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par whereisbrian » lun. 16 nov. 2020 08:26
Elle s'appelle Rose.
Roger était assis dans la salle d’attente de chez le médecin.
Sur un fauteuil en osier de plastique tressé rouge, qui avait vécu.
Il ne bougeait plus car chaque déplacement engendrait un pincement désagréable du gras superficiel de sa fesse.
Ou alors générait une sensation d’enfoncement ponctuel, stoppée net par un nouveau pincement beaucoup moins superficiel du gras de la fesse. Roger était assez énervé.
D’autant qu’à sa droite une mémé à la mise en plis bleu électrique reniflait sans cesse en tirant sur la laisse de son chien laid, qui ne cessait de vouloir s’agripper à la jambe du voisin de gauche de Roger, afin de satisfaire un besoin à caractère sexuel trop longtemps réprimé. Lequel voisin lattait discrètement le chien en le poussant sans ménagement,
à l'aide d’une de ses tongs en plastique jaune.
Cet homme avait une main dont l’index, oint dans un sparadrap, suppurait, et il lisait par intermittence, un opuscule intitulé Principe De La Guerre Révolutionnaire.
Il est velu du haut, observa Roger, car son débardeur siglé Che Guevara, outre l'exhalaison de bouffées malodorantes, ne cachait rien de sa toison de poitrine abondante et bouclée.
‘Tain, se dit Roger, in petto, une heure déjà dans cette réserve pour dégénérés, je vais craquer !
Il se concentra sur la reproduction du Mont Saint Michel accrochée en face de lui, avec les petits moutons devant.
Que de souvenirs ! La visite du musée médiéval avec les faux chevaliers, la crêpe au sucre, et le décolleté implacable d’Ursula qui ne l’avait pas encore qualifié de pervers dégénéré, en hurlant lorsqu’il avait sorti de la valise le rouleau de 10 mètres de câble pour l’attacher au lit avant de procéder à diverses manipulations.
-Monsieur Branchie ?
-Oui ?
Le Docteur Plinche va vous recevoir.
-C’ééééééééééééééétait paaaaaaaaaaaaaaaaaaas moooooooooooooon tooooooooooooooouuuuuuuuuuuuuuuuur ?
chevrota la mémé
-NON NON NON Mamie, c’est à MOI qu’elle cause la vieille ?
Elle ne craint pas des représailles hein, du style un bon coup de pompe
dans la tronche du chienchien pour la calmer ?
s'écria Roger.
-Voooooooooooooooouuuuuuus êêêêêtes OOOOOOdieux, jeuuuuuuuuune
Hooooooooooooommmme mon kiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiikiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !
-Calmez-vous, Madame Hachtbourpe, ce monsieur ne veut AUCUN MAL à votre Ki-ki,
intervint le docteur.
-Si, je vais lui faire la peau
ajouta Roger
Le praticien s'adresse à sa secrétaire:
-Je vois que Monsieur Branchie a de nouveau une CRIIIIIIIIIIIIIIIIIIIISE
FAITES LE ENTRER Sybille !
-Mooooooooooooooooooo Kikiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !
hurla la mémé.
-C’est i-nad-mi-ssible
intervint le voisin
Menacer cette pauvre vieille, quelle honte !
-Toi, ta gueule le mongol, je t’ai VU aussi essayer de pourrir ce chien discrètement
-QUOI pourrrir MON Kikkkkkkkkkkkkkkkkkkkkkkkkkkiiiiiiiiiiiiii !
-Il suffit,
-ajouta le Docteur Plinche
- Je vous sens un peu TENDU, Monsieur Branchie, non ?
-SYBILLE !
-Docteur ?
-Faîtes chauffer le bang.
-NON DOCTEUR, pas encore de GANG BANG, pitiééééé …
-Espèce de gourdasse, pas de gang bang, le BANG
(il se tourne vers Roger)
-Sybille, Monsieur Branchie, est sourde, de ce fait, elle entend ce qui n’est pas,
bon, qu’est-ce qui vous amène ?
-Je crains d’être devenir fou, Docteur, des obsessions et des pulsions maladives m’assaillent
-Guerrier ?
-Pardon ?
-Guerrier Masaï hi hi hi c’est une petite plaisanterie anodine d’ordre privé,
parlez moi de votre enfance, Monsieur Branchie
-Rien que de très banal, Docteur, mon père, excellent boxeur, passait sur son tourne-disque la Traviato,
quand j’avais, je crois, 10 ans
-Ta. Traviata.
-Non, To. Il disait, demain je me lève tât, alors écoutons la Traviato,
-Tss tss, vous modifiez vos souvenirs, substance de vos rêves, pour les conformer à vos désirs, et votre mère ?
SYBILLLLLLLLLLLLLLE, alors ce bang, il VIENT ?
-NON MONSIEUR, PAS de gang bang, je serai votre créature soumise à tous vos
fantasmes les plus zabjects mais je me refuse à
-Le BANG, Sybile, B A N G, et votre mère alors, Monsieur Branchie ?
-Ah, une sainte femme, elle se promenait nue sous la véranda, ceinte d’un régime de 3 bananes,
et m’administrait des dictées en frappant mon petit frère Jean, qui pleurait, pleurait, en torturant le chat.
-Intéressant. Jean torturait le chat ?
-Oui, combien de fois j’ai consolé cette pauvre bête, cette petite boule de fourrure innocente qui miaulait à cœur fendre.
-Eprouviez-vous du désir pour votre mère, petit,
pour Jean, petit 2
pour le chat petit 3 ?
-J’aurais du ?
-En effet, c’est oedipien. Œdipe, aime sa mère et veut tuer son père,
ce qui est vraiment très con, vous l’avouerez, n’est-ce-pas ?
-Mon père était boxeur et moi chétif, alors tuer un père boxeur pour épouser une femme presque nue, pas aisé.
-Certes, Monsieur Branchie, mais je cherche des pistes,
-le chat alors ?
-Le chat ?
-LE FELIN, Monsieur Branchie, symbole d’une sexualité débridée et diabolique, par Odin, le MI-NOU !
-PAS LE MINOU, Docteur !
-Silence, Sybille, cessez d’écouter aux portes, répondez donc Monsieur Branchie.
-Le chat était mon ami. Nous nous consolions mutuellement, dîtes, Docteur,
votre truc c’est freudien, hein, mais, j’ai lu dans Libernation, un article de Mitchell
Humphrey pas terrible sur la pchittanalyse.
-Vous voulez guérir ?
-Oui, intensément
-Et de quoi ? c’est ballot, je vous fais parler de votre enfance, et je ne sais rien
de votre pathologie.
-euh, le chat s’appelait Clarence, comme le lion bigleux du feuilleton
-Vous CHANGEZ de conversation, vous fuyez
-Et il ronronnait en se frottant.
-Un chat ou une chatte ?
-PAS LA CHA
-SILENCE Sybille !
quelle est donc cette perversion invalidante, Monsieur Branchie
-Je suis
-Vous êtes ?
-Audiophile, Docteur, audiophile.
-Docteur Audiophile ?
quelle spécialité, chirurgie, proctologie, naturopathe ?
PAS DOCTEUR, mais audiophile, docteur …
-PAS AU DOCTEUR, docteur, PAS AU DOCTEUR, PAS ENCORE !
(hurle Sybille)
-Audiophile pfff pfff et c’est grave, et cela consiste en quoi ?
-C’est cette perversion a-bo-mi-na-ble qui m’a conduit chez vous, Docteur,
je ne cherche pas un bandage sur une jambe de bois, que vous m’aidiez juste à
-PAS DE BONDAGE DOCTEUR !
-MAIS, ma douce Sybille
(il fait un clin d’œil à son patient)
rassurez vous, Sybille, nous causions d’un roman attachant de Somerset Maugham,
Of Human Bondage
(on entend Sybille hurler)
-Quels sont les symptômes de l’audiophile ?
-Aberration des sens, esprit critique atténué fortement, paranoïa exarcerbée,
tentative de vie en communauté, abandon de famille ...
-C’est bénin. Je connais un expert, Monsieur Mhi-Thô.
-Mito ?
-Mhi-Thô, un praticien extrême oriental . Toute la sagesse de l’Asie.
il a suivi un cursus dans une pagode secrète de Shangaï
(le docteur parle en chuchotant)
-VOUS parlez tout bas ?
-Effectivement, car Sybille pourrait se méprendre, cursus, pagode
-JE N’ENLEVERAIS PAS MON CHANDAIL, DocTEURR !
-Shangaï, Sybille, Shangaï, d’ailleurs, Monsieur Branchie, Sybille est presque guérie grâce à ce sage!
Allez le voir de ma part, n’oubliez pas, Mhi-Thô.
Roger sort du cabinet du docteur Plinche.
Plusieurs détails l’intriguent. La mémé est allongée sur le sol. Elle tient dans la main un morceau de T-shirt où l’on peut lire Che, le reste est illisible. A côté d’elle, un homme est également allongé. Sa bouche est obstruée par une chose indistincte qui a pu être un chien. Dans son oreille gauche est enfoncé un rouleau de feuilles de papier.
Roger s’approche et déchiffre sur une des feuilles le mot Révolutionnaire.
Il se demande si le mystérieux Mhi-Thô saura lui ôter le goût de l’audiophilie.
Cela le laisse songeur, bigrement songeur.