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Forum de rock6070 • Afficher le sujet - Archie Shepp

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 Sujet du message: Re: Archie Shepp
MessagePosté: Mer Mai 16, 2012 5:40 pm 
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j'ai eu l'occasion d'écouter cet album, il est vraiment excellent, c'est peut être mon préféré de tout ceux que je connais de lui

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En perdant GF nous avons perdu un grand vide Fenyxx


Bono se pointe vers moi et me dit « Ça va fiston ? » Je ne suis pas ton fiston, connard. Ce mec là a fait un ou deux bons disques, mais de là à m'appeler fiston... (Liam Gallagher, 1995)


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 Sujet du message: Re: Archie Shepp
MessagePosté: Jeu Mai 17, 2012 1:06 am 
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j'ai eu l'occasion d'écouter cet album, il est vraiment excellent, c'est peut être mon préféré de tout ceux que je connais de lui

Je suis de ton avis c'est un des meilleurs, mais il a une énorme production discographique et cette période Impulse et celle qui suit sont pleines de pépites!

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"Music is the healing force of the Universe" Albert


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 Sujet du message: Re: Archie Shepp
MessagePosté: Jeu Mai 17, 2012 3:38 am 
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Further Fire Music (1965)

impulse! Dedication Series Vol. XVII; IA-9357/2 (paru en 1978)



Sides 1 & 2 at Rudy Van Gelder studio, March 9th 1965
Side 3 and Side 4, track 1 at the Newport Jazz Festival, July 2, 1965
Side 4 track 2 at Rudy Van Gelder studio, August 12th 1965

Side 1 1. The Chased (take 1) 2. The Chased (take 2)
Side 2 1. The Chased (take 3) 2. The Pickaninny 3. Malcolm, Malcolm Semper Malcolm
Side 3 1. Rufus, Swung His Face At Last To The Wind, Then His Neck Snapped
2. Le Matin Des Noires 3. Scag 4. Call Me By My Rightful Name
Side 4 1. Gingerbread, Gingerbread Boy2. The Mac Man (alternate take)

Side 1&2
ARCHIE SHEPP; tenor sax
DAVID IZENZON; bass
J.C. MOSES; drums

Side 3 and Side 4 track 1
ARCHIE SHEPP; tenor sax, recitation
BOBBY HUTCHERSON; vibes
BARRE PHILLIPS; bass
JOE CHAMBERS; drums

Side 4 track 2
ARCHIE SHEPP; tenor sax
BOBBY HUTCHERSON; vibes
HENRY GRIMES; bass
RASHIED ALI; drums
ED BLACKWELL; rhythm logs

Ce double album est sorti en 1978 chez Impulse, il est composé pour une partie d’une compilation et pour l’autre de quelques inédits, datant tous de l’année 1965.

Les titres déjà connus figurent sur plusieurs albums :
« The Pickaninny » provient de On This Night
Malcolm, Malcolm Semper Malcolm » de Fire Music
“Rufus, Swung His Face At Last To The Wind, Then His Neck Snapped “,”Le Matin Des Noires”,” Scag”,” Call Me By My Rightful Name” et “Gingerbread, Gingerbread Boy” proviennent de New Thing at Newport.

Il reste donc quelques inédits:
Les trois prises de « The Chased »(cessions « Fire Music » du 9 Mars 1965) et une version de « The Mac Man »(cession « On this night » du 12 Août, 1965).

La première version de « The Chased » dure 11’47, la seconde 6’11 et la troisième 3’15. Elles sont toutes les trois intéressantes et différentes. Archie est en pleine forme, ses solos sont « de feu » comme le suggère le titre de l’album, le trio est explosif et le rythme endiablé. La version la plus longue est celle que je préfère, Shepp nous gratifie d’un long solo bien torturé… La version la plus courte, la plus ramassée, est particulièrement intéressante par le solo de basse plein d’invention de David Izenzon. On peut penser que la variation des durées entre les différentes prises est justifiée par la mise en place, ou non, du titre sur l’album. Ces titres-ci sont restés treize années dans les tiroirs, attendant une éventuelle publication, si une opportunité commerciale se présente. D’autant plus que le musicien leader est juste consulté, s’il n’est pas musicien-vedette de l’écurie. Sur Impulse c’est le producteur, Bob Thiele, qui a la main mise sur les albums, y compris sur la partie artistique, le choix des titres, il peut même imposer au musicien de jouer des reprises et des standards, pour un meilleur impact commercial.
Quant à version de « The Mac Man » dure 9’30 et n’a pas été retenue sur On this night, elle est un peu plus longue et on y entend un peu plus le vibraphone…

Un album qui peut intéresser ceux qui ne possèdent pas « New Thing at Newport » et les complétistes , on le trouve souvent en vinyle à pas trop cher…

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 Sujet du message: Re: Archie Shepp
MessagePosté: Jeu Mai 17, 2012 5:38 pm 
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Life At The Donaueschingen Music Festival-(1967)



Enregistré live à la «Musiktage Donaueschingen, 21 Octobre 1967.
MPS 15004

Archie Shepp (saxophone), Jimmy Garrison (bass), Beaver Harris (batterie), Grachan Moncur III (trombone), Roswell Rudd (trombone).

Face1: One For The Trane, Partie I (22:00)
Face2: One For The Trane, Partie II ( 21:45)

John Coltrane est mort cet été- là, on comprend de suite l’intitulé du morceau joué ce soir-là, à Donaueschingen, non loin de la source du Danube… Un titre unique, séparé en deux parties, car la capacité de stockage des albums ne permet pas de dépasser une certaine durée par face, on comprend aussi pourquoi Jimmy Garrison, le gardien du temple, est là.

C’est d’ailleurs lui qui ouvre l’album, par une introduction sous forme de solo, comme il le faisait autrefois, avec le maître, quand il jouait les premières notes de « My Favourite things ». La basse est ronde, belle, grave, Jimmy Garrison puise sa force dans le souvenir, même si le quartet sublime s’est disséminé, il en reste la flamme présente à chaque vibration de corde, comme si le passé resurgissait, il porte la mémoire dans ses doigts, accompagné des seules percussions, concentré, il offre pendant plus de sept minutes un sublime hommage au compagnon qu’il a toujours aimé et admiré.

Le rythme devient hypnotique, Beaver Harris marque le tempo, Shepp joue du saxophone, d’abord par bribes, souffle court, petites touches espacées, puis plus volubile. Après le mot la phrase… Les trombones avancent, duo improbable, Roswell Rudd qui a appris en jouant du Dixieland et qui ferraille en vociférant maintenant avec les ténors du free, et Grachan Moncur III au timbre plus doux, avec ce son qui glisse et qui coule… Cuivres et anche se mélangent, dialoguent, se poussent et s’encouragent… Puis Shepp s’élance seul quelques minutes, soutenu par l’excellence de la section rythmique, il joue sa musique, personnelle en hommage à l’ange tutélaire, le duo des cuivres se joint au groupe, ainsi s’achève cette formidable première face.

La seconde face s’ouvre comme la première, à ceci près que c’est Archie Shepp qui joue en solo, sans accompagnement, le saxophone parle, crie, hurle et pleure, les notes bleues s’immiscent et nous surprennent. Les trombones s’ajoutent et se greffent, avec l’appui de la rythmique. Jimmy Garrison joue comme avec Coltrane, mélodieux et grave, le son est plein, le socle est solide. Beaver Harris à l’arrière fait tinter ses cymbales et rouler les tambours, les rythmes évoluent, se brisent, et la musique se fait tendresse et douceur, l’archet caresse la corde et la baguette fait tinter la cymbale…... Puis la ballade est rattrapée par la volubilité des trombones à l’unisson et la machine repart, tout en rapidité et énergie, tout s’accélère, les trombones s’activent en un soutien répétitif, Archie est sur la brèche, sans cesse, il délivre une performance puissante, hors du commun, sans temps mort ni repos… retour enfin au blues, au calme, à l’apaisement. Le groupe reprend alors The shadow of your smile, introduisant une pause mélodique au milieu de cet océan free, le saxophone pleure et les trombones se lamentent… ainsi le disque s’achève apportant une nouvelle pierre considérable dans le jardin de la New Thing

Performance hallucinante, dans la droite lignée de The Magic of Ju Ju.

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 Sujet du message: Re: Archie Shepp
MessagePosté: Ven Mai 18, 2012 7:08 pm 
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The Way Ahead (1968)



A1-Damn If I Know (The Stroller) 6:16 A2- Frankenstein 13:51
B1-Fiesta 9:55 B2-Sophisticated Lady 7:08

Bass – Ron Carter
Drums – Beaver Harris ( A2, B2), Roy Haynes ( A1, B1)
Piano – Walter Davis Jr.
Tenor Saxophone – Archie Shepp
Trombone – Grachan Moncur III
Trumpet – Jimmy Owens


Encore une superbe pochette pour cet impulse! Quelques habitués sont présents, au premier rang desquels Beaver Harris et Grachan Moncur III, mais la surprise c’est l’adjonction d’un pianiste, Walter Davis Jr, qui va apporter dans ses bagages, sur deux titres, un peu d’huile à mettre dans l’engrenage et briquer cet aspect parfois un peu rugueux qui plaît bien aux amateurs de free, mais enferme sans doute un peu trop la diffusion de la musique d’Archie Shepp. Ron Carter et Roy Haynes ne sont pas, eux non plus des familiers de la New Thing. Est-ce à dire qu’après la mort de Coltrane les cartes sont redistribuées ? La première garde des Coltraniens les plus éminents se cherche… Archie Shepp se tourne vers ce qu’il connaît si bien, ce qu’il aime et joue mieux que tout autre, le blues ! En effet le blues est présent ici sur tous les titres, mais il n’y a là rien d’étonnant, Archie a toujours eu les pieds bien plantés dans les racines de la Great Black Music, il y a puisé sa richesse et sa colère et connaît sur le bout du doigt l’histoire de cette musique. Cet aspect rend ce disque très accessible et en fait un album de choix pour appréhender son univers musical.

Damn If I Know (The Stroller) qui ouvre l’album est une composition du pianiste Walter Davis Jr, dès l’introduction à la contrebasse ça sent le blues, une note au sax, la bonne ! Du bien gras, du bien poisseux, qui hurle, qui pleure… Piano bar, les images défilent, la tête se balance au rythme de la basse, tandis que le saxo crie sa plainte et que les notes aigües du piano crépitent en grappe… Arf ! Le bon génie du blues a su frapper à la bonne porte !

Frankenstein est une composition du tromboniste Grachan Moncur III, c’est aussi le cheval de bataille de cet album, les improvisations y sont sublimes et s’intercalent avec bonheur dans la composition. D’abord Shepp et la rythmique, puis arrivée des cuivres, énoncé du thème tandis que Shepp improvise de la plus belle des manières. C’est au tour de la trompette de Jimmy Owens de délivrer des « ostinatos » qui poussent Archie Shepp vers le toujours plus loin, toujours plus aigu, toujours plus fort, les riffs du trombone ajoutent à la radicalisation de l’effort ,tandis que le piano prend sa part à l’improvisation, en complétant et doublant le solo de Shepp qui se démène comme un beau diable, déchirant l’espace de cris sublimes et torturés…

Fiesta est la seule pièce de l’album composée par Archie Shepp, sans doute y a-t-il quelques légèreté dans le thème comme le suggère le titre, mais l’humeur n’est tout de même pas à la gaieté, enfin je trouve. On retrouve l’équilibre habituel chez Shepp, sans le piano. En introduction Beaver Harris et Archie forment un duo, puis Grachan Moncur III énonce un thème répétitif auquel se joint Jimmy Owens. Sur un canevas finalement assez bop Archie improvise, jusqu’à ce formidable duo entre Jimmy Owens et Archie qui se cherchent, s’évitent, se trouvent, une sorte de duo amoureux entre le sax et la trompette…

La reprise du titre d’ Ellington Sophisticated Lady est avant tout un hommage à l’un des modèles de Shepp, une de ses influences les plus marquantes, plus que Coltrane même, il s’agit d’un autre génie du blues : Ben Webster ! Du gros son chaud et chaleureux, sensuel même, intemporel. Du coup cette « belle dame très sophistiquée » reçoit un traitement très respectueux et même Ellingtonien, la ballade est assez traditionnelle et anticipe bon nombre des « frasques » futures de notre saxophoniste.

Finalement cet album paie le tribut que Shepp doit à ses inspirateurs et à ses maîtres, il est aussi annonciateur de changement… Il n’en reste pas moins que pour moi il reste un des plus beaux albums de Shepp, bien qu’il ne soit généralement pas considéré comme tel, voir même souvent négligé et sous estimé.

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 Sujet du message: Re: Archie Shepp
MessagePosté: Sam Mai 19, 2012 5:59 pm 
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Live at the Pan-African festival (30 juillet 1969)



L’original sur BYG Records (ci-dessus), une réédition sur Affinity (ci-dessous):



A1 Brotherhood At Ketchaoua A2 We Have Come Back (Part 1) B1 We Have Come Back (Part 2)

Bass – Alan Silva (tracks: A2, B1)
Cornet – Clifford Thornton
Drums – Sunny Murray (tracks: A2, B1)
Piano – Dave Burrell (tracks: A2, B1)
Tenor Saxophone, Vocals – Archie Shepp
Trombone – Grachan Moncur III (tracks: A1)
Vocals [Poetry] – Don Lee (tracks: A2, B1), Ted Joans (tracks: A2, B1)
Musiciens Algériens et Touaregs

« C’est un révolutionnaire, partisan d’une musique violente et subversive. Ce qui compte pour lui : tous les chapitres de la musique Afro- Américaine » Philippe Carles parlant d’Archie Shepp.

Claude Delcloo, fondateur du journal actuel est missionné par BYG records pour recruter des jazzmen Américains afin de venir les faire enregistrer à Paris, il envoie le photographe de jazz Jacques Bisceglia auprès des musiciens présents au Festival d’Alger pour les inviter à venir en France et participer au festival d’Amougies organisé par Actuel et, entre temps, effectuer quelques enregistrements. C’est le début de la grande aventure free du label BYG actuel !

En l’espace de moins de six mois Archie Shepp va laisser six traces discographiques. Certaines d’entre elles resteront à jamais gravées au Panthéon des plus belles réalisations du Free Jazz. Cela ne sera pas sans conséquences personnelles sur sa vie. Ce déplacement de ses activités vers l’Afrique et l’Europe ainsi que son engagement envers un autre label qu’impulse ne sera pas sans retombées dans sa vie future. Mais pour l’heure seules comptent les luttes sociales et politiques, Archie est un grand musicien, mais c’est aussi un homme engagé et un militant pour la cause du peuple noir.

Le FLN organise en effet, en 1969, le premier Festival Pan-African d’Alger en invitant, outre les Black Panthers, Archie Shepp ainsi que les leaders du courant d’avant-garde, des écrivains, des poètes, des intellectuels, des théoriciens du mouvement du peuple noir américain, mais aussi des musiciens Africains venus de plusieurs pays.
Bien avant Bob Marley, le mythe du retour à l’Afrique était déjà présent, les musiciens portaient des tenues Africaines et chantaient l’Afrique à travers les musiques et les chansons. A cet égard Sun Râ a été l’un des premiers à théoriser sur ce retour à la culture Africaine.

Cet album est avant tout l’immortalisation d’une rencontre entre deux cultures, la culture Afro Américaine à travers l’évolution la plus avancée et la plus libérée du jazz et la culture millénaire des musiciens Touaregs et Algériens. La photo de la pochette nous montre Shepp devant la mosquée Ketchaoua en train de jouer du sax avec des musiciens Touaregs. Face à la pauvreté du livret fourni avec l’ album, il est généralement admis qu’il s’agit de musiciens traditionnels Diwan « menant leur auditoire à la transe lors de cérémonies religieuses ».

La prise de son laisse apparaître quelques imperfections techniques, cependant elle est située de telle façon qu’elle plonge l’auditeur au centre de l’action. Il est très difficile d’isoler les sons et les instruments, parfois on peut avoir le sentiment d’être devant un document ethnologique, à d’autres moments, la fièvre est telle qu’on se sent irrémédiablement embarqué au milieu de ce magma sonore, environné par les tambours, les flûtes et les « karkabous » (castagnettes métalliques).

Sur la première plage on peut entendre Archie Shepp, Clifford Thornton et Grachan Moncur III au milieu du déferlement orgiaque de percussions, de cris et de flûtes, on ressent physiquement l’abandon des corps, la fièvre et l’ivresse musicale présente ici…
Au début de la seconde plage Archie Shepp délivre son message: « We are still back, and we have come back. Nous sommes revenus !» Il répète plusieurs fois ce message, le scande et utilise aussi le français. Puis il ajoute à plusieurs reprises: « Jazz is a black power. Jazz is an african power. Jazz is an african music! » Sunny Murray est là mais il est bien difficile de le distinguer, ainsi qu’Alan Silva et Dave Burrel au milieu du brouhaha. Celui qui s’en sort le mieux c’est Archie Shepp, le saxophone, ayant droit à un traitement de faveur au niveau de la prise de son, émerge de la fusion sonore.

Du point de vue de la seule musique traditionnelle il existe certainement des témoignages musicaux plus fidèles à la restitution de la Musique tribale, et donc plus recommandables. Du point de vue de la seule musique d’Archie Shepp, il existe de nombreux enregistrements bien mieux représentatifs et de bien meilleure qualité technique. Non, ici il faut prendre cet album pour ce qu’il est, un témoignage de qualité moyenne au niveau de la prise de son, mais qui restitue assez fidèlement l’énergie catalysée lors de cette rencontre entre la transe libératrice des traditions populaires touaregs et le bouillonnement revendicatif et identitaire du mouvement incarné par la Great Black Music.

Pour les curieux musicaux.

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 Sujet du message: Re: Archie Shepp
MessagePosté: Lun Mai 21, 2012 4:08 pm 
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Archie est le parrain du festival de jazz à Porquerolles (Iles d'Hyèrers dans le Var). Si vous y passez cet été au mois de juillet, vous croiserez surement ce type toujours élégament habillé.

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Ma fausse carte de liberté m'apporte instantanément L'EXTASE


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 Sujet du message: Re: Archie Shepp
MessagePosté: Mar Mai 22, 2012 1:59 am 
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Archie est le parrain du festival de jazz à Porquerolles (Iles d'Hyèrers dans le Var). Si vous y passez cet été au mois de juillet, vous croiserez surement ce type toujours élégament habillé.
Rien d'impossible, Archie Shepp est toujours en activité, il a fait quelques télés y'a pas longtemps et c'est toujours un plaisir de l'écouter, un peu d'appréhension au début de ses solos "Pourvu qu'il y arrive!" puis la magie opère et nous voilà rassurés!

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 Sujet du message: Re: Archie Shepp
MessagePosté: Mar Mai 22, 2012 4:50 pm 
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Peace (1962)



A1 Trio (Bill Dixon)
A2 Peace (Ornette Coleman)
B1 Quartet (Bill Dixon)
B2 Somewhere (Leonard Bernstein)

Bass – Don Moore (tracks: A1, B1, B2), Reggie Workman (tracks: A2)
Drums – Howard McRae (tracks: A2), Paul Cohen (8) (tracks: A1, B1, B2)
Tenor Saxophone – Archie Shepp
Trumpet, Flugelhorn – Bill Dixon

Un petit retour en arrière pour cet album sorti en 1962 et cosigné par Bill Dixon. L’enregistrement original est paru sous le label Savoy (Savoy Records – MG-12178) il existe une réédition française sous le label BYG (Byg Records 529 101), celle-ci est la plus courante.

Cette association c’est d’abord la rencontre de deux amis. Leur objectif artistique s’inscrivait dans la ligne du free Jazz, mais en conservant toujours à l’esprit ce qu’ils devaient au Jazz ancien. Tous deux étaient militants et avaient une vision « marxiste » de l’engagement social de l’artiste. « Le musicien noir est un reflet du peuple noir en tant que phénomène culturel et social. Son but doit être de libérer, sur le plan esthétique et sur le plan social, l’Amérique de son inhumanité […] Je pense que les Noirs, par la violence de leur combat, constituent le seul espoir pour l’Amérique d’être sauvée, pour l’Amérique politique et culturelle ». Cet extrait des propos de Shepp figurant sur la pochette ne laisse aucun doute sur ses motivations. C’est Savoy, un label progressiste, qui leur offrit l’opportunité de cet enregistrement. Deux mots pour situer Bill Dixon, activiste et musicien de premier ordre qui créa en 1964 la Jazz Composer's Guild Association, une sorte de syndicat des musiciens, réunissant Carla Bley , Paul Bley, Burton Greene, Michael Mantler, Archie Shepp, Sun Ra, Cecil Taylor...

Le lien pour en savoir plus:

Notons que la qualité de l’enregistrement est bonne, mais sans plus, la qualité de la musique, elle, est remarquable ! Après s’être inspiré de John Coltrane lorsqu’il était aux côtés de Cecil Taylor, Archie Shepp regarde plutôt du côté d’Ornette Coleman sur cet enregistrement, d’ailleurs il y figure une de ses compositions. Les deux compositions signées Bill Dixon sont elles improvisées, comme il l’affirme sous forme de Maxime sur les notes de pochettes : « La conception de ce quartette implique l’application complète d’une idée qui est à la base du jazz : la liberté absolue laissée à l’improvisateur ». Déjà on remarque l’absence de piano qui restera longtemps une des marques de fabrique de la première période de Shepp.

Trio, qui ouvre l’album, figure également dans une version plus longue, sur l’album du New York Contemporary Five déjà présenté. Sur un thème hispanisant Bill Dixon joue un solo acéré qui fait mouche, on remarque immédiatement la prédominance de la basse de Don Moore, absolument essentielle et centrale sur cette pièce, tout s’articule autour de sa pulsion, comme si elle dessinait l’architecture et la structure du morceau. Shepp évolue en phases courtes et éruptives qui resteront longtemps la marque de son jeu.

Peace d’Ornette Coleman sert de prétexte à de très beaux solos, particulièrement celui de Shepp dont le phrasé n’est pas sans faire penser à Ornette, cette fois-ci c’est Reggie Workman qui est à la basse, aucune perte de densité par rapport au premier morceau, le solo est lui aussi brillant et inspiré.

Quartette après un bref exposé du thème est lui aussi prétexte aux improvisations, c’est Bill Dixon qui s’y lance en premier, exécutant une sorte de hard-bop survolté qui renvoie directement aux expérimentations de Don Cherry aux côtés d’Ornette, si ce n’est ce côté incendiaire et torturé qui s’exprime avec une rare dextérité. Shepp intervient d’abord de façon pointilliste puis plus volubile, l’articulation de son solo est heurtée et éclate en sonorités sous forme plaintives ou interrogatives.

C’est le standard Somewhere qui ferme l’album, un extrait de West Side Story, la version qui en est donnée est très fidèle à l’originale, sans traitement particulier, ni explosion rythmique ni envolées free, on peut sans doute y voir comme une forme de moquerie, le traitement finale de la part d’Archie Shepp pourrait, en tout cas, le laisser supposer…

Un très bon album de free-bop.

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 Sujet du message: Re: Archie Shepp
MessagePosté: Mer Mai 23, 2012 11:25 pm 
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Yasmina, A Black Woman (1969)



Ci-dessus l’original BYG, ci-dessous la réédition Affinity



A1-Yasmina 20:00 B1-Sonny's Back 14:20 B2- Body And Soul 6:00

A1-B1-B2- Bass – Malachi Favors ; Drums – "Philly" Joe Jones ; Piano – Dave Burrell Tenor Saxophone, Voice; – Archie Shepp

+ A1- Alto Saxophone -Arthur Jones ; Bass – Earl Freeman ; Bass Saxophone – Roscoe Mitchell ;Cornet – Clifford Thornton ;Drums – Sunny Murray ;Percussion [Rhythm Logs] – Art Taylor ;Trumpet – Lester Bowie ;Xylophone [Balafon] – Laurence Devereaux

+ B1-Tenor Saxophone – Hank Mobley

L’enregistrement de cet album se déroule moins de deux semaines après la prestation d’Alger, à Paris, sous la supervision de Jean Georgakarakos et Jean-Luc Young qui produisent l’album. L’Afrique est encore dans les têtes, elle est aussi dans la musique. Trois des cinq membres de l’Art Ensemble de Chicago sont aussi présents, Roscoe Mitchell, Lester Bowie et Malachi Favors qui représentent la jeune garde, ils ont débarqué à Paris il y a peu et y resteront encore pendant plus de trois années pendant lesquelles ils enregistreront bon nombre d’albums dans l’inspiration la plus free.

Shepp aime les percussions, les tambours sont historiquement le premier instrument. Ils introduisent le premier titre de l’album : Yasmina, une longue composition de 20 minutes qui occupe l’ensemble de la première face de l’album. La voix, elle aussi, est l’instrument originel, Shepp scande à tue-tête « Uhuru ! Uhuru !» qui signifie « liberté ! » en swahili… Yasmina est un cri, celui des noirs opprimés qui luttent pour la liberté, c’est le cri des noirs du monde entier, le cri des tambours qui délivrent des messages, celui de la musique, non pas du jazz contrôlé par les « Norman Granz » Américains, mais le langage libertaire de la « Great Black Music » !

« J’ai appris de Charlie Parker que la musique pouvait véhiculer un message verbal » déclara-t-il autrefois, et ce disque en est la manifestation. Une sorte de Big band free est ici rassemblé pour ce premier morceau, ceux d’Afrique et de Paris. Même les utilisateurs les moins assidus de ce forum y ont certainement déjà croisé cette pochette, car elle y est souvent présentée, et il y a une bonne raison à cela : la musique déposée sur la galette est sacrément bonne !

D’abord les rythmes, africains bien sûr, Sunny Murray et Philly Joe Jones à la batterie et aux percussions, à eux deux ils représentent l’histoire de la batterie et nous convient à une orgie rythmique. Deux basses, lourdes, qui marquent le tempo, et un piano, celui de Dave Burrell qui bat lui aussi le rythme, avec sa main gauche, inlassablement. Les cuivres et les anches inscrivent des riffs de façon intermittentes mais entêtantes, donnant vie et oxygène à cette masse sonore et les solistes portés par cet énorme groove peuvent déposer sur les sillons la marque de la plus grande liberté.
Archie Shepp le premier pousse son cri avec ce timbre dont il est le seul dépositaire et qui, ici, est à maturité, c’est le blues que l’on entend, par bribe, encore et encore, retenu, puis sous l’effet d’un pression intérieure qui ne peut se contenir, il explose en un cri libérateur qui s’exprime dans la puissance et la durée, et ça vous embarque l’âme…
Dave Burrell, le métronome, en dialogue constant avec Sunny Murray balise l'espace avec d’étranges contours.

Sonny’s back est une composition de Grachan Moncur III et un hommage à Sonny Rollins. La particularité c’est qu’Archie Shepp y est en duo au saxophone ténor avec Hank Mobley. La réunion de ces deux styles peut sembler assez improbable, pourtant Archie s’est toujours inscrit dans l’histoire de la musique noire et la rencontre est ma foi réussie. On pourrait même parler d’un trio car l’ombre de Sonny Rollins plane sur ce beau blues, cette pièce lui étant dédié comme l’indique le titre. D’ailleurs Shepp est un caméléon et on peut entendre l’influence de Sonny Rollins dans le souffle d’Archie. Philly Joe Jones est dans son élément ici, il s’éclate à fond et ça s’entend ! Nous sommes à la fois dans la tradition du hard bop avec quelques incartades hors de la frontière, comme s’il fallait aller cueillir le fruit défendu…

Body and Soul pour fermer la boîte, ce magnifique standard magnifié par Coleman Hawkins. Shepp s’y montre déférent envers son aîné, ce qui rend le titre très émouvant, encore une belle réussite.

Un des grands albums de Shepp, à mon avis, bien qu’il soit assez souvent (injustement) minoré, au regard de ce qui suivra, sans doute…

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 Sujet du message: Re: Archie Shepp
MessagePosté: Dim Mai 27, 2012 2:23 pm 
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Poem for Malcolm (août 1969)





BYG Records – 529.311 – 14 août 69, Paris

A -Mamarose /Poem For Malcolm (13:30)
Bass – Alan Silva ; Drums – Claude Delcloo ; Other [Tympani] "Philly" Joe Jones; Piano – Burton Greene ; Tenor Saxophone, Voice – Archie Shepp
B -Rain Forest / Oleo (19:50)
Bass – Malachi Favors ; Drums – "Philly" Joe Jones ; Piano – Vince Benedetti ; Tenor Saxophone – Hank Mobley ; Tenor Saxophone, Piano – Archie Shepp ; Trombone – Grachan Moncur III

Shepp, en plus d’être un musicien, possède de multiples cordes à son arc: compositeur, enseignant, dramaturge, agitateur et aussi poète… On connaît aussi son engagement politique, en agitant bien tout ça et en mélangeant, on obtient cette première face, composée de Mamarose, l’hommage à sa grand-mère et Poem for Malcom dédié à Malcom X, militant pour la défense des droits de l’homme et plus particulièrement pour la communauté Afro Américaine, il sera assassiné par des membres de Nation of Islam, mouvement politico/religieux qu’il avait quitté peu avant. Il symbolise avant tout la lutte du peuple noir contre le racisme et pour l’égalité des droits.

La musique est entièrement improvisée, sur un canevas convenu à l’avance, bien entendu. La section rythmique s’échappe des règles habituelles pour libérer un flot continu d’énergie, le travail sur les cymbales et les percussions est particulièrement impressionnant, donnant le sentiment incessant du perpétuel retour, comme une succession de vagues déferlant à rythme régulier sur la plage… Alan Silva se pose en colonne vertébrale laissant à son fidèle ami Burton Green le soin de marteler d’accord dramatiques cette très belle composition dont s’empare Archie Shepp avec un superbe solo de soprano.

Puis vient la déclamation de Poem for Malcom, avec des accents d’émotion très intenses soulignés par la basse grave d’Alan Silva, le ton sentencieux des tambours et la tension née de la répétition des notes et des accords au piano… Archie scande plus qu’il ne dit son hommage, déclamant les mots lentement pour en faire sentir toute l’intensité dramatique. La première face ne dure que 13’30 (de bonne zique) et s’achève ainsi…

Rain Forest débute par un solo de Shepp seul au saxophone dans un registre bluesy, entre plainte et cri, il est rejoint par les roulements de tambours de Philly Joe Jones qui intervient par intermittence, ponctuellement, dialoguant avec le saxophone par petites touches savantes… Archie reprendra ces exercices en solitaire ou en duo plusieurs fois lors de son parcours discographique, appréciant particulièrement la formule. D’ailleurs l’une des caractéristiques de Shepp, c’est son côté caméléon, mis au service d’une très forte personnalité.

Tout à coup tout s’accélère avec « Oléo », la composition de Sonny Rollins, qui jette ses feux. Il n’est pas anodin que Shepp reprenne Sonny Rollins dont il se rapproche par la similitude de sa technique sur le souffle, cette même respiration rapprochant irrémédiablement les caractéristiques de leurs styles. Hank Mobley est à nouveau aux côtés de la jeune garde et ne s’en laisse pas conter, délivrant de magnifiques solos incandescents ! Le fidèle Grachan Moncur III apporte à nouveau sa sagesse et sa contribution sur cette pièce qui termine l’album en apothéose.

Bon album, dans un registre original, dont on regrettera la brièveté.

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 Sujet du message: Re: Archie Shepp
MessagePosté: Lun Mai 28, 2012 12:12 pm 
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Blasé (août 1969)



Byg Records – 529.318

A1 My Angel 10:00 A2 Blasé 10:15
B1 There Is A Balm In Gilead 6:00 B2 Sophisticated Lady 5:15 B3 Touareg 9:15

Bass – Malachi Favors
Drums – Philly Joe Jones (tracks: A1, A2, B2, B3)
Harmonica – Chicago Beau (tracks: A1, A2), Julio Finn (tracks: A1, A2)
Piano – Dave Burrell (tracks: A1 to B2)
Tenor Saxophone – Archie Shepp
Trumpet, Flugelhorn – Lester Bowie (tracks: B1)
Voice – Jeanne Lee (tracks: A1 to B2)

La période Impulse d’Archie Shepp est splendide, de magnifiques enregistrements, des classiques réputés Four for Trane, Fire music, Mama too tight ! Elle représente une certaine sécurité pour Archie Shepp, financière bien sûr, mais aussi une sécurité de moyen et de confort d’enregistrement. Il suffit de mesurer le désarroi d’Albert Ayler lorsqu’il a été viré d’Impulse pour comprendre l’importance de l’enjeu. Malgré tout cela Archie Shepp va prendre le risque de l’insécurité. Lorsqu’il signe pour BYG, ces quelques enregistrements vont contribuer fortement à détériorer les relations qu’il entretenait avec l’écurie d’Outre Atlantique, les liens vont se déliter petit à petit… Certes Archie réussira à réenregistrer pour le prestigieux label, mais le ver est dans le fruit…

Dans la discographie d’Archie Shepp il y a donc des périodes très identifiables en fonction du label, curieusement, il est des biographies qui effacent complètement les enregistrements BYG, comme s’ils n’avaient jamais eu lieu, le fait n’est pas rare… Certes les moyens ne sont en rien comparables avec ceux d’Impulse, les enregistrements sont objectivement de moindre qualité, mais le musicien dirige et maîtrise la production artistique. En dix-huit jours Archie Shepp va enregistrer son quatrième album pour BYG, il se nomme Blasé.

Les harmonicistes Chicago Beau et Julio Finn introduisent en un duo improbable le premier morceau My Angel, d’emblée on comprend vite qu’ici il sera question de blues… La voix sans vibrato de Jeanne Lee se pose sur la musique, traînante, plaintive… Shepp souffle ses notes, les bonnes, en un seul souffle, un seul son, court, touché ! Frisson… Le piano de Dave Burrel joue inlassablement les mêmes cinq notes rythmant la musique, jusqu’à ce qu’une sorte d’hypnotisme vous happe, vous livrant à vos émotions, sans défense… Philly Joe Jones assure lui aussi côté tempo, tambours, peine, frappe, frappe… à droite l’harmonica ponctue et geint… La voix de Jeanne Lee chante le blues, le psalmodie, le scande « my Angel, my sweet Angel »… improvisant la mélopée, c’est le blues tel qu’on le connaît, le vieux, celui qui vous arrache, qui pleure, qui pousse le cri, qui hurle sa plainte…

Blasé, Deux accords de piano, le décor est planté, quelques percussions, le saxo de shepp, plaintif, quelques notes qui dessinent une mélodie, une plainte, toujours ce piano, répétitif… Et Shepp va chercher les graves, vibrations, ça vous frappe au ventre… Beauté sombre et grave, créatrice d’émotions, comme si le destin avait fait son choix, implacable… Malachi Favors répète son thème, tandis que Jeanne Lee chante ou peut-être que non, elle narre "Blasé... You shot your sperm into me" … Tambours, la musique est lourde, sombre, l’harmonica déchire, tapisse l’âme de ses griffures … Shepp pousse le blues, baiser de mort et d’amour, l’amour est cru, l’amour est cruel !
L’impression que tout n’a duré qu’un instant, comme si nous étions plongés dans un repli du temps, une sorte de rétraction temporelle causée par une dilatation des sens.


Face deux, There Is A Balm In Gilead avec Lester Bowie, le compère de Malachi Favors au sein de l'Art Ensemble de Chicago, qui vient coloriser la berceuse avec sa trompette et son Flugelhorn…
La version de Sophisticated Lady est d’anthologie. Dave Burrell introduit le titre de façon free, mais dès les premières notes chantées par la voix au timbre unique de Jeanne Lee tout devient grâce et douceur, la voix se fait grave, caresse, féline, empreinte d’une sensibilité pleine de chaleur et de tendre réconfort, déjà elle avait illuminé de sa voix rare et sensible l’immortel « The Newest Sound Around » en duo avec Ran Blake, inscrivant dans le sillon l’un des chefs d’œuvre du Jazz, tout ce qu’elle chante se transforme t-il en or ? Rarement le titre d’Ellington aura bénéficié d’une telle qualité dans l’interprétation, tant elle est exceptionnelle.

C’est l’Afrique qui revient, avec Touareg, en hommage à ce peuple-cavalier, libre et insoumis, identitaire et ancré dans les traditions, résistant à toute tentative d’assimilation. Chargeant en une cavalcade intense, Philly Joe Jones martèle les éléments, faisant feu de tous bois en un magnifique solo de grand seigneur, la basse intrépide court à ses côtés escaladant les cimes, tandis que là-haut Archie Shepp et son cri vocifèrent en bleu, on sent la force et l’énergie avec cette puissance porté par un souffle libertaire qui sait aussi dessiner d’immatériels volutes et de vaporeuses esquisses poétiques…

J’imagine l’émotion des musiciens lors de cette session. Le témoignage d’un moment de grâce. Essentiel.

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 Sujet du message: Re: Archie Shepp
MessagePosté: Mer Mai 30, 2012 11:17 am 
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Black Gipsy (novembre 69)



France, 9 novembre 1969

1/ Black Gipsy (25:44)
2/ Epitaph of a Small Winner (22:40)


Dave Burrell (piano), Archie Shepp (saxophone soprano), Clifford Thornton (trompette), Noah Howard (saxophone alto), Julio Finn (harmonica), Leroy Jenkins (violon), Earl Freeman (contrebasse), Sunny Murray (batterie), Chicago Beau (chant)

Après la période BYG Shepp va enregistrer pour America, un autre petit label français. Son voyage dans le nord de l’Afrique a suscité chez lui une boulimie créatrice et il enchaîne les enregistrements, celui-ci est le cinquième en quarante jours. Cette euphorie musicale a marqué, en même temps qu’un retour sur le continent originel, un retour au blues, à la négritude, aux racines. « Blasé »n’est déjà plus un album de free Jazz, il écrit une autre histoire qui va se prolonger avec Black Gipsy et au-delà jusque dans les orchestrations plus sophistiquées d’Attica Blues. Mais il est des pas plus intenses et prometteurs que le but lui-même.

Black Gipsy est une composition signée Augustus Arnold/Chicago beau, elle occupe la première face de l’album. Après une introduction mélodieuse par le violon de Leroy Jenkins la section rythmique se lance dans un long périple de près de vingt-six minutes. La pulsation est régulière et Sunny Murray marque le tempo avec une régularité qui prouve à ses détracteurs que ça aussi, il sait le faire. Le jeu des cymbales est toujours foisonnant et le feu couve, c’est sûr. Earl Freeman tient lui aussi la maison et assure une pulsion rythmique en béton, accueillant les différents intervenants dans un confort sécurisant. Dave Burrell se cantonne à nouveau dans un rôle rythmique de métronome, essentiel.

Chicago Beauchamp est le récitant qui déclame ses vers sur la musique, rendant hommage au « Black Gipsy », ce gitan épris d’amour et de liberté, cette liberté dont il faut en avoir été privé pour bien en connaître le prix. Le violoniste Leroy Jenkins est un membre de l’AACM, tout comme les membres de l’Art Ensemble de Chicago, il vient donc naturellement porter son concours sur cet album. Son intervention est majeure, il apporte avec lui l’aspect atonale propre au free jazz, ses solos aux sonorités éraillées colorisent fort à propos l’enregistrement en lui donnant un aspect âpre et rugueux, le chemin de la liberté est épineux.

Julio Finn joue lui aussi les troubles fêtes avec son harmonica épris de blues, Clifford Thornton ménage de forts bonnes interventions à la trompette tandis que Noah Howard joue des dissonances avec son alto, en écho au violon déjanté.

Archie Shepp se présente dans un rôle inhabituel, fondu dans l’orchestration, il porte une nouvelle voix, celle du saxophone soprano, duquel il joue sur tout l’album. Le phrasé est toujours le même, d’une incroyable beauté, chacune des interventions est un bonheur, il semble répondre par ce son si « coulé » à la hardiesse du violon, équilibrant à lui seul les interventions des autres instruments à vent.

Epitaph of a small Winner est une suite en trois parties composée par Chicago Beauchamp et Julio Finn. La première partie se nomme Rio de Janeiro, la seconde Casablanca et la troisième Chicago. Ces lieux sont riches de souvenirs ou d’endroits que Julio Finn a connus ou rêvés. Le petit gagnant dont il est question dans le titre « représente tout ceux qui après avoir tout dit et tout fait, se retrouvent pratiquement sans rien » (Julio Finn).

Comme il se doit le morceau évoquant Rio est rythmé et joyeux, toutefois on y entend aussi une touche de blues et une pointe nostalgique. Les instruments répètent inlassablement le thème à six notes d’où s’échappent les solistes à tour de rôle. Sunny Murray est toutefois la grande figure de ce rio tant il étale avec brio un tapis multi-rythmique qui s’impose à l’avant du morceau, maintenu par les lignes du piano sans cesse stimulant de Dave Burrell.
Avec Casablanca c’est l’Orient rêvée qui arrive, les solos se déclinent en lignes empreintes du folklore oriental, le climat se fait calme et l’atmosphère mystérieuse. Puis tout glisse vers le blues et nous voilà à Chicago, Clifford Thornton pousse son cri, Julio Finn et son harmonica répètent la mélodie, les vents répétant le même motif rythmique.

Un bel effort collectif entre blues, free et marches. Encore un excellent album.

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 Sujet du message: Re: Archie Shepp
MessagePosté: Jeu Mai 31, 2012 12:21 am 
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Magnifique cet "Epitaph". Très beau disque.

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 Sujet du message: Re: Archie Shepp
MessagePosté: Jeu Mai 31, 2012 11:36 am 
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Inscription: Sam Oct 23, 2010 1:06 pm
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Magnifique cet "Epitaph". Très beau disque.

Oui, sa discographie est à un haut niveau de qualité et beaucoup d'albums sont accessibles directement, sans effort de la part de l'auditeur. Shepp est toujours en France, "still alive and well".

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