Groupe injustement passé dans les oubliettes de l’histoire du blues-rock, le Spirit Of John Morgan était pourtant un groupe de qualité, emmené de main de maître par son génial pianiste-chanteur John Morgan qui nous a malheureusement quitté l’année passée. Voici donc la biographie de ce groupe sous-estimé qui a pourtant croisé les plus grands sur toutes les scènes anglaises entre 1968 et 1972…
Né à Bideford dans le Devon le 11 janvier 1944, le petit John fait vite ses premières gammes sur le piano de la maison familiale. Il se met également rapidement à l’accordéon et obtient ses premiers engagements à l’âge de 8 ans ! Après quelques années au sein d’un groupe de jazz new orleans, John fonde the Basics, son véritable premier groupe en 1962 alors qu’il est étudiant à l’université de Manchester. Passionnés par Muddy Waters et tout le rhythm’n’blues, the Basic donnent quelques concerts dans le circuit des universités anglaises. Parallèlement, l’infatigable John joue également avec the Riverme, un groupe de folk.
Dans le cadre de ses études, John Morgan s’installe en France pour 2 années, à l’Ecole Nationale des Instituteurs de Lyon. Là, il crèe un nouveau groupe, le John Morgan Blues Band qui comprend Paul Farges (guitare, ex Jimmy & les King Bees et futur Triangle), Thierry Laprevotte (guitare), Claude Girollet (basse) et Alain Richard (batterie). Outre quelques concerts - dont un mémorable donné « à quatre mains » avec Memphis Slim à l’université de Lyon, un autre avec John Lee Hooker et de nombreuses résidences au fameux club le « BC Blues » place Carnot à Lyon – le groupe enregistre 4 titres début 1966 dans le réputé studio JBP de la rue Royale. Ces quatre titres resteront inédits jusque début 2001 lorsqu’ils seront publiés sur une compilation JBP du « Club des Années 60 ».
Au début de l’été 1966, le John Morgan Blues Band est engagé pour la saison estivale au Papagayo de la Nartelle (St-Tropez) ou le groupe aura la bonne surprise de jouer pour l’anniversaire de Brigitte Bardot qui fête là ses 32 ans.
De retour en Angleterre, John continue ses études et obtient sa licence de français, ce qui ne l’empêche pas d’ouvrir un club de jazz-blues. En 1968, il est temps pour lui de créer un nouveau combo, the Spirit Of John Morgan. Pour cela, John s’entoure de Mick Walker (basse), Mick Dolan (guitare) et Mick Carless (batterie). Ces deux derniers ne vont pourtant pas tarder à s’en aller pour créer Hard Meat avec Steve Dolan, le frère de Mick (deux bons albums chez Warner Bros…). Nullement abattu, John les remplace par Don « Fagin » Whitaker (guitare, ex Lindisfarne) et Phil Shutt (basse), le multi-instrumentiste Mick Walker passant à la batterie. 1969 est une année charnière pour le Spirit Of John Morgan qui se produit live très régulièrement, jouant notamment au Marquee toutes les semaines pendant 3 mois (ou l’affiche est souvent partagée avec Yes !), mais aussi au 9e National Blues Festival de Plumpton, lors d’un concert en plein air qui regroupe 60.000 spectateurs dans un programme de qualité : the Who, Chicken Shack, Yes !, Groundhogs, King Crimson etc etc…
Managé par Dave Robson qui s’occupe également des destinées de Ten Years After et de Jethro Tull, le groupe est bien vite remarqué par Mervyn Conn qui vient de créer son propre label, Carnaby. Un premier album éponyme est rapidement enregistré à l’Olympic Sound Studios de Barnes. L’album et un single sont rapidement dans les bacs. Une superbe reprise de Graham Bond « I Want You » ouvre un LP qui alterne subtilement compositions originales et reprises dans un style blues-rock et boogie. Malheureusement, l’album ne connaît pas le succès escompté en partie à cause d’une grève qui affecte les ateliers londoniens de pressage au moment le plus fort de sa promotion dans les journaux !
Le groupe continue de jouer le plus possible, partageant l’affiche avec Steppenwolf, Family et autres Van Der Graaf Generator…
A l’été 70, John file à St-Trop' avec Phil Shutt et Chris Burrows (batterie, ex Circus) pour la saison estivale. A son retour sur le sol britannique, John reforme son groupe sans Don Whitaker qui n’avait pas voulu suivre le groupe en France, et le remplace par le virtuose Trevor Thoms (ex Iron Maiden, pas les metalleux, mais un groupe de Bolton). Un deuxième album est enregistré en septembre, toujours sous le nom de « Spirit Of John Morgan » bien que John soit le seul membre du groupe à jouer et chanter dessus ! En effet, pour des raisons pratiques, il a recourt au groupe the Quartet, connu surtout pour être le « backing band » de Cliff Richard. Sont donc présents Terry Britten (guitare), Kevin Peek (guitare), Alan Tarney (basse) et Trevor Spencer (batterie). 8 originaux signés John Morgan et 2 reprises sont au programme de « Age Machine », excellent album. Le groupe est également signé au Japon ou des singles sortent. Mais le succès n’est toujours pas au rendez-vous, malgré les multiples prestations live du groupe, notamment en Suisse et au Danemark avec Graham Bond et des premières parties de Mott The Hoople, de Johnny Winter et de Chicken Shack.
Signé chez RCA pour un unique single (sous licence Carnaby), le titre « The Floating Opera Show » connaît un petit succès d’estime, notamment en Allemagne ou il est édité. Lassé par les galères financières, Phil Shutt quitte le groupe pour rejoindre Arthur Brown (puis Kiki Dee, sous un nouveau nom Phil Curtis !). Revient alors Mick Carless à la batterie (Mick Walker repasse donc à la basse !) et arrive également Chris Kerredge (guitare). Ce line-up effectue une tournée des universités anglaises, ouvrant notamment pour Alan Price et Brian Auger, puis enregistre « Kaleidoscope » 3e album qui sort en 1972 sous le nom de « John Morgan ». Au menu quelques plages plus psychés faisant la part belle à la gratte de Trevor Thoms (pas encore surnommé Judge Trev), au milieu des traditionnels boogies, rock’n’rolls et blues dont John est friand. C’est malheureusement le chant du cygne pour ce groupe qui va spliter quelques temps plus tard, juste après que Mervynn Conn ait mis en liquidation son label, Carnaby. Sans contrat, John laisse de côté ses ambitions au pays du rock et devient musicien professionnel, revenant très souvent au Papagayo ou il jamme avec Eddie Barclay et Johnny Hallyday. Il est embauché également plusieurs années à l’hotel « Durrant House » (dans le Devon) comme pianiste : le rarissime album autoproduit « Live At Durrant House » y sera enregistré en 1974. Ce sera son dernier enregistrement avant les années 90 ou, installé en France, il autoproduit quatre CDs, les excellents « Dark Rider » et « XXIV Hours In Britanny », « No Vocals » et « One For The Road ». Toujours fidèle aux styles qu’il affectionne, John croise le blues, le Chicago sound, le Rock’n’roll, le jazz New Orleans et le boogie-woogie, toujours avec humour et décontraction : car John est un véritable showman…
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La trajectoire peu banale de cet exceptionnel pianiste est malheureusement brutalement interrompue début 2007 lorsque John décède du côté de Toulon. Une disparition particulièrement triste puisqu’elle ne sera absolument pas relayée dans le petit monde du rock.
A suivre la discographie du groupe…
(Christophe Simplex 05/2008)