J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle
Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle
Steve Lacy – Avignon And After Volume 2 – (2014)
Il y avait bien un « Avignon And After » paru en soixante-quatorze, des enregistrements « Emanem » effectués en solo, sur support vinyle. Ils regroupaient des titres joués au « Chêne Noir », lors de deux soirées, un album fameux où Steve jouait seul face à son public, armé du seul soprano.
On retrouve d’ailleurs d’autres prises issues de ces mêmes concerts, sur cet album qui regroupe, dans ce même esprit, des efforts comparables en d’autres lieux, le Musée d’Art Moderne à Paris, une performance à Edmonton de soixante-seize et une autre en provenance de Cologne, en studio, en soixante-dix-sept.
L’intérêt est grand pour les admirateurs du maître. Il n’y a là que des sélections et non pas une intégrale, qui paraîtra probablement un jour, lorsque la véritable dimension de Steve Lacy éclatera à la face du monde…
C’est précisément en se confrontant à ce type d’album que l’on mesure à quel point Steve Lacy est perfectionniste. Il interprète des pièces qu’il joue et rejoue, jusqu’à ce qu’elles lui conviennent dans l’exécution et la ligne, avec la pureté du trait que pourrait rechercher le calligraphiste chinois, dans l’accomplissement de son art, qui lie geste et poésie, par le biais du pinceau…
« L’art du trait » c’est bien le même que travaille Steve Lacy, lorsqu’il reprend des pièces qu’il a créées, et rejouées, répétées, dans diverses dimensions comme sur l’album « Shot » de soixante-dix-sept, où s’entendent « Moms » et « Pops », interprétées avec l’aide du percussionniste nippon Masa Kwate.
Mais sans doute faudrait-il parler avant des trois reprises de Billy Strayhorn qu’il effectue, avec une bouleversante version de « Lush Life », dès la performance à Avignon de soixante-douze. Des sentiments identiques pourraient également se faire jour lors de l’exécution de « Torments » à Paris, trois années plus tard…
Mais les pièces les plus ambitieuses se retrouvent en fin d’album, le très beau « Coastline » suivi de « Hooky », à Edmonton, ainsi que « Snips » à Köln qui dépasse les onze minutes d’un traitement sans pitié, répétitif et buté. Dans son intégralité l’album pèse soixante-quinze minutes et nous propose, semble-t-il, la seule version connue de « Slabs ».
De quoi plaire aux amateurs de Lacy les plus fervents…
Téléchargement en flac limité à 3 jours par We Transfer:
https://we.tl/t-CifauPYyXhF6hH7j
Il y avait bien un « Avignon And After » paru en soixante-quatorze, des enregistrements « Emanem » effectués en solo, sur support vinyle. Ils regroupaient des titres joués au « Chêne Noir », lors de deux soirées, un album fameux où Steve jouait seul face à son public, armé du seul soprano.
On retrouve d’ailleurs d’autres prises issues de ces mêmes concerts, sur cet album qui regroupe, dans ce même esprit, des efforts comparables en d’autres lieux, le Musée d’Art Moderne à Paris, une performance à Edmonton de soixante-seize et une autre en provenance de Cologne, en studio, en soixante-dix-sept.
L’intérêt est grand pour les admirateurs du maître. Il n’y a là que des sélections et non pas une intégrale, qui paraîtra probablement un jour, lorsque la véritable dimension de Steve Lacy éclatera à la face du monde…
C’est précisément en se confrontant à ce type d’album que l’on mesure à quel point Steve Lacy est perfectionniste. Il interprète des pièces qu’il joue et rejoue, jusqu’à ce qu’elles lui conviennent dans l’exécution et la ligne, avec la pureté du trait que pourrait rechercher le calligraphiste chinois, dans l’accomplissement de son art, qui lie geste et poésie, par le biais du pinceau…
« L’art du trait » c’est bien le même que travaille Steve Lacy, lorsqu’il reprend des pièces qu’il a créées, et rejouées, répétées, dans diverses dimensions comme sur l’album « Shot » de soixante-dix-sept, où s’entendent « Moms » et « Pops », interprétées avec l’aide du percussionniste nippon Masa Kwate.
Mais sans doute faudrait-il parler avant des trois reprises de Billy Strayhorn qu’il effectue, avec une bouleversante version de « Lush Life », dès la performance à Avignon de soixante-douze. Des sentiments identiques pourraient également se faire jour lors de l’exécution de « Torments » à Paris, trois années plus tard…
Mais les pièces les plus ambitieuses se retrouvent en fin d’album, le très beau « Coastline » suivi de « Hooky », à Edmonton, ainsi que « Snips » à Köln qui dépasse les onze minutes d’un traitement sans pitié, répétitif et buté. Dans son intégralité l’album pèse soixante-quinze minutes et nous propose, semble-t-il, la seule version connue de « Slabs ».
De quoi plaire aux amateurs de Lacy les plus fervents…
Téléchargement en flac limité à 3 jours par We Transfer:
https://we.tl/t-CifauPYyXhF6hH7j
We will dance again...
Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle
Leïla Martial – Jubilä 432 – (2026)
Compliqué l’itinéraire musical de Leïla Martial, très vite tout a bien marché pour elle, il faut dire qu’elle est douée, elle chante vraiment bien et sait s’entourer. « Dance Floor » et surtout « Baabel » vont bien. Le titre « Smile », qu’elle interprète avec Emile Parisien, est tout simplement exceptionnel.
Ensuite vient « Warm Canto », l’album référence, en trio, quasi parfait, il semble que Leïla ait trouvé la formule gagnante, le filon à suivre et à exploiter tranquillement, en continuant à s’insérer en profondeur dans la petite scène active du jazz français, comme elle s’y entend, avec Anne Pacéo…
Mais non, Leïla n’est pas faite de ce bois-là, elle remet en cause les certitudes et penche encore côté risques et sincérité, elle ose relancer les dés avec « Oliphantre » moins policé, elle s’efface devant Francesco Diodati, l’italien, qui compose l’ensemble.
Elle joue encore son sort avec l’expérimental « Le Jardin Des Délices », qu’elle sort avec le violoncelliste Valentin Ceccaldi, incorporant des auteurs classiques, l’horizon s’épaissit, devant tant d’audaces…
Cette dernière parution, « Jubilä 432 », saluée par la critique et honorée d’une distinction, celle de « lauréate des Victoires du jazz », en tant que chanteuse, pourrait bien la remettre en selle ! Pourtant elle ne transige pas et persévère sur cette route qu’elle veut avant tout sincère et sans facilité.
Elle joue en patronne, seule maîtresse à bord, avec son histoire, ses failles et ses faiblesses. Ses forces aussi, cette façon unique de chanter, balbutier parfois, se déguisant en vieille femme ou en simple femme plus simplement, qui se dévoile sur l’intime « A l’Enfant Que Je N’Aurai Pas ».
Et puis des chansons qui ressemblent à des chansons, et d’autres moins. Elle explique avec ses mots : « « Ce disque est une odyssée hétéroclite, élaborée à partir d’anciennes maquettes, d’extraits d’improvisations sur mes machines ou a capella, de collectages de voyages, de sons de bouche samplés, d’accessoires divers type bouteilles et boîtes à musique ainsi que d’instruments de synthèse, tout cela sur fond de Jean-Sébastien Bach et de vocalises fantasmagoriques. »
Les amis sont là, nombreux qui passent, comme Eric Pérez, Maritsa Ney avec le Listening Orchestra sur « Might be », ainsi qu’Elie Dufour sur « Sisters ». Jubilä est « une créature fantaisiste et clownesque » dit-elle, quant au nombre « 432 » il représente la fréquence d’accordage la plus pure. Tout un ensemblier fantasque s’organise ainsi sur cet album plein de surprises et d’ouvertures au monde, avec des éclats de folie qui surgissent sans prévenir, comme au pays des fées…
Et, petit à petit, nous voici face à une œuvre majuscule, tout à fait extraordinaire, unique, n’appartenant qu’au monde intérieur de Leïla, de celles qui bousculent et interpellent, douées d’une grande force !
Leïla Martial - MALIA (Official Video)
Leïla Martial - La Bergère (Official Video)
Leïla Martial - La Rencontre (Official Video)
Praeludium
A l'enfant que je n'aurai pas
Amazones
Compliqué l’itinéraire musical de Leïla Martial, très vite tout a bien marché pour elle, il faut dire qu’elle est douée, elle chante vraiment bien et sait s’entourer. « Dance Floor » et surtout « Baabel » vont bien. Le titre « Smile », qu’elle interprète avec Emile Parisien, est tout simplement exceptionnel.
Ensuite vient « Warm Canto », l’album référence, en trio, quasi parfait, il semble que Leïla ait trouvé la formule gagnante, le filon à suivre et à exploiter tranquillement, en continuant à s’insérer en profondeur dans la petite scène active du jazz français, comme elle s’y entend, avec Anne Pacéo…
Mais non, Leïla n’est pas faite de ce bois-là, elle remet en cause les certitudes et penche encore côté risques et sincérité, elle ose relancer les dés avec « Oliphantre » moins policé, elle s’efface devant Francesco Diodati, l’italien, qui compose l’ensemble.
Elle joue encore son sort avec l’expérimental « Le Jardin Des Délices », qu’elle sort avec le violoncelliste Valentin Ceccaldi, incorporant des auteurs classiques, l’horizon s’épaissit, devant tant d’audaces…
Cette dernière parution, « Jubilä 432 », saluée par la critique et honorée d’une distinction, celle de « lauréate des Victoires du jazz », en tant que chanteuse, pourrait bien la remettre en selle ! Pourtant elle ne transige pas et persévère sur cette route qu’elle veut avant tout sincère et sans facilité.
Elle joue en patronne, seule maîtresse à bord, avec son histoire, ses failles et ses faiblesses. Ses forces aussi, cette façon unique de chanter, balbutier parfois, se déguisant en vieille femme ou en simple femme plus simplement, qui se dévoile sur l’intime « A l’Enfant Que Je N’Aurai Pas ».
Et puis des chansons qui ressemblent à des chansons, et d’autres moins. Elle explique avec ses mots : « « Ce disque est une odyssée hétéroclite, élaborée à partir d’anciennes maquettes, d’extraits d’improvisations sur mes machines ou a capella, de collectages de voyages, de sons de bouche samplés, d’accessoires divers type bouteilles et boîtes à musique ainsi que d’instruments de synthèse, tout cela sur fond de Jean-Sébastien Bach et de vocalises fantasmagoriques. »
Les amis sont là, nombreux qui passent, comme Eric Pérez, Maritsa Ney avec le Listening Orchestra sur « Might be », ainsi qu’Elie Dufour sur « Sisters ». Jubilä est « une créature fantaisiste et clownesque » dit-elle, quant au nombre « 432 » il représente la fréquence d’accordage la plus pure. Tout un ensemblier fantasque s’organise ainsi sur cet album plein de surprises et d’ouvertures au monde, avec des éclats de folie qui surgissent sans prévenir, comme au pays des fées…
Et, petit à petit, nous voici face à une œuvre majuscule, tout à fait extraordinaire, unique, n’appartenant qu’au monde intérieur de Leïla, de celles qui bousculent et interpellent, douées d’une grande force !
Leïla Martial - MALIA (Official Video)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle
Kaoru Abe (Abe Kaol) – Partitas – (1981)
Un enregistrement effectué au mois de mars mille neuf cent soixante-treize à l’« act's 105 » de Tokyo. Sur la version de cet album le nom de Kaoru a été modifié et se présente ainsi : « Kaol », ce qui ne change pas grand-chose à l’affaire.
Il joue du saxophone alto tout au long du double Cd qui contient quatre pièces au total, deux par Cd. L’ensemble frôle les quatre-vingt-huit minutes de musique, ce qui est fort conséquent. Le son est tout à fait bon et bien restitué, mon exemplaire est une réédition de mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf, chez Art Union Records.
A l’intérieur de petits textes sont écrits en anglais et traduits en japonais, ils sont signés par Milford Graves, Frank Lowe, Arthur Blythe, Sirone, Billy Bang, Lee Konitz, Takehisa Kosugi, Ryuichi Sakamoto, Toshinori Kondo et d’autres qui témoignent de leur peine lors de la mort de Kaoru, disparu à vingt-neuf ans, le neuf septembre soixante-dix-huit.
Ils sont écrits après la disparition du saxophoniste suite à une overdose. On connaît le culte qui règne autour de ce saxophoniste maudit, qui fit émerger une passion dans cet underground nippon, et même bien au-delà, car on l’écoute désormais un peu partout sur la planète, fort heureusement, quelques allumés dispersés seulement…
Sur cet album le jeu de Kaoru est riche et volubile, il joue free mais récuse presque le cri ou l’emphase, préférant le lyrisme toujours présent et une sorte de blues qui suinte, avec des feulements douloureux. La peine est là, à la fois hautaine et larmoyante, Kaoru ne se présente pas comme une victime, mais davantage comme un guerrier.
Il n’avait d’ailleurs pas très bonne réputation, prétentieux et querelleur, centré sur lui-même, et assez peu tourné vers les autres. Il n’était pas pingre dans ses détestations ou ses gestes de mauvaise humeur, qui pouvaient être dirigés tant vers un musicien qui l’accompagnait, que vers le public qu’il agressait…
Quand on l’écoute sur cet album c’est difficile d’imaginer telle chose, car on le sent parfois presque écorché, à vif, les pièces filent vite et semblent vouloir hurler dans la partie trois (Well Tempered Alto Saxophone Suite γ), qui se tord en geignant…
« Mon père, c'est Eric Dolphy, ma mère, c'est Billie Holiday » aimait dire Kaoru, alors faute de ne pas les rencontrer, il snobait son entourage et ses musiciens, en les ignorant avec hauteur… Il aurait été doux qu’il joue du Dolphy, mais il manquait à ce devoir et n’en gardait qu’un lyrisme lointain, il se heurtait également aux blessures qui sortaient de la bouche de Billie, entre douleur et souffrance acceptée.
Y’a un peu de tout ça qui perle dans le son de ce saxophone encore rebelle, qui lutte encore, et voit le jour au loin qui scintille sous un luminaire, laissant briller les gouttes de pluie qui s’éclatent au sol, telle de vaines bombes explosives qui finissent étalées, s’échappant dans le flot qui se forme, vers la grille qui aspire goulûment les déchets qu’elle ingurgite…
C’est le chant de Kaoru qui pleure ici, avec une peine infinie qui s’exprime, encore et encore, un peu, encore…
Kaoru Abe - Partitas 1973 (Full Album)
Un enregistrement effectué au mois de mars mille neuf cent soixante-treize à l’« act's 105 » de Tokyo. Sur la version de cet album le nom de Kaoru a été modifié et se présente ainsi : « Kaol », ce qui ne change pas grand-chose à l’affaire.
Il joue du saxophone alto tout au long du double Cd qui contient quatre pièces au total, deux par Cd. L’ensemble frôle les quatre-vingt-huit minutes de musique, ce qui est fort conséquent. Le son est tout à fait bon et bien restitué, mon exemplaire est une réédition de mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf, chez Art Union Records.
A l’intérieur de petits textes sont écrits en anglais et traduits en japonais, ils sont signés par Milford Graves, Frank Lowe, Arthur Blythe, Sirone, Billy Bang, Lee Konitz, Takehisa Kosugi, Ryuichi Sakamoto, Toshinori Kondo et d’autres qui témoignent de leur peine lors de la mort de Kaoru, disparu à vingt-neuf ans, le neuf septembre soixante-dix-huit.
Ils sont écrits après la disparition du saxophoniste suite à une overdose. On connaît le culte qui règne autour de ce saxophoniste maudit, qui fit émerger une passion dans cet underground nippon, et même bien au-delà, car on l’écoute désormais un peu partout sur la planète, fort heureusement, quelques allumés dispersés seulement…
Sur cet album le jeu de Kaoru est riche et volubile, il joue free mais récuse presque le cri ou l’emphase, préférant le lyrisme toujours présent et une sorte de blues qui suinte, avec des feulements douloureux. La peine est là, à la fois hautaine et larmoyante, Kaoru ne se présente pas comme une victime, mais davantage comme un guerrier.
Il n’avait d’ailleurs pas très bonne réputation, prétentieux et querelleur, centré sur lui-même, et assez peu tourné vers les autres. Il n’était pas pingre dans ses détestations ou ses gestes de mauvaise humeur, qui pouvaient être dirigés tant vers un musicien qui l’accompagnait, que vers le public qu’il agressait…
Quand on l’écoute sur cet album c’est difficile d’imaginer telle chose, car on le sent parfois presque écorché, à vif, les pièces filent vite et semblent vouloir hurler dans la partie trois (Well Tempered Alto Saxophone Suite γ), qui se tord en geignant…
« Mon père, c'est Eric Dolphy, ma mère, c'est Billie Holiday » aimait dire Kaoru, alors faute de ne pas les rencontrer, il snobait son entourage et ses musiciens, en les ignorant avec hauteur… Il aurait été doux qu’il joue du Dolphy, mais il manquait à ce devoir et n’en gardait qu’un lyrisme lointain, il se heurtait également aux blessures qui sortaient de la bouche de Billie, entre douleur et souffrance acceptée.
Y’a un peu de tout ça qui perle dans le son de ce saxophone encore rebelle, qui lutte encore, et voit le jour au loin qui scintille sous un luminaire, laissant briller les gouttes de pluie qui s’éclatent au sol, telle de vaines bombes explosives qui finissent étalées, s’échappant dans le flot qui se forme, vers la grille qui aspire goulûment les déchets qu’elle ingurgite…
C’est le chant de Kaoru qui pleure ici, avec une peine infinie qui s’exprime, encore et encore, un peu, encore…
Kaoru Abe - Partitas 1973 (Full Album)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle
Rob Mazurek Quartet – Color Systems – (2024)
Re-voici Rob Mazurek cette fois-ci à la tête de son quartet et non plus de « l'Exploding Star Orchestra ». Il joue de la trompette, de la trompette piccolo, sonne les cloches et patouille avec l’électronique. Il est entouré par Angelica Sanchez au piano, Tomeka Reid au violoncelle et Chad Taylor à la batterie.
C’est un album Rogue Art que je me suis procuré avec trois autres de ce même label, plus un distribué par la même voie, à savoir un « Silkheart », avec Mats Gustafsson, Ken Vandermark, Tomeka Reid et Chad Taylor, je vous mets ça pour vous faire saliver un peu, ou pas.
Le petit plus de cet album c’est le « Colour Systems », des sensations artistiques provenant de la vue, se transforment en référents sonores, c’est ce que signifie la « synesthésie ». Des lignes d’encre ou des aquarelles créées par plusieurs artistes peintres ou autres, Louise Nevelson, Frank Bowling, Lygia Pape, Richard Tuttle, Nuno Ramos et Ellsworth Kelly servent de point de départ à l’aventure sonore qui est fixée sur le Cd.
La prise de son s’est effectuée le trente et un janvier deux mille vingt-deux au « Studio Sextan », à La Fonderie de Malakoff, dans la région parisienne. Les titres sont très explicites, comme celui d’ouverture, « Four Page Color System For Louise Nevelson », cette structure sémantique est toujours utilisée, sur les six pièces de l’album qui constituent un ensemble d’un peu plus de quarante-deux minutes.
La musique, composée par Rob Mazurek, est très chouette et créée l’envie, mais hélas il n’y a aucune trace de la manifestation visuelle de départ, à l’intérieur de l’album, il faut donc explorer le net pour visualiser le point de départ de ces œuvres sonores.
Avec un tel quartet la musique est carrément belle, équilibrée et très créative. Les quatre premières pièces sont essentiellement improvisées à partir de gravures remises aux musiciens par Rob lui-même, chacun s’inspirant du visuel proposé pour créer et inventer cette musique, à partir du seul ressenti visuel.
Les deux dernières sont plus écrites, ce qui ne les empêche pas d’être bien chouettes également. Cet album est en quelque sorte une ouverture vers l’art moderne et une invitation à s’ouvrir à ces nouveaux artistes peintres…
Four Page Color System for Louise Nevelson
Nineteen Colors on a Three-Sided Box for Nuno Ramos
Re-voici Rob Mazurek cette fois-ci à la tête de son quartet et non plus de « l'Exploding Star Orchestra ». Il joue de la trompette, de la trompette piccolo, sonne les cloches et patouille avec l’électronique. Il est entouré par Angelica Sanchez au piano, Tomeka Reid au violoncelle et Chad Taylor à la batterie.
C’est un album Rogue Art que je me suis procuré avec trois autres de ce même label, plus un distribué par la même voie, à savoir un « Silkheart », avec Mats Gustafsson, Ken Vandermark, Tomeka Reid et Chad Taylor, je vous mets ça pour vous faire saliver un peu, ou pas.
Le petit plus de cet album c’est le « Colour Systems », des sensations artistiques provenant de la vue, se transforment en référents sonores, c’est ce que signifie la « synesthésie ». Des lignes d’encre ou des aquarelles créées par plusieurs artistes peintres ou autres, Louise Nevelson, Frank Bowling, Lygia Pape, Richard Tuttle, Nuno Ramos et Ellsworth Kelly servent de point de départ à l’aventure sonore qui est fixée sur le Cd.
La prise de son s’est effectuée le trente et un janvier deux mille vingt-deux au « Studio Sextan », à La Fonderie de Malakoff, dans la région parisienne. Les titres sont très explicites, comme celui d’ouverture, « Four Page Color System For Louise Nevelson », cette structure sémantique est toujours utilisée, sur les six pièces de l’album qui constituent un ensemble d’un peu plus de quarante-deux minutes.
La musique, composée par Rob Mazurek, est très chouette et créée l’envie, mais hélas il n’y a aucune trace de la manifestation visuelle de départ, à l’intérieur de l’album, il faut donc explorer le net pour visualiser le point de départ de ces œuvres sonores.
Avec un tel quartet la musique est carrément belle, équilibrée et très créative. Les quatre premières pièces sont essentiellement improvisées à partir de gravures remises aux musiciens par Rob lui-même, chacun s’inspirant du visuel proposé pour créer et inventer cette musique, à partir du seul ressenti visuel.
Les deux dernières sont plus écrites, ce qui ne les empêche pas d’être bien chouettes également. Cet album est en quelque sorte une ouverture vers l’art moderne et une invitation à s’ouvrir à ces nouveaux artistes peintres…
Four Page Color System for Louise Nevelson
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle
Miam je salive.
J'apprécie en général les projets dans lequel s'implique Chad Taylor. Je via donc me plonger dans tes propositions et une nouvelle fois merci pour la tenue de ce sujet/topic
J'apprécie en général les projets dans lequel s'implique Chad Taylor. Je via donc me plonger dans tes propositions et une nouvelle fois merci pour la tenue de ce sujet/topic
Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle
Si tu veux faire le tour de Chad Taylor t'as pas fini, comme l'indique la dernière partie de sa fiche wiki...
https://en.wikipedia.org/wiki/Chad_Taylor_(drummer)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle
Natacha Atlas – Parallel Universe (Volume 1) – (2026)
Découvert en parcourant les colonnes de Jazz News, la pochette attire l’œil habilement, le rouge et le noir ça fonctionne à tous les coups, une ‘tite oreille vers le tube et quelques jours après le Cd arrive à la maison…
Natacha est bien connue, entre folklore, pop et chant oriental en arabe, mais finalement, à l’arrivée, peu de chavirement, une musique standard assez uniforme.
Seulement ici il y a une rencontre, même si elle n’est pas récente, faite de sentiments et de musique, avec Sam Bishai qui prend en charge les claviers, les synthés, l’électro, les beats, les programmations, mais aussi la basse électrique, la guitare électrique et les cordes…
C’est donc un mélange qui opère, entre la voix chaude et suave, soul et pimentée, qui rencontre ce groove oriental, qui s’épanouit en provenance du Caire. On appelle ça le « Mahraganat » ou « electro-chaâbi », et c’est bien sympa : Les mots de Natacha et le son de Samy, pour un balancement doux et chaloupé…
L’album n’est pas très long, environ trente-huit minutes qui filent à la vitesse d’un chameau de course qui escalade les dunes. Il y a également une vision politique dont on peut apprécier la profondeur ou pas, en lisant les paroles traduites en français et en anglais dans le livret, par ailleurs ce dernier renseigne bien.
Ainsi apprend-on que cet album n’est qu’un premier essai d’une suite beaucoup plus ambitieuse, espérons que cette suite soit aussi réussie et riche de surprises que ce bel opus…
Zar 12
Unchanging Game
Dawsha
Bahlam Biyoum
Somoud
Découvert en parcourant les colonnes de Jazz News, la pochette attire l’œil habilement, le rouge et le noir ça fonctionne à tous les coups, une ‘tite oreille vers le tube et quelques jours après le Cd arrive à la maison…
Natacha est bien connue, entre folklore, pop et chant oriental en arabe, mais finalement, à l’arrivée, peu de chavirement, une musique standard assez uniforme.
Seulement ici il y a une rencontre, même si elle n’est pas récente, faite de sentiments et de musique, avec Sam Bishai qui prend en charge les claviers, les synthés, l’électro, les beats, les programmations, mais aussi la basse électrique, la guitare électrique et les cordes…
C’est donc un mélange qui opère, entre la voix chaude et suave, soul et pimentée, qui rencontre ce groove oriental, qui s’épanouit en provenance du Caire. On appelle ça le « Mahraganat » ou « electro-chaâbi », et c’est bien sympa : Les mots de Natacha et le son de Samy, pour un balancement doux et chaloupé…
L’album n’est pas très long, environ trente-huit minutes qui filent à la vitesse d’un chameau de course qui escalade les dunes. Il y a également une vision politique dont on peut apprécier la profondeur ou pas, en lisant les paroles traduites en français et en anglais dans le livret, par ailleurs ce dernier renseigne bien.
Ainsi apprend-on que cet album n’est qu’un premier essai d’une suite beaucoup plus ambitieuse, espérons que cette suite soit aussi réussie et riche de surprises que ce bel opus…
Zar 12
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle
Bill Laswell – Invisible Design – (1999)
Une sortie « Tzadik » pour le grand bassiste Bill Laswell qui nous concocte ici un très bel album conçu autour de l’ambient. Laswell sait tout faire et aspire à toutes les musiques pourvu qu’elles soient modernes et innovantes.
Musique d’atmosphère, d’altitude, parfois sans poids, mais avec du volume, léger, léger, léger… C’est ici le premier essai pour le label zornien, Bill s’y fonde en apesanteur, planant, la basse sous le bras, avant qu’elle ne sorte quand arrive « Night Air & Low Frequency » qui balance bien, poussé par une machine et enfumé d’un nuage blanc qui flotte dans l’air…
Je ne pense pas que l’on puisse parler de musique spirituelle, mais plutôt d’une musique planante de contemplation, ou d’écoute intérieure si on lâche prise, histoire de se laisser aller avant de se poser, serein dans une bulle de coton ouatée…
Il y a bien ici une démarche nouvelle pour Laswell, qui laisse à l’auditeur le soin de choisir et de trancher, la musique est accompagnante mais ne décide pas, elle ne guide pas, tout juste suggère-t-elle un chemin, une voie en vous suggérant le relâchement et la relaxation apaisante, se sentir juste bien…
La fin plus dynamique n’est pas antinomique, elle suggère le mouvement, l’action, fut-elle molle, le geste, minimal ou répétitif, secouer quelque chose et bouger, oui, mais doucement…
Il existe un album-miroir, « Invisible Design II », paru en deux mille neuf, construit autour du « Noir » …
Black Aether
Oceans Of Borrowed Money
Aisha
Night Air & Low Frequency
Une sortie « Tzadik » pour le grand bassiste Bill Laswell qui nous concocte ici un très bel album conçu autour de l’ambient. Laswell sait tout faire et aspire à toutes les musiques pourvu qu’elles soient modernes et innovantes.
Musique d’atmosphère, d’altitude, parfois sans poids, mais avec du volume, léger, léger, léger… C’est ici le premier essai pour le label zornien, Bill s’y fonde en apesanteur, planant, la basse sous le bras, avant qu’elle ne sorte quand arrive « Night Air & Low Frequency » qui balance bien, poussé par une machine et enfumé d’un nuage blanc qui flotte dans l’air…
Je ne pense pas que l’on puisse parler de musique spirituelle, mais plutôt d’une musique planante de contemplation, ou d’écoute intérieure si on lâche prise, histoire de se laisser aller avant de se poser, serein dans une bulle de coton ouatée…
Il y a bien ici une démarche nouvelle pour Laswell, qui laisse à l’auditeur le soin de choisir et de trancher, la musique est accompagnante mais ne décide pas, elle ne guide pas, tout juste suggère-t-elle un chemin, une voie en vous suggérant le relâchement et la relaxation apaisante, se sentir juste bien…
La fin plus dynamique n’est pas antinomique, elle suggère le mouvement, l’action, fut-elle molle, le geste, minimal ou répétitif, secouer quelque chose et bouger, oui, mais doucement…
Il existe un album-miroir, « Invisible Design II », paru en deux mille neuf, construit autour du « Noir » …
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle
Avishai Cohen - Eternal Child – (2026)
Il est « mimi » le petit Avishai que l’on voit sur la pochette à l’âge de quatre ou cinq ans, je ne sais si le contrebassiste est resté un éternel enfant comme il le prétend, mais, dans le monde où l’on vit, ce serait un exploit, bien que chacun ait probablement gardé quelque part en lui, un peu de sa propre innocence…
Avishaï a donc reconstitué un trio avec encore de nouveaux musiciens semble-t-il, au piano c’est Itay Simhovich, vingt-deux ans, qui joue, mais parfois Avishaï Cohen se glisse également dans le rôle du pianiste, pour la batterie ils sont également deux à se partager le rôle, entre Eviatar Slivnik qui a trente ans, et Jeff Ballard sur quatre pièces.
Ainsi Avishaï fait-il place à la jeunesse et au renouvellement des générations, un rôle qu’il aime jouer en parrainant de nouvelles pousses. Se glisse également au milieu des compos, une dont il n’est pas l’auteur, celle qui donne son nom à l’album, « Eternal Child » écrite par Chick Corea, qui pourrait être qualifié comme étant son mentor.
En effet Chick Corea a été impressionné par le contrebassiste qui a joué six années durant à ses côtés, tant sur « Origin » qu’avec le « Chick Corea New Trio », il a également patronné Avishai dans la parution de quatre albums, « Adama », « Devotion », « Colors » et « Unity ».
Corea a également participé à un album précédent d’Avishaï, en jouant la partie de piano de « Eternal Child », sur l’album « Lyla ». On le voit, Avishai a tiré un grand bénéfice de sa participation comme contrebassiste aux côtés de Chick Corea, c’est à son tour désormais de passer ce même témoin auprès d’autres musiciens…
Chacune des pièces se consacre, ou possède un rapport, avec l’entourage d’Avishai, « Simchover » pour Itay Simhovitch, « Sliv El » pour Eviatar Slivnik, « El Bazita » pour sa compagne, pour « My brues » l’explication est un peu plus fun, car c’est ce qu’entend Avishai quand les japonais évoquent le « blues », ça valait sans doute une chanson…
Un bel album dans un répertoire assez classique, voire conventionnel, avec la formule du trio, piano basse, batterie qui a fait tant d’émules.
Avishai Cohen - Simchover (Official Audio)
Avishai Cohen - El Bazita (Official Audio)
Avishai Cohen - Tonight (Official Audio)
Avishai Cohen - Lookie (Official Audio)
Avishai Cohen - Eternal Child (Official Audio)
Avishai Cohen - Closure (Official Audio)
Il est « mimi » le petit Avishai que l’on voit sur la pochette à l’âge de quatre ou cinq ans, je ne sais si le contrebassiste est resté un éternel enfant comme il le prétend, mais, dans le monde où l’on vit, ce serait un exploit, bien que chacun ait probablement gardé quelque part en lui, un peu de sa propre innocence…
Avishaï a donc reconstitué un trio avec encore de nouveaux musiciens semble-t-il, au piano c’est Itay Simhovich, vingt-deux ans, qui joue, mais parfois Avishaï Cohen se glisse également dans le rôle du pianiste, pour la batterie ils sont également deux à se partager le rôle, entre Eviatar Slivnik qui a trente ans, et Jeff Ballard sur quatre pièces.
Ainsi Avishaï fait-il place à la jeunesse et au renouvellement des générations, un rôle qu’il aime jouer en parrainant de nouvelles pousses. Se glisse également au milieu des compos, une dont il n’est pas l’auteur, celle qui donne son nom à l’album, « Eternal Child » écrite par Chick Corea, qui pourrait être qualifié comme étant son mentor.
En effet Chick Corea a été impressionné par le contrebassiste qui a joué six années durant à ses côtés, tant sur « Origin » qu’avec le « Chick Corea New Trio », il a également patronné Avishai dans la parution de quatre albums, « Adama », « Devotion », « Colors » et « Unity ».
Corea a également participé à un album précédent d’Avishaï, en jouant la partie de piano de « Eternal Child », sur l’album « Lyla ». On le voit, Avishai a tiré un grand bénéfice de sa participation comme contrebassiste aux côtés de Chick Corea, c’est à son tour désormais de passer ce même témoin auprès d’autres musiciens…
Chacune des pièces se consacre, ou possède un rapport, avec l’entourage d’Avishai, « Simchover » pour Itay Simhovitch, « Sliv El » pour Eviatar Slivnik, « El Bazita » pour sa compagne, pour « My brues » l’explication est un peu plus fun, car c’est ce qu’entend Avishai quand les japonais évoquent le « blues », ça valait sans doute une chanson…
Un bel album dans un répertoire assez classique, voire conventionnel, avec la formule du trio, piano basse, batterie qui a fait tant d’émules.
Avishai Cohen - Simchover (Official Audio)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle
Large Unit With Akira Sakata – Hohai Bushi – (2026)
Paal Nilssen-Love est notre héros ici, c’est lui qui a mis sur pied ce « Large Unit », véritable machine de guerre prête à déferler entre nos oreilles avec la puissance des dragons, beaucoup de jeunes musiciens sont regroupés ici, quelques moins jeunes aussi, notamment l’invité de marque, l’admirable Akira Sakata, au sax alto, à la clarinette en si bémol, et aussi comme récitant, quand il dira le poème, vers la seizième minute, « Ce que le mort a laissé derrière lui », de Shuntaro Tanikawa, avec cette emphase toute japonaise, qui régale vraiment…
C’est assez massif, lent et majestueux, on avance à la vitesse d’un pachyderme, en fondant la foule qui exprime sa joie d’être là, juste être là et partager cette fête, cette cérémonie, avec cette musique incroyable, belle et de bonne tenue, qui ne s’arrête jamais, qui avance par bribes et entêtement, sans se presser.
Ils sont quinze et il faudrait tous les nommer, les trois percussionnistes joueurs de gong, dont deux sont également batteurs, deux contrebassistes, dont un qui joue du shakuhachi aussi, le joueur de guitare, et l’autre à l’accordéon, tuba, trombone et trompette sont bien rangés et des joueurs de flûte qui jouent également des saxs alto, ténor et baryton, et Andreas qui jouent de différentes clarinettes…
Bon, on voit que cet album n’est pas comme les autres, mais il se tient et ne profite pas de sa puissance pour bousculer ce qui se trouve devant lui, sans crier gare…
Akira Sakata revient vers la trente et unième avec un discours à nouveau en direct de l’orient le plus extrême, il crie un peu et s’agite en grognant, avec une voix un peu menaçante qui, forcément, fait un peu peur, mais heureusement, nous sommes perchés sur un éléphant, ce qui nous donne force et protection, enfin théoriquement, car on sent bien que tout peut arriver et que le danger est tout autour de nous…
D’autant que le Sakata semble aller moins fort, le bougre a dû subir l’assaut d’une écharde en se déplaçant, ou se blesser en rangeant son sabre de samouraï… Puis tout redémarre, plus vite et plus fort, puis très vite et très fort, tout s’agite et bouscule, ça y est, la quarante-deuxième arrive avec les renforts qui grondent et tout le monde s’agite et brasse l’air, c’est phénoménal et éléphantesque, on se doutait bien que cela pourrait arriver et nous y sommes !
Ce peusse que cela s’enfle ainsi jusqu’à la cinquante-septième ? Justement Akira revient avec son chant si vaillant, il nous donne du courage et tout semble vouloir s’apaiser, mais ce peusse ? Oui, semble-t-il, flûtes exotiques nous rassurent et nous voici à la cinquantième et tout se calme lentement…
Ainsi s’achève « Hohai Bushi » laissant la place à « Akatombo » un solo d’Akira Sakata de trois minutes, pour dire au revoir…
Hohai Bushi
Paal Nilssen-Love est notre héros ici, c’est lui qui a mis sur pied ce « Large Unit », véritable machine de guerre prête à déferler entre nos oreilles avec la puissance des dragons, beaucoup de jeunes musiciens sont regroupés ici, quelques moins jeunes aussi, notamment l’invité de marque, l’admirable Akira Sakata, au sax alto, à la clarinette en si bémol, et aussi comme récitant, quand il dira le poème, vers la seizième minute, « Ce que le mort a laissé derrière lui », de Shuntaro Tanikawa, avec cette emphase toute japonaise, qui régale vraiment…
C’est assez massif, lent et majestueux, on avance à la vitesse d’un pachyderme, en fondant la foule qui exprime sa joie d’être là, juste être là et partager cette fête, cette cérémonie, avec cette musique incroyable, belle et de bonne tenue, qui ne s’arrête jamais, qui avance par bribes et entêtement, sans se presser.
Ils sont quinze et il faudrait tous les nommer, les trois percussionnistes joueurs de gong, dont deux sont également batteurs, deux contrebassistes, dont un qui joue du shakuhachi aussi, le joueur de guitare, et l’autre à l’accordéon, tuba, trombone et trompette sont bien rangés et des joueurs de flûte qui jouent également des saxs alto, ténor et baryton, et Andreas qui jouent de différentes clarinettes…
Bon, on voit que cet album n’est pas comme les autres, mais il se tient et ne profite pas de sa puissance pour bousculer ce qui se trouve devant lui, sans crier gare…
Akira Sakata revient vers la trente et unième avec un discours à nouveau en direct de l’orient le plus extrême, il crie un peu et s’agite en grognant, avec une voix un peu menaçante qui, forcément, fait un peu peur, mais heureusement, nous sommes perchés sur un éléphant, ce qui nous donne force et protection, enfin théoriquement, car on sent bien que tout peut arriver et que le danger est tout autour de nous…
D’autant que le Sakata semble aller moins fort, le bougre a dû subir l’assaut d’une écharde en se déplaçant, ou se blesser en rangeant son sabre de samouraï… Puis tout redémarre, plus vite et plus fort, puis très vite et très fort, tout s’agite et bouscule, ça y est, la quarante-deuxième arrive avec les renforts qui grondent et tout le monde s’agite et brasse l’air, c’est phénoménal et éléphantesque, on se doutait bien que cela pourrait arriver et nous y sommes !
Ce peusse que cela s’enfle ainsi jusqu’à la cinquante-septième ? Justement Akira revient avec son chant si vaillant, il nous donne du courage et tout semble vouloir s’apaiser, mais ce peusse ? Oui, semble-t-il, flûtes exotiques nous rassurent et nous voici à la cinquantième et tout se calme lentement…
Ainsi s’achève « Hohai Bushi » laissant la place à « Akatombo » un solo d’Akira Sakata de trois minutes, pour dire au revoir…
Hohai Bushi
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle
Berangere Maximin – Tant Que Les Heures Passent – (2008)
Bérangère Maximin est une compositrice électro acousticienne née en soixante-seize à l’Île de la Réunion. Elle a étudié la musique contemporaine au Conservatoire national de région de Perpignan. Son art consiste en un travail perfectionniste dans son propre studio, qu’elle appelle le « Home Sweet Home studio ».
C’est là que tout se passe, pas vraiment d’impro dans de telles conditions, mais une place cependant pour ce qui tient de l’aléatoire, du possible ou de l’inattendu qui survient et s’impose avec force. Cet album Tzadik est son tout premier album…
Oui, je sais, c’est fou ! Et pourtant… Bérangère a compilé ses premiers travaux réalisés entre deux mille quatre et deux mille-huit, les a gravés sur un Cdr et a envoyé le tout chez Zorn, on ne sait jamais…
Le sorcier n’a pas traîné, il répond sous huit jours et s’enthousiasme sur ce qu’il entend, il y a même une courte évocation klezmer sur la pièce « Voyages Morphologiques », il propose de travailler à la parution d’un album après une sélection de quelques titres.
Il n’en fallait évidemment pas davantage à Bérangère pour s’enthousiasmer et se sentir pousser des ailes, et se lancer dans l’écriture du merveilleux « No One Is An Island », paru en deux mille douze, dont je vous avais parlé dans une autre rubrique.
D’évidence c’est essentiellement de l’expérimental, avec voix et textes de temps en temps, on ne peut comparer ce que l’on entend à cette électro qui se vendait au kilomètre dans ces années-là, car il y a ici une véritable personnalité, et une « finition » dans les détails qui frise le perfectionnisme.
Une musicienne à suivre donc, car le meilleur est à venir…
Berangere Maximin - Voyages morphologiques
Bérangère Maximin - Tant Que Les heures Passent
Boudmo
Si Ce N'est Toi
Bérangère Maximin est une compositrice électro acousticienne née en soixante-seize à l’Île de la Réunion. Elle a étudié la musique contemporaine au Conservatoire national de région de Perpignan. Son art consiste en un travail perfectionniste dans son propre studio, qu’elle appelle le « Home Sweet Home studio ».
C’est là que tout se passe, pas vraiment d’impro dans de telles conditions, mais une place cependant pour ce qui tient de l’aléatoire, du possible ou de l’inattendu qui survient et s’impose avec force. Cet album Tzadik est son tout premier album…
Oui, je sais, c’est fou ! Et pourtant… Bérangère a compilé ses premiers travaux réalisés entre deux mille quatre et deux mille-huit, les a gravés sur un Cdr et a envoyé le tout chez Zorn, on ne sait jamais…
Le sorcier n’a pas traîné, il répond sous huit jours et s’enthousiasme sur ce qu’il entend, il y a même une courte évocation klezmer sur la pièce « Voyages Morphologiques », il propose de travailler à la parution d’un album après une sélection de quelques titres.
Il n’en fallait évidemment pas davantage à Bérangère pour s’enthousiasmer et se sentir pousser des ailes, et se lancer dans l’écriture du merveilleux « No One Is An Island », paru en deux mille douze, dont je vous avais parlé dans une autre rubrique.
D’évidence c’est essentiellement de l’expérimental, avec voix et textes de temps en temps, on ne peut comparer ce que l’on entend à cette électro qui se vendait au kilomètre dans ces années-là, car il y a ici une véritable personnalité, et une « finition » dans les détails qui frise le perfectionnisme.
Une musicienne à suivre donc, car le meilleur est à venir…
Berangere Maximin - Voyages morphologiques
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle
J'étais passé à côté de ce disque, merci pour ton partage.Douglas a écrit : ↑mer. 29 juil. 2026 02:41Avishai Cohen Trio – Eternal Child.jpg
Avishai Cohen - Eternal Child – (2026)
Il est « mimi » le petit Avishai que l’on voit sur la pochette à l’âge de quatre ou cinq ans, je ne sais si le contrebassiste est resté un éternel enfant comme il le prétend, mais, dans le monde où l’on vit, ce serait un exploit, bien que chacun ait probablement gardé quelque part en lui, un peu de sa propre innocence…
Avishaï a donc reconstitué un trio avec encore de nouveaux musiciens semble-t-il, au piano c’est Itay Simhovich, vingt-deux ans, qui joue, mais parfois Avishaï Cohen se glisse également dans le rôle du pianiste, pour la batterie ils sont également deux à se partager le rôle, entre Eviatar Slivnik qui a trente ans, et Jeff Ballard sur quatre pièces.
Ainsi Avishaï fait-il place à la jeunesse et au renouvellement des générations, un rôle qu’il aime jouer en parrainant de nouvelles pousses. Se glisse également au milieu des compos, une dont il n’est pas l’auteur, celle qui donne son nom à l’album, « Eternal Child » écrite par Chick Corea, qui pourrait être qualifié comme étant son mentor.
En effet Chick Corea a été impressionné par le contrebassiste qui a joué six années durant à ses côtés, tant sur « Origin » qu’avec le « Chick Corea New Trio », il a également patronné Avishai dans la parution de quatre albums, « Adama », « Devotion », « Colors » et « Unity ».
Corea a également participé à un album précédent d’Avishaï, en jouant la partie de piano de « Eternal Child », sur l’album « Lyla ». On le voit, Avishai a tiré un grand bénéfice de sa participation comme contrebassiste aux côtés de Chick Corea, c’est à son tour désormais de passer ce même témoin auprès d’autres musiciens…
Chacune des pièces se consacre, ou possède un rapport, avec l’entourage d’Avishai, « Simchover » pour Itay Simhovitch, « Sliv El » pour Eviatar Slivnik, « El Bazita » pour sa compagne, pour « My brues » l’explication est un peu plus fun, car c’est ce qu’entend Avishai quand les japonais évoquent le « blues », ça valait sans doute une chanson…
Un bel album dans un répertoire assez classique, voire conventionnel, avec la formule du trio, piano basse, batterie qui a fait tant d’émules.
Avishai Cohen - Simchover (Official Audio)Avishai Cohen - El Bazita (Official Audio)Avishai Cohen - Tonight (Official Audio)Avishai Cohen - Lookie (Official Audio)Avishai Cohen - Eternal Child (Official Audio)Avishai Cohen - Closure (Official Audio)
Avishai Cohen c'est le sens de la tradition, mais ca reste toujours une musique que j'écoute avec plaisir
Chants libres
https://www.youtube.com/watch?v=w_cX4nXtz_Y&t=137s
https://www.youtube.com/watch?v=w_cX4nXtz_Y&t=137s
Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle
Tiens! Il se trouve qu'il devait faire un concert mercredi dernier, à Calvi, mais il a été annulé le jour même sans qu'aucune raison n'ait été avancé, c'est très mystérieux...vox populi a écrit : ↑ven. 31 juil. 2026 19:49
J'étais passé à côté de ce disque, merci pour ton partage.
Avishai Cohen c'est le sens de la tradition, mais ca reste toujours une musique que j'écoute avec plaisir
Ni l'organisation, ni la Mairie, ni le musicien lui-même n'ont évoqué la raison de ce "forfait"...
Finalement hier au soir j'ai regardé à la TV un concert de 2024 à Marciac où il jouait fort bien!
Pour revenir à cet album, "tradition" va bien, mais il n'y chante pas...
We will dance again...
Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle
Telectu, Berrocal – À Lagárdère – (1996)
On se souvient que « Telectu » correspond à l’association de deux musiciens portugais, du joueur de guitare électrique Vitor Rua qui joue également du sitar sur « bacarah Caril », de l’électro sur « volatim », ainsi que des percus sur « arroz crioulo ».
Le pianiste Jorge Lima Barreto est l’autre membre de ce duo. Il joue de la sanza sur « arroz crioulo », du sintetizador sur « volatim », de la batterie sur « berro e cal » et des cordes de piano sur deux autres pièces.
Suite à la rencontre amicale avec le trompettiste Jac Berrocal qui ne joue que de la trompette, une nouvelle association à trois se fit jour, le temps de deux albums, sur une durée de deux années, celui-ci est le second, « À Lagárdère », succédant à « Jazz Off Multimedia ».
Celui-ci est paru sur « Numérica », le label où atterrissent ceux qui enregistrent à l’« Aurastudio », situé à Paços de Brandão, comme le fit le trio, car « Si tu ne vas pas à Lagardère, Lagardère ira à toi ! », c’est-à-dire à l’ Aura Studio, botte de Nevers ou pas !
Bien que cet album ne fît pas grand barouf, il est cependant fameux et bien ficelé. Riche de toutes ses couleurs instrumentales il avance avec pas mal de diversité, ne tombant jamais dans la monotonie ou le manque de fraîcheur, Berrocal ajoute sa patte toujours subtile, avec une délicatesse infinie, c’est à ça qu’on le reconnaît !
Chaque pièce possède son intérêt et même sa nécessité, mais « voltim » est sans doute la plus remarquable avec le fameux sintetizador qui figure un grand orchestre à lui seul et l’électro qui fermente en coulisse. Il faudrait même ajouter l’impro qui s’ajoute avec l’intarissable berocal qui sait mieux que personne tirer des lignes, des flèches et des éclairs venus de là-haut !
Tout ça a été figé en une session, un sept novembre, quelques photos-vignettes ont été prises et sont présentées, témoignant d’une certaine jeunesse, encore…
Telectu, Jac Berrocal - Arroz crioulo
Telectu, Jac Berrocal - Bricollage
Je rajoute ce petit extrait de concert, qui n'est pas extrait de l'album, très juste côté qualité son...
Telectu + Jac Berrocal @ Gulbenkian, Lisboa (1996/06/22)
On se souvient que « Telectu » correspond à l’association de deux musiciens portugais, du joueur de guitare électrique Vitor Rua qui joue également du sitar sur « bacarah Caril », de l’électro sur « volatim », ainsi que des percus sur « arroz crioulo ».
Le pianiste Jorge Lima Barreto est l’autre membre de ce duo. Il joue de la sanza sur « arroz crioulo », du sintetizador sur « volatim », de la batterie sur « berro e cal » et des cordes de piano sur deux autres pièces.
Suite à la rencontre amicale avec le trompettiste Jac Berrocal qui ne joue que de la trompette, une nouvelle association à trois se fit jour, le temps de deux albums, sur une durée de deux années, celui-ci est le second, « À Lagárdère », succédant à « Jazz Off Multimedia ».
Celui-ci est paru sur « Numérica », le label où atterrissent ceux qui enregistrent à l’« Aurastudio », situé à Paços de Brandão, comme le fit le trio, car « Si tu ne vas pas à Lagardère, Lagardère ira à toi ! », c’est-à-dire à l’ Aura Studio, botte de Nevers ou pas !
Bien que cet album ne fît pas grand barouf, il est cependant fameux et bien ficelé. Riche de toutes ses couleurs instrumentales il avance avec pas mal de diversité, ne tombant jamais dans la monotonie ou le manque de fraîcheur, Berrocal ajoute sa patte toujours subtile, avec une délicatesse infinie, c’est à ça qu’on le reconnaît !
Chaque pièce possède son intérêt et même sa nécessité, mais « voltim » est sans doute la plus remarquable avec le fameux sintetizador qui figure un grand orchestre à lui seul et l’électro qui fermente en coulisse. Il faudrait même ajouter l’impro qui s’ajoute avec l’intarissable berocal qui sait mieux que personne tirer des lignes, des flèches et des éclairs venus de là-haut !
Tout ça a été figé en une session, un sept novembre, quelques photos-vignettes ont été prises et sont présentées, témoignant d’une certaine jeunesse, encore…
Telectu, Jac Berrocal - Arroz crioulo
Telectu, Jac Berrocal - Bricollage
Je rajoute ce petit extrait de concert, qui n'est pas extrait de l'album, très juste côté qualité son...
Telectu + Jac Berrocal @ Gulbenkian, Lisboa (1996/06/22)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle
Chet Baker – Shine (2026)
Chet Baker, encore, qui n’en finit pas de mourir… Celui-ci date du neuf décembre quatre-vingt-sept, à Ferrara, en Italie, cinq mois avant de s’envoler définitivement, de quitter la terre une bonne fois, pour enfin dire au revoir… une bonne fois…
Ça fait pourtant des années, des dizaines, qu’on le regarde nous quitter, un autre petit « bye,bye », une nouvelle fois, quelques jours après la fois d’avant, et avant la fois d’après, des « au revoir » en pagaille qui, à chaque fois bouleversent, comme s’il s’agissait toujours et toujours de la dernière fois…
Était-il encore vaillant ? A-t-il joué ? Ou a-t-il déserté la salle, la queue pendante ? Et les paroles, les a-t-il encore oubliées ? Les gens ont-ils pleurés ? La main frottant les yeux sur lesquels une poussière s’est malencontreusement posée, a-t-elle négligemment essuyé des larmes hâtivement descendues et précipitées par leur poids, jusqu’à ce que tout coule jusqu’au cœur serré…
Ils sont tous pétés sur scène, sauf le contrebassiste allemand Rocky Knauer qui est dans un état proche de la normalité, c’est le pilier, il est solide et l’œil est vif. Nicola Stilo, le flûtiste italien, joue également de la guitare, c’est bien qu’il soit là, il prend quelques solos et permet à Chet de tenir bon sur la durée, il le connait bien, Chet, ils partagent aussi les mêmes passions, certains diront les mêmes vices, mais c’est une question d’optique…
Le pianiste est français, un des tout bons, Michel Graillier, du solide de chez solide, Chet est bien entouré et le trip se passe plutôt bien, dès la première piste, « Night Bird » un standard de Pieranunzi, qui sonne bien au « Teatro Estense ». Cette édition deux mille vingt-six fait également plaisir avec trois titres bonus qui légitiment le double Cd, et que n’offre pas la version vinyle !
Tout s’annonce donc bien, « Conception » qui suit est finement exécutée et balance be-bop, s’il avait dû se lever et dire « au revoir » à la compagnie, ce serait déjà fait, la dope est bonne et ça va tenir, à l’heure du solo, Chet se montrera vaillant !
Chanter, j’aime quand il chante, c’est là qu’il me soulève le plus, sa voix c’est sa trompette, et son chant n’est qu’un remake du chant de l’instrument, ce ne sera pas très long, « Almost Blue » de Costello, trois minutes et vingt-six secondes…
Le visage qui se rapproche du micro, les rides qui se dessinent et le font ressembler à un vieux guerrier sioux, ou navajo, la guitare qui arrive et la voix, fragile et fluette, qui semble s’alourdir dans un premier temps, chaque syllabe est difficile à placer, qui s’enfonce comme une botte dans la boue, on le sait sans surprise, ce sera dur, la voix du « Petit Prince » d’autrefois est déjà partie vers les Paradis de là-haut…
Mais pourtant, contre toute attente, il envoie encore, avec « I’m A Fool To Want You », qu’interprétait autrefois Sinatra, et le timbre semble se raffermir, même les notes aigues vibrent et le public est enthousiasmé, il applaudit son héros et lui accorde un moment d’éternité bien mérité, Chet est un Prince Indien qui soutient le ciel avec les notes de sa trompette et la douceur de sa voix !
Et il chante encore, il n’en peut plus de chanter, sa voix s’améliore, il rajeunit c’est sûr, « You’d Be So Nice To Come Home To » de Cole Porter, la pièce épuise le premier Cd qui passe la main à « But Not For Me » sur le Cd deux, un standard qu’il chante à chaque concert, signé par les Gershwin, il excelle et retrouve toute sa fragilité, cet entre-deux accroché pour une part à la terre encore, le temps de quelques mois, mais alors, dans le secret de la nuit, personne ne le sait…
Un autre standard encore, le superbe « In A Sentimental Mood », pièce fétiche de Chet, qui se protège derrière un répertoire classique connu par tous les jazzmen, car il ne voyage qu’avec sa trompette, quelques grammes, et la valise, seul, les musiciens changent souvent à chaque concert, un coup de fil ou deux et on convient d’une date, un ou deux intermédiaires s’occupent de la mise en place…
« Just Friends » justement fait partie du répertoire, dernière pièce avant les bonus. Ces-derniers sont davantage inconnus, « Margarine », « Arborway » et « Zingaro » de Carlos Jobim pour finir, pièce peu jouée par Chet, qui arrive ici, comme un cadeau…
Alors oui, forcément, un super album !
Conception
Almost Blue
I'm Fool To Want You
But Not For Me
In A Sentimental Mood
Zingaro
Chet Baker, encore, qui n’en finit pas de mourir… Celui-ci date du neuf décembre quatre-vingt-sept, à Ferrara, en Italie, cinq mois avant de s’envoler définitivement, de quitter la terre une bonne fois, pour enfin dire au revoir… une bonne fois…
Ça fait pourtant des années, des dizaines, qu’on le regarde nous quitter, un autre petit « bye,bye », une nouvelle fois, quelques jours après la fois d’avant, et avant la fois d’après, des « au revoir » en pagaille qui, à chaque fois bouleversent, comme s’il s’agissait toujours et toujours de la dernière fois…
Était-il encore vaillant ? A-t-il joué ? Ou a-t-il déserté la salle, la queue pendante ? Et les paroles, les a-t-il encore oubliées ? Les gens ont-ils pleurés ? La main frottant les yeux sur lesquels une poussière s’est malencontreusement posée, a-t-elle négligemment essuyé des larmes hâtivement descendues et précipitées par leur poids, jusqu’à ce que tout coule jusqu’au cœur serré…
Ils sont tous pétés sur scène, sauf le contrebassiste allemand Rocky Knauer qui est dans un état proche de la normalité, c’est le pilier, il est solide et l’œil est vif. Nicola Stilo, le flûtiste italien, joue également de la guitare, c’est bien qu’il soit là, il prend quelques solos et permet à Chet de tenir bon sur la durée, il le connait bien, Chet, ils partagent aussi les mêmes passions, certains diront les mêmes vices, mais c’est une question d’optique…
Le pianiste est français, un des tout bons, Michel Graillier, du solide de chez solide, Chet est bien entouré et le trip se passe plutôt bien, dès la première piste, « Night Bird » un standard de Pieranunzi, qui sonne bien au « Teatro Estense ». Cette édition deux mille vingt-six fait également plaisir avec trois titres bonus qui légitiment le double Cd, et que n’offre pas la version vinyle !
Tout s’annonce donc bien, « Conception » qui suit est finement exécutée et balance be-bop, s’il avait dû se lever et dire « au revoir » à la compagnie, ce serait déjà fait, la dope est bonne et ça va tenir, à l’heure du solo, Chet se montrera vaillant !
Chanter, j’aime quand il chante, c’est là qu’il me soulève le plus, sa voix c’est sa trompette, et son chant n’est qu’un remake du chant de l’instrument, ce ne sera pas très long, « Almost Blue » de Costello, trois minutes et vingt-six secondes…
Le visage qui se rapproche du micro, les rides qui se dessinent et le font ressembler à un vieux guerrier sioux, ou navajo, la guitare qui arrive et la voix, fragile et fluette, qui semble s’alourdir dans un premier temps, chaque syllabe est difficile à placer, qui s’enfonce comme une botte dans la boue, on le sait sans surprise, ce sera dur, la voix du « Petit Prince » d’autrefois est déjà partie vers les Paradis de là-haut…
Mais pourtant, contre toute attente, il envoie encore, avec « I’m A Fool To Want You », qu’interprétait autrefois Sinatra, et le timbre semble se raffermir, même les notes aigues vibrent et le public est enthousiasmé, il applaudit son héros et lui accorde un moment d’éternité bien mérité, Chet est un Prince Indien qui soutient le ciel avec les notes de sa trompette et la douceur de sa voix !
Et il chante encore, il n’en peut plus de chanter, sa voix s’améliore, il rajeunit c’est sûr, « You’d Be So Nice To Come Home To » de Cole Porter, la pièce épuise le premier Cd qui passe la main à « But Not For Me » sur le Cd deux, un standard qu’il chante à chaque concert, signé par les Gershwin, il excelle et retrouve toute sa fragilité, cet entre-deux accroché pour une part à la terre encore, le temps de quelques mois, mais alors, dans le secret de la nuit, personne ne le sait…
Un autre standard encore, le superbe « In A Sentimental Mood », pièce fétiche de Chet, qui se protège derrière un répertoire classique connu par tous les jazzmen, car il ne voyage qu’avec sa trompette, quelques grammes, et la valise, seul, les musiciens changent souvent à chaque concert, un coup de fil ou deux et on convient d’une date, un ou deux intermédiaires s’occupent de la mise en place…
« Just Friends » justement fait partie du répertoire, dernière pièce avant les bonus. Ces-derniers sont davantage inconnus, « Margarine », « Arborway » et « Zingaro » de Carlos Jobim pour finir, pièce peu jouée par Chet, qui arrive ici, comme un cadeau…
Alors oui, forcément, un super album !
Conception
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle
Brötzmann / Nilssen-Love – Levontin 7 - (2017)
Un album paru en deux mille dix-sept, sans titre, sinon « Levontin 7 » sur la pochette, au-dessous du nom des deux musiciens-auteurs du forfait, Brötzmann et Nilssen-Love. Au dos de la pochette, avec la même police d’écriture, « Tel Aviv – 30th March 2015 », le lieu et la date d’enregistrement, sans autre forme de procès…
Une seule pièce qui dépasse à peine les quarante-quatre minutes, Brötz aux anches et Nilssen-Love à la batterie, deux cogneurs en quelque sorte. Parce que ça fonce, droit devant, comme un taureau qui entre dans l’arène avec, dans l’idée, le projet de régler les comptes !
Puis plus rien, alors il gronde, ça gronde, ça tape et ça hurle, comme le fier taureau qui tourne, en quête d’une proie qui se dérobe sans cesse, avec malice et lâcheté, planquée dans le décor, tout le monde connaît la fin du film, toutes tripes dehors…
D’ailleurs, après onze minutes héroïques, le vieux Brötz économise un peu le souffle, le mufle est toujours un peu humide, mais on sent poindre une sorte de ralentissement, à treize unités et trente secondes il pose son arme, et le seul jeune et fougueux Nilssen-Love bat des tambours.
Tranquille et sans en faire trop, mais très technique tout de même, il épate encore, un peu avant dix-sept, le vieux lâche à nouveau les chevaux, ça rue dans les brancards, il souffle à nouveau comme un damné, toujours le ténor dans le prolongement de la bouche et des avant-bras, il éructe encore et se vide de son trop plein d’énergie, jusqu’au cri…
Ça le fait, le public de Tel Aviv le regarde, halluciné, la vieille tête de taureau en lâche encore un peu, puis Paal cesse de frapper les peaux et le vieux solitaire chante son chant de nuit, seul dans l’immensité du silence qui se fait, il emmène la foule dans son voyage…
Les tambours reviennent alors et chantent des rythmes sacrés qui donnent envie de marcher dans les prairies qui sont là, devant… La procession prend forme et Brötz avance sous la lune, sa silhouette se découpe, noire devant le cercle blanc, entouré d’un halo, lentement la force du saxo décroît et Paal balance un break que rejoint…
Brötz avec le tárogató, il aime cet instrument à vent venu de Hongrie, dont il joue quasiment à chaque concert, il souffle doux, et laisse le vent qui traverse la prairie s’attarder autour de sa tête, il dépose une sorte de baume bienfaisant, c’est que c’est un sorcier de force sept, comme l’indique le chiffre sur la pochette, placé après « Levontin » : on le voit tout s’explique et prend forme !
Mais la musique du shaman s’installe à nouveau et entraîne la foule dans les rues de Tel Aviv pour laisser passer la foule, et voici que, telle la Mer Rouge qui le fit un jour, les voies s’écartent en faisant place à la prairie sacrée, d’un jaune palpitant sous le souffle léger du vent…
Brötz est grand ce soir, il souffle jusqu’au bout de la route, et voici que la foule applaudit…
Levontin 7
Un album paru en deux mille dix-sept, sans titre, sinon « Levontin 7 » sur la pochette, au-dessous du nom des deux musiciens-auteurs du forfait, Brötzmann et Nilssen-Love. Au dos de la pochette, avec la même police d’écriture, « Tel Aviv – 30th March 2015 », le lieu et la date d’enregistrement, sans autre forme de procès…
Une seule pièce qui dépasse à peine les quarante-quatre minutes, Brötz aux anches et Nilssen-Love à la batterie, deux cogneurs en quelque sorte. Parce que ça fonce, droit devant, comme un taureau qui entre dans l’arène avec, dans l’idée, le projet de régler les comptes !
Puis plus rien, alors il gronde, ça gronde, ça tape et ça hurle, comme le fier taureau qui tourne, en quête d’une proie qui se dérobe sans cesse, avec malice et lâcheté, planquée dans le décor, tout le monde connaît la fin du film, toutes tripes dehors…
D’ailleurs, après onze minutes héroïques, le vieux Brötz économise un peu le souffle, le mufle est toujours un peu humide, mais on sent poindre une sorte de ralentissement, à treize unités et trente secondes il pose son arme, et le seul jeune et fougueux Nilssen-Love bat des tambours.
Tranquille et sans en faire trop, mais très technique tout de même, il épate encore, un peu avant dix-sept, le vieux lâche à nouveau les chevaux, ça rue dans les brancards, il souffle à nouveau comme un damné, toujours le ténor dans le prolongement de la bouche et des avant-bras, il éructe encore et se vide de son trop plein d’énergie, jusqu’au cri…
Ça le fait, le public de Tel Aviv le regarde, halluciné, la vieille tête de taureau en lâche encore un peu, puis Paal cesse de frapper les peaux et le vieux solitaire chante son chant de nuit, seul dans l’immensité du silence qui se fait, il emmène la foule dans son voyage…
Les tambours reviennent alors et chantent des rythmes sacrés qui donnent envie de marcher dans les prairies qui sont là, devant… La procession prend forme et Brötz avance sous la lune, sa silhouette se découpe, noire devant le cercle blanc, entouré d’un halo, lentement la force du saxo décroît et Paal balance un break que rejoint…
Brötz avec le tárogató, il aime cet instrument à vent venu de Hongrie, dont il joue quasiment à chaque concert, il souffle doux, et laisse le vent qui traverse la prairie s’attarder autour de sa tête, il dépose une sorte de baume bienfaisant, c’est que c’est un sorcier de force sept, comme l’indique le chiffre sur la pochette, placé après « Levontin » : on le voit tout s’explique et prend forme !
Mais la musique du shaman s’installe à nouveau et entraîne la foule dans les rues de Tel Aviv pour laisser passer la foule, et voici que, telle la Mer Rouge qui le fit un jour, les voies s’écartent en faisant place à la prairie sacrée, d’un jaune palpitant sous le souffle léger du vent…
Brötz est grand ce soir, il souffle jusqu’au bout de la route, et voici que la foule applaudit…
Levontin 7
We will dance again...