La première fois que j'ai écouté ça...

Venez discuter ici de tout ce qui n'entre pas dans les autres catégories et concerne les années 60 et 70, de sujets divers mais musicaux.

Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar zuma » 10 Nov 2017, 11:59

Sympa ton récit DP, merci pour le partage.
On a petit à petit l'impression de faire partie de la famille :)
Mes gamins (Oui, ce sont encore de grands enfants selon moi) ne sont pas branchés rock. Ils aiment tous la musique mais le rock à petite dose. Quand je leur parle d'un morceau des années 70, ne serait-ce que pour leur faire remarquer que celui qui a l'air à la mode est en fait une reprise, ils m'écoutent en silence pour ne pas me faire de la peine maïs je vois bien que ça ne suscite chez eux qu'une indifférence polie.
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar andy » 10 Nov 2017, 14:29

sympa comme récit , ça m a rappelle ma grosse période hard rock dans les années 80 , madame enceinte a fait quelques concerts avec moi judas priest , motorhead , iron maiden , je mettais mon cuir sur son ventre ! metallica vu a leur début au bourget et donington mais j ai pas accroche ainsi que tout que je voyais en 1 ere partie a cette époque , avec mes gamines j ai été voire the strockes et king of leon , et le 25 prochain je vais voire the stranglers avec une de mes filles , j ecoute toujours du hard old school mais pas metallica !
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Pablitta » 10 Nov 2017, 15:03

zuma a écrit:Quand je leur parle d'un morceau des années 70, ne serait-ce que pour leur faire remarquer que celui qui a l'air à la mode est en fait une reprise, ils m'écoutent en silence pour ne pas me faire de la peine maïs je vois bien que ça ne suscite chez eux qu'une indifférence polie.


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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Danzik » 10 Nov 2017, 15:43

Ce qui me sidère à chaque fois, c'est cette précision dans la retranscription des souvenirs ! :respect:
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar gillesmon » 10 Nov 2017, 18:08

Pablitta a écrit:
zuma a écrit:Quand je leur parle d'un morceau des années 70, ne serait-ce que pour leur faire remarquer que celui qui a l'air à la mode est en fait une reprise, ils m'écoutent en silence pour ne pas me faire de la peine maïs je vois bien que ça ne suscite chez eux qu'une indifférence polie.


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moi quand j'écoute un hit du passé, elles (j'ai deux filles), ne manquent pas de me citer la pub qui l'a utilisé !
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Dark Pink » 10 Nov 2017, 19:40

Merci à tous et à Pablitta pour vos réactions sympas :)
J'avais un peu peur que ça ne marche pas car j'y parle beaucoup d'autre chose que de musique, mais c'était pour bien marquer la préoccupation parentale qui fait passer le rock'n'roll au second plan.
Mes lardons sont musiciens, amateurs de bon niveau, alors ils viennent chercher les originaux dans mes disques ou sur mon disque dur. Les derniers trucs qu'ils m'ont fait découvrir, c'est Twelve Foot Ninja, Black Light Burns et Tottoro, je ne savais pas qu'il existait du math-rock il y a encore quelques mois. Tout ça est très balaise techniquement et bien furieux, c'est ce qui leur plaît le mieux, souvent. Ils les jouent, d'ailleurs, ce dont je serais bien incapable. Je vais peut-être m'acheter une Variax :))
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Dark Pink » 13 Nov 2017, 17:21

La Variax, c'est ça (voir le lien). Une guitare qui joue toutes les autres ou presque. Elle a ses limites mais c'est vraiment très convaincant :
http://fr.line6.com/variax-modeling-guitars/
Voilà ce qu'en fait le guitariste de Twelve Foot Ninja. Ils jouent ce que vous voyez en clip sur scène grâce à cette gratte de maboule. Passez la première minute quand même, s'il vous plaît, si vous n'aimez pas le métal du début car ça vaut le coup de voir ce qu'ils sot capables de faire, rien que par curiosité:
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar zuma » 13 Nov 2017, 19:23

ça fait peur ton truc ma biche.
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Dark Pink » 13 Nov 2017, 21:26

:)) :)) :))
Ah ouais ? J'aime bien, j'ai acheté leur disque. Je me doute que ça plaît pas à tout le monde. C'est le genre de truc que me font découvrir mes mômes, alors ça ne m'effraie pas. Un d'eux a fait partie d'un groupe de grind. Si tu as peur de "Ninjas", écoute pas de grind, c'est largement le modèle au dessus question trouille :))
Pour revenir au sujet et plus précisément à ma précédente histoire, ce sont de gamins qui aimaient les infinies douceurs quand ils étaient petits avec des périodes Tigrou, Looney Tunes, puis Ace of Base ou Julien Clerc (Fais-moi une place à cause du clip avec le clébard) pour finir par aimer et jouer ce genre de dingueries :). Comme quoi on évolue.

Essaye Totorro (c'est deux R et un seul T, je me suis gouré) si tu connais pas, c'est moins terrifiant, même pas terrifiant du tout et pas mal zinzin. Retenir par cœur des structures aussi alambiquées sans l'aide de la moindre parole 0-) :
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Danzik » 13 Nov 2017, 21:48

Pareil que zuma, j'ai écouté et c'est vraiment pas ma came, "ça fout les jetons" cette musique (?) de sauvages ! 0-) :bat: :-))
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Dark Pink » 14 Nov 2017, 14:26

Sans déconner ? Moi qui croyais que d'avoir vécu les 60s 70s en étant mélomane vous immunisait contre ce genre de réaction tant vous en aviez vu de toutes les couleurs :))
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar zuma » 14 Nov 2017, 15:31

On est des chochottes c'est ça, ou comme on disait à l'époque des "esprits petits bourgeois". Non mais tu te rends compte du raffut, sans compter les gesticulations : tu les invites pour le thé, les mecs ils te ravagent le salon !
Totorro m'a bien plu. Tu me diras que c'est plus conventionnel, moins "clivant" (encore une "expression du jour" tiens).
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar gillesmon » 16 Nov 2017, 00:24

moi j'aime bien les sauvages qui se muent en salseros !
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Dark Pink » 30 Avr 2018, 13:27

Et surtout ne m'oublie pas, Câline divine - Crazy Horse

On est en vacances au bord de la mer ! Enfin presque. Ma sœur a fait un tel foin en lisant les noms des villages retenus par mes parents pour ces vacances qu’elle a obtenu gain de cause. Enfin presque. On ne va pas aller dans un trou perdu où les seuls commerçants arrivent en tube Citroën et klaxonnent puis se barrent si vite que si on est aux toilettes quand retentit leur corne de brume on est bon pour ne rien bouffer jusqu’au lendemain si on n’a rien prévu à l’avance. Enfin presque.
On va à Espondeilhan. C’est quand même un village, pas une ville. Et les bleds alentours ont des noms comme Puissalicon ou Abeilhan. Mais on est près de Béziers et la mer n’est pas vraiment loin.

Après un trajet calamiteux par la route Napoléon et des vomissements sororaux tous les dix kilomètres on arrive enfin. Ma sœur déchante tout de suite. On arrive à dix sept heures, il n’y a pas un chat dans les rues et pas une boutique visible. Pas non plus d’enfants ni d’ados. Un silence uniquement troublé par le bruit des insectes. Et il fait bien plus chaud que dans nos villages habituels, c’est même étouffant.
Dans la location que je visite rapidement, je fais une découverte que je n’ose pas annoncer à voix haute. Je chuchote à mon père :
- Il y a un scorpion vivant dans la douche…
- T’es fou ? un scorpion ! On n’est pas en Afrique.
- Ben viens voir, je peux me gourer mais j’en suis presque sûr.
Il y a en effet un scorpion vivant dans la douche. Je l’écrase sous les yeux effarés de toute la famille et les larmes de ma sœur qu’elle va laisser couler puis sécher dans sa chambre. Entre deux sanglots, elle déprime :
- On n’ira jamais en vacances dans un endroit normal, jamais ! J’en ai marre des tous ces endroits sales et pleins de bêtes. Après les souris, les puces et les moustiques, maintenant les scorpions ! La mer, elle est où ? Les gens, ils sont où ? C’est encore un trou perdu. Je veux rentrer chez nous !
Mon père va voir le propriétaire qui habite deux maisons plus loin pour lui demander si on peut rester dans ce lieu infesté d’insectes dangereux. Il revient avec le sourire et quelques bonnes nouvelles :
- Les scorpions ne sont pas dangereux, ils piquent mais ne font pas plus de mal que des moustiques, le probloque va nous donner des trucs insecticides à poser par terre pour les faire fuir. Il va y avoir la féria à Béziers avec des concerts et des animations, on ira, c’est promis. Et le village organise une sorte de fête avec les villages des environs qui dure trois jours, il y aura bal tous les soirs et même un Intervillages, comme l’Intervilles de la télé. Il y aura plein de gens et surtout plein de jeunes comme vous. Pour voir et parler aux jeunes, il faut aller sur la place le soir après le dîner, c’est là qu’ils se retrouvent, c’est à moins de cinquante mètres. Vous pourrez y aller… Hein, chérie, ils pourront y aller ?
- Oui, ils pourront. Sinon je sens qu’ils vont nous faire la vie pendant tout le mois. Mais pas trop tard quand même !

Le soir même, j’invite ma sœur à venir avec moi sur la place mais elle est épuisée et pas vraiment rassurée de se pointer de nuit dans un endroit qu’elle ne connaît pas avec des inconnus. Elle préfère que je débroussaille le terrain. Elle viendra demain… ou après-demain.
J’ai préparé une phrase d’entrée en matière pour demander l’hospitalité mais elle est inutile. D’aussi loin qu’il me voit arriver, un des mecs du village m’interpelle haut et fort avec l’accent du coin :
- Oh ! Le parisien ! Viens voir ! (Oh ! Le parisieng ! Vieng voireu !) Vous avez des mobylettes à Paris, non ? Vous avez toutes les marques, c’est pas comme ici, hein ?
- Je suis pas de Paris, je suis de la banlieue mais on doit pouvoir trouver toutes les marques. Les MZ et CZ, faut les commander mais c’est comme ça partout…
- Vous avez des Zundapp ?
- C’est pas ce qu’il y a le plus, mais il y en a, des Kreidler aussi.
Il s’adresse à un autre de la troupe :
- Tu vois, ils ont tout ! Il connaît Zundapp et Kreidler. Et Testi, et Malagutti, non ?
- Oui, bien sûr, c’est encore plus connu que les trucs communistes.
Il enfonce le clou avec son acolyte :
- Il y a tout à Paris, c’est normal, c’est la capitale !
Il me demande sans attendre ma réponse :
- Tu connais pas le coin ? On va te faire visiter. T’as des sous ? Si t’en as pas, c’est pas grave, ce soir, c’est notre tournée.
Nous rejoignons leurs meules et je prends place à l’arrière sur la seule qui a une selle biplace, la Zundapp de Sauveur, c’est le prénom qu’il annonce en me serrant la main. Je me présente aussi et nous démarrons dans une pétarade qui doit bien réveiller la moitié du village qui commençait à s’endormir devant la télé.
Sur les routes de campagne qui sentent la nature et ce qui sort de nos pots d’échappement, je respire un peu. Sauveur est plus petit que moi et se penche sur son guidon, j’ai tout le loisir de voir la route par-dessus lui et de profiter de l’air un peu plus frais du soir. Nous arrivons à Puissalicon, je crois, c’est un village quasi identique à celui que nous venons de quitter. Le plus vieux de la bande, Pierre, me prend par l’épaule :
- Tu vas boire notre boisson préférée, la tomate, tu connais ?
- J’aime pas le jus de tomate, j’aime pas grand-chose à part la flotte.
- Tu vois, tu connais pas ! C’est pas du jus de tomate, et de la flotte, il y en a dedans. Il y a aussi du pastis et de la grenadine. C’est ça, une tomate.
- Ouais, tu sais…
Il est tellement content de me faire découvrir que je n’ose pas lui dire que je n’aime aucun alcool. Il commande six tomates au comptoir. Le patron semble habitué à la venue nocturne de la bande. Pierre me présente comme le parisien vacancier qui ne connait pas la tomate. Ca m’amuse mais la perspective de devoir m’enfiler ce truc à neuf heures du soir me chagrine. Quelle stratégie adopter ? Noyer le tout dans beaucoup d’eau ou avaler le mélange actif presque sec et boire plein d’eau ensuite ? Je choisis la première solution. Comme je m’y attendais, ça me brûle la gueule, c’est vraiment dégueulasse. Je monopolise une carafe en forme de trapèze et me verse coup sur coup deux verres d’eau. La brûlure disparaît un peu.
Le patron me demande si je connais le perroquet. Je n’ai aucune idée de ce que ça peut bien être mais j’ai bien compris que ce n’est pas un oiseau mais une boisson que je ne veux pas découvrir. Je prends un air évasif et pensant être diplomate, je dis :
- C’est plus… J’aime mieux la tomate.
Pierre est ravi. Il commande une deuxième tournée mais je refuse prétextant que je ne dois pas abuser de son hospitalité. Il va pour tenter de me convaincre mais il s’aperçoit qu’il n’a pas autant d’argent qu’il croyait alors les autres boivent leur deuxième tomate et je suis soulagé de pouvoir me verser un autre verre d’eau. Sans perdre de temps en palabres, nous repartons sur les meules. Tous les pilotes sont maintenant un peu gais. Sauveur penche encore plus la tête sur l’avant en imitant le bruit du moteur et d’autres chantent en riant. Nous sommes revenus sur nos pas, nous traversons Espondeilhan sans nous arrêter. Le prochain arrêt est Abeilhan, si j’ai bien compris. Le café de la place est encore ouvert et je suis bien obligé de suivre le mouvement.
Pierre est à sec et c’est un autre qui paye. Je ne dois pas vexer le nouvel offrant mais je me débrouille pour ne rien boire vraiment, je trempe mes lèvres dans la boisson et je cache mon verre derrière un distributeur de cacahuètes vide. Après deux tournées et une discussion un peu plus fournie qu’à notre première escale, nous repartons. Cette fois, Sauveur est saoul ou presque. Il tente de me parler tout en conduisant. Il ne tourne pas la tête vers moi, il regarde la route, certes, mais il ne roule plus très droit. Les autres parlent aussi entre eux en roulant. C’est un miracle que personne ne se vautre mais nous arrivons entiers à notre point de départ.
Les meules sont lâchées par terre sur la place, leurs conducteurs n’ont plus la force de les mettre sur les béquilles. Il n’y a que Sauveur qui y arrive parce que je l’aide. On s’assoit sur les bancs ou les graviers de la place et commence une série de fous rires sans vraie raison. Sauveur trouve que les oiseaux ne sont pas si intelligents qu’on le dit car il en voit régulièrement tenter de s’envoler avec des trucs trop lourds dans le bec. Je lui dis que j’ai vu une dessin-animé qui s’appelle : « Les oiseaux sont des cons » et toute la bande rit à en pleurer en le voyant répéter dix fois, ébahi :
- Il y a un dessin-animé qui s’appelle : « Les oiseaux sont des cons » ?
La soirée s’écoule dans cette ambiance et on se donne rendez-vous le lendemain soir. J’ai passé mon test de vacancier adoptable pour le mois et je suis content. Si on ne se retrouve pas dans la journée, c’est certainement que tous ces mecs sont plus vieux que moi, ils doivent bosser. Je profite une fois de plus de mon air plus vieux que mon âge.

Dans la journée, même pour les estivants, il n’est pas vraiment facile de s’agiter. Il fait beaucoup trop chaud. A moins d’être sur la plage, on pique des suées terribles au moindre mouvement. Alors on bouge un peu quand on va se baigner à Agde et sinon, on vit au ralenti en attendant le soir. Ma sœur abandonne l’idée de m’accompagner sur la place en soirée car il n’y a que des garçons. Je retrouve mes potes après chaque dîner pour des raids en meules et des discussions aussi interminables qu’impérissables. Ils ont bien compris que je ne bois pas et m’expliquent que le soir de mon arrivée on a fait la tournée des grands ducs pour me souhaiter la bienvenue.

Les parents sont bien plus cools qu’ils ne l’ont jamais été. Ils essayent de répondre positivement à toutes nos envies. Nous allons en journée à Béziers pour repérer les lieux. Le soir, mon père nous amènera en bagnole au concert de Il était une fois, Joe Dassin et Thierry le Luron aux arènes. Au goûter, je veux autre chose qu’une viennoiserie et demande un sandwich à la merguez, je n’en ai jamais mangé. D’habitude, j’aurais droit à un non catégorique mais ces vacances sont spéciales et mon père rit beaucoup de me voir souffler et boire un litre d’un trait pour calmer le feu qui a pris dans ma bouche.

Le concert est vraiment chouette. Je ne pourrai pas le raconter à mes copines et potes en revenant au bahut, ils se paieraient ma tête : un concert de varièt’ ! Mais Joelle, la chanteuse de Il était une fois est encore plus jolie en vrai, Dassin a quelques belles chansons et Le Luron fait marrer tout le monde, il termine son spectacle par une imitation de De Gaulle qui nous parle de l’au-delà. Les arènes sont un lieu étonnant pour les parigots que nous sommes et il y fait bon profiter de la fraîcheur du soir en écoutant de la musique. Ma sœur est ravie, elle aura autre chose que des histoires de pêche ratée ou d’animaux parasites à raconter à ses copines au retour.

La fête du village se précise. Depuis plusieurs jours, du matériel est entassé sur la place qui servira à construire les stands et la scène où jouera l’orchestre. On l’inspecte le soir en pariant sur son utilité.
En journée sous le cagnard, des gens s’affairent à donner un air de fête à la place si tranquille pour ne pas dire déserte, habituellement.
Je n’assiste pas à l’ouverture des festivités mais le premier morceau qui ouvre le bal du vendredi soir retentit pendant que nous dînons. Ma mère espère que le bruit ne se prolongera pas trop tard dans la nuit car la maison que nous occupons est si près que nous pouvons presque comprendre les paroles des chansons. Je me pointe le plus vite possible après le repas. Mes potes sont déjà là ainsi que des tas de gens. J’en suis étonné et Sauveur m’explique :
- On n’a droit à ça qu’une fois par an alors les gens ne veulent rien rater.
Les gens ? Tous les gens ! Ca va de la jeune famille avec un bébé en poussette aux grands-parents avec leurs cannes. Tous sont là à prendre le simili frais en écoutant la musique et même en criant pour se parler s’ils sont trop près de la scène. Les serveuses du bar sont débordées, des filles dansent entre-elles et les spectateurs se séparent en deux catégories : celle qui regarde l’orchestre et celle qui regarde les danseurs. Je navigue entre les deux. Les musiciens jouent bien et ont un matériel qui m’intéresse, le bassiste a un belle Fender Precision et certaines filles bien jolies me donnent envie de les inviter à danser. Je reste malgré tout à causer avec mes potes car aucun ne fait mine de vouloir se lever.
Le lendemain matin, le plus vieux de mes petits frères chante à tue-tête une des chansons qu’il a entendue au bal : « Tu viens vers moi, Karine, dîner ! » On a beau lui expliquer que les bonnes paroles sont : « Tu viens vers moi, câline, divine. » Il n’en démord pas et trouve que nos « vraies » paroles n’ont aucun sens alors que les siennes sont beaucoup plus pertinentes. Quand je raconte ça à mes amis de vacances, ils rient beaucoup et déclarent qu’ils vont adopter ces nouvelles paroles bien plus marrantes. Ils les chantent en riant dès que l’orchestre joue la chanson.

Le dimanche après-midi est vraiment spécial. Le village si tranquille que nous connaissons est envahi dès les premières heures de l’après-midi par une foule abondante et bruyante. Il y a des tas de bagnoles garées n’importe-où, des dames qui font pipi entre deux pare-chocs et des mecs déjà bien soûls à l’heure du goûter qui font pipi… partout. L’intervillages démarre dans un boucan inhabituel pour l’endroit et dès la moitié des épreuves des gens s’engueulent car ils trouvent que l’équipe adverse a triché. Les « officiels » et arbitres ont parfois du mal à calmer les concurrents autant que les spectateurs. Mais on se marre bien quand même et les rires collectifs ramènent la sérénité. A la fin du jeu, on ne sait pas très bien qui a gagné et on s’en fout.

Le dernier bal débute dès que les objets ayant servi pour les jeux sont déblayés et la piste de danse balayée grossièrement. J’ai tellement transpiré que je rentre rapidement pour changer de chemise. Quand je reviens sur la place, je vois immédiatement qu’il y a beaucoup plus de jeunes que les jours précédents. Dans un groupe de filles qui discute en riant au bord de la piste, elle est là. C’est la fille la plus jolie de la foule et elle pourrait bien être la plus jolie tout court. Je l’observe pendant plusieurs chansons. Elle est la seule de son groupe à ne pas être invitée à danser, je trouve ça incompréhensible. J’ai retrouvé Pierre et Sauveur et je leur demande s’ils la connaissent. La réponse est non, ils ne savent qu’une seule chose d’elle mais n’en sont même pas certains : c’est une nana d’Abeilhan.
Je suis un garçon libre, je n’ai rien à perdre et je suis presque scandalisé que cette si jolie fille ne soit pas invitée. Alors je prends mon courage à deux mains, ce qui me vaut une suée qui ruine ma chemise propre, et je m’approche d’elle. Pour éviter de me cogner à toute la population du coin réunie ici ce jour, je traverse la piste de danse tout droit. Erreur ! tout le monde me voit, surtout, ELLE me voit. Ma détermination faiblit plus je l’approche mais sous le regard de tout le monde, je ne peux plus reculer. Comme je n’ai pas préparé de phrase, je bredouille :
- Tu, vous danses ?
- Je dansez ! Elle sourit, prête à rire, et s’avance vers moi.
Nous dansons. Elle me maintient à distance avec ses bras, j’approuve cette idée, je transpire tellement… L’espace entre nous deux permet à l’air d’y circuler et me place idéalement pour la contempler. Elle ne me regarde pas. Elle semble préoccupée et scrute la foule sans me prêter attention. Rien que pour ce moment où je peux la voir de près, j’ai bien fait de me secouer. Elle est très belle et doit bien avoir quatre, cinq, voire six ans de plus que moi, le rêve ! Je crois que si j’ouvrais la bouche spontanément, je dirais : « Ouah ! T’es belle ! » alors je me tais et profite. Toujours sans me jeter un œil, c’est elle qui rompt le silence :
- T’es pas très bavard ? Tu sais pas conjuguer les verbes ? Pourquoi tu m’as invitée à danser ?
- Euh… Parce que tu es belle.
Je ne sais pas ce qu’elle cherche dans la foule mais à aucun moment elle ne me regarde. Elle ironise sur ma réponse :
- Alors comme ça, tu trouves une fille belle et tu l’invites à danser, c’est tout ?
- Ben… Oui.
- Bon. D’accord. Alors dis-moi ce que tu trouves beau chez moi, allez, vas-y.
Je ne peux pas lui dire le fond de ma pensée. Ma contemplation m’a permis non seulement de voir son visage délicieux et sa façon de froncer les sourcils vraiment craquante mais en plus j’ai pu faire plus que deviner tout ce qu’on ne voit pas sous ses vêtements et qui me semble irrésistible et affolant. Au risque de me faire planter au milieu de la piste de danse devant toute la population de l’Hérault réunie ici aujourd’hui, je lui dis très sincèrement un autre détail qui m’a plu et m’apprête à prendre congé sous les rires de la foule :
- Par exemple, tu t’es fait une queue de cheval très serrée, tes cheveux sont très tendus sur ta tête. C’est très beau, hein ! Comprends-moi bien ! Mais je me suis demandé comment tu étais avec tes cheveux lâchés… Voilà…
Surprise. Elle ne me plante pas. Elle continue à fouiller la foule du regard puis d’un geste adorable, elle retire l’élastique qui tenait ses cheveux en laisse et secoue la tête pour les libérer complètement. Jusque-là, nous tournions sur place. Elle nous décale doucement vers le bord de la scène pour se regarder dans une plaque de métal qui lui sert de miroir. Elle tapote un peu sa chevelure pour lui donner du volume et satisfaite me jette enfin un regard.
Je sais de quoi j’ai l’air. J’ai mon expression irrépressible de merlan frit ébahi bien connue de mes jolies copines. Elle est mi amusée, mi moqueuse, mi fière (on est dans la région où les gens ont le même accent qu’Escartefigue et ses compères, les fractions n’obéissent pas aux mêmes lois qu’ailleurs. On met autant de demis qu’on veut pour faire un entier. « Ca dépend de la grosseur des demis »). Elle me dit :
- Au moins, avec toi, on sait.
- On sait quoi ?
- On sait si ce que tu regardes te plaît.
Et sans se préoccuper plus que ça de ma liquéfaction interne et de ses manifestations transpirantes externes, elle se rapproche, se colle à moi et pose sa tête sur mon torse.
L’orchestre entonne : « Et surtout ne m’oublie pas, quand je serai loin de toi… »
Je redispose mes bras autour d’elle et je peux lui caresser les cheveux. Elle semble ravie. Comme je mesure une tête de plus qu’elle, je peux la sentir simplement en baissant la tête. J’ose même un tout petit baiser qu’elle ne remarque pas.
Le chanteur insiste : « On dit souvent que loin des yeux, on est aussi loin du cœur. Mais si tu m’aimes, comme je t’aime, il ne faut pas avoir peur… »
Les spectateurs en bord de piste doivent se dire que j’ai un baratin efficace alors que je n’ai quasiment rien dit. Ou ils s’en foutent. Un petit a écrasé sa glace sur la robe de sa mère et pleure. Les vieux qui sont assis au bar refont les épreuves de l’après-midi, « sans les irrégularités, on aurait gagné ! ». Pierre et Sauveur ont maille à partir avec un type bourré qui leur cherche des noises et je suis aux anges et en sueur collé à une superbe fille qui fredonne la chanson qu’on entend.
L’orchestre conclut : « Tu sais que je reviendrai, je t’en prie, attends-moi, ne m’oublie pas. »
Elle se décolle de moi, c’est le verbe adapté. Elle me tient la main et me regarde dans les yeux :
- Merci… Je reviendrai peut-être après, ce soir…
Elle fend la foule en refaisant sa queue de cheval avec l’élastique qu’elle avait gardé dans sa main. Puis elle disparaît.
Je suis un peu abasourdi et plus qu’un peu amoureux. Pierre et Sauveur ne m’ont suivi que de loin, le mec qui les emmerdait leur a promis lui aussi de revenir plus tard mais avec des potes pour leur arranger le portrait.
Comme le dit une autre chanson que l’orchestre joue plusieurs fois dans son set : « J’ai attendu, attendu, elle n’est jamais venue » Zaï zaï zaï zaï…

Les jours suivants, je bassine tellement mes copains de vacances avec celle qu’on appelle « la nana d’Abeilhan » qu’ils décident qu’on se retrouvera un peu plus tôt dans l’après-midi et qu’on ira à Abeilhan pour tenter de la retrouver. Parcourir les rues du village en dévisageant les autochtones n’est pas très efficace. Pierre avise une mamie qui fait son jardin et la questionne :
- Vous ne connaissez pas une fille de notre âge qui a des fois une queue de cheval serrée ?
La grand-mère est amusée par nos questions et y répond sans nous donner la moindre indication. Nous revenons bredouilles. Y retourner le soir ne servirait à rien, on n’y voit jamais de filles dans les rues quand il fait noir, c’est pareil ici et partout ailleurs.

Pendant les courses à Béziers, je veux acheter le 45 tours « tu viens vers moi, Karine, dîner » pour mon petit frère et je vois que sur le même disque se trouve la chanson sur laquelle j’ai dansé ce slow avec la nana d’Abeilhan, « Et surtout ne m’oublie pas ». Le groupe s’appelle Crazy horse. Je l’achète et je le garde pour moi. Je l’écouterai en douce, pour me rappeler.

Quand le moment est venu de quitter Espondeilhan, nous sommes tous un peu nostalgiques. Ma sœur se souvient de ce mec qui finissait toutes ses phrases par « cong ! » mais elle ne regrettera pas les scorpions, faut pas pousser ! les parents savent que c’est reparti pour un an de boulot.
Dans la voiture du retour, profitant de leur gentillesse qui a été exemplaire pendant ce mois, je leur demande de faire un détour par Abeilhan prétextant que l’endroit m’avait plu. Quand nous traversons le village, je scrute une dernière fois toute présence de « la nana d’Abeilhan », en vain.
Nous savons tous que la route sera longue et que les lacets du Massif Central risquent d’avoir raison du contenu de l’estomac de ma sœur mais quand mon frère nous demande chanter, nous entonnons tous avec joie : « Tu viens vers moi, Karine, dîner ! ».
Dernière édition par Dark Pink le 03 Mai 2018, 16:01, édité 1 fois.
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar zuma » 30 Avr 2018, 18:35

Sympa ton récit Dark Pink. Encore merci pour le partage de cette jolie tranche de vie.
Du coup je suis allé écouter par curiosité "Et surtout ne m'oublie pas" et "Câline, divine"... C'était après le départ de Neil Young, ça se sent :)) :))

PS : Comme j'aime les cheveux en queue de cheval ! Il y a une telle élégance chez une femme aux cheveux longs bien attachés (le chignon revient même un peu à la mode et c'est tant mieux), et une telle sensualité dans l'instant où elle les défait !
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