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Spirits
Version originale - (Debut Records – DEB 146)
L’album a été réédité avec un nouveau titre (Witches & Devils) et une nouvelle série de pochettes, comme celle-ci par exemple :
Saxophone Ténor - Albert Ayler Trompette - Norman Howard Bass - Earle Henderson (pistes A1, B1), Henry Grimes (pistes: A1, A2, B2) Batteries - Sonny Murray
Enregistré aux studios de l'Atlantique le 24 Février, 1964.
A1 Spirits 6:35 A2 Witches And Devils 11:55 B1 Holy, Holy 11:00 B2 Saints 6:05
“Elle avait des idées particulières. Elle voulait que je sois très spécial, très unique” Albert Ayler parlant de sa mère.
« C’était un voyant. Il recevait des messages spirituels et savait qu’il était contrôlé par les esprits » Sunny Murray
« Quand il jouait c’était comme un esprit. Sans forme particulière. Il cassait les limites pour mieux les dépasser. Il quittait la terre par auto-hypnose et partait loin, très loin sans la moindre drogue. » Milford Graves
Les esprits sont là, les sorcières et les diables, mais aussi les esprits saints… D’ailleurs Albert Ayler n’a-t-il pas dit qu’il était le « Saint Esprit » d’une trinité dont John Coltrane était le père et Pharoah Sanders, le fils ?
Oui l’esprit est là et souffle sur la musique, l’esprit malin, celui des « Witches and Devils » ! La musique est inquiétante, fantomatique, elle nous plonge avec candeur dans le monde des mauvais esprits… Ici un climat fait d’angoisse et d’inquiétude est créé, les basses sont sourdes, plaintives et gémissantes, l’une récitants des arpèges inquiétants tandis que l’autre vibre en accords lugubres, de la batterie tentaculaire jaillissent des roulements sourds, la trompette hurle à la mort… Et la voix d’Ayler gémit, triste, toute proche et parle à l’intérieur, de l’intérieur…
Aaah ! Les « Spirits » sont lâchés, ils tourbillonnent autour de moi en une course folle, insaisissables, ils me frôlent et m’embrassent de leurs baisers froids, brrrr… Tout est vitesse, vivacité, air, vent, tournoiement, ivresse, tout bouge et balance, le sol se dérobe, tout tombe, tout tourne, ça s’aspire et ça s’attire ! Ils sont là, les sorciers et les Diables !
« Holy, Holy » secrète en son sein, pour qui écoute avec son cœur, une charge émotionnelle énorme portée par le souffle mystique du bel Albert… Magistral solo de plus de cinq minutes émane de l’esprit Saint. Sunnay Murray est percussif, descriptif, subtil et imaginatif.Le rythme on l’entend vibrer sous les cymbales, démultiplié en une boulimie polyrythmique, facétie diabolique du génial batteur dont on entend la voix au loin comme une sourde plainte suppliante. Howard Norman joue comme son leader, avec un énorme vibrato, une grosse couleur, sans doute moins d’âme, mais qui lui en voudra ?
Saints, Ah! Quand on parle des anges, les voici laissant apparaître le bout de leurs ailes… Sur un tapis de silence les instruments décrivent l’espace en jouant avec lui, crépitements et bruissements, prière pure et plaintive lancée aux cieux. Henry Grimes précieux bassiste, ne visitera plus les anges, enfin pas tout de suite, retombé dans l'oubli, il vivra pendant plus de trente ans de petits boulots glanés à droite ou à gauche, à Los Angeles, jusqu'à ce que son passé le rattrape et lui offre une seconde chance...
Derrière ces faces, parmi les plus authentiques du grand Albert, se cache la déflagration Spiritual Unity qui éclatera trois mois plus tard !
[Ne manquez pas notre prochain épisode: Albert et le train fantôme]
_________________ "Music is the healing force of the Universe" Albert
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