l’a entendu en Louisiane — que des bébés était mis au monde spécialement pour être sacrifiés par leurs parents, lesquels ne déclarent pas la naissance.
A la même époque Margaret Michaels, nurse dans une garderie de l’Oregon, fut inculpée de deux cent trente-cinq chefs d’accusation concernant des violences sur des moins de six ans. Interrogés, les gamins parlèrent aussi de cadavres d’adultes enfouis dans des marécages et de libations de buveurs de sang.
A San-Francisco, un clochard fut victime d’un sadomasochiste ; son cadavre porta la trace du signe de Lucifer, le pentaèdre inversé. A Long-Island, un garçon de dix-sept ans fut torturé quatre heures d’affilée, lardé de coups de poignard, les yeux arrachés par ses condisciples, membres d’une secte satanique….
Devant ce phénomène on organisa en catastrophe des séminaires sur les crimes sataniques à l’usage des animateurs sociaux, éducateurs, personnels médicaux ou policiers. Les séminaires sur le satanisme devinrent alors quasi obligatoires pour obtenir une promotion.  « 
Un nouveau business était née !

Un business qui ne s’est jamais vraiment arrêté, à tel point que le Satanic Temple est , depuis 2019, reconnu comme une Eglise légitime des Etats Unis d’Amérique
Voici son église officelle
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"Satan est là pour longtemps !" s’est félicité le grand guide du temple.
Dieu sait qu’il a raison..

Sources

https://www.persee.fr/doc/abpo_0399-082 ... _84_3_2908
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sorci%C3%A8res_de_Salem
https://www.monde-diplomatique.fr/1991/ ... NDER/43263
https://blogs.loc.gov/folklife/2020/10/ ... halloween/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pa%C3%B1chatantra

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Re: Sur le chemin de l'Anthologie de la musique folk Américaine

Message par vox populi » jeu. 11 févr. 2021 19:06

Interlude 1 : Les séances de Bristol


Je vous propose un interlude dans la découverte de l'anthologie.
Ces interludes ont pour objectif de nous permettre de mieux comprendre le contexte dans lequel s'inscrivent tous les enregistrements que nous sommes en train de découvrir (car je les découvre presque en même temps que vous ).
Pour ce premier interlude je souhaiterais m'attarder sur les sessions de Bristol en 1927.
En 1927 les maisons de disques Américaines sont devant un défi sans précédent. Jusqu'alors leur principale cible était la classe moyenne urbaine. Mais au milieu des années 20 ce public se tourne vers une nouvelle technologie, la radio! Les ventes de disques chutent rapidement et les compagnies cherchent alors de nouveaux clients.
L'idée est de développer le marchés "des gens de la campagne". Pour se faire il faut enregistrer la musique qui intéresse ce public : Le blues (pour le public noir) et la country (pour la musique blanche).
Ils envoient alors des équipes dans le sud du pays (où cette musique était pour des raisons d'isolement géographique plus préservée qu'ailleurs) et diffusent des publicités pour inviter les musiciens à venir auditionner. Ceux cies font parfois plus de 1000 km pour venir tenter leur chance!


Les bristol sessions ne représentent pourtant pas les premiers enregistrements country.

Vernon Dalhart , en 1922, enregistra le titre Wreck of the Old 97 qui se vendit à plus d'un million d'exemplaires. D'autres encore comme Ernest Stoneman de Galax, Virginie , ou Henry Whitter avaient enregistré des disques mais tous devaient se rendre dans les studios new-yorkais des grands labels. L'évolution des techniques d'enregistrement à partir de 1925 permis aux disques d'avoir à nouveau un meilleur son que la radio et de justifier le développement de systèmes d'enregistrements portatifs.

C’est dans ce contexte que la plus grande compagnie de l'époque, Victor, engage Ralph Peer dans le but de sillonner les contrées isolées du sud pour trouver de nouveaux talents.
Ralph Peer, en 1927, n'est plus un débutant. C'est lui qui a produit la chanson de Mamie Smith Crazy Blues, qui si elle n'est pas le premier blues enregistré de l'histoire de la musique, ni même le premier enregistrement de mamie smith, reste cependant le premier grand tube de l'histoire du blues . Ralph Peer a également enregistré le violoniste Fiddlin john carson qui fut le premier artiste country originaire du Sud des États-Unis à enregistrer un disque, à l'âge de 55 ans! C'est également Ralph Peer qui est à la racine même du nom Hillbilly music . lorsqu'il enregistre l’orchestre à cordes du violoniste Al Hopkins; il lui demande quel est le style de cette musique et Hopkins lui répond « We’re just a bunch of hillbillies from North Carolina and Virginia. Call it anything you want » (Nous sommes juste une bande de Hillbillies de la Caroline du Nord et de Virginie. Appelez ça comme vous voulez). Peer a donc déjà, en 1927, la réputation d'avoir l'intuition pour détecter les artistes les plus prometteurs. Il dira d'ailleurs lui même, lorsqu'il fera le bilan de sa carrière, qu'il avait ce sixième sens qui lui permettait de savoir "où la foudre allait tomber".

Entre le 25 juillet et le 5 août 1927, Peer organise des sessions d'enregistrement au troisième étage de la Taylor-Christian Hat and Glove Company sur State Street à Bristol.
Durant la première semaine il enregistre des artistes de talents mais aucun n'a, selon Peer, le potentiel pour devenir une vraie "Star".
Afin de remplir la deuxième semaine d'audition, Peer passe une nouvelle annonce dans la presse qui met en valeur le succès des quelques artistes locaux qui ont déjà fait "fortune" grâce à leurs enregistrements.
Les séances se remplissent alors très rapidement. Peer est même obligé de rajouter des sessions pour mettre sur bande toutes les musiques enregistrées par des artistes dont la plupart n'avaient jamais mis les pieds à Bristol avant!
76 chansons sont enregistrées par 19 musiciens différents.

Deux noms vont changer l'histoire de la country music à tout jamais.

Jimmie Rodgers en 1927, bénéficie déjà d'une popularité locale avec son groupe "les ramblers".
Ensemble ils empruntent une auto pour venir auditionner. En se présentant en groupe, les musiciens pensent impressionner davantage M. Peer. Cependant, la veille de leur audition, une dispute au sujet de la position de leader éclate entre Jimmie et d'autres membres des Ramblers. Malgré tout, Jimmie reste motivé et décide de chanter seul avec sa guitare. Il enregistre deux chansons ce jour-là : Sleep, Baby, Sleep et The Soldier’s Sweetheart.





Le disque sort en octobre 1927 mais ne connaît pas un grand succès. Ralph Peer décide cependant de lui laisser une nouvelle chance et enregistre (cette fois ci à new york) de nouvelles chansons incluant T for Texas. Ce morceau eut un énorme succès.
Le monde découvre alors l’originalité de sa voix, combinée à son habileté à jouer de la guitare, ainsi que son yodle étrange et spécifique, devenu sa marque de fabrique. A partir de 1928 Jimmie rodgers est une star dont les disques se vendent partout dans le monde! Malheureusement Jimmie est de santé Fragile puisqu'on lui diagnostique à l'âge de 20 ans la tuberculose.
Au début des années 30 sa santé se détériore rapidement.
Le 17 mai 1933, Jimmie prévoit une session d’enregistrement avec Peer. Durant cette session il tombe malade et doit commander un lit de camp dans le studio. Après quelques jours de repos dans un hôtel proche du studio il revient et enregistre quelques chansons supplémentaires, incluant « Mississippi Delta Blues ». Comprenant alors que sa santé est de plus en plus précaire il demande à enregistrer le dernier titre seul avec sa guitare, comme au début de sa carrière...La chanson « Years Ago »sera son testament. Le 26 mai 1933, James Charles Rodgers meurt à 35 ans d’une hémorragie au poumon. Il laisse derrière lui une œuvre qui traversera les âges. Son répertoire sera repris par presque tous les chanteurs américains. Le dernier tribute album en date regroupe des chanteurs de la trempe de Bono, Dylan, jerry Garcia ou Willie Nelson.

La seconde grande découverte des séances de bristol est un groupe du nom de "carter family".
La Carter Family est originaire de la partie la plus pauvre des appalaches. Au départ il est formé d'Alvin Pleasant carter et de sa femme Sara. Peu après, Maybelle, leur cousine commence à jouer avec eux et le duo devient un trio. Apprenant qu’un producteur, Ralph Peer, cherche de nouveaux groupes de musique, les Carter se rendent en 1927 à Bristol. pour passer une audition devant lui. Ils réussissent leur audition et enregistrent 6 morceaux pour la compagnie Victor Talking Machine, le tout premier étant Bury Me Under the Weeping Willow.


Les enregistrements de Bristol remportent un tel succès que Ralph Peer propose aux Carter d'aller à Camden dans le New Jersey pour une deuxième séance d’enregistrement. C’est là qu'ils enregistrent bon nombre de leurs succès. De nombreux autres suivront, avec des titres qui marquent l'histoire de la musique américaine : The Storms Are on the Ocean (1927), Keep on the Sunny Side (1928), Wildwood Flower (1928), Wabash Cannonball (1929), ou encore Can the Circle Be Unbroken qui sont entrés au Grammy Hall of Fame en 1998. La Carter Family enregistre plus de 300 chansons pour le label victor



Leur succès commercial s'accompagne malheureusement d'un déclin amoureux et Alvin et sara finissent par divorcer. Le groupe continuent encore quelques temps, mais le coeur n'y est plus et la Carter family finit par se séparer en 1943.
La Carter Family est considérée comme un des piliers de la musique country moderne.
Il reste célèbre pour ses arrangements de chansons folk traditionnelles, souvent glanées par A.P. lui-même lors de pérégrinations dans les Appalaches. Outre les harmonies vocales le groupe a également marqué le genre par le jeu de guitare très particulier de Maybelle Carter. Ce style de jeu est devenu un des styles country les plus connus, on lui donnera le nom de « Carter Lick » . Il s'agit de jouer la mélodie au pouce sur les cordes basses, pendant que les doigts assurent la rythmique sur les cordes plus aigües.

En quelques jours les bristol sessions ont donc permis de changer à tout jamais l'histoire de la country, au point que de nombreux spécialistes considèrent, aujourd’hui encore, ces sessions comme étant le big bang de la country music.


Sources
https://en.wikipedia.org/wiki/Bristol_sessions
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jimmie_Rodgers
https://fr.wikipedia.org/wiki/Carter_Family

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Re: Sur le chemin de l'Anthologie de la musique folk Américaine

Message par vox populi » jeu. 18 févr. 2021 05:44

Chapitre 6 : Buell Kazee - The Butcher's Boy


Set One: Ballads; Disc One; Track Six: "The Butcher's Boy (The Railroad Boy)" performed by Buell Kazee. "Vocal solo with 5-string banjo." Recorded in New York on January 16, 1928. Original issue Brunswick 213A (032).


Avec The Butcher's Boy nous quittons, pour la première fois l’univers des child ballad, puisque cette chanson est d’origine Américaine bien qu’elle soit dérivée de ballades anglaises traditionnelles. La chanson "Sheffield Park » traite, par exemple, d’une histoire très proche au point que l’on pourrait considérer sans peine que The Butcher’s boy en est une variante.
Cette chanson raconte l’histoire tragique d'une fille qui tombe amoureuse d'un jeune boucher. Lorsqu’elle apprend que le jeune homme la trompe elle se pend dans sa chambre. Elle laisse une lettre à ses parents demandant à ce qu’on l’enterre avec une tourterelle posée sur la poitrine afin que tout le monde sache qu’elle est morte d’amour. Dans certaines versions la femme est quittée parce qu’elle est enceinte, dans d’autres le garçon la quitte pour une femme plus riche. Dans la plupart des versions l’action se déroule à Londres mais il arrive aussi parfois que l’histoire prenne racine dans les rues de Jersey aux Etats Unis. Les chercheurs pensent d’ailleurs , aujourd’hui, que le mot jersey faisait d’avantage allusion au maillot britannique qu’à la ville Américaine. Quoi qu’il en soit il existe au moins 275 variantes recensées par le site round ( la plus grande base de donnés des musiques folklorique dans le monde). Il s’agit donc d’une des ballades Américaine les plus populaires. aujourd’hui encore des artistes comme Elvis costello la joue régulièrement lors de ses concerts . Sinead O'Connor en a également enregistré une très belle version en 1997 pour le film éponyme.

Ce succès est dû, en partie, au fait que the butscher boy est une Broadside Ballad. Il s’agissait de chansons populaires imprimées sur de grande feuilles de papier et qui étaient vendues pour presque rien dans la rue par des vendeurs ambulants

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Du fait de leur faible coût ces ballades se sont invitées, jusqu’au début du 20 eme siècle dans presque tous les foyers Anglais et plus tard Américains. . Les premières Broadsides ballads ne comportaient, par contre, pas de notation musicale. Il était simplement indiqué qu’on pouvait chanter la chanson sur un autre air populaire. Ce mode de fonctionnement explique qu’il existe un nombre incroyable de variations mélodiques selon les régions et les villes où la ballade a été chantée.

l’une des versions les plus célèbres reste celle enregistrée, en janvier 1928, par Buell Kazee pour le label Brunswick Records qui sera plus tard racheté par Decca avant de redevenir indépendant en 1970.
Buell Kazee est très certainement un des musiciens country les plus influents des années 20.

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Né à Burton's Fork, Kentucky en 1900 Buell Kazee n’avait rien d’un Hillbilly. Il étudia le latin et le grec dans à l'Université de Georgetow et a également eu une éducation musicale formelle qui lui permit de développer une technique au banjo beaucoup plus fine et maîtrisée que la plupart de ses confrères musiciens. Brunswick Records lui proposa, en 1927, de monter à New York pour enregistrer des disques. Il mettra finalement 58 chansons sur bande entre 1927 et 1930 dont cette version de the butcher boy et  beaucoup d’autres succès tels que «Grey Lady», «The Sporting Bachelors» .  . Comme presque tous les artistes folk Buell Kazee trouva de moins en moins de contrats lors de la grande dépression des années 30. Il essayera de rester dans le métier en signant sur un autre label (la maison de disque vocation), en vain. Il quitte alors le métier et devient pendant 20 ans le pasteur de la ville de Morehead !
La parution de l’anthologie de Harry Smith et le regain d’intérêt de la jeunesse pour la musique folk, à la fin des années 50, le remet sur le devant de la scène. Il joue plusieurs fois au Newport Folk Festival  et écrit 3 livres qui se vendront très bien. A presque 60 ans il entame alors une deuxième carrière jusqu’à son décès  le 31 août 1976 à l'âge de 76 ans.

Lorsqu’on lis les paroles de la version de the butcher boy interprété par Kazee il y a un détail qui interpelle. Le titre de la chanson parle d’un jeune boucher..or dans la version de Kazee ce boucher n’apparaît jamais ! Il est remplacé par un ouvrier des chemins de fer !

That railroad boy I love so well
He courted me my life away
And now at home he will not stay"

Kazee en donnera les raisons bien plus tard, en 1958, lorsqu’il reprendra cette chanson sur un enregistrement pour folkways, il dira en introduction :

"The Butcher's Boy" est bien sûr le titre original de la chanson  Mais  dans le kentucky, dont je viens, on l’appelle the railroad boy en souvenir de l époque des chemins de fer, lorsque ceux cies ont commencé à remonter dans nos vallées . Il y a avait pour nous un aspect très romantique dans ces rails. Beaucoup d’entre nous se sont mis à chanter des chansons à propos de ces trains. Nous avons souvent remplacé, dans the butcher boy, Londres par une ville de chez nous qui se nomme Lebanon mais que tout le monde appelle « liban », en raison du grand nombre de cèdres que l’on trouve dans la région.Il se trouve que Liban est un carrefour ferroviaire, l’endroit où plusieurs lignes se rejoignent. Cela m’a beaucoup marqué et j’ai toujours chanté cette chanson ainsi. Quand je suis arrivé à New York, je savais que nous allions enregistrer "The Butcher's Boy" et je voulais parler du boucher car c’est ainsi que tout le monde connaissait cette chanson..Mais malgré moi, à chaque fois que j’arrivais au couplet je chantais « railroad boy » au lieu de Butcher boy..De guerre lasse la maison de disque a finit par laisser cette erreur."


Cette anecdote illustre à merveille le rapport presque fusionnel qui existe entre une partie de l’Amérique et le train. Phillipe Corbet en parle magnifiquement dans son podcast « les lettres d’Amérique ». Il nous dit que les gares sont des lieux mythiques pour les américains, à tel point qu’il n’est pas rare de voir des jeunes hommes demander leur fiancé en mariage dans la magnifique gare « Grand central » de New York.

Pour comprendre ce phénomène il faut remonter jusqu’au 19eme siècle et revenir au rôle central qu’a joué le train dans la conquête de l’ouest.
Nous sommes en 1863. L’Amérique est déchirée par la guerre de sécession et les conflits de plus en plus récurrents avec les amérindiens qui voient leurs espaces de vie fondre comme neige au soleil depuis le décret du 20 mai 1962 qui promet 62Ha de terre à toute famille (non indienne) qui s’engage à cultiver son sol pendant 5 ans. Ce décret va provoquer une incroyable vague de migration vers l’ouest. Il s’agit là d’un mouvement de population encore plus important que celui qui s’est produit en 1848 lorsqu’un ébéniste a trouvé quelques pépites d’or dans une rivière de Californie.  L’accroissement démographique nécessite de nouvelles infrastructures pour ramener le produit des terres cultivés de l’ouest vers l’est mais aussi pour permettre le transport du courrier et de la population. En 1863 il faut en effet environ 6 mois, en diligence, pour joindre les deux bouts du territoire !

En 1863, le président Abraham Lincoln décide donc la construction d’une voie ferroviaire transcontinentale, reliant la côte Pacifique à celle de l’Atlantique. Le projet est nommé Pacific Railroad Act.
Antoine Bourguilleau a publié un article synthétique de très belle qualité pour le site « Géo ».
je cite :
"Deux compagnies se constituent : l’Union Pacific, qui partira vers l’ouest depuis Omaha, au Nebraska, et la Central Pacific, qui partira de Sacramento, en Californie. Cette dernière, qui franchira la Sierra Nevada puis le Grand Bassin, doit poser un millier de kilomètres de rails. L’Union Pacific, qui traversera beaucoup de plaines, doit construire les 2 000 kilomètres restants.
Les travaux de construction ne débutent qu’en 1865, à la fin de la guerre de SécessionL’Etat fédéral se montre généreux avec les deux compagnies privées, leur octroyant 16 000 dollars par mile construit dans les plaines, 24 000 dans le Grand Bassin et 48 000 dans les Rocheuses et la Sierra Nevada. Il cède aussi aux compagnies des terres situées le long de la voie, que ces dernières peuvent exploiter ou revendre à des prix élevés.
Cependant les travaux n’avancent guère. L’État change alors les règles et décide chaque compagnie peut aller aussi loin qu’elle le peut. Plus vous posez de rails, plus vous gagner d’argent !
S’engage alors une course folle ! Lorsque les traveaux sont interrompus par l’hiver de grandes villes sortent de terres en quelques jours avec ses saloons, ses hôtels. Le printemps revenu, la ville devient fantôme lorsque les ouvriers ainsi que le personnel des tripots et des bordels, qui suit le convoi reprennent leur route folle ! Il faut imaginer le travail harassant que représentait un tel projet !
Pour l’union pacific qui allait de l’ouest vers l’est L’avancée dans les plaines est difficile. Il faut trouver du bois et le couper pour faire des traverses, tandis que les rails sont acheminés sur le devant de la voie. Sitôt une section de rails posée, le train des ouvriers l’emprunte. Et ces ouvriers, il faut les nourrir. La compagnie s’alloue les services de plusieurs chasseurs de bisons, dont le célèbre William Cody, plus connu sous le nom de Buffalo Bill. Il faut aussi affronter les indiens et donc faire appel à l’armée pour protéger le convoit. Le travail est tellement harassant et dangereux que l’Union pacific fait essentiellement appel à des immigrés iralandais réputés pour leur dureté à la tâche.
A l’autre bout la situation n’est guère plus enviable.

Sur le chantier de la Central Pacific, les Chinois, recrutés en masse, sont près de 12 000 à travailler.  Pour franchir la Sierra Nevada, il faut bâtir des ponts, creuser des tunnels, au pic ou à l’explosif. Parfois, on n’avance que de 30 centimètres par jour ! Presque 10 % des ouvriers vont mourir de fatigue ou sous les éboulements provoqués par les explosifs !
Les conditions sont extrêmes. Il faut non seulement passer des montagnes mais également le désert du Sierra Nevada ! Malgré la faim, et les conditions extrèmes le chantier avance.
Fin 1868, les deux lignes sont sur le point de se rencontrer mais les compagnies, pour des raisons financières, font tout pour retarder le moment de la jonction. Elles poursuivent leur tracé en parallèle sur 300 kilomètres !e président Ulysses S. Grant finit par être mis au courant. Il siffle aussitôt la fin de la récréation. Le 8 mai 1869, à Promontory Summit, les lignes se rejoignent ! "


Bien plus qu’un projet ferroviaire le transatlantique est devenu le symbole d’un pays réunifié après la guerre de sécession. On dira, lors de l’inauguration le 10 mai 1869 (deux jours après la jonction) « Que Dieu poursuive l’unité de ce pays comme les rails qui relient l’océan pacifique et l’océan atlantique ! »

Ce projet changera profondément l’Amérique. Il installera un véritable sentiment d’union nationale et changera complètement la structure du pays. Les villes qui avaient misé sur le rail vont très vite devenir d’énormes mégapoles. Chicago par exemple, qui n’était qu’un village au milieu du 19eme siècle va devenir la troisième plus grande ville du pays et dépasser en taille et importance économique la ville de Saint Louis qui était jusqu’alors considéré comme la porte d’entrée vers l’Ouest. Saint Louis avait, en effet, choisi de ne pas investir dans le rail pour préserver l’économie fluviale de la ville.

Très vite la musique s’est accaparé ce mythe car il s’est avéré être un facteur primordial d’ émancipation, non seulement pour les musiciens qui pouvaient voyager dans tout le pays grâce au train, mais aussi pour les travailleurs des champs de cotons et des mines qui attendaient que le train amène avec lui les musiciens itinérants qui étaient bien souvent un des rares moment de plaisir dans une vie difficile.

C’est Jimmie Rodgers  fils d’aiguilleur, qui aborda le premier le thème du train. Il enregistra des titres comme Waiting for a train, Train Whistle Blues, … La légende du train est également profondément associé au mythe du hobo dont Woody Guthrie, fera un personnage mythique. Les œuvres musicales rendant hommage aux trains sont légions. Duke Ellington, et son big band, ne perdait jamais une occasion de proclamer son amour du train, Louis Jordan enregistra Choo Choo Ch’Boogie. Cette chanson est aujourd’hui considéré comme un des premiers rythm and blues. Le bluesman Little Junior Parker écrira mystery train qui sera reprise par Elvis.
Certains styles musicaux sont même des hommages directs aux trains !
Le boogie-woogie, est un dérivé du terme ferroviaire bogie.
Il est impossible de donner la liste de tous les titres ayant un lien avec le chemin de fer. 
Ma chanson préférée reste cependant city of new orleans ici magnifiquement interprété par Arlo Guthrie

Cette chanson est entièrement dédié au train de la nouvelle Orléans. Sa mélodie vous rappellera immanquablement quelque chose n’est ce pas ?
Aujourd’hui encore de nombreuses villes des Etats Unis sont marquées par la traversée des trains qui font souvent plusieurs kilomètres de long ! D’un bout de l’horizon à l’autre vous n’en voyez pas le bout !
Jugez par vous même


Ces trains transportent essentiellement des containers chinois.
Comme le dit Philippe corbet dans ses lettres d’Amérique c’est le déficit commercial Américain avec la chine que vous voyez passer de longues minutes sous vos yeux !
Il s’agit là d’un des clins d’oeil dont l’histoire a le secret, puisque 150 ans après avoir construit les chemins de fers Américains les chinois les utilise pour à leur tour partir à la conquête de l’ouest !

Sources
https://www.irishmusicdaily.com/butcher-boy
https://www.nj.com/hudson/2021/01/what- ... -city.html
http://theanthologyofamericanfolkmusic. ... kazee.html
https://www.geo.fr/histoire/le-transcon ... que-193732
https://www.books.fr/lamerique-et-les-c ... r-oubliee/
https://argentanwebferro.fr/train-et-blues/

vox populi
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Re: Sur le chemin de l'Anthologie de la musique folk Américaine

Message par vox populi » ven. 26 févr. 2021 06:53

Chapitre 7 : "The Wagoner's Lad (Loving Nancy) interprété par Buell Kazee


Set One: Ballads; Disc One; Track Seven: "The Wagoner's Lad (Loving Nancy)" performed by Buell Kazee. "Vocal solo with 5-string banjo." Recorded in New York on January 18, 1928. Original issue Brunswick 213B (064).


Paroles de la chanson

The heart is the fortune of all womankind.
They're always controlled, they're always confined.
Controlled by their parents until they are wives,
Then slaves to their husbands the rest of their lives.

I've been a poor girl, my fortune is sad.
I've always been courted by the wagoner's lad.
He courted me daily, by night and by day,
And now he is loaded and going away.

"Your parents don't like me because I am poor.
They say I'm not worthy of entering your door.
I work for my living, my money's my own,
And if they don't like me they can leave me alone."

"Your horses are hungry, go feed them some hay.
Come sit down here by me as long as you may."
"My horses ain't hungry, they won't eat your hay.
So fare you well darling, I'll be on the way."

"Your wagon needs greasing, your whip is to mend.
Come here down beside me as long as you can."
"My wagon is greasy, my whip's in my hand.
So fare you well darling, no longer to stand."

Enregistrée deux jours seulement après The Butcher's Boy (The Railroad Boy)" , par Buell Kazee, the wagoners’ lad (loving nancy) sort en face B du même disque en 1928. Selon les notes de smith cette chanson n’est pas une ballade typique, puisqu’elle ne trouverait pas ses sources dans la culture Européenne , ce qui, nous le verrons est discutable. Quoi qu’il en soit The Wagoner’s Lad est très certainement une des chanson les plus importantes du répertoire Américain. Elle raconte l’histoire d’une jeune fille amoureuse d’un travailleur des chemins de fer. Les deux amants ont été séparé par les parents de la fille qui refusèrent de voir leur enfant se marier avec un jeune homme pauvre. La chanson décrit les derniers moments partagées par les deux amoureux avant l’inévitable séparation. The Wagoner’s Lad a été découverte par un collecteur du nom de  Olive Dame Campbel en 1908, dans les Appalaches, et retranscrit dans de nombreux recueils par la suite.
Les origines de cette chanson restent encore très disputées. Un folkloriste du nom de Bruce Olson découvra, il y a quelques années seulement, un poème britannique datant du XVIIIe siècle écrit par un poète du nom de Henry Carey qui commence exactement comme la chanson.
voici l’extrait
Dur est la destin de toutes les femmes,
à jamais soumise, à jamais confiné,
le parent nous contrôle jusqu'à ce que nous devenons des épouses,
et le mari nous asservit le reste de nos vies.
Cette partie est exactement identique aux paroles de la chanson.
Le reste du poème raconte une histoire très proche de celle de wagoner’s lad :

Si nous aimons avec tendresse, nous n'osons pas le révéler,
nous nous languissons secrètement, obligés de nous cacher,
nous refusant toute liberté et tout plaisir,
On nous fait honte si nous sommes gentils, on nous blâme si nous sommes timides.

Malgré notre malheur nous devons être heureuse,
pour l'homme qui a été choisi par nos parents,
Même si nous l’aimons peu
qu’importe qu'il soit laid ou beau.

Ce poème a été imprimé, sans musique en 1737 dans le recueil «The Vocal Miscellany». L’année suivante un autre ouvrage, The Universal Musician, le reprend en indiquant cette fois ci que ce poème a été chanté au Théâtre Royal par une actrice du nom de Miss Raftor. La mélodie, dont nous avons perdu toute trace, a été, quand à elle, composée par un certain M. Gouge ...dont nous ne savons absolument rien !
Une autre origine a été défendu par Alan Lomax qui a rapproché cette chanson d’une autre ballade du nom de « On Top of Old Smoky». Cette chanson folkloriste également écrite dans les Appalaches, sans doute à la fin du 19eme siècle , a été collecté par Cecil Sharp lui même lors d’un de ses voyages dans les montagnes Américaines durant la première guerre mondiale. Elle est devenue une des pierres angulaire de la country américaine. Des artistes aussi célèbre que Bruce Springsteen, bing crosby ou même Abba l’ont intégré à un moment ou un autre dans leur répertoire.
Voici une version de Dave Van Rock, dont j’apprécie tout particulièrement la sobriété

Si la théorie de Lomax reste populaire elle est néanmoins de plus en plus contestée. En effet les chansons n’ont pas le même thème. Dans the wagoner’s lad la fille est victime du choix de ses parents. Alors que The top on old Smoky raconte l’histoire d’une fille abandonnée par un homme et celle cie conseille aux autres femmes de ne jamais se laisser ensorceler par le charme des hommes volages. La mélodie est, elle aussi, très différente. Enfin, on ne retrouve aucun vers en commun d’une chanson à l’autre.
Si les origines restent donc encore partiellement mystérieuse, l’influence qu’à eu the wagonner’s lad sur la culture populaire américaine est quoi qu’il en soit, immense. De nombreuses chansons sont, en effet, des déclinaisons de cette ballade.
Citons, par exemple la chanson I m’ a ramblar , I’m A gambler qui raconte le destin de l’homme qui est partie sur les routes vivre une vie de Hobo pour oublier son amour de jeunesse. Dans la chanson il dira
Je n’ai aimé qu’une seule fois
une fille de 16 ans
mais ses parents eux
ne m’aimèrent pas

Elle est resté la même
et si mon nom à moi
est dans cette histoire
effacez le à tout jamais
car aujourd’hui je ne suis plus qu’un hobo,
je ne suis plus qu’un joueur

Cette chanson a été collecté dans les années 30 par la famille Lomax et enregistrée pour la première fois par alan lomax avant d’être reprise par le jeune bob Dylan au début des années 60.
Comme la chanson house carpenter, the wagoners’ lad a eu un fort impact sur le jeune zimmerman qui la réécrira en 1965 sous le nom de farewell angelina. Bob Dylan a largement repris la mélodie de la chanson originale. Il est également resté fidèle, en filigrane à l’histoire originale, celle d’un Adieu. On peut inclure cette œuvre dans un temps chronologique qui se situe entre the wagoner’s lad qui décrit la dernière nuit des amants et I’m a rambler, i’m a gambler qui parle de la vie de hobo du jeune homme après la séparation. Farewell angelina décrit le moment du départ.

Voici la version de Joan Baez

La chanson connaîtra d’autres déclinaisons célèbres. Je pense par exemple au morceau My Horses Ain’t Hungry enregistré en 1926 par Kelly Harrell.

La mélodie est exactement la même que celle de Dylan et les paroles faisant allusion à un cheval qui n’a plus faim et qui est prêt pour le grand départ ne laissent aucun doute sur le lien de parenté entre My Horses Ain’t Hungry et the wagoner’s lad. En effet une allusion est expressément faite à ces chevaux dans la chanson enregistré par Buell kazee.
« Your horses are hungry, go feed them some hay « 
Cependant, le destin des amants est différents dans les deux oeuvres. Dans the wagoner’s lad la femme se plie à la volonté de ses parents alors que dans My Horses Ain’t Hungry l’amant envisage le départ du couple, à dos de cheval, vers des terres lointaines où, ensemble, ils pourront construire leur maison.
Il est également intéressant de noter que Buell Kazee a nommé la chanson the wagonner’s lad (loving nancy ). très peu de folkloristes se sont penchés sur l’allusion du chanteur à une certaine Nancy.
Quelques recherches m’ont faites découvrir une chanson du nom de loving sandy enregistré par dock boogs dans les années 60 pour le label folkways.

Lorsqu’on s’attache plus précisément aux paroles de la chanson on se rend compte que le thème est exactement le même (un garçon est sur le départ car son amour avec sa fiancée est impossible). D’autres part on retrouve plusieurs allusions au niveau du texte à la chanson the wagoner’s lad . Je pense par exemple au vers "My wagon's well-greased and my whip's in my hand «  qui est présent dans les deux chansons. On retrouve également l’’allusion à la désapprobation parentale, exactement comme dans la chanson d’origine. Il est donc très probable que cette chanson soit la même histoire que the Wagoner’s lad mais chanté du point de vu du garçon.
L’amoureuse selon les versions se nomme parfois Nancy,poly mary ou angelina., mais Dylan lui même dira :
Call me any name you like
I will never deny it
car, si la forme peut changer, le fond est toujours le même. Cette chanson aborde le thème de la condition féminine dans une Amérique qui a hérité du droit patriarcal Anglais avant de plonger dans la guerre d’indépendance et de sécession au même moment que se faisait la conquête d l’Ouest. Dans cet univers très masculin plusieurs femmes se sont pourtant illustrées.

Pendant la guerre d’indépendance américaine Les femmes patriotes boycottaient tout d’abord les marchandises britanniques comme le thé et fabriquaient leurs propres vêtements pour éviter d’en importer. Certaines organisations de femmes, comme la Ladies Association de Philadelphie, collectèrent des fonds pour aider l’armée et beaucoup suivirent les soldats pour soigner les blessés. Certaines d’entre elles se travestissaient même en homme pour se battre à leur côté ! Deborah Samson Gannett ,par exemple, servit pendant 17 mois sous le nom de Robert Shurtliff et fut libérée de son service à West Point, sans que son déguisement n'ait été percé à jour par ses compagnons d'armes et sa hiérarchie. D'autres comme Lydia Darragh ont joué le rôle d'espionne et sont restés célèbres aux Etats Unis pour leur apport à l'effort de guerre. Certaines femmes eurent même un important rôle politique durant cette période. Abigail Adams épouse de John Adams, deuxième président des Etats Unis a énormément influencé son mari. Beaucoup de lettres en témoignent, à tel point que l'on peut affirmer sans peine que le mandat de son mari aurait été complètement différent sans sa femme.

Durant la guerre de sécession, qui frappa les Etats Unis entre 1861 et 1865, on retrouva, encore une fois, de nombreuses femme soldats : Loreta Velazquez par exemple, devenue lieutenant dans l'armée confédéré en portant une fausse moustache et en rembourrant son blouson! Mais la plus célèbre reste sans nul conteste Sarah Emma Edmonds qui servit en tant qu'homme dans l'armée de l'Union et dont les exploits sont décrits dans le livre Nurse, Soldier, and Spy dans lequel elle parle de son incroyable art du déguisement. Ce livre se vendra à 75000 exemplaires et lui permettra d'inscrire son nom au Panthéon des femmes du Michigan.

Si les femmes eurent donc leurs heures de gloire sur les champs de batailles elles eurent, aussi et surtout, une influence capitale sur l’évolution des mentalités aux Etats Unis. L’écrivaine Harriet Beecher Stowe par exemple ! Après avoir rencontré des esclaves fugitifs à Cincinnati, elle écrivit « La Case de l’oncle Tom », livre qui changea l’opinion sur les esclaves et fut une des causes de la guerre civile. Elle devint une célébrité et un écrivain reconnu, bien qu’elle ait commencé sa carrière dans un monde dominé par les hommes. Elle fut reçue en 1862 par le Président Lincoln qui lui dit : « Ainsi vous êtes la petite femme qui a écrit le livre ayant provoqué cette grande guerre ».
Harriet Tubman a, elle aussi, changé l’Amérique. Née esclave  elle réussit à s'enfuir et aida par la suite de nombreux esclaves à s'évader. Devenue une figure de proue du Chemin de fer clandestin (Underground Railroad), ses actions lui valent les surnoms de Moïse noire, Grand-mère Moïse, ou encore Moïse du peuple noir. Son souvenir est toujours honoré aux Etats Unis lors du Harriet Tubman Day. Son portrait aurait d’ailleurs du figurer à partir de 2020 sur les billets de 20 dollars mais le président Donald Trump s’y opposa. Sa mémoire inspira le combat pour les droits civiques, de martin luther king à Rosa Parks.

Impossible de finir ce chapitre sans parler des femmes qui ont participé à la conquête de l’Ouest ! L’émission « ils ont fait l’histoire » diffusé en novembre 2019 a été consacré à ce sujet. « Quand on pense à l’Ouest américain, nous dit Jérôme Prod'homme, on imagine les indiens, les cowboys, la cavalerie qui arrive toujours en retard, les saloons, les attaques de diligences, bref, pas mal de trucs où ce sont les mecs qui interviennent pour le meilleur et pour le pire. Elles ont pourtant été là, les femmes, pendant la conquête de l’ouest. Bien souvent au boulot pendant que leurs bonhommes s’entretuaient. Mais il leur est arrivé de tenir également le devant de la scène. Calamity Jane, par exemple, de son vrai nom Martha Jane

Cannary, née en 1850 dans le Missouri est. Devenue éclaireuse pour l’armée américaine, elle s’habilla en homme et participa aux guerres indiennes en prenant les mêmes risques que les hommes et en développant un art redoutable du tir à la carabine. Devenue célèbre, elle sera le clou du spectacle de l’exposition panaméricaine de Buffalo en 1901 avant de mourir pauvre et alcoolique deux ans plus tard.
Un peu plus jeune que Calamity Jane, Annie Oakley, née Phoebe Ann Moses en 1860 se fit remarquer très jeune au tir. Championne à l’âge de 16 ans, elle affronta le meilleur tireur d’Amérique, Franck Butler. Elle sortie vainqueur du duel....Avant de l’épouser !Buffalo Bill la recruta, avec son mari, pour son Wild West Show, et Sitting Bull lui donna son nom de Scène « la petite femme au tir sûr ».. Il faut dire qu’elle faisait 1m50. Pour vous donner une idée de son talent, à 28 mètres de distance, d’une balle, elle coupait une carte à jouer en deux. Elle réussit même d’une seule balle à enlever les cendres de la cigarette fumée par son mari. Elle sidèra jusqu’à l’empereur allemand Guillaume II en lui faisant le même coup alors qu’il avait une cigarette aux doigts. Devenue l’une des premières actrices de cinéma en 1894, Annie Oackley poursuivit sa carrière jusqu’à sa mort en 1926. Ces femmes cow boys ont montré le chemin à de nombreuses autres, puisque, aujourd’hui, sur près de deux millions de fermes aux Etats Unis, plus de 14 % sont dirigées par des femmes.
Sources
https://www.ouest-france.fr/bretagne/il ... st-5775530
https://www.francebleu.fr/emissions/ils ... t-le-futur
https://www.lci.fr/international/cow-gi ... 25704.html
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sarah_Emma_Edmonds
https://ccffcw.clicforum.com/t2686-LES- ... ESSION.htm
https://fr.wikipedia.org/wiki/Femmes_da ... %A9ricaine
https://weeniecampbell.com/wiki/index.p ... ving_Nancy
https://mainlynorfolk.info/folk/songs/t ... rslad.html
https://mudcat.org/thread.cfm?threadid=117428
https://maxhunter.missouristate.edu/son ... spx?ID=485
https://mudcat.org/thread.cfm?threadid=117428

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