La première fois que j'ai écouté ça...

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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Monsieur-Hulot » 23 Avr 2017, 16:16

...Musique de lopettes.... :)) :)) :)) non, franchement, ces tranches de vies sont excellentes à lire, à suivre, vive le feuilleton ! Bientôt on filme ?
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Winsterhand » 23 Avr 2017, 20:58

C'est un vrai bonheur de te lire, Dark Pink. Merci de partager ça avec nous.
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Pablitta » 24 Avr 2017, 13:17

Ben putain Dark Pink, quels textes 0-)
Merci ...
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Dark Pink » 24 Avr 2017, 13:42

Merci, Madame et Messieurs, de vos compliments qui me touchent ! Je suis tout confus :rougez:
Il est fort probable que mon père ait connu et apprécié Bertola, les voix "mâles" étant ses favorites, mais il n'est plus là pour le dire. Il n'achetait pas de disque ou presque, je ne sais même pas quelle est la chanson dont la mélodie lui a servi à faire des dizaines de parodies. Je n'ai que l'air qu'il me suffit d'évoquer pour qu'il me reste dans la tête toute la journée.
M Hulot, il n'y a que toi que je connaisse virtuellement qui puisse tourner un film. Je connaissais un mec qui faisait des petits films comme les tiens, aussi bien voire mieux que les grands mais peu connus, pour résumer, mais je ne le vois plus depuis un moment et on m'a dit qu'il avait changé d'activité. Alors si le cœur t'en dit, n'hésite pas à le faire en te servant de mes petites histoires, j'en serai ravi et honoré :copains:
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar dada52 » 24 Avr 2017, 13:42

Ah oui alors là, je suis sur le cul... Quel style quel rythme. C'est génial ce que tu racontes et comme tu le racontes surtout.
Aucune agressivité envers tes parents, du respect, de la gentillesse même, de la compréhension de ta part (et de la leurs).
Non, vraiment sans déconner c'est passionnant. Question perso: ils sont encore en vie tes parents?
Continue de nous ravir avec tes récits si réalistes et merci en tout cas pour le partage.
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Dark Pink » 25 Avr 2017, 11:14

Merci de tout ce que tu dis de mes écrits, Dada, c'est vraiment gentil.
Pour répondre à ta question, mes parents sont morts il y a déjà un moment. Pour le respect, je crois bien ne les avoir jamais entendus prononcer le mot. Mais leur attitude dans la vie en était remplie. Tout mon entourage serait d'accord avec moi pour dire qu'ils ne comprenaient pas grand chose à mon amour immodéré de la musique et des choses artistiques mais j'ai toujours senti leur indéfectible affection. Je n'ai jamais pris la moindre tarte. Tout comme ma fratrie. Il était facile et naturel pour moi de les respecter à mon tour d'autant que ce fameux respect était valable pour notre famille mais aussi pour tout le reste de la population. Et ils avaient les pieds sur terre, quand il arrivait aux miens de quitter le sol, c'était rassurant :))
Je vais te (vous) raconter ma seule et unique engueulade avec mon père, elle vaut le jus :) Il n'y a pas de musique associée, mais c'est à propos des cheveux longs, alors c'est "voisin". Ca l'était à l'époque, en tous cas.
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Monsieur-Hulot » 25 Avr 2017, 11:48

Dark Pink a écrit:...
M Hulot, il n'y a que toi que je connaisse virtuellement qui puisse tourner un film. Je connaissais un mec qui faisait des petits films comme les tiens, aussi bien voire mieux que les grands mais peu connus, pour résumer, mais je ne le vois plus depuis un moment et on m'a dit qu'il avait changé d'activité. Alors si le cœur t'en dit, n'hésite pas à le faire en te servant de mes petites histoires, j'en serai ravi et honoré ...

C'est alléchant et il n'y a pas grand chose à faire, si ce n'est mettre en place, la mise en scène est faite car tes textes sont très imagés (le vomi dans le T.shirt par exemple, moi, je le voyais ...)
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Dark Pink » 25 Avr 2017, 16:50

Ce serait vraiment chouette que tu puisses tourner ça ! Et si tu veux d'autres scènes de vomi, j'en au d'autres en magasin avec des dégâts encore plus importants.

Voilà mon engueulade. On n'y parle pas de musique mais de cheveux longs, étroitement associés, à l'époque.

Mon père, qui a pris plusieurs jours de congé, nous raconte une de ses histoires de boulot. Ca commence toujours pareil: on l'appelle au secours parce qu'il n'y a que lui qui soit capable de résoudre le problème, en général un gros problème. Il le résout et engueule les gens connus, les huiles, les supérieurs ou toute autre personne au-dessus de lui dans la hiérarchie.
Quand j'ai commencé à comprendre et à écouter attentivement ce qu'il nous racontait, j'étais un petit garçon fasciné par le courage de ce mec qui, tout en faisant respecter la loi à la lettre, osait braver n'importe qui, quel que soit sa position sociale, fort qu'il était de son bon droit de représentant de ladite loi. Ensuite, je me suis rendu compte que selon son auditoire, il variait son récit pour le rendre plus vivant ou amusant et j'ai douté de la véracité de ses propos... Mais à chaque fois, les collègues invités à la maison corroboraient mot pour mot ce qu'il nous avait raconté et bien souvent, ils admiraient eux aussi son courage dans les situations dangereuses et vénéraient carrément son culot face aux "puissants": "Oh la vache ! Ce que tu lui as répondu à ce connard ! Moi, j'aurais pas osé, c'était quand même le directeur de cabinet du ministre !" Ce qui fait que j'avais arrêté de douter et que je ne boudais pas mon plaisir d'entendre qu'il y avait quelqu'un qui osait se comporter de la sorte. Et ce quelqu'un, c'était mon père ! J'imaginais qu'un jour, j'oserais moi aussi envoyer chier mes supérieurs étant le fils d'un homme qui n'hésitait pas à le faire. J'aimais beaucoup cette pensée. Aujourd'hui, j'avais très mal écouté l'histoire, tout préoccupé que j'étais par ma propre vie. Mais j'avais réussi à me sortir de ma rêverie pour entendre la fin, mon passage favori. Je ne me souviens donc pas de qui il s'agissait, ni de son "grade", mais peu importe, c'était encore un genre de "mouche du coche qui veut se faire aussi grosse qu'un bœuf" et mon père lui avait dit:
- Les ordres que vous venez de donner sont non seulement stupides, mais en plus ils sont dangereux, on est quasiment certain d'avoir des blessés supplémentaires avec ce que vous nous dites. On va donc ignorer tout ça et faire autrement, j'ai d'ailleurs donné par radio, tous les contre-ordres nécessaires pour limiter les dégâts. Je vous suggère maintenant de quitter ces lieux où vous n'êtes d'aucune utilité !
Le mec lui avait crié: Oh ! Mais je n'aime pas votre ton ! Je vais en référer au préfet de police et même au ministre de l'intérieur que je connais bien ! A moi, on ne me parle pas comme ça !
Et mon père lui avait répondu sa phrase rituelle que j'adore et qui termine chacune de ses histoires: La preuve que si, je viens juste de le faire. Ya un début à tout !"

Il avait souvent des occasions de répondre ça parce que bizarrement, bien qu'il soit flic, des tas de gens lui disaient: "Vous n'avez pas le droit !"
Le mec qui avait garé sa bagnole comme un cochon et qui ne voulait pas qu'on la remorque à la fourrière: "Vous n'avez pas le droit !" Réponse: "Bien sûr que si, etc..."
Le truand pris la main dans le sac qui ne voulait pas qu'on l'arrête: " Vous n'avez pas le droit !" Réponse: "Bien sûr que si, etc..."
Et tous ceux qui "connaissent quelqu'un":
La nana qui s'arrête au milieu de la rue pour aller chercher son pain en bloquant la rue à deux cent personnes et qui refuse la contredanse: " Vous n'avez pas le droit, je suis amie avec le maire !" Réponse: "Bien sûr que si..."
Il y en avait même un qui connaissait le cousin d'un ami du fils du commissaire...
Quand il nous racontait son boulot, on était solidaires avec lui. Il ne faisait pas chier les gens, il essayait d'arranger la vie. Les riches, les gradés, les frimeurs étaient logés à la même enseigne que le reste du monde et ça faisait du bien de savoir ça.

Avec mon père à la maison, ma mère était ravie, il jouait à longueur de journée avec les petits, elle avait un répit qui lui permettait de se reposer. Et son homme était là. Bien qu'elle ne soit pas d'une nature inquiète des risques encourus par un flic, ça la soulageait de ne pas se demander, au moins pendant quelques jours, s'il n'allait pas revenir au milieu de la nuit avec des blessures ou incapable de dormir parce qu'il avait assisté à un drame qui le bouleversait. Ces histoires-là, il les racontait rarement. On voyait bien qu'elles le travaillaient, mais on n'en connaissait que quelques-unes et elles étaient tellement tristes qu'on n'osait pas lui demander de nous raconter les autres.

On était tous contents qu'il soit là... Enfin, moi, j'étais un peu moins ravi depuis que je m'étais rendu compte qu'il avait bien compris mon rituel d'entrée dans la maison: je planquais mes cheveux qui commençaient à être un peu longs derrière mes oreilles avant chacune de mes entrées. Dehors, quand il jouait au ballon avec mes frères, il me voyait arriver en mobylette les cheveux en bataille à cause du vent. Et il arriva ce qui devait arriver: il jouait dans l'entrée aux petites voitures avec Philippe et Gilles et un peu comme un de ces contrevenants qui peuplaient ses journées de boulot, il "m'interpella":
- " Dis-donc, j'ai bien vu ton manège avec tes tifs. Tu les planques derrière tes oreilles, tu me prends pour un débutant ? Demain, tu vas au coiffeur ! On ira ensemble, même. L'Alsacien est ouvert, ça sera sympa.
- Non, tu sais bien que je veux avoir les cheveux longs ! J'aime pas l'Alsacien, il coupe les cheveux trop courts, et je les veux longs maintenant, tout le monde a les cheveux comme ça, ya plus que moi qui les ai courts, j'ai l'air malin ! L'alsacien était un coiffeur de quartier, sympa, mais très folklorique. Sa boutique était coupée en deux par des tables surmontées de miroirs. D'un côté, les hommes, de l'autre, les femmes. Son accent était si épais que je ne comprenais pas la moitié de ce qu'il me disait. Il passait son temps à s'engueuler avec sa femme qui coiffait de l'autre côté de cette ligne Maginot. Le couple s'échangeait des blagues graveleuses en riant grassement. Quand j'étais petit, j'étais très gêné. Il fumait des "Gitanes papier maïs" et il n'était pas rare que des cendres de son clope me tombent dans les cheveux. En sortant, j'avais l'air d'un bidasse du contingent qui sentait l'eau de Cologne et le tabac froid. Un bonheur augmenté par tous les petits cheveux qu'il laissait généreusement tomber dans mon cou et mon dos et qui constituaient un poil à gratter tout à fait efficace. C'est fini, maintenant ! Je suis assez grand pour avoir les cheveux comme je veux !
- Non, tu vas avoir l'air d'un clodo. J'en ramasse tous les jours, des beatniks, ils sont pas reluisants, ils puent.
- Tu mélanges tout, moi, je me lave. Des cheveux longs propres, ça pue pas.
- De toutes façons, tu vas avoir l'air d'une gonzesse, c'est ça que tu veux ?
- Mais non ! Pour que j'aie l'air d'une gonzesse, il en faudrait bien plus que ça.
- Ca fait rien, demain, tu vas au coiffeur, un point c'est tout !
- Non ! Je n'irai plus au coiffeur ! C'est ma tête et mes cheveux !
- Je t'y emmènerai par la peau du cul s'il le faut !
- Non, je n'irai pas, je suis trop lourd pour que tu m'y portes. C'est pas la peine d'insister, je n'irai pas ! C'est NON !
- Ah mais, à moi, on ne me dit pas non !
- La preuve que si, je viens juste de le faire. Ya un début à tout. On ne peut pas dire que je l'ai dite haut et fort, cette phrase, je l'ai plutôt grommelée dans ma barbe à peine naissante. Mais c'était assez fort pour que tout le monde l'entende. Toute la famille qui assistait à notre échange s'est figée, même les petits restent bouche bée et pourtant ils ne pigent pas tout ce qu'on s'est dit. J'ai beaucoup de respect pour cette phrase. Je voulais la dire un jour, mais pas la galvauder. J'ai un doute soudainement: et si je l'avais mal dite ? Et si la situation ne méritait pas cette phrase magnifique ? A ce moment précis, je ne vois pas qui d'autre que mon père pour valider son utilisation. Mais c'est ma mère qui trouble le silence qui devient un peu trop lourd. Elle avait déjà esquissé un sourire léger et timide en m'entendant la prononcer. Elle s'adresse à son mari, sur un ton apaisant et traînant:
- Mais laisse le donc avec ses cheveux. Ils sont tous comme ça les jeunes, maintenant. Nous aussi, on avait nos modes quand on était jeunes, mon frère, il était zazou alors que la mode était passée, il était marrant. Et toi, t'avais ton cran bien haut, tu étais beau ! Mais le compliment ne fait pas l'effet escompté:
- Et toi, tu le défends ? Si c'est comme ça, c'est plus la peine de me demander quoi que ce soit ! Il sort de l'appartement en claquant la porte. C'est la première fois que je vois mon père faire une telle sortie, il a presque l'air honteux. Les petits foncent dans ma chambre en emportant leurs petites voitures et ma sœur me regarde comme si j'étais un étranger. Ma mère tente de nous rassurer:
- Vous en faites pas. Il lui faut le temps de digérer tout ça. Tu lui as sorti "sa" phrase et ça lui a fait un coup. Mais il s'en remettra. Là, il a pris un coup de vieux, ça fait toujours mal, un coup de vieux. Quand vous m'en donnez un, ça me fait mal à chaque fois, mais on s'en remet, il faut juste du temps. On n'y peut rien, le monde est comme ça. Tu vas enfin les avoir, tes cheveux longs, j'espère que tu es content et que tu vas pas nous refaire la tête comme il y a quelques temps, on s'inquiétait pour toi.
- Non, t'en fais pas, c'est fini, tout ça ! En plus, je vais pouvoir monter un groupe pop !
- Oui, ben attends un peu, ton père a déjà tes cheveux à accepter. Pour ta musique, sois pas pressé, tu fais déjà du théâtre et tu veux plus faire de sport, vas-y mollo, une chose à la fois ! Et le B.E.P.C., c'est bientôt, t'as pas intérêt à le rater !
- Ca, c'est facile: le prof de maths nous a dit qu'il fallait deux cents points pour l'avoir du premier coup et que si on avait bon à tout en maths, on avait déjà cent vingt points, avec la dictée, les questions et la rédac', j'aurai déjà dépassé les deux cents !

J'ai bien fait d'employer la phrase qui fait fermer sa gueule aux cons. Mon père est pas con, mais il abusait de son autorité pour ma coupe de cheveux et il a dû se sentir lui-même un peu con quand je lui ai cloué le bec. Avec ma mère qui m'a défendu, le tableau a eu valeur de révélation.
Je suis content, c'est vrai. J'exulte mentalement de penser que je vais annoncer à Patricia, Sandrine et tous les autres que désormais, je vais avoir les cheveux longs mais je suis un peu triste d'avoir sorti pour la première fois une de mes phrases préférées à celui qui me l'a apprise. Il la méritait sans doute à ce moment précis, mais le reste du temps, c'est pas le cas, et il y a des tas de gens qui la méritent en permanence et à eux, personne ne leur dit. Ce qui me console, c'est que mon père, tel que je le connais, même s'il ne l'admettra sans doute jamais, il est foutu d'être fier de moi d'avoir osé la dire, même à lui... Surtout à lui ?

Il aura quand même mis une bonne semaine à arrêter de faire la gueule à tout le monde. A tel point que ma mère m'a pris à part:
- Ton père, il sait pas comment s'en sortir, de cette histoire. Il faut que tu fasses quelque chose alors voilà ce que tu vas faire: je vais te donner des sous et tu iras au coiffeur, pas chez l'Alsacien, va où tu veux, mais tu y vas.
- Ca change quoi ? Je veux pas me faire couper les cheveux !
- Tu te les fais pas couper, tu lui demandes de les égaliser et de te faire une coiffure comme tu veux, avec les cheveux sur les oreilles. Tu dis que tu y vas avant et ça suffira à arranger les choses. Il faut que tu fasses un geste, je suis certaine que ça suffira. Après, tu n'auras plus jamais à aller chez le coiffeur, si c'est ça que tu veux. Allez fais-moi confiance et fais ça pour moi, j'en ai marre qu'il fasse la tronche. Je lui parlerai quand tu y seras.
- Bon, d'accord, mais je ne reviendrai pas avec les cheveux raccourcis !
- C'est pas la peine, fais-moi confiance !
Je prends son argent et je crie à la cantonade: "Je vais au coiffeur, à tout à l'heure !"

Ce coiffeur-là, a la réputation d'être pédé. J'en sais rien et je m'en fous. Ce que je vois surtout, c'est que son salon sent bon. Il ne fume pas pendant qu'il coiffe les gens et il fait ce que les clients lui demandent. Je lui dis:
- Surtout, ne touchez pas à la longueur, s'il vous plaît !
- Oui, bien sûr, on fait une coupe sur les oreilles et on égalise dans le cou ?
- Exactement !
Il fait son travail vite et bien. A la fin, il prend soin de bien retirer tous les petits cheveux qui restent dans le cou en disant:
- Ceux-là, il faut bien les retirer, sinon, c'est désagréable, ça pique.
Je n'ai pas l'intention de retourner de ma vie au coiffeur, mais si j'y suis obligé, je reviendrai là. J'ai même le regret de n'y faire qu'une seule et unique visite, se faire couper les cheveux ici est presque un plaisir. C'est la première fois que je trouve ça agréable !

De retour à la maison, j'appréhende un peu le regard de mon père, j'ai presque l'air d'un minet, ma tignasse n'est pas encore assez longue pour qu'on me prenne pour un hippie. Il me jette à peine un coup d'œil et déclare péremptoirement:
- Ah ben voilà ! Là, au moins, ça fait propre ! Ma mère me fait un clin d'œil et je n'ai même pas le temps de répondre qu'il ajoute: Gilles veut faire un "Mille bornes" pendant la sieste de Philippe, tu joues avec nous ?
- Oui... Mais c'est moi l'as du volant.
- On verra !
Je suis ébahi: je joue aux "Mille bornes" avec les cheveux sur les oreilles ! Ma mère et ma sœur se marrent en douce de mon air béat et mon père a l'air de s'en foutre au point qu'on se demande si ça a bien pu le préoccuper un jour ! Je ne suis à aucun moment l'as du volant et je perds lamentablement. La vie est belle !
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Monsieur-Hulot » 25 Avr 2017, 17:06

C'est merveilleux ! Je ne m'en lasse pas ! Et ta mère, elle a tout compris !!! Quelle belle famille ! :coucouz: Merci de nous régaler comme ça ! Quel talent d'écriture aussi !
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar gillesmon » 26 Avr 2017, 23:22

Au poil !
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Dark Pink » 03 Mai 2017, 22:27

This is a man’s world – James Brown.
Je voulais absolument aller dans les boums ! Elles avaient commencé au milieu de l’année scolaire de quatrième. Comme il n’était pas question que j’en organise une chez moi, mes parents étaient tous les deux formellement contre, j’avais peur qu’on ne m’y invite pas. Comment ne pas vouloir aller en boum ? Un endroit où il y a de la musique et des filles, pardon, DES FILLES et de la musique. J’avais peur que ce soit comme au primaire quand les deux plus forts en foot choisissaient les membres de leur équipe : j’étais pris en dernier parce que je ne jouais pas bien, j’ai toujours eu horreur du foot, et mes piètres performances faisaient immanquablement regretter ma présence dans l’équipe à tous les autres. Ca n’avait pourtant rien à voir mais c’était un rejet et je ne voulais surtout pas être rejeté des boums. Je m’étais donc mis en tête de trouver une raison pour y être invité à chaque fois et j’avais rapidement trouvé. Je serai indispensable à l’organisation d’une boum réussie.

Bien que fauché comme tout le monde, j’avais un bon paquet de disques et ce trésor serait mon ticket d’entrée. Ca avait marché. Et sans vouloir me vanter, c’était inutile, à mon immense surprise, j’aurais été invité sans en faire autant. Mais c’était trop tard, j’étais systématiquement dans le comité d’organisation chargé de la musique et exempté le plus souvent d’apporter le réglementaire « un gâteau et une boisson » car j’apportais mes disques et presque à chaque fois l’électrophone à piles de ma sœur.
J’allais dans toutes les boums de ma classe et ma bande, mais j’allais aussi, parfois à l’insu de ceux-là, dans des boums ailleurs, chez « les voyous » ou chez des « modernes » (nous étions des « classiques ») et à vrai dire, partout où on me le demandait. J’y avais pris goût et j’acceptais toutes les demandes.

Avec ma petite expérience, j’avais même quelques ruses d’animation qui faisaient leur effet. Outre le très connu quart d’heure américain, où les filles invitent les garçons, le quart d’heure sans refus, où on ne peut pas refuser une invitation à danser, que j’adorais imposer, j’avais mes trucs à moi. La panne de courant ! Et ses variantes. J’avais trouvé ça le jour d’une vraie panne de courant en pleine boum. La lumière s’était éteinte et la musique avait décliné en déguelendo. J’avais eu le réflexe de débrancher le câble secteur de l’électrophone de ma sœur et les piles avaient pris le relais, la musique retrouvant petit à petit la bonne vitesse. Et j’avais allumé la lampe de poche qui me servait à ne pas me planter en mettant les disques dans la pénombre. Je l’avais secouée comme pour faire un effet stroboscopique. Tout le monde avait apprécié et bien rigolé en attendant que le courant revienne.

Ensuite, je mettais au point avec l’hôte une ou deux fausses pannes.
Sur des chansons rapides, des jerks, nous entonnions les paroles d’un morceau connu, pendant sa diffusion, comme Instant Karma (« ouais, oui, haut, chat, nonne, » etc…) ou le coda de la fin de Hot Love de T.Rex (la la la…) pour faire chanter les danseurs, puis je coupais le son. Il est arrivé que les danseurs continuent de se trémousser pendant dix bonnes minutes sur leur simple chant. Il arrivait que ça rate, mais c’était rare.

La plus populaire et réussie à chaque fois était la fausse panne pendant un slow. Au moment où la lumière disparaissait, après le « ooohhhh ! » des danseurs, je prenais la parole, rassurant : « Pas de panique, notre réparateur est en chemin pour arranger ça. Continuez à danser. » Je mettais en route l’électrophone à piles tout en laissant la salle dans le noir un moment puis j’allumais une bougie, puis une autre et je laissais une série de slows entière se dérouler à la seule lueur des bougies. Au bout de plusieurs boums où ça se produisait, ce n’était plus une surprise pour la plupart des invités mais ça avait toujours autant de succès. Je me doutais bien pourquoi : dans le noir, on peut faire des choses sans être vu. Pour le vérifier, dans une boum où il y avait beaucoup d’invités, j’avais rallumé la lumière très vite et nous avions pu clairement nous rendre compte qu’il n’y avait pas que des garçons à être pris « la main dans le sac »…
Certains me demandaient carrément en arrivant : « Pendant ta panne de courant, fais durer le noir un peu, qu’on ait le temps de rigoler… Tu vois ce que je veux dire ! »

Il est arrivé aussi que ça prenne une toute autre tournure. Le jour où ma sœur m’avait refusé son électrophone, par exemple. Nous avions récupéré le mange disques de la petite sœur de l’organisateur. Mais celle-ci, très têtue, acceptait de me le prêter à la condition que nous l’appelions quand nous l’utiliserions. J’avais promis, je ne pouvais pas ne pas tenir ma promesse, en plus, c’était l’anniversaire de son grand frère. Il est allé la chercher pendant que je prévenais les danseurs pour qu’ils se tiennent bien en présence d’une gamine de six ans. Toute fière, elle a enfourné les quatre slows les uns après les autres elle-même dans son appareil et elle est repartie les yeux brillants avec son mange disques sous le bras et une bougie allumée du gâteau d’anniversaire à la main.
Pour permettre quand même aux danseuses et danseurs de profiter de l’obscurité, on a fait ensuite une série de slows avec pour tout éclairage les petites bougies du gâteau.

Une autre fois, la boum fut éclair, une petite heure, interrompue par le propriétaire des lieux. Nous avions trouvé excitant de faire notre fête en squattant une champignonnière désaffectée. Le type, un grand-père très gentil est arrivé dans la grotte affolé :
- Les enfants ! Faut pas rester là ! Ca peut s’effondrer ! Vous n’avez pas vu le panneau ?
- Ben si, mais on a cru que c’était juste pour faire peur.
- Mais non. C’est vrai ! On va mettre une barrière, c’est très dangereux, plus personne n’y va. Je peux pas vous proposer un autre endroit, partout ailleurs, il y a des champignons qui poussent.
- Vous êtes gentil de ne pas nous engueuler.
- J’ai été jeune moi aussi. Et j’ai eu peur, là, de vous voir là-dedans. Allez, rentrez chez vous.
Soulagé, il nous a même fait au revoir avec sa casquette quand nous sommes repartis sur nos meules avec nos disques et nos bouteilles entamées.

J’ai passé une boum presque entière sur le trottoir avec trois autres garçons, devant la grille du jardin du pavillon des parents de celui qui nous recevait. Il fallait empêcher les « voyous » d’entrer. Pour une fois, je n’étais pas vissé derrière mon électrophone.
Ils étaient arrivés à une vingtaine sur leurs meules mais nous les avions arrêtés :
- Non, vous n’entrez pas, vous n’êtes pas invités. Les parents ont autorisé cette boum à ceux qui sont déjà là, on serait trop nombreux.
Leur réponse m’avait donné une envie de rire que j’avais eu du mal à réprimer :
- Ok, mais nous on amène des minettes !
Et les sept ou huit filles de leur bande s’étaient mises en avant pour nous permettre d’évaluer la « marchandise » ! Le plus drôle, c’est que j’avais trouvé une partie de la « marchandise » très à mon goût et j’étais enclin à les laisser entrer. Mais pas question.
Ils sont repartis, puis revenus…. Puis repartis, puis revenus. J’ai donc bu un coca gentiment apporté par Sandrine en montant la garde assis sur la bordure du trottoir et j’ai attendu la fin de la boum pour enfin aller pisser en gueulant, se retenir aussi longtemps...

J’ai fait des boums chez « les voyous ». Cf. le sujet « Les faces B des 45 tours ».

J’ai passé la musique dans des boums costumées. Pour l’une d’elles, j’étais habillé en catastrophe au dernier moment en Jean Gabin sans aucune ressemblance avec le modèle. J’étais un jeune mec aux cheveux longs et mon seul déguisement était un maillot de corps type « Marcel ». Ce jour-là, il y avait une chanteuse de cabaret et une princesse indienne absolument craquantes. Un Zorro sans moustache et un Tintin très réussis.

Une autre s’est terminée en discussion. Les invités étaient paresseux et écoutaient les disques vautrés ou allongés sur le canapé. Les deux dernières heures se sont résumées à un débat sympa sans queue ni tête entre la trentaine de personnes restante et avachie entrecoupé de disques les plus calmes possibles. J’avais peur que les gens s’en souviennent comme d’une fête ratée et la plupart en parlaient comme d’une boum géniale grâce à sa fin on ne peut plus cool…

Un jour, j’ai écouté pour la première fois dans une boum « This is a man’s world » de James Brown.
C’était une boum dans ce que j’appelais, avec mon humour irrésistible : « mon cercle hippique ». Mes copines et potes aspirants hippies. Ca venait de commencer, j’avais préparé mes piles de 45 tours en mélangeant mes disques avec ceux qu’on m’avait apportés, pour faire plaisir à tout le monde, et c’était parti comme sur des roulettes pour quelques heures de festivités.
Elle est entrée. Je ne l’ai vue saluer personne. Elle a posé son sac au bout de la pièce et s’est approchée immédiatement de ma table. Sans me regarder, elle a dérangé mes piles en parlant toute seule, sa voix couverte par la musique et le bruit ambiant. Pourquoi je l’ai laissée faire ? Pas besoin d’être devin pour comprendre. Je l’avais trouvée jolie, tout simplement. Et bizarre. En général, quand je trouve une nana bizarre, peu de temps après, je la trouve adorable. Elle n’était pas habillée en baba cool comme nous tous, elle avait une jupe et un chemisier, des cheveux longs et un air un peu hautain adouci par un joli sourire.

Quand on fait le D.J., on n’emballe pas des masses. On a du prestige, on est remercié, invité sans arrêt, on a droit à un petit bisou en remerciement d’un choix de morceau, mais on ne danse pas. Corollaire : on n’emballe pas, dirait Spinoza. C’était le gros défaut de ma ruse pour être de toutes les boums. J’étais venu pour les filles, j’en voyais plein mais je repartais le plus souvent seul à la fin. Pas toujours, c’est vrai, il y avait quelques groupies du D.J., il y a bien des groupies du pianiste. Mais c’était pas souvent, pas assez. Alors quand une belle nana venait tout près au point que je pouvais sentir son parfum flotter malgré l’encens généreusement enflammé dans toutes les fêtes de « mon cercle hippique », elle pouvait bien mettre le souk. Je restais impassible, un sourire niais aux lèvres.

Elle n’a pas fait que tout déranger. Elle est venue s’asseoir sur la chaise à côté de moi en disant :
- Tu prépares tout, tu fais rien au feeling ?
- Euh… Non, ça dépend, mais…
- T’as pas beaucoup de musique Noire, t’es raciste ?
- Eh ! Si tu viens là pour m’insulter, c’est pas la peine de rester !
- Le prend pas comme ça. Je te charrie, mais c’est vrai que c’est mal d’être raciste. T’es chatouilleux !
- Sur le racisme, oui ! Je suis chatouilleux ! C’est mal d’être raciste mais c’est surtout très con.
- Ah oui, c’est vrai, tu as raison. Mais on m’a parlé de toi et ça m’étonne que pour un mec qui fait plein de boums tu n’aies pas de musique Noire. C’est indispensable.
- J’en ai. Percy Sledge, les Equals, etc… Et j’adore le blues, j’ai des tas de disques de blues à la maison, Muddy Waters, Howling Wolf… Mais personne ne connaît ça ici et on danse mal dessus.
- Ouais, mais t’as rien de James.
- James ?
- James Brown !
- Si, j’ai « Sex machine » mais je ne le connais pas très bien. C’est étonnant qu’une fille comme toi aime ce genre de musique.
- Tu veux dire une fille habillée comme moi. J’arrive du boulot. Et tu juges les gens sur leur apparence, c’est pas très cool.
- Mais non ! Si t’es venue pour me mettre en rogne, c’est fait ! On peut causer autrement maintenant ?

Elle me foutait en colère mais plus elle en rajoutait, plus je la trouvais irrésistible. Elle posait ses questions crues surtout pour tester son interlocuteur, mais je démarrais au quart de tour. Elle devait trouver ça amusant et malgré mes « mauvaises réponses » j’avais l’impression qu’elle aussi devait me trouver quelque chose de l’ordre de la naïveté qui la touchait. Son sourire en me regardant m’empêtrer restait engageant, très engageant. J’ai repris la conversation sur un ton apaisé :
- Tu vas voir que ça marche bien, mes trucs préparés. Je vais passer une pile dans l’ordre où je l’ai mise, sans rien y changer quoi qu’il arrive et tu vas voir qu’ils vont danser sans s’arrêter.
Je ne prenais pas beaucoup de risques, je connaissais « mon cercle hippique » sur le bout des doigts et elle ne pouvait qu’admettre mon succès. Ensuite on a fait le coup de la panne de courant, elle a objecté :
- Ah le vieux truc, tout le monde le sait que c’est faux ! Même moi et pourtant c’est la première fois que j’y assiste ! Et ça marche ?! C’est dingue !
- Mais non, ils aiment bien, ils sont contents, c’est rituel. Et on peut en faire des choses dans le noir…
Je n’avais pas contrôlé le ton de ma phrase. On y sentait une énorme dose de regret de ne pas avoir pu y participer. Ce qui m’a consolé, c’est qu’elle aussi semblait regretter la même chose que moi. Elle avait dit un « Oui c’est vrai… » en me regardant qui m’avait transpercé.

J’avais continué comme ça plusieurs séquences tout en discutant avec elle de musique. Elle connaissait beaucoup de choses et je savais clairement que j’étais sous le charme. Il fallait que je lui demande son nom, ça faisait plusieurs heures qu’on discutait en braillant pour couvrir le bruit ambiant :
- C’est quoi ton nom, au fait.
- C’est !!!!!!, et toi ?
- Ben moi, c’est Dark.
- D’accord. Tu me laisses faire une séquence rapide/lent à ma façon ? Rien de préparé, tout au feeling. Tu vas voir que ça marche aussi.
- - Bien sûr, à ton tour.

Je n’avais pas compris son nom. Un convive avait poussé un cri au moment où elle me le disait et bêtement, je n’osais pas lui redemander. Elle a quitté son siège et est revenue avec son sac. Elle en a sorti une vingtaine de 45 tours et les a étalés sur la table, il y avait sept ou huit James Brown. Elle a pris le premier, un titre rapide de « James » et mes babas cools se sont mis à danser comme sur leur musique habituelle. Elle a enchaîné les titres de « James » en me glissant à l’oreille : « Difficulté supplémentaire, on ne met que du James Brown ! » Et la séquence de morceaux rapides s’est terminée par « Sex Machine ». Elle m’a dit : « Là, ils sont mûrs » et elle a mis « This is a man’s world ». Les couples se sont formés et nous les avons contemplés tous les deux avec envie se serrer les uns contre les autres et s’embrasser à pleine bouche.

Pendant les deux minutes quarante que dure le morceau, j’ai dû penser vingt fois : « Je lui demande de venir danser ». Quand les violons font des arpèges en pizzicato, j’ai bien cru que c’est elle qui allait m’inviter. Et nous nous sommes dégonflés tous les deux.

Elle savait y faire aussi bien que moi. Elle avait fait monter la sauce d’une autre manière que la mienne mais elle avait réussi. J’aurais voulu être sur la piste et la serrer dans mes bras. Je ne crois pas affabuler en disant qu’elle semblait en avoir envie autant que moi. Après tout, elle était restée plus de quatre heures à côté de moi, elle aurait pu aller s’asseoir dans la salle et elle aurait été invitée à danser en moins de deux. Il faut croire que si nous savions comment faire monter la sauce nous étions aussi maladroits l’un que l’autre quand il s’agissait de concrétiser.
Après ça, elle ne m’a plus charrié. Nous avons continué à parler calmement et tendrement. Elle a aidé à ranger. Je pensais trouver un moyen de la raccompagner ou de continuer en soirée notre histoire. Mais presque subitement, elle a disparu. J’ai demandé autour de moi :
- Elle est où la nana qui était là tout à l’heure ? Celle qui a aidé à ranger ?
- Quelle nana ?
- Celle qui était assise avec moi pendant tout le temps !
- J’ai pas fait gaffe. Il y avait une nana à côté de toi ?
- Habillée un peu bourge. Avec des cheveux longs, jolie…
- Pas vue. Elle était invitée par qui ?
- J’en sais rien, je lui ai pas demandé.
- Elle s’appelait comment ?
- Je sais pas…
- Elle était tout le temps avec toi et tu sais pas son nom ?
- Non… C’est elle qui a fait une séquence James Brown !
- James Brown, j’ai pas fait gaffe non plus mais c’était très bien, la musique, hein, comme d’hab. Si tu sais pas son nom…

Je leur ai pardonné d’avoir si peu prêté attention à ce qui m’arrivait. S’ils étaient aussi captivés que moi par la personne avec qui ils passaient ce moment, comme moi, ils n’ont pratiquement vu qu’elle.

Après cette boum-là, J’ai acheté des 45 tours de James Brown et j’ai fait des séquences au feeling. J’ai essayé plusieurs fois de savoir son nom en rappelant cette histoire à ceux qui étaient présents ce jour-là. Je n’ai fini par obtenir qu’un : « Il veut savoir le nom de la nana qu’il a rêvé qu’elle était avec lui pour la boum ! » suivi d’un rire général. C’est dommage, j’aurais aimé lui dire merci.
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Bastard » 25 Mai 2017, 22:20

Je ne sais plus quel âge j'avais (14/15 ans sans doute) lorsque j'ai vu le film "Woodstock". J'étais déjà accro à la musique mais quand j'ai vu et surtout entendu Ten Years After interpréter "I'm Going Home" ça a été comme un déclic, je suis resté scotché par ce son, ce style. Je me suis dit "c'est ce genre de musique qui me plait". A partir de là j'ai adhérer à Ten Years After bien sûr, mais aussi Led Zeppelin, Cactus, Humble Pie, Rory Gallagher...
Merci Alvin Lee.
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Dark Pink » 17 Juin 2017, 22:08

La première, la deuxième, la troisième et la quatrième fois que j’ai écouté RAM de Paul & Linda McCartney. (Plus bonus)

Première fois.

Mine de rien, il commence à me faire confiance, le vendeur de disques. Je viens régulièrement avec ma mitraille pour lui acheter des trucs et je repars avec presque rien dans mon porte monnaie en forme de coquille Saint Jacques. Il aura fallu plusieurs achats pour qu’il arrête d’être hostile, mais c’est fait. Il ne recompte plus toutes les petites pièces avec moi et il m’a même lancé, presque amical : « A la prochaine ! Comme on dit… »

Je voulais qu’il m’ait à la bonne pour que je puisse passer du temps à fouiner dans ses bacs sans l’avoir sur le dos. Pas pour piquer des disques, hein, avec une éducation comme la mienne, je ne vole rien, pas même une allumette, mais pour qu’il me laisse tout regarder sans dire : « Allez, la récré est finie, on sort dans l’ordre et sans bruit. » comme il le disait immanquablement, en pensant être très drôle, toutes les premières fois que je venais dans sa boutique. Maintenant, je peux venir sans rien acheter et mater ses nouveautés. Son truc, c’est le classique, tout est très bien rangé dans ce rayon-là, mais pour la Pop, c’est le bordel. Il met ce qu’il reçoit en paquet sans trier, que ce soient les 45 tours ou les 33 tours. Pink Floyd, Beatles, et tout le reste ensemble. Il n’y a que Johnny qui ne soit pas en vrac ! Alors je les range… Je ne peux pas tous me les payer, mais je fais chez lui comme je ferais chez moi si les disques m’appartenaient. J’ai l’impression qu’ils sont un peu à moi. Je ne range pas tout, il y en a trop, mais quand je reviens, je vois si un 45 tours des Beatles manque ou un 33 de Pink Floyd. J’imagine la nana ou le mec qui l’a acheté. C’est mieux quand c’est moi, évidemment.

Là, je ressors avec RAM, le deuxième McCartney. A part des énormes tubes, des Sheila ou Claude François, il n’a aucun disque en double. Je lui ai donc précisé que je venais d’acheter son unique exemplaire de RAM pour qu’il en recommande, je pense au suivant qui le voudra et qui ne le trouvera pas. Il a l’air de s’en foutre mais il l’a quand même noté. Je lui ai dit que c’était susceptible de se vendre autant que les Beatles, c’est peut-être l’argument qui a marché.

Je vais l’écouter plusieurs fois tout seul avant de l’apporter à une des écoutes collectives que nous organisons dès que c’est possible chez un ou une de mes copines et potes. Je pourrai faire des petits gestes pour leur signaler les moments forts et dans les discussions, j’aurai des arguments car je connaîtrai par cœur certains passages.

La pochette est sympa, comme dessinée et collée par un enfant alors que c’est McCartney qui l’a faite lui-même. Dedans, on peut lire : « By Paul and Linda ».
Ma clique est Peace and Love, ils vont aimer, c’est obligé. Il a l’air d’être vachement « in Love » le Paulo, même « into Love », signer son disque avec sa femme, c’est rare. Et avec ses lardons au dos de la pochette et sa Linda enceinte allongée sur un canapé au centre, il est forcément « for Peace ». La vie de famille idyllique ne rend pas va-t-en-guerre.

La première écoute est fantastique. Je voulais prendre des notes comme le fait Sandrine mais la mine de mon Bic clic clac est restée à l’intérieur du stylo. J’ai tout écouté d’un coup en changeant de face le plus vite possible. Le premier morceau qui m’a retourné c’est Uncle Albert Admiral Halsey qui s’enchaîne sur Smile Away, le dernier morceau de la face A. On dirait comme la face B d’Abbey Road en condensé. La face B de RAM démarre avec deux titres bien différents, Heart of the Country presque acoustique où on retrouve la voix du McCartney en balade et Monkberry Moon Delight où il est en colère comme dans Helter Skelter et avec un refrain qui dit : « Ketchup, soup and purée », je n’ai compris que ça, ça doit être marrant. Je vais convier Sandrine à une écoute de décryptage des paroles et j’y verrai plus clair. Avec le reste des chansons, ça fait un 33 tours que je classe d’ores et déjà parmi mes disques préférés. Ca va être un plaisir de présenter ça aux autres : « M’sieur Dames, le McCartney, il a fait un disque des Beatles à lui tout seul ! »
C’est ce que je leur dis.
Et ils m’engueulent !
- Un disque de Beatles ? T’es malade ! C’est de la soupe.
- Mais tu déconnes ! Tu l’as pas écouté, ce disque. Il est complet, il y en a pour tous les goûts de ceux qui aiment les Beatles. Je te dis qu’il sait faire les Beatles à lui tout seul. Il y a même comme une mini face B d’Abbey Road.
- J’ai pas tout écouté, mais j’en ai entendu assez. On va pas passer la soirée à écouter de la variété. On veut de la Pop ou du Rock, pas de la musique pour minettes.
- Mais tu dis n’importe-quoi ! C’est pas de la variété. Des chansons d’amour, il y en avait des tonnes dans les disques des Beatles.
- Ouais, c’est pas leurs meilleures et il fait comme s’il l’avait écrit avec sa gonzesse. Qu’est-ce qu’elle vient foutre là-dedans ?
- Elle joue, elle chante. Pis elle vit avec lui, elle l’influence, elle fait des photos. Il l’aime…
- Je suis sûr qu’elle joue de rien, c’est pas une musicienne, c’est trafiqué. Il a pris la grosse tête, McCartney, il a osé auditionner des musiciens super bons, il se prend pour le chef. T’as pas lu la critique de Chabiron dans Rock & Folk ?
- Si on l’écoute ensemble, vous changerez d’avis !
- Non. C’est pas la peine de l’apporter, on en veut pas de ton disque, c’est de la guimauve. Comme Another Day.
- Tu l’as pas entendu en entier ! Alors c’est fini ta grande tirade sur l’honnêteté : « Pas d’avis définitif avant d’avoir tout bien écouté ». Là, tu en connais que des bribes et tu dis que c’est de la merde, c’est pas réglo !
- Tu me fais chier avec ton disque, si un nouveau Mireille Mathieu sortait, tu nous dirais pas de l’écouter avant d’avoir un avis. C’est plein de bons sentiments gnan-gnan, en plus. On s’en fout qu’il soit amoureux.
L’argument « Mireille Mathieu » a tué mes envies de répondre. Devant tant de mauvaise foi, je préfère ne plus rien dire sinon je vais lui taper dessus.

Quand j’ai des problèmes avec un disque, il n’y a qu’une seule solution, un cri : « Sandriiiine ! Au secours ! »
Elle seule saura dire ce qu’il faut. Quand on parle de Lennon, elle refuse de causer de Yoko. Elle dit qu’il faut écouter la musique, c’est ce qui compte. Le reste n’a pas d’importance. Elle a forcément écouté RAM. Elle parlera d’or, comme d’habitude. C’est pourquoi j’ai bon espoir qu’elle soit d’accord avec moi.
- Alors, RAM ?
- Bof…
- Hein ? Toi aussi ? Me dis pas que c’est de la varièt’ comme les autres !
- Non, faut pas exagérer mais… Bof.
- Qu’est-ce qu’il y a qui te plaît pas ?
- Je sais pas trop mais j’y ai pas trouvé ce que j’attendais. On en attend peut-être trop. Il est rangé et amoureux maintenant. Les journaux pour minettes en disent du bien…
- Mais on s’en fout de ce que disent les journaux. C’est pas ce qu’on dit depuis qu’on écoute de la Pop : on aime ce qu’on veut sans se soucier de ce qu’en disent les autres ? Quand ils ont descendu Grand Funk, on leur a pas dit d’aller se faire foutre ?
- Ouais, tu as raison. Mais comme je n’aime pas vraiment, je me vois pas t’aider à le défendre.
Même Sandrine ! Je suis seul.

Enfin pas tout à fait. Le canard pour filles, Mademoiselle Age Tendre, en dit du bien et les nanas du bahut qui aiment bien Lenorman et Clerc aussi. Mais je n’irai pas en parler avec elles, pas que je répugne à discuter avec qui que ce soit, ma réputation est de parler avec tout le monde, même les parents, et c’est ce que je fais. Ca me permet de ne pas être mal vu quelque soit la personne à qui je m’adresse. Pour tout dire, j’aime bien parler avec elles, elles sont gentilles, même un peu trop. Elles me font de la peine c’est pour ça que je les évite. Quand on parle de musique ou de culture, elles ont un complexe qui leur fait dire des phrases que je trouve tristes : « Oh moi, je ne connais pas autant de choses que toi, j’aime des trucs de minettes, je ne suis pas une fille très intéressante… » Quand je m’indigne de tant de déconsidération de soi, ça n’arrange rien. Si elles savaient… Si je râle aussi fort, c’est que j’ai peur, moi-aussi, de ne pas être si intéressant que ça.

Je sais que les artistes s’en foutent que je les abandonne. Je ne suis qu’un cinq milliardième de la population, autant dire rien. Mais je suis coincé dans ma tête, pas de chance qu’on m’en sorte pour une autre plus confortable. Par peur du risque d’excommunication, j’ai déjà abandonné Mary Hopkin et j’en ai presque fait des cauchemars. Je ne pourrai pas abandonner McCartney, pas ce disque-là. Je l’aime vraiment. Je l’écouterai donc seul.

Je pensais qu’avant chaque écoute il me faudrait me débarrasser de toutes les vacheries que j’ai entendues sur lui, mais c’est inutile. La musique me plonge dans son monde et le monde, le vrai, n’a plus grande importance. Je pensais que j’aurais une sorte de fierté à être le seul à aimer un disque mais ce n’est pas le cas. Je me sens plutôt prétentieux. Pour qui je me prends ! Tous les autres n’aiment pas et je trouve qu’ils ont tous tort. Putain de crâneur ! Mais peu importe, quand j’écoute la musique, cette impression désagréable disparaît elle-aussi. Je suis moi en mieux. Et c’est pas du luxe. Comme quand je suis amoureux. Je m’aimerais presque. Ca va pas très loin dans l’amour de soi, faut pas pousser non plus, mais c’est agréable.

Justement, quelques années après, je suis raide amoureux. Et marié ! C’est la transformation, la transmutation, la métamorphose. Je ne trouve pas de mot juste pour exprimer la force du changement. Les gens qui m’ont connu avant sont totalement incrédules et ceux qui m’ont connu après pensaient que j’étais né marié, en gros.
Je comprends parfaitement le Macca qui dit : « Wherever I went Linda would just be with me. That was one of the amazing things about our relationship actually ; a fact that never really seemed to me - or her, I think – to be unusual. “
Un de ces après-midi dont on sait qu’il finira au lit, on écoute de la musique. Je mets RAM sur la platine. Je n’attends pas qu’elle aime le disque ni même qu’elle en dise du bien. Elle aime ce qu’elle veut et moi je l’aime tellement, elle, que je ne serai pas déçu quelle que soit sa réaction.
Elle dit : « C’est RAM, c’est ça ? Je ne l’avais jamais écouté en entier. C’est très bien, on dirait un peu un disque des Beatles fait par McCartney tout seul avec sa femme. »
Je lui raconte toute l’histoire. Elle est aussi ébahie que moi. Et elle sourit.

J’ai des milliers de raisons de l’aimer : Les centaines de millimètres carrés de sa peau douce, ses multiples sourires, mines et expressions bouleversantes, sa manière de résoudre des problèmes bien au-delà de la compréhension du commun des mortels (moi, principalement) sans jamais frimer, sa façon de placer le rock dur à guitares dans ses musiques préférées et sa tendresse vis-à-vis des enfants. Et là, je résume. J’ajoute à ça et à tout ce que je n’ai pas dit : elle aime RAM.

J’ai ressenti la même chose que Paulo et lui la même chose que moi : « Her love came through and brought me round, got me up and around » (Dear Boy). Lui ne fait pas des listes pudiques qui énervent quand même mes collègues quand je les énumère, il fait des chansons. Il raconte la simple journée où il est émerveillé par des détails insignifiants du comportement de sa Linda, « elle prend son bain, se sèche les cheveux » (Another Day). Il lui dit qu’il veut passer la soirée à la maison, « on bouffe au lit » (Eat at Home). Il admire simplement ses cheveux (Long Haired Lady) etc… Il est dans une relation honnie par les gens qui pensent bien : un couple fusionnel. Et il énerve tout le monde ou presque. C’est parfois difficile à supporter et à comprendre mais c’est comme ça. On se console en sachant que dans un tel couple, quand l’un des deux veut fusionner, l’autre accourt immédiatement. Souvent, on n’a même pas besoin de parler.

Deuxième fois.

Dans ma FNAC Parinor, il n’y a pas tous les disques que je voudrais, loin de là. Mais j’aime bien y aller quand même. C’est dans cet endroit où un vendeur écrivait des critiques hilarantes sur les petits présentoirs prévus pour. Sur un disque en écoute, une daube terrible, la phrase était : « Repose ça tout de suite ! » Je l’avais photographiée avec mon téléphone. A une époque, on y allait le soir après bouffer. Une de ces soirées, j’errais entre les rayons pendant que ma femme faisait de même dans les bouquins. Je rangeais certains disques qui n’étaient pas à leur place, j’aime bien le faire quand c’est possible, ça me rappelle quand j’étais petit, quand j’entends les premières notes de « Too Many People », le premier morceau de RAM ? Puis « 3 legs » ? Puis « Ram On » ? Je vais me placer sous les hauts parleurs qui sont dissimulés dans le plafond et j’entends la suite du disque. Je cherche des yeux une personne au look bizarre qui pourrait être responsable de l’exécution en entier de RAM dans un magasin grand public. Pourquoi au look bizarre ? Ca ne peut pas en être autrement, s’il y avait plus de monde dans les rayons, les gens manifesteraient leur mécontentement. Celui ou celle qui a mis ce disque ne peut qu’être étrange. Mais nous ne sommes que deux, moi et un vendeur très jeune.
Il semble connaître le disque, il bouge en rythme et chantonne imperceptiblement. Passé le moment où j’attends une interruption qui ne se produit pas pour le changement de face, les morceaux se suivent dans l’ordre jusqu’au dernier, The Back Seat of my Car.
Je m’approche du vendeur qui est étonnamment normal et lui demande :
- C’est vous qui avez mis ça ?
- Oui, il est chouette le RAM, non ? Ca fait plaisir à entendre. On met des tas de trucs pas terribles dans la journée alors le soir, je me régale. J’ai le temps d’écouter deux ou trois bons disques avant que ça ferme. Je me prive pas.
- Je l’aime beaucoup… Mais alors vous aussi aimez ça ?
- Oui, je l’ai entendu de temps en temps quand j’étais môme et je l’ai redécouvert là, ils l’ont sorti en CD. Il est très fort ce McCartney. Qu’est-ce que je peux faire pour vous ?
- Ben… Me le vendre ! Je l’ai qu’en 33 tours. Je vais pouvoir l’écouter dans ma bagnole.
Il était pas né en 71, ce mec-là. Si des jeunots se mettent à RAM il y a des vieux qui vont regretter le mal qu’ils en ont dit à sa sortie.

Ma femme arrive les mains vides comme d’habitude, c’est la seule personne que je connaisse qui peut se promener des heures dans les magasins sans acheter quoi que ce soit. C’est pas mon cas. Elle voit mon CD :
- Cool ! RAM en CD. On va pouvoir l’écouter dans la voiture.
- C’est un jeune mec qu’était même pas né quand c’est sorti qui le passait en entier et il kiffait, tu te rends compte ?
- Bien sûr, c’est un bon disque. Ils ont pas les mêmes préjugés que les vieux cons de notre époque. Ils en ont d’autres, mais ça permet au vent de tourner. T’es content ?
- Ben oui… Je suis épaté, surtout.
RAM peut être à la mode chez les jeunes gens de goût. Sans déconner ?

Troisième fois.
Paul McCartney décide de rééditer tous ses disques petit à petit. Bien que je sois sans arrêt sur le web à chercher des tas de trucs de musique et que je participe à un forum d’érudits ou je fais pâle figure, la plupart des inscrits en connait plus que moi, le Forum Rock 60/70, je ne suis au courant de la nouvelle que pour la réédition de RAM. Ce n’est pas si grave vu que c’est le Macca que je préfère. Ce qui m’attire, c’est qu’il y a un pressage en 33 tours du disque original avec un disque de bonus où seront les 45 tours sortis à l’époque sans se retrouver sur un album. Another Day, Oh Woman Oh Why, etc… remasterisés sur un grand disque. Sur la page du vendeur en ligne pas gentil avec ses employés, il y a aussi une version intrigante : la pochette en est toute blanche et elle est présentée comme RAM en mono. Je pensais qu’en 1971 le mono était abandonné depuis plusieurs années mais les radios étaient en « Grandes Ondes » pour la plupart et les rares stations en Modulation de Fréquences émettaient principalement en mono et parfois en stéréo ce qui n’avait réellement d’intérêt que pour les très rares possesseurs de postes avec deux hauts parleurs. Beaucoup de disques bénéficiaient d’un mixage mono dans ce but. Pour RAM, c’est Paulo en personne qui s’en était chargé, comme à la grande époque des Beatles où ils mixaient leurs albums en mono et où ils laissaient la stéréo à qui voudrait bien.
Mon sentiment que RAM est un disque digne des Beatles est renforcé par ce mixage. Tout sonne Fab’ Four traité de la sorte. Uncle Albert et Monkberry Moon Delight semblent sortis du Double Blanc et Heart of the Country de Rubber Soul.
Je ne sais pas si Paul voulait se démarquer des Beatles comme ça a été écrit. Mais il fait le Fab’ One tellement bien… Et puis il est quand même un des quatre qui soit expressément autorisé à le faire.

Quatrième fois.
En cherchant des tuyaux pour ne plus rater aucune réédition du catalogue McCartney, je fais une découverte qui me cloue. Il existe depuis 1977 (1977 !) une autre version de RAM. Une version orchestrale arrangée par un musicien classique mandaté par Paul lui-même. Voulant faire quelque chose d’anonyme, il ne fait que superviser de loin le boulot et nie toute participation au travail. Avec Linda, il trouve un pseudonyme ridicule, Percy « thrills » Thrillington qui sera crédité de l’idée et de sa réalisation. Cette version met six ans à sortir et n’a aucun succès. Elle est pourtant étonnante. Aucun mot n’est chanté, les instruments qui jouent les mélodies chantées à l’origine sont joués parfois pour singer la voix. Le résultat global est un mix onirique flottant entre Gershwin et les bandes originales des films de Chaplin.

Bonus.
Ma femme avait raison, le vent a tourné. On lit de plus en plus de critiques élogieuses de RAM dans les journaux et sur le net. J’ignore ce qui s’est passé pour que tous ces gens retournent leurs vestes mais même le magazine Rolling Stone qui avait descendu le disque à sa sortie a revu à la hausse les étoiles qu’il lui avait attribuées initialement ce qu’il ne fait pratiquement jamais. J’espère qu’ils sont tous devenus amoureux.

Paulo a eu soixante dix ans ! « Je suis là, emprisonné dans un corps de vieux » comme il le disait dans une interview. Un Danois, fan absolu, multi instrumentiste, Tim Christensen a monté un groupe occasionnel pour lui rendre hommage et il a choisi RAM comme album à jouer en entier et dans l’ordre le soir de la date anniversaire. Il a eu la bonne idée de recruter des pointures parmi lesquelles on trouve Tracy Bonham, une excellente chanteuse elle aussi multi instrumentiste, qui fait plus que figurer Linda dans le line up puisqu’elle fait le chant lead sur quelques morceaux. Les reprises sont pur jus et la fête complète.

Tous ces gens heureux d’écouter ces morceaux et les critiques positives ont un peu modifié mon abord de ce disque. Pas beaucoup, l’impression de départ étant tenace, je ne me sens pas faisant partie d’une vague ou d’un mouvement comme avec certaines œuvres. Simplement, je ne suis plus tout seul à être seul.
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Winsterhand » 17 Juin 2017, 23:31

Ram on… ♫
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Re: La première fois que j'ai écouté ça...

Messagepar Pablitta » 18 Juin 2017, 19:55

T'as quand même un sens de la narration exceptionnel, Darkie :chapeau:

Et figure-toi que je m'y suis parfois reconnue dans le style "bouh c'est mièvre ce disque". C'est comme les Beach Boys : je finissais par passer sous silence (qu'il m'excuse :uhuh: ) mon amour immodéré pour leur musique ("bouh c'est mièvre").

RAM est un album que j'adore.
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