Avant 1962, je n’ai pas vraiment d’albums dans ma discothèque — des anthologies, des compilations, tout ce que l’on trouvait en CDs au début des années 1990, lorsque j’ai commencé à monter ma collection —, aussi n’en citerai-je que trois:

“A Maid of Constant Sorrow” Judy Collins
Ah! Judy Collins! Je me sens énamouré comme un vieux Stephen Stills chaque fois que je l’écoute! — Son majestueux soprano, ses choix musicaux toujours percutants! Avec ce premier album, elle montre la belle assurance — Ah! ce petit air amusé et bravache! — que nous envoie l’image la pochette: la jeune fille émancipée (elle a vingt ans), seule avec sa guitare... En réalité, il n’y a pas une, mais deux guitares; un banjo aussi, parfois, un harmonica, mais c’est très sobre, très dépouillé. Cantabile sur la route et le vagabondage (“Maid of constant sorrow”), histoire d’un innocent condamné à mort (“Tom Evans”), chansons d’amour — heureux, malheureux — (”John Riley”, “Sailor’s life”, “Pretty Saro”), péans sur la guerre et la rébellion (“Wars of Germany”, “Bold Fenian men”, “The rising of the moon”), ou encore le piquant momus qu’est “O daddy be gay”, toutes les chansons sont des traditionnels, et Judy les chante avec passion, sa voix, douce et vibrante, titillant la fibre de l’Emotion.

Lightin’ Hopkins: “Blues in my bottle”
Album plus intime encore que celui de Judy Collins: le chanteur, sa guitare, point barre! Album fruste et réconfortant à écouter la nuit, quand les grillons se mettent à chanter où la neige à tomber. Les chansons lentes, dolentes, collent ce bon vieux frisson propre au blues, ce sentiment étrange fait d’amertume et de laissez-aller: “Buddy Brown’s blues”, “Sail on, little girl”, “Death bells”, “Jailhouse blues”, “Catfish blues”; spécialement “Sail on, little girl” pour ses claires envolées de guitare, toutes pour leurs pickings souples et déliés, le phrasé paisible et coulant du chanteur, sa voix chaude, un peu rêche, un peu grinçante.

Judy Garland: “Judy at Carnegie Hall”
Evidement ce n’est pas du rock’ n’ roll! Mais ça déménage! Judy est au music-hall ce que Janis Joplin est au rhythm ‘n” blues: sa vitalité est la même, sa voix dégage autant d’émotion; il suffit d’écouter le fameux “Over the rainbow” pour s’en convaincre, et dans un registre aussi paisible, “You’re nearer” où elle est juste accompagnée par un piano. Sinon c’est l’euphorie assurée avec les trépidants “Zing !went the strings of my heart”, “Swannee” ou “That’s entertainement” — « The world is a stage, The stage is a world of entertainment» !
Bonne idée que ce sujet, Philou, Mais difficile exercice que cette ”condensation”!