Le voilà, mon deuxième coup de cœur : nous avons cité, parmi les glorieux prédécesseurs du Blues Band, Willie Dixon, eh bien c'est de lui dont il s'agit, avec son album "Hidden Charms".
N°26 : WILLIE DIXON "Hidden Charms" 
(blues pulver)
Ce bluesman est surtout connu pour avoir composé un nombre impressionnant de standards du blues, que de nombreux artistes ont créés ou repris. Pour n’en citer que quelques-uns, on pourrait évoquer « Back door man », « Spoonful », « Bring it on home », « Built for comfort », « Hoochie Coochie man », « I Just Want To Make Love To You”, la page Wikipedia nous en donne une liste qui n’est pas exhaustive, bien qu’impressionnante (
http://fr.wikipedia.org/wiki/Willie_Dixon).
C’était aussi un contrebassiste exceptionnel, au jeu très personnel, qui a influencé plusieurs générations, des pionniers du rock n’roll, au néorockabilly, particulièrement Lee Rocker, (Stray Cats) qui popularisa le jeu en « slap », caractéristique du bonhomme. A ce titre, je conseille les albums que Willie Dixon enregistra avec Memphis Slim dans les années 60, où il déploie l’étendue de sa virtuosité tant dans l’accompagnement que dans des solos absolument fabuleux d’imagination, d’efficacité et d’humour. Cet aspect de son talent lui valut de devenir l’accompagnateur attitré des poulains de Chess records, et on peut l’entendre sur une quantité phénoménale d’album de blues et de rock n’roll des 50’s et 60’s, y compris ceux de Chuck Berry et Bo Diddley.
Mais c’était aussi un chanteur, à la voix superbe, profonde, puissante, et l’âge accentua encore ces qualités qu’on retrouve merveilleusement mises en valeur dans l’album dont il est question ici.
En effet, dans cet album, paru en 1991, Willie Dixon se limite aux rôles de chanteur et de compositeur. Pour l’accompagnement, quoi de plus simple que de piocher dans l’immense réservoir de talent, que sa carrière lui a fait côtoyer, on trouve donc des noms illustres :
Lafayette Leake au piano, Red Callender à la contrebasse, Earl Palmer à la batterie, Cash Mc Call aux guitares, Sugar Blue à l’harmonica et T-Bone Burnett au dobro et à la production (tous ces musiciens ont eux aussi leur page wikipedia).
Des gens plutôt âgés, mais qui garantissent l’authenticité du propos et la qualité de l’interprétation.
C’est d'ailleurs ce qui saute aux oreilles à la première écoute, c’est tout bonnement magistral de maitrise, de sobriété et de feeling bien sûr. La première chanson, la plus belle du disque, est poignante, construite sur une rythmique lancinante et un riff dont la beauté n’a d’égal que la simplicité. En quelques mots, Willie Dixon nous explique pourquoi ce sentiment si étrange, mélange de douleur et d’espoir que l’on appelle le blues, est si répandu parmi l’humanité, il nous en fait sentir l’universalité et la permanence. C’est incontestablement un morceau d’anthologie.
La suite reste d’un niveau exceptionnel, bien que plus attendu, avec néanmoins quelques morceaux qui sortent du cadre étroit du blues sans pour autant renier leurs origines.
Du blues, donc, mais du pas banal. C’est là qu’on se rend compte du talent de compositeur de Willie Dixon, qui parvient, en partant d’une base surannée, à créer des ambiances, des climats inhabituels dans ce contexte.
Il me reste à dire un mot des paroles, car Dixon est aussi, mine de rien, un grand parolier. On connait tous les thèmes qu’affectionnent les bluiesmen, et Willie Dixon les a traités dans de nombreux morceaux, ici, il introduit une réflexion un peu désabusée sur quelques aspects de la vie, en privilégiant l’accumulation, avec quelque fois pas mal d’humour, qui reste une des caractéristiques de son style.
Evidemment, si l’on cherche l’aventure, la fureur ou le « jusqu’au-boutisme », cet album décevra, car c’est l’œuvre d’un homme âgé, sur la fin de sa vie, (il décèdera quelques années après l’enregistrement), c'est une sorte de bilan, rassurant dans sa sérénité, un humble mais magnifique retour aux sources.
A l’heure où n’importe quel pékin peut, à la faveur d’un buzz sur internet, devenir une star mondiale, cette légende du blues nous rappelle ainsi, avec son ultime album, ce vieil adage :
«pulver es et in pulverem reverteris” tu es poussière et tu retourneras à la poussière.
Alors pour la poussière d’étoile, c'est ici :
http://www.mediafire.com/?8dxrgnxrga1o8ntA plus
