La page spéciale
(long compte rendu détaillé,
une douzaine de photos inédites
prises par © Sylvie Raymond)
« "LE BIJOU DE GAINSBOURG"
(show intégral, plus de vingt titres)
par BIJOU SVP
(PHILIPPE DAUGA)
le 21 juin 2011
au CAFE DES BEAUX-ARTS (Paris) »
est en ligne depuis aujourd'hui sur ce lien :
http://lachanteusemariefrance.fr.gd/-g- ... k2--.-.htm
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“LE BIJOU DE GAINSBOURG”
(show complet)
de BIJOU SVP
(PHILIPPE DAUGA)
le mardi 21 juin 2011
au CAFE DES BEAUX-ARTS
(Paris) :Deuxième round parisien au Café des Beaux-Arts, après le showcase le 30 mars 2011 au même endroit, pour “Le Bijou de Gainsbourg” de Bijou SVP. Cette fois, il s’agit du show complet, soit une bonne vingtaine de titres.
En ce 21 juin, jour de la fête de la musique, ils jouent à l’extérieur (à l’inverse du concert du 30 mars), sur le trottoir du Café des Beaux-Arts. Cela permet ainsi à quiconque le souhaite d’assister sans problème à ce concert, vu que ce n’est pas la place qui manque. Les personnes passant au hasard de leurs déambulations devant le 7 quai Malaquais s’arrêteront quasiment toutes pendant plusieurs morceaux. Un signe révélateur de l’attractivité implacable du rock’n’roll énergique de Dauga et Bijou. D’ailleurs, pendant “Harley Davidson”, au feu rouge situé à l’angle de la rue des Saints-Pères, un jeune motard se trémoussait en rythme sur son Cheval d’Acier avec le son de basse de Dauga, avant de repartir à toutes berzingues sitôt le feu au vert.
Depuis fin 2010, Philippe Dauga est accompagné de deux nouveaux musiciens, enthousiastes et, à l’évidence, heureux de jouer ce répertoire béni. David Misiti (batterie, choeurs) a une frappe carrée et infaillible, dans la lignée du Dynamite Yan Sound. Christophe Jardon est un guitariste très compétent, au jeu solide, à la hauteur des attentes de Dauga et dans l’esprit live de Bijou. Même si, par la force des choses, aucun guitariste au monde ne pourra égaler le toucher étincelant et inaltérable de Vincent Palmer.
Christophe Jardon chante aussi sur plusieurs morceaux, en duo avec Philippe, ou bien en solo sur un même titre (avec toujours, dans ce cas-là, Dauga aux choeurs sur le refrain) : par exemple, sur “Bonnie And Clyde”.
Mister Dauga, lui, sort à chaque instant d’énormes sons de basse, tour à tour vrombissants, souvent tout cela à la fois. Un vrai bonheur pour les yeux et les oreilles de fans.
A chaque fois qu’on le voit en concert, Copain Dauga est toujours enthousiaste (sans se forcer, juste en étant lui-même), spontané, positif, énergique, joyeux. Que ce soit hors scène ou lorsqu’il se produit en concert.
Il garde intacte la foi dans le rock’n’roll qui habite son coeur, son âme et son esprit de rocker depuis sa plus tendre jeunesse et les folles années Bijou 1977-1981. Ces dernières, d’après les témoignages recueillis ici et là, sont clairement inoubliables pour celles et ceux qui ont eu la chance de les avoir vécues : outre Dauga, Vincent Palmer, Jean-William Thoury, Marie France (et son album “39° de fièvre”, le plus grand disque de l’histoire de la musique électrique)... Sans oublier des fans qui ont côtoyé le groupe et vu en direct les prestations live de Vincent Palmer, Dauga, Dynamite (et Marie France) : par exemple, les soeurs Florence et Nathalie Michelet (venues avec leur chien Dexter), de Meudon-la-Forêt, ou encore Sylvie Raymond, présentes ce soir.
Dauga joue avec un enthousiasme communicatif. Il est heureux de refaire des concerts, de chanter pour des personnes ravies de réentendre en live les chansons de Bijou aux paroles écrites par Jean-William Thoury, ainsi que les reprises fétiches de ce groupe (“Les papillons noirs”, “Les cavaliers du ciel”,“Si tu dois partir”, etc.).
De 21h10 à 23h05 (soit une heure trente de concert au total), “Le Bijou de Gainsbourg” extended version se déroule en trois parties.
Le premier set démarre en trombe avec “Troisième guerre mondiale”. Un titre qui, depuis 2004, ouvre chacune des prestations live de Bijou SVP. La version live est plus pêchue, avec beaucoup plus de guitares, que l’original produit par The Sparks sur le 33 tours “Pas dormir” (1978). Un disque agréable, qui dégage un charme pop sonore sixties soigné.
Allant de l’avant tout en n’oubliant jamais le passé — mythique et magique —, Dauga joue trois de ses dernières créations en trio : d’abord “Autopsy” (2008),
à la rythmique équilibrée et solide. Vient le “Rock de France”, hommage à deux de ses héros français sixties :
« Une basse, une batterie, une guitare / Nous, on joue les père fouettards / De Jacques Dutronc et son cigare / Nous, les play-boys en lunettes noires / Blond châtain et cheveux noirs / Nous, on joue “Les papillons noirs” / D’un mec qui s’appelle Gainsbarre / Tout comme lui, on est en costard (...) »Arrive le rockignolesque “Les rockers de droite” (2006) :
« Alors, celle-là, le texte n'a pas été écrit par n'importe qui : par Didier Wampas (
« ouaaiss !! », lancent les fans sisters rock Nathalie et Florence Michelet, dont c'est ce soir les sincères et chaleureuses retrouvailles avec Dauga)
— ah, je vois qu’il y en a qui connaissent ! »Retour au Bijou de l’époque 1977/1981, lorsque Jean-William Thoury signait les textes du groupe, avec “C’est un animal”. Grâce au tempo lent de cette chanson, la basse de Dauga est très bien mise en valeur entre les couplets et les refrains.
« Avec Bijou, on a toujours beaucoup aimé les instrumentaux. En voici un ! » : il s’agit des “Cavaliers du ciel”. La version du jour est un peu fouillie, tendant vers la démonstration technique option débrouillarde. Elle n’égale pas du tout celles (en studio, puis sur scène) magnifiées par la guitare de Palmer et qui figurent sur la long box intégrale 1977/1981 “Jamais domptés” (sortie en 2000 chez Universal).
Après “C’est encore l’automne”, slow désenchanté tendance Ronnie Bird, voici venu le temps d’
« une reprise de Bob Dylan, interprété en français par le groupe Fairport Convention en 1969 » : “Si tu dois partir”. Les versions musclées de Bijou — celle en studio 1977 ainsi que celles en live (comme ce soir ou celle jouée par Vincent Palmer le 27 juin 2008 au “Nikola Acin Tribute” au Gibus) — pulvérisent la perception baba cool cajun folk mollassonne qu'avait Fairport Convention pour ce titre. Comme pendant tout le concert sur les autres morceaux, Dauga chante à pleine voix, avec coeur, c’est le pied !
La deuxième partie est entièrement consacrée à l’oeuvre de Gainsbourg, revisitée guitares électriques et gros son de basse en avant. Elle démarre sur les chapeaux de roue, brillamment, avec un son Rolls Royce, par “Relax Baby Be Cool” (
« Une chanson qui parle du Klux Klux Klan », explique mister Philippe).
Viennent (dans le désordre) de mémorables versions des tubes “Bonnie And Clyde”, “Je suis venu te dire que je m’en vais”, “Harley Davidson”, chantés et joués de façon vibrante et entière.
En découvrant ces relectures musicalement très rock’n’roll, les puristes du répertoire Gainsbourg — par exemple, ceux qui n’aimeraient avant tout que le Serge G. jazzy chanson française des années 1950 et du tout début des années 1960 — pourraient trouver qu’il s’agit d’un sacrilège. Notamment quand Bijou SVP reprend “La chanson de Prévert” avec un son énorme, qui n’a rien à voir avec la suave et austère version originelle.
Or, justement, par son enthousiasme, sa vitalité, son appétit de vivre, Dauga revisite Gainsbourg avec ses deux nouveaux complices de façon convaincante, énergique, vivante. Comme s’il vivait encore aujourd’hui, qu’il était dans l’assistance. Et qu’il n’était pas l’icône intouchable, inattaquable, officielle, figée, institutionalisée, (morte, en fait...) qu’il est devenu malgré lui après son décès au fil des ans.
“Le Bijou de Gainsbourg”, c’est tout le contraire des nombreux hommages faisandés, officiels, stériles, froids, qui sentent la morgue et les charognards (cf. pour le premier semestre 2011 : les disques “Jacno future”, “Tels Alain Bashung”, ou encore le “Champs-Elysées” spécial Gainsbourg le 19 février sur France 2). Au passage, pourquoi reconnaître le talent et la créativité de nombreux artistes français uniquement après leur décès, alors que de leur vivant, ils étaient quelque peu mis de côté par les médias (ce qui, d'accord, n'était pas le cas de Gainsbourg dans les années 1980) ? Voilà quelque chose de sacrément horripilant...
“Le Bijou de Gainsbourg", c’est un concert joyeux, roots rock’n’roll 100 % bon esprit, avec des imperfections bienvenues, un max' de vibrations positives, comme dans les bandes dessinées de Frank Margerin.
« J’ai eu la chance que Serge m’écrive un titre, “J’en ai autant pour toi”, en 1982. Bon, je n’ai jamais vraiment compris le sens exact des paroles, reconnaît Dauga.
Je me souviens que Serge me dictait par téléphone les paroles qu’il écrivait quasiment en même temps. Mais comme la communication téléphonique passait mal, je lui faisais répéter un mot sur deux parce que je ne comprenais pas ce qu'il disait. Et tout ça juste avant que j’enregistre la chanson en studio. » C’est un bonheur d’entendre en live cette chanson géniale, jamais jouée sur scène par Dauga entre 2004 et 2010 (voire même avant).
Il propose donc une version aéro-pop’n’roll dynamique parfaite de “J'en ai autant pour toi”, pile poil dans l’ambiance de celle qui figure sur son méconnu mais totalement excellent album solo, “Pile ou face” (paru en 1993, et écouté à ce jour pour ma part entre un et deux milliers de fois).
Plus court que les deux premiers (pour cause de couvre-feu à 23h), le troisième set (de 22h35 à 23h05) démarre par “C’est mon avis”, petit boogie rock sympatoche de 2008 au texte faiblard et anecdotique.
Bijou SVP reprend de façon inattendue, surprenante et réussie, pour la première fois sur scène à Paris, l’instrumental rock rhythm’n’blues “Peter Gunn”, avec guitare funky'n'roll de Christophe Jardon.
Ce soir, Dauga et ses acolytes livrent la meilleure version entendue à ce jour de “Betty Jane Rose” (à égalité avec celle figurant sur le 33 tours “En public” de Bijou 1980), ultra pétaradante, au son clair, avec des voix qui portent haut le texte. En intro, Philippe déclare :
« Ecoutez bien le texte, il est très ambigu, avec les mots “Betty”, “Jane”, “Rose”, etc. Mais bon, Serge, il était comme ça. »Pendant les torrides versions des “Papillons noirs” et de “Betty Jane Rose”, un monsieur en costume filme ces deux morceaux. Philippe Dauga improvise dans le micro les présentations au public :
« Il s'agit de Jean-Paul Prioul (« euh, non, Jean-Pierre Prioul », rectifie à son tour de façon amusée le guitariste Christophe
), ah pardon, oui, Jean-Pierre, qui a été le majordome de Serge et Charlotte Gainsbourg.»
« Celle-là, vous la connaissez tous, une chanson de Jacques Dutronc ! » Et c’est parti pour une version 1 2 3 4 carrée sur le plan musical de “La fille du père Noël”. Par contre, Philippe s’emmêle les pinceaux dans les trois couplets, plaçant des vers du deuxième dans le premier, etc. Mais ce n’est pas grave du tout, car c’est chanté avec sincérité et avec l’amour pour le rock’n’roll en français des pionniers sixties. Et surtout avec l’esprit Dauga, revigorant et énergique.
François Guibert
(14 juillet 2011)
Photos : Sylvie Raymond
(21 juin 2011)