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أحمد [Ahmed] – Giant Beauty – (2024)
Un album que j’ai coché depuis assez longtemps, souvent assez coûteux car c’est un coffret de cinq Cds avec un beau livret assez épais, et puis je l’ai choppé en Suède, en état neuf et dans des conditions correctes. Il y a trois heures quarante-cinq de musique, si je me fie à la durée des Cds qui tournent tous autour des quarante-cinq minutes.
Il y a comme une mode autour de ce coffret, une sorte de « hype », un bruit qui avance et en fait un objet désiré, même par ceux qui ne savent pas trop de quoi il retourne, mais il suffit de chercher un tout petit peu pour identifier cet [ahmed] un poil mystérieux…
Il s’agit d’Ahmed Abdul-Malik, contrebassiste et joueur de oud, il est né le trente janvier mille neuf cent vingt-sept et est décédé le deux octobre quatre-vingt-treize. « Aïe, me direz-vous, il y a là un loup ! » En effet, [ahmed] est le nom de la formation qui joue et interprète des pièces du oudiste-contrebassiste, mais dans le style d’aujourd’hui !
Les musiciens sont donc pat thomas au piano, seymour wright au saxophone alto, joel grip à la contrebasse et antonin gerbal à la batterie. Cinq pièces sont jouées, une par Cd, chacune a été captée lors d'une résidence au Festival « For Other Music » de Stockholm, au rythme d’une par soirée, entre le dix et le quatorze août deux mille vingt-deux.
La première se nomme « nights on saturn », c’est souvent du free, avec des passages carrément « bourrins » où ça tape fort, lourd et intense, de façon répétitive. C’est malgré tout très efficace, voire brutal, évoquant, d’une certaine façon, une tradition type black métal, qui pourrait rallier un nouveau public, et c’est ce qui semble se passer…
La seconde pièce, « oud blues » correspond donc au second Cd, peut-être encore plus accessible car elle plonge davantage aux racines, mais on retrouve le même entêtement bravache, avec des répétitions insistantes qui burinent encore, c’est très efficace et « sans trêve ni repos » comme disait l’autre …
Le Cd trois est occupé par « african bossa nova » avec une section rythmique qui joue à fond le jeu, y compris pat thomas au piano qui balance le thème en moult exemplaires, comme souvent ils jouent tous, en balançant des salves qui nous prennent la tête.
Ce mode est assez autiste, il nous transforme en zombies sans difficulté, des corps qui se balancent en répétant à l’infini le même mouvement, jusqu’à ce que la musique maîtresse nous ordonne une variation, infime ou pas, on se met au pas…
Seymour wright souffle comme un damné, il hurle aussi, crie et balance des sorts, il sait se montrer également répétitif et s’avère balaise dans la perf du disque rayé, lui aussi aime les variations minimes qui font avancer la machine au millimètre, lui aussi est capable de souffler vingt fois la même note, avant qu’elle ne vacille, légèrement cabossée, il la relance à l’envie vers l’assemblée robotisée…
Le Cd quatre, avec « rooh (the soul) » se différencie des précédents par l’ajout d’une sorte de drone puissant qui s’intègre à la masse orchestrale, engageant une nouvelle dimension texturale autour de laquelle les sons s’étirent et se déploient.
On apprécie à nouveau le rôle de la contrebasse centrale avec le piano prépondérant qui titille côté droit et le sax alto, sans doute trafiqué, qui tisse de longs turbans dans le spectre gauche. On frôle ainsi une forme de tension toute coltranienne, apte à déboucher sur une transe…
La dernière pièce du coffret, « El Haris (Anxious) » s’apparente à une tension savamment entretenue, on y retrouve les axes répétitifs constellés de petites variations qui organisent une sorte de montée.
Un coffret à écouter !
Nights on Saturn
Oud Blues
African Bossa Nova
Rooh (The Soul)
El Haris (Anxious)