J'aimerais profiter de ton message pour dire encore aux nouveaux, jeunes ou moins jeunes, qu'il n'y a aucune raison de complexer devant ceux qui en connaissent plus que vous. Dites-vous bien qu'eux aussi, ils ont commencé par le début. :wink:
Tu as lu Bourdieu Witchy Cow ?
Les goûts musicaux dépendent de tout un tas de choses très complexes : l'environnement et l'héritage familial, l'âge (c'est capital ! peut être plus que la classe sociale), les titres scolaires, le statut social et pire encore le lieu d'habitation : un célibataire parisien ou lyonnais "branché" avec bac +6 (doté de pas mal d'argent de poche et surtout de médiathèques pléthoriques) aura forcement plus d'opportunités qu'un campagnard peu scolarisé qui a 3 enfants à charge et qui ne dispose que d'une minuscule bibliothèque démunie pour étancher sa soif de culture. S'ajoute à ça les inégalités redoutables (généralement totalement passées sous silence) entre les différents amateurs qui sont souvent en concurrence implicite entre eux :
c'est par exemple le cas sur les sites web personnels mais également sur les forums, il existe d'ailleurs une excellente analyse à lire ici :
http://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_A ... S_116_0053c'est un peu prise de tête à lire

mais ça permet vraiment de mieux comprendre ce qui se trame derrière un web soit disant "démocratique". Parallèlement à ça, Alexander Bard et Jan Söderqvist ont expliqué dans "Les Netocrates" (qui date de 2000 !) que le web allait développer une nouvelle élite ! (très différente des élites traditionnelles actuelles même si bien souvent elles se recoupent) celle ci fonde sa supériorité sur le fait qu'elle est mieux "informée" que les autres (c'est à dire qu'elle sait mieux "trier" le flux d'information), c'est ce surplus de "bonne" information qui fait toute la différence.
Personnellement je suis sidéré de voir l'étendue de la culture rock (mais aussi du reste !) des jeunes de 20 à 22 ans actuellement

, à leur âge (et sans internet, ni médiathèque d'ailleurs) je connaissais à peine 5% de tout ce qu'ils connaissent... mais attention, les participants d'un forum internet (surtout d'un forum de rock, une musique qui n'est plus guère "populaire" en réalité, comme ce fût aussi jadis le cas pour le jazz dans les années 60) ne se recrutent absolument pas parmi toutes les couches de la société ! Olivier Donnat a analysé tout ça dans son livre sur "Les pratiques culturelles des français", je pense qu'on retrouve grosse modo les mêmes chiffres dans les autres pays francophones comme la Suisse, la Belgique et le Québec.
sinon pour ma part j'ai déjà parlé de mon parcours musical dans mon ancien blog, je vous fais un copier-coller (attention c'est super long) :
Ce qui me frappe en premier, c'est le fait que j'ai commencé à apprécier réellement la musique sur le tard, je me rappelle avoir chanté dès 5 ou 6 ans (mes parents écoutaient Georges Moustaki, puis j'ai été en contact des musiques africaines et capverdiennes lors de mon passage au Sénégal en 1975). J'ai sans doute également aimé certaines musiques des mangas animés de la fin des années 70 (l'incontournable Goldorak entre autres).
C'est encore en Afrique que le "déclic" musical s'est sérieusement enclenché, j'avais alors 11 ou 12 ans et mon meilleur ami d'école (plus précisément le collège Raponda Walker à Port Gentil - grande ville gabonaise) s'interrogeait sur le fait que je n'écoutais pas de musique chez moi (et pour cause, mes parents n'en écoutaient pratiquement jamais hormis à la radio !). Il a voulu m'initier au rock mais a bien constaté que ça ne collait pas, puis il a eu l'idée de me prêter quelques cassettes de Jean-Michel Jarre. C'est aussi au Gabon que j'ai commencé à aller au cinéma tout seul et à m'intéresser très timidement à la musique de film (je me souviens de la musique d'un film d'aventures sous-marines qui m'avait vraiment marqué, ainsi que de celle du péplum fantastique Clash of the titans écrite par Laurence Rosenthal - très marquée par Richard Strauss, Debussy et certaines musiques plus contemporaines).
Lorsque je retourne en France et impressionné par les connaissances musicales des amis rencontrés au Gabon (en général clairement tournés vers le rock ou le hardrock commercial), je décide d'écouter les (rares) vynils et cassettes audio de mes parents. Disons le tout de suite, mes parents d'origine sociale très différentes (ma mère est issue d'une famille d'agriculteurs et a dû interrompre ses études peu après le bac, mon père est né quant à lui dans une famille plus bourgeoise et exerce la profession d'ingénieur géologue) ne sont pas vraiment des mélomanes et mes grands-parents l'étaient encore moins. Je découvre donc quelques grands classiques de la musique savante et de la chanson (l'inamovible Quatre saisons de Vivaldi, un peu de Chopin, Bach, Mozart, Brahms et du Villa Lobos chanté par Joan Baez, la Symphonie pastorale de Beethoven que j'aime d'ailleurs toujours autant, plusieurs chansons de Brassens, Brel et Nougaro), mon père apprécie le jazz mais possède très peu de disques, du coup j'ai fait totalement l'impasse sur ce genre à cette époque, ce qui peut expliquer ma méconnaissance du jazz encore aujourd'hui.
Ayant fait le tour de la maigre discothèque familiale (que mes parents ont alimenté au compte goutte, mon père étant quasiment le seul à acheter des disques et plus tard leur unique chaîne stéréo), je décide donc d'écouter la radio, en partie guidé par des conseils glanés dans Télérama. A 13 ans environ, j'ai le déclic de la musique moderne puis contemporaine en entendant la Musique funèbre de Witold Lutoslawski puis la Symphonie n°3 de Henryk Mikolaj Gorecki, puis ensuite Bartók, Kilar, Dvorák et la musique de film (Bernard Herrmann et Georges Delerue d'abord, Philippe Sarde, John Williams et Miklós Rózsa ensuite). Dans la foulée, je découvre même Boulez, Debussy et Xenakis.
Fait assez rare sociologiquement parlant, un ami me fait découvrir l'univers du rock indépendant alors que je n'écoutais absolument que du classique et de la musique de film symphonique. En fait, la première fois que j'ai entendu certaines chansons du groupe The Cure (alors à l'apogée de son succès public), j'ai eu beaucoup de mal à ne pas les comparer négativement avec les musiques que j'adorais à l'époque (Bartók par exemple que j'osais même faire écouter à mes copains en classe de dessin !) - le déclic s'est fait vraiment en douceur, d'abord en passant par Cocteau Twins (dont la démarche atypique au sein de la pop britannique pourrait se rapprocher de celle d'un Debussy à la fin du 19ème siècle), puis par des groupes comme Siouxsie and the banshees et Bauhaus. Au fil des années, je me suis détaché de l'influence de mon pygmalion en remontant les influences musicales de tout ces groupes (par le biais de leurs reprises), j'ai ainsi pu découvrir des artistes comme David Bowie, John Cale, Alan Vega, Iggy Pop, Bob Dylan, le Velvet Underground, les Beatles, les Doors, Wire en écoutant simplement les versions originales des "covers" de Echo and the bunnymen, Siouxsie and the banshees, Sisters of Mercy ou Bauhaus.
Arrivé à 19 et 20 ans, je suis revenu en partie à la sphère plus "légitime" (Kurt Weill en particulier) et à la musique du monde (Astor Piazzolla, et déjà des brides de Caetano Veloso) en prenant un raccourci par la chanson française (j'ai eu une vraie claque en découvrant l'univers extraordinaire et très théâtral de Jean Guidoni dont je vais bientôt reparler), le reste de mon parcours jusqu'à aujourd'hui m'a fait simplement approfondir des amours plus anciennes.