Un lien qui brosserait un portait musical et temporel (un terme que le maître devait répudier, lui qui semblait vouloir s'extraire de sa condition de noir américain en se propulsant dans le cosmos et hors du temps ) du parcours de Sun Ra et en une 20taine de morceaux.
On y trouve notamment un morceau précurseur de 63 avec effets de réverb's dû à une erreur de branchements ...
http://www.lamediatheque.be/dec/portrai ... 1&secured=Pas si évident de rentrer dans son oeuvre, malgré un coté mélodique parfois évident et pas toujours si courant dans le jazz ( à commencer par le free,musique pas très axée sur le "caressant", sans doutes ).
Mais une certaine fascination reste présente, peut-être aussi parce que Sun Ra fait fait partie de ceux qui se sont tournés vers le jazz traditionnel sans avoir pour autant fait renié le jazz traditionnel. En même temps, ça reste cohérent avec la démarche de réhabilitation et de désenchainement des afro-blacks ...retour vers les racines etc
Par contre, le versant négatif , et grotesque de sa démarche, c'est ce délire égocentrique,qui confine au culte de la personnalité et au sectaire ... En même temps ça sonne un peu comme le contrepoids d'un peule noir que les blancs ont cherché à discréditer...
Merci pour le lien très intéressant, le raccourci musical proposé peut effectivement servir de fil rouge à un résumé de la musique de Sun Ra. La limite c'est la durée, bien entendu, ce qui peut paraître ardu ou agressif prend une toute autre signification lorsqu'il s'inscrit dans la durée d'un projet. (Bon, j'ai dit projet, un mot que je n'aime pas mais tant pis...).
Pour ce qui est du jazz traditionnel, il en est issu, disciple de Fletcher Henderson et pianiste de tradition be bop. Il ne s'est pas trop glissé dans le moule de la mode, hormis les escapades du début des années 50. Par contre il a épousé le mouvement free des années 60, mais c'est plus là une aventure musicale expérimentale qu'un mouvement de "mode", les free jazzmen étaient le plus souvent des va-nu pieds et des incompris, vivant très difficilement de leur musique.
Par contre il a été un novateur, précurseur de la musique électronique, il a créé un style musical propre, reconnaissable immédiatement. Il a su maintenir un big band contre vents et marées, ce qui est un exploit en soi, c'est même un pur miracle.
Il est ensuite retourné vers la fin de sa vie à ses premiers amours, le jazz plus traditionnel.
Pour le reste: grotesque, égocentrique, culte de la personnalité, sectaire... Il y a beaucoup à dire.
Jeune, il a en effet déclaré avoir rencontré des ET. dans le même temps il s'est intéressé, à la Franc Maçonnerie, à l'espace, à la vie après la mort, à l'étude des religions, à l'Afrique, au rôle du peuple noir, à l'esclavage, Babylone, etc... Il s'est aussi intéressé à la transe, aux rites vaudous, il a d'ailleurs été éduqué probablement dans une religion plus ou moins "animiste", mais tout cela est assez sulfureux car il a toujours essayé de brouiller les pistes sur son passé et même sur son nom, date de naissance etc...
C'est dire qu'avec notre regard occidental nous ne sommes pas les mieux placés pour émettre un jugement, cette quête de l'espace, d'un monde meilleur dont il parle sans cesse n'est-elle pas la même dans les autres religions? Est-ce vraiment plus grotesque que ... je ne sais pas "la vierge marie" par exemple.
Pour comprendre Sun Ra il faut mettre la musique au centre. La passion de la création et de l'écriture. A partir de là il va donner aux contingences matérielles le moins de poids possible, mais il a besoin d'un groupe, d'un big band, et ça coûte cher ! Les excellents musiciens ne manquent pas et sont très souvent au chômage, il est très difficile de vivre de sa musique!
Il va donc faire un deal avec les musiciens qui acceptent de le rejoindre en créant une sorte de communauté à plusieurs niveaux. Lui au centre, vient ensuite les cercle des musiciens les plus proches (Gillmore, Allen, Patrick...) puis à des niveaux d'investissements plus ou moins importants ou marqués dans le temps, les musiciens de l'Arkestra qui gravitent autour du noyau dur en une sorte de communauté avec ses règles, ses repères. Mais toujours au centre, la Musique et rien d'autre!
Les témoignages que j'ai pu lire sont tous élogieux à l'égard de Sun ra, même les musiciens les plus respectés lui sont reconnaissants de son accueil et de ce qu'ils ont appris à ses côtés. Car c'était aussi un grand pédagogue. Bien entendu la liberté de quitter l'Arkestra était totale, et beaucoup en usèrent, quitte à revenir un peu plus tard...
N'oublions pas non plus le courage du bonhomme qui a su dire non à l'embrigadement dans l'armée Américaine (au titre de l'objection de conscience) à un moment où c'était très mal vu, y compris de la part de la communauté noire qui misait sur sa participation massive pendant la deuxième guerre mondiale pour accéder aux mêmes droits que les blancs... On voit que nous étions vraiment dans un autre monde et que vouloir juger avec nos yeux d'aujourd'hui est tout simplement impossible...