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Forum de rock6070 • Afficher le sujet - Albert Ayler

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 Sujet du message: Albert Ayler
MessagePosté: Dim Avr 15, 2012 2:00 pm 
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Albert Ayler : In Greenwich Village ( 1967 )
Albert Ayler (sax alto, sax ténor);D Ayler (tpt); M Sampson (v); J Friedman (cello); B Folwell, H Grimes, A Silva (b); Beaver Harris (dm)

En 1966 Albert Ayler enregistra une émission pour la BBC. La télévision Britannique fut horrifiée, les responsables mirent les films sous clé et plus tard les firent détruire avec d’autres programmes jugés inutilisables ou sans importance.

S’il est un personnage hors-normes, incompris, maudit même, c’est Albert Ayler. Victime d’ostracisme, encore aujourd’hui détesté, voir moqué. Pourtant il en a fasciné des auditoires, subjugué des musiciens, défrichant avec son énorme vibrato des territoires restés encore abandonnés. Malgré les années sa musique reste moderne et inégalée, pour toujours inimitable, définitivement à part. Tous les limiers du free-jazz, les découvreurs de territoires inconnus se sont arrêtés aux portes de cet univers là. C’est qu’il faut une âme bien trempée pour y pénétrer, une âme d’enfant matelassée du plus épais des cuirs… Comment ne pas voir la générosité presque effrayante de cette musique qui se livre avec un total abandon, sans fard ni fioriture ?
La musique d’Albert Ayler est une eau qui coule avec abondance, pleine de pureté, c’est la puissance de la tornade dans le désert, ça vous emporte et vous emmène, c’est la semence qui fait les grands arbres, nobles et fertiles…
Elle ne s’explique que comme un don de soi, un acte d’amour irraisonné. D’aucun trouveront ça gênant…

Candeur ou provocation, ses morceaux sont constellés de thèmes empruntés aux comptines enfantines, aux fanfares (dans lesquelles il jouait, enfant) et même aux marches militaires (il fit son service militaire en Allemagne), j’y verrai plutôt un hommage malicieux et tendre à l’innocence de la jeunesse, mais qu’importe car thème et improvisations sont séparés dans sa musique et semblent indépendants, de la simplicité à la complexité, l’improvisation est le pivot majeur de sa créativité.

La musique d’Ayler forme un tout indissociable, n’importe lequel de ses albums est un bon choix. Au-delà de sa superbe pochette, cet album-ci est remarquable, avec une prise de son au top, l’album est live ce qui convient bien à sa générosité. L’ Albert Ayler de la maturité n’a gardé de sa musique que l’essentiel, comme s’il savait la mort proche, d’ailleurs sans doute est-il l’artisan de sa propre mort: on retrouvera son corps flottant dans l’East River en novembre 70, du côté de Brooklyn.

L’émouvant For Coltrane ouvre l’album, l’alto se livre à une quête fiévreuse, passionnée, il déroule sa plainte accompagné du violoncelle et des deux basses, sans batterie, c’est un hommage lyrique et touchant à l’ami qui lui a tendu la main et qui mourra quelques mois plus tard. Changes has come se veut un hymne à la beauté, à l’espoir et à la renaissance. Pour les deux autres morceaux Albert retrouve son ténor et continue vers l’espérance en jouant Truth is marching in, on y entend Don Ayler, son frère se lancer dans un solo brûlant à la trompette, imitant la fièvre dévastatrice de son frère aîné. L’affection entre ces deux-là ne sera sans doute pas sans conséquences sur la fin tragique d’Albert. Il nourrissait en effet des sentiments de culpabilité vis-à-vis de son frère car sa mère lui reprochait de ne pas suffisamment s’en occuper. Our prayer est une manifestation pieuse du très croyant Albert Ayler qui possédait une foi de granit, caractéristique qu’il partageait avec John Coltrane ce qui cimentera une amitié très profonde entre ces deux grandes icônes du Jazz libre.

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 Sujet du message: Re: Albert Ayler
MessagePosté: Dim Avr 15, 2012 2:22 pm 
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L’émouvant For Coltrane ouvre l’album, l’alto se livre à une quête fiévreuse, passionnée, il déroule sa plainte accompagné du violoncelle et des deux basses, sans batterie, c’est un hommage lyrique et touchant à l’ami qui lui a tendu la main et qui mourra quelques mois plus tard.

N'était ce pas d'ailleurs un voeux de John de voir jouer le Holy Ghost à son propre enterrement ?



Cool ce sujet ! Je ne connais pour ma part que deux albums d'Ayler, tous deux sortis sur ESP, tous deux superbes.
Le mythique Spiritual Unity (1964), et le trop court Bells (20 min), l'année suivante. Le premier est la première sortie d'ESP, bien que le second fut enregistré un mois avant celui ci.

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 Sujet du message: Re: Albert Ayler
MessagePosté: Dim Avr 15, 2012 3:02 pm 
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J'aime beaucoup ce que je connais d'Ayler. Si je puis donner un conseil, à part le Spiritual Unity dont parle Homeward et qui est magique, Il y a un Live, Lörrach/Paris de 1966 qui est exceptionnel.

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 Sujet du message: Re: Albert Ayler
MessagePosté: Dim Avr 15, 2012 3:50 pm 
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J'aime bien le sauvage "Spirits rejoice" de 1965 sur ESP-Disk

Image

C'est en fait une version free de la Marseillaise (!)


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 Sujet du message: Re: Albert Ayler
MessagePosté: Dim Avr 15, 2012 10:34 pm 
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N'était ce pas d'ailleurs un voeux de John de voir jouer le Holy Ghost à son propre enterrement ?



Tout à fait exact, il l'explique dans ses propos relatés en fin de lien:



Comme vous le soulignez la discographie d'Ayler est particulièrement riche. Sur son tout premier enregistrement figure une reprise phénoménale de summertime, complètement transfiguré et magnifié par son interprétation crépusculaire (ici qualité you tube hélas) :


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 Sujet du message: Re: Albert Ayler
MessagePosté: Mer Avr 18, 2012 4:55 pm 
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Nuits De La Fondation Maeght Volume 1 (1970) Shandar – SR 10000

• Bass – Steve Tintweiss
• Drums – Allen Blairman
• Piano – Call Cobbs
• Saxophone [Tenor, Soprano] – Albert Ayler
• Vocals, Saxophone [Soprano] – Mary Maria

In Heart Only 4:55 Spirits 14:15 Holy Family 10:10 Spirits Rejoice 6:57



Nuits De La Fondation Maeght Volume 2 (1970) Shandar – SR SR 10004

Truth Is Marching In 7:25 Universal Message 8:05 Spiritual Reunion 7:35
Music Is The Healing Force Of The Universe 8:15


Ces deux soirs là, à St Paul de Vence, les 25 et 27 juillet 1970, Albert Ayler a été un homme heureux. Au milieu des œuvres d’art, entouré de l’homme qui marche de Giacometti et de l’oiseau lunaire de Miro, il est aimé. Enfin. Albert Ayler aspire à la reconnaissance, son art est difficile, brut, viscéral. Ni intellectuel, ni poseur, il n’a pas mis de distance entre lui et le public, il offre son âme, la poitrine est découverte, nue.

Albert Ayler aime venir en Europe, il se souvient de son passage à Orléans en tant que GI au service de l’oncle Sam et des US Go Home peints sur les murs, il se souvient aussi qu’il était déjà aimé quand il jouait de façon si bizarre du sax ténor avec son anche coupée, pour mieux sortir son énorme son. L’ Europe lui fait plutôt bon accueil, enfin pas partout, pas toujours, il y aura aussi des quolibets, des moqueries, faut dire qu’il aime jouer des ritournelles, qu’il interprète la Marseillaise avec entrain, qu’il se moque des règles de l’interprétation. Il subjugue autant qu’il choque, alors il faudra patiemment creuser son chemin et faire sa route.

Aimé Maeght était un mécène et un commerçant d’art. Fou de jazz et de modernité il se passionne pour la musique contemporaine et le free Jazz et créé à partir de 1965, à St Paul de Vence, les Nuits de la Fondation Maeght où se côtoient la danse contemporaine, l’architecture, la peinture et bien sûr la musique. Lors de ces rencontres on peut côtoyer Xénakis, Terry Riley, Boulez, Sun Râ (les fameux concerts), Cecil Taylor (fabuleux), Boulez, Messiaen, La Monte Young et bien sûr Albert Ayler…

Ces enregistrements témoignent de ces nuits-là, de cette reconnaissance si attendue, de l’émotion et de la fierté de se voir ainsi reconnu et compris. Ces enregistrements portent aussi leur part d’ombre, reflet en négatif du miroir qui se brise en dévoilant la face sombre et cachée d’une âme torturée par l’incompréhension et le mal-être. Ce triomphe marquera le point culminant de sa carrière d’artiste.A St Paul de Vence, il a fait un malheur, c’est sa consécration définitive, il est rappelé six fois, huit fois, dix fois écrit Daniel Caux sur les notes de pochette…

Le retour à New-York sera un véritable cauchemar, après la lumière, la nuit, la mort voulue.
Impulse lui tourne le dos, sa mère lui fait de graves reproches, certains l’accusent de flirter avec le rock et se détournent de lui.Après avoir été élevé au statut de génie, le voilà reléguer au simple rang d'artiste de cirque...

Chienne de vie...


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 Sujet du message: Re: Albert Ayler
MessagePosté: Mer Avr 25, 2012 3:43 pm 
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New grass






• Albert Ayler (tenor sax & vocal)
• Call Cobbs (piano,organ)
• Bill Folwell (contrebasse électrique)
• Pretty Purdie (batterie)
• Burt Collins (trompette)
• Joe Newman (trompette)
• Seldon Powell (Tenor, flûte)
• Buddy Lucas (sax baryton)
• Garnett Brown (trombone)
• Soul Singers (vocal)

1. Message from Albert - New grass(Albert Ayler, Bert DeCoteaux)
2. New generation (Albert Ayler, Rose Mary McCoy, Mary Parks)
3. Sun watcher (Albert Ayler)
4. New ghosts (Albert Ayler, Mary Parks)
5. Heart love (Albert Ayler, Mary Parks)
6. Everybody's movin' (Albert Ayler, Rose Mary McCoy, Mary Parks)
7. Free at last (Albert Ayler, Rose Mary McCoy, Mary Parks)

New Grass est enregistré les 5 et 6 septembre 1968 sur le label Impulse.

Albert Ayler incarne le rêve que je n’ai jamais pu réaliser. John Coltrane

Le voici l’objet du scandale, l’album qui sera reproché à Albert Ayler… Il a flirté avec la pop ! Ce disque est un disque commercial ! Albert a vendu son âme contre quelques dollars ! Lui, le chantre du Free, lui qui a repoussé les limites, le voilà pris en flagrant délit de prostitution de son art ! Shame, oui honte à lui ! Freejazzator nous te honnissons ! Ainsi crient à l’unisson les puristes du jazz, ceux qui l’ont tant aimé, ceux qui, il y a peu, l’ont reconnu et encensé. Alors, New Grass, une concession ?

La querelle est maintenant (un peu) oubliée, les années sont passées et on peut observer l’objet du délit (délire) avec un œil neuf et une oreille apaisée. Pour comprendre cet album consacré au rhythm and blues il faut replonger dans le passé, pendant son adolescence Albert Ayler s’est consacré essentiellement à ce style de musique et l’a joué avec divers groupes, il aime sincèrement cette musique, elle le forge et le façonne, il l’aime et ne la reniera point. Ce n’est pas l’artiste d’un genre musical, mais de tous les genres…

Il a toujours voulu émouvoir son auditoire, son énorme vibrato, son investissement physique, sa générosité poignante, tout cela c’est avant tout pour toucher son public. Il faut plutôt voir en New Grass un pont entre sa musique et les autres, une tentative pour mieux faire comprendre son art, un effort en direction d’autrui… Cet album porte en lui une tentative pour gommer les aspérités et la rugosité de sa musique qui peut représenter un obstacle pour l’auditeur… Albert Ayler a en effet beaucoup souffert de cette incompréhension qui parfois se transforme en hostilité et même en en agressivité à son égard.

Pourtant l’album semble commencer dans une atmosphère très free, dans une continuité avec les autres albums d’Albert « New Grass» commence par un solo de saxophone strident, un long cri qui se prolonge jusque dans le suraigu, puis Bill Folwell gratte les cordes de sa basse pour lui faire écho, le duo fait place ensuite à Message From Albert, un poème/présentation dit par qui vous savez…

Puis tout bascule vers une série de rythm and blues effrénés, on y entend un chœur Gospel, une basse électrique, une section de cuivres, des rythmes binaires et la musique devient dansante, joyeuse et festive, tout y est rassemblé, la foi, l’église et la soul… Et dans ce genre, la musique est carrément bonne !

Ce message d’amour universel représente donc une porte d’entrée rêvée pour aborder Albert Ayler...



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 Sujet du message: Re: Albert Ayler
MessagePosté: Mer Avr 25, 2012 3:47 pm 
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Terrible celui-ci !

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 Sujet du message: Re: Albert Ayler
MessagePosté: Mer Avr 25, 2012 3:52 pm 
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J'aime beaucoup ce que je connais d'Ayler. Si je puis donner un conseil, à part le Spiritual Unity dont parle Homeward et qui est magique, Il y a un Live, Lörrach/Paris de 1966 qui est exceptionnel.

Sous tes conseils je viens de me procurer le hat/hut, il vient juste d'arriver... bel objet!

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 Sujet du message: Re: Albert Ayler
MessagePosté: Jeu Avr 26, 2012 2:04 pm 
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Une rareté dans le monde du free, un 45 tours signé Albert Ayler avec deux extraits (forts bons) de New Grass! Il a été édité en France par EMI ($tateside C006-90158).
Il existe aussi un 45 tours Impulse (45-273), émis par la maison de disque mère avec Free at last et New Ghosts.



Malgré ses souhaits Archie Shepp ne parviendra pas à faire éditer en 45 tours les extraits de Attica Blues, comme il l'aurait souhaité. D'ailleurs New Grass et Attica Blues ne puisent-ils pas à la même source?

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 Sujet du message: Re: Albert Ayler
MessagePosté: Mer Mai 02, 2012 2:12 am 
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Love Cry



Bass – Alan Silva
Drums – Milford Graves
Harpsichord – Call Cobbs
Saxophone Tenor, Voice – Albert Ayler
Trumpet – Donald Ayler

A1 Love Cry 3:53 A2 Ghosts 2:46 A3 Omega 3:15 A4 Dancing Flowers 2:19 A5 Bells 3:08 A6 Love Flower 3:31 B1 Zion Hill 6:07 B2 Universal Indians 9:48

Love Cry a été enregistré lors d’une séance de studio le 31/08/67 à New York. Il se situe chronologiquement entre "In Greenwich Village" et "New Grass", c’est donc le second album pour le label Impulse de Bob Thiele. Il est d’emblée remarquable par la restitution sonore de meilleure qualité que les enregistrements antérieurs effectués chez ESP.
Au niveau artistique, le virage qui mènera à New Grass est déjà entamé, particulièrement sur la face un. Les morceaux sont plus courts et la part belle est donc faite aux thèmes. Les mélodies chez Albert Ayler sont simples et même parfois naïves, ce qui les rend festives, joyeuses, tristes ou même parfois poignantes. L’improvisation, elle, est pleine de feux, d’éclats, de fulgurances jusque dans la fièvre et la démesure.

Mais la surprise ici c’est la section rythmique. Le jeu d’Alan Silva se marie avec merveille avec celui d’Albert, la basse entretient avec le saxophone un dialogue riche et subtil, en échappant avec malice au rôle de métronome que trop souvent on lui attribue. Les cordes sont frottées, frappées ou pincées, vibrantes sous la main experte, elles se font pleurantes et grinçantes quant elles sont caressées par le frottement de l’archet. Milford Graves est au meilleur de sa forme et s’intègre parfaitement au jeu du quintet, sans cesse innovant, créant, à l’affut d’un espace dans le thème, d’un creux où il pourra se glisser, de l’âtre d’où il pourra attiser la braise. La section rythmique est ici pure folie créatrice et constitue l’un des attraits principaux de l’album.

Alors, bien sûr il y a, sur la face un, les deux relectures de Ghosts et de Bells, deux hymnes phares dans l’univers du trublion du jazz, ces deux thèmes qui se transforment en orgie sonore lors des manifestations publiques du grand prêtre du free, en offrande expiatoire, après avoir été triturés, façonnés et même déstructurés pour être mieux offerts à l’audience par le Grand Freejazzator ! C’est Don Ayler qui expose le thème de Ghost, rejoint et doublé par son frère qui impose un lyrisme fou sur une rythmique qui commente de façon libre et improvisée cette marche stridente. Bells subit un traitement identique, hypertrophie du thème accompagné par une rythmique qui décrit et commente. Cette relecture est tout à fait inhabituelle, tant cet aspect compact donne un fort impact aux mélodies. Une autre façon d’aborder Ayler, sans aucun doute.

Sur Omega, Dancing Flowers et le superbe Love Flower apparaît de façon un peu anachronique le clavecin de Call Cobs, apportant une couleur inattendue à la musique, on connaît le goût d’Albert pour ces surprises là… Peut-être un désir de donner une couleur psychédélique à la musique. C’est paradoxalement sur le morceau où on l’entend le plus que ça passe le mieux, Love Flower est magnifié par ce nouvel apport, je n’en dirai pas forcément de même pour les autres titres, c’est affaire de goût.

La seconde face est magnifique, deux superbes compositions, Zion Hill et Universal Indians la composent. Albert Ayler prend toute sa mesure sur Zion Hill où il s’exprime dans la durée avec la puissance et le volume qu’on lui connaît, tandis que la rythmique évoque un espace mouvant et fuyant qui semble se dérober sous nos pieds… Le clavecin emplit lui aussi l’espace, mais j’imagine le touché et la subtilité d’un Sun Ra en lieu et place de Call Cobbs !

Universal Indians et sa musique martiale restera le dernier témoignage de musique enregistrée de la part de Don Ayler sur Impulse, en effet il ne jouera plus jamais en compagnie de son frère et sera bientôt interné dans un Hôpital Psychiatrique. Il nous livre là ses dernières notes de musique enregistrées en compagnie du quintet et c’est magique, du grand free dans la tradition d’Albert, un long cri…d’amour !
Albert sera à jamais intimement touché par le malheur qui frappe son frère, il en éprouvera un fort sentiment de culpabilité qui sera avivé par les reproches que lui fera jusqu’au bout sa propre mère.

A nouveau un disque qui peut servir d’introduction pour qui cherche à découvrir le grand Albert, du très bon à ne surtout pas sous estimer.

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 Sujet du message: Re: Albert Ayler
MessagePosté: Lun Mai 07, 2012 8:10 pm 
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Ghosts



La version originale : Debut Records – DEB 144





On peut trouver des rééditions avec une autre pochette et un autre titre : Vibrations (Freedom FLP 40117).Il existe sous plusieurs pochettes différentes, dont l’une présentant l’album comme s’il s’agissait d’un duo, sans doute pour des raisons commerciales.Il existe également une version Italienne : I Grandi del Jazz, Fabbri Editori – GdJ 12

Bass – Gary Peacock
Drums – Sonny Murray
Tenor Saxophone, Alto Saxophone – Albert Ayler
Trumpet – Don Cherry

Enregistré à Copenhague le 14 septembre 1964.

Ghosts 2:05 Children 6:20 Holy Spirit 8:15 Ghosts 7:25 Vibrations 4:55 Mothers 7:00

“C’est alors, en 1964, qu’Ole Vestteegard m’a appelé et m’a dit: « Je peux arranger quelque chose pour toi afin que tu joues pour le peuple Danois”. J’ai répondu que cela me plairait beaucoup. Il a ajouté : « Seulement, je ne peux te payer que le billet d’aller ». J’ai dit : « Un billet simple ! Comment je vais faire pour revenir ? » Puis j’ai pensé : tant pis, allons-y… je suis allé trouver Sonny Murray et Gary Peacock. A ce moment là, Peacock n’avait rien mangé depuis quinze jours. Il se réveillait seulement pour aller aux toilettes. Quand je suis allé le voir chez lui, il était tout « desséché »… Je l’ai regardé et il m’a regardé en souriant. Je lui ai demandé : « Pourquoi tu fais cela ? » Il m’a dit : « Il faut que je fasse cette tournée pour toi. J’ai gaspillé la plus grande partie de ma vie alors que toi, tu joues de la musique pure ! ». Albert Ayler

C’est donc juste après avoir enregistré Spiritual Unity pour ESP qu’Albert Ayler part pour la Scandinavie où s’effectuera l’enregistrement de Ghost, avec le renfort de Don Cherry qui, sur certains titres, semble un peu dépassé. Ange déchu, Albert Ayler va nous parler de ses fantômes, de ses frayeurs et des esprits qui l’habitent. Deux versions sont ici proposées, elles s’ajoutent aux deux autres présentes sur Spiritual Unity. Oui, la musique d’Albert est pleine d’esprits et de revenants… C’est précisément par Ghosts que s’ouvre l’album. Le ténor est lyrique, gros son pour cette mélodie mémorable, Don Cherry court derrière Ayler, presque timide et timoré …

Sur Children le quartet explose et s’expose. Don Cherry semble être resté aux côtés d’Ornette Coleman, se bornant trop à l’exposé des thèmes et à des improvisations un peu figées, comme fixées dans le temps au début des années 60. Gary Peacock est le complément idéal d’Albert Ayler, il en partage le lyrisme et la gravité émotionnelle. Voici ce que disait Albert à propos de son bassiste :
« Si je parle tant de Peacock, c’est qu’il est le meilleur bassiste que j’aie jamais rencontré. Lorsqu’on était ensemble, on jouait tout simplement, on n’avait pas besoin d’en parler auparavant. Avec les autres musiciens, il faut toujours discuter un peu sur ce que l’on va faire mais, avec lui, ce n’était pas la peine. »

Cette complicité s’actualise à nouveau sur Holy Spirit qui déborde de lyrisme. Albert s’épanche avec générosité et candeur, son saxophone pleure, rugit et gronde, il se fait chaos et se transforme en instrument de sublimation. La trompette de Don sait cette fois se faire à son tour Aylerienne se plongeant fort à propos dans le gouffre qui s’ouvre à ses pieds, sous l’impulsion de la basse qui se plonge dans les abysses en sourdes interrogations. Don s’accroche et semble enfin faire bonne mesure…

Ghosts, version deux, étirée, allumée, décortiquée… superbe et magnifique, comme John Coltrane avec « my favourites things » il n’a de cesse de le re-découvrir, rejouer, avec obstination, comme pour en extraire l’essence même. L’ultime version n’existe pas, bijou aux multiples facettes, il faudra sans cesse en polir les côtés les plus sombres…

Vibrations est furieux, coléreux… à la fois plein de puissance et d’interrogations, il écrase et oppresse. Sonny Murray y est plein de force, de furie, généreux dans l’engagement physique, il aime les cymbales, les caresse, les frappe, les fait vibrer… Pas de pulsation rythmique régulière, pas d’équilibre, il joue comme un soliste, dialoguant avec Gary Peacock, émancipant son instrument de trop de servitude.

Mothers est grave, un brin lugubre et inquiétant, beauté grinçante, majestueuse et menaçante… ce titre a quelque chose de métaphysique, peut-être ce désespoir qu’il semble porter, peut-être la vision de la vanité de la condition humaine qui pointe dans le miroir de son âme…

Une œuvre majeure dans l’art d’Ayler.

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 Sujet du message: Re: Albert Ayler
MessagePosté: Ven Mai 11, 2012 2:47 am 
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Spirits



Version originale - (Debut Records – DEB 146)

L’album a été réédité avec un nouveau titre (Witches & Devils) et une nouvelle série de pochettes, comme celle-ci par exemple :



Saxophone Ténor - Albert Ayler
Trompette - Norman Howard
Bass - Earle Henderson (pistes A1, B1), Henry Grimes (pistes: A1, A2, B2)
Batteries - Sonny Murray

Enregistré aux studios de l'Atlantique le 24 Février, 1964.

A1 Spirits 6:35 A2 Witches And Devils 11:55 B1 Holy, Holy 11:00 B2 Saints 6:05

Elle avait des idées particulières. Elle voulait que je sois très spécial, très unique” Albert Ayler parlant de sa mère.

« C’était un voyant. Il recevait des messages spirituels et savait qu’il était contrôlé par les esprits » Sunny Murray

« Quand il jouait c’était comme un esprit. Sans forme particulière. Il cassait les limites pour mieux les dépasser. Il quittait la terre par auto-hypnose et partait loin, très loin sans la moindre drogue. » Milford Graves

Les esprits sont là, les sorcières et les diables, mais aussi les esprits saints… D’ailleurs Albert Ayler n’a-t-il pas dit qu’il était le « Saint Esprit » d’une trinité dont John Coltrane était le père et Pharoah Sanders, le fils ?

Oui l’esprit est là et souffle sur la musique, l’esprit malin, celui des « Witches and Devils » ! La musique est inquiétante, fantomatique, elle nous plonge avec candeur dans le monde des mauvais esprits… Ici un climat fait d’angoisse et d’inquiétude est créé, les basses sont sourdes, plaintives et gémissantes, l’une récitants des arpèges inquiétants tandis que l’autre vibre en accords lugubres, de la batterie tentaculaire jaillissent des roulements sourds, la trompette hurle à la mort… Et la voix d’Ayler gémit, triste, toute proche et parle à l’intérieur, de l’intérieur…

Aaah ! Les « Spirits » sont lâchés, ils tourbillonnent autour de moi en une course folle, insaisissables, ils me frôlent et m’embrassent de leurs baisers froids, brrrr… Tout est vitesse, vivacité, air, vent, tournoiement, ivresse, tout bouge et balance, le sol se dérobe, tout tombe, tout tourne, ça s’aspire et ça s’attire ! Ils sont là, les sorciers et les Diables !

« Holy, Holy » secrète en son sein, pour qui écoute avec son cœur, une charge émotionnelle énorme portée par le souffle mystique du bel Albert… Magistral solo de plus de cinq minutes émane de l’esprit Saint.
Sunnay Murray est percussif, descriptif, subtil et imaginatif.Le rythme on l’entend vibrer sous les cymbales, démultiplié en une boulimie polyrythmique, facétie diabolique du génial batteur dont on entend la voix au loin comme une sourde plainte suppliante. Howard Norman joue comme son leader, avec un énorme vibrato, une grosse couleur, sans doute moins d’âme, mais qui lui en voudra ?

Saints, Ah! Quand on parle des anges, les voici laissant apparaître le bout de leurs ailes… Sur un tapis de silence les instruments décrivent l’espace en jouant avec lui, crépitements et bruissements, prière pure et plaintive lancée aux cieux. Henry Grimes précieux bassiste, ne visitera plus les anges, enfin pas tout de suite, retombé dans l'oubli, il vivra pendant plus de trente ans de petits boulots glanés à droite ou à gauche, à Los Angeles, jusqu'à ce que son passé le rattrape et lui offre une seconde chance...

Derrière ces faces, parmi les plus authentiques du grand Albert, se cache la déflagration Spiritual Unity qui éclatera trois mois plus tard !

[Ne manquez pas notre prochain épisode: Albert et le train fantôme]

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 Sujet du message: Re: Albert Ayler
MessagePosté: Sam Mai 26, 2012 1:10 pm 
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Spirits Rejoice (1965)



Enregistré le 23 Septembre 1965 à Judson Hall, NYC.

Spirits Rejoice 11:31; Holy Family 2:10; D.C. 7:55 ; Angels 5:24 ; Prophet 5:25

Alto Saxophone – Charles Tyler
Bass – Gary Peacock, Henry Grimes
Drums, Percussion – Sunny Murray
Harpsichord – Call Cobbs
Tenor Saxophone– Albert Ayler
Trumpet – Donald Ayler

Les années 64 et 65 sont parmi les plus créatrices d’Albert Ayler, on sent une tendance lourde se dessiner au fil des albums, l’exposé et la répétition des thèmes prennent une place de plus en plus importante à l’intérieur des morceaux, au détriment des improvisations. L’autre aspect marquant propre à cet album c’est le nombre des musiciens, certes Call Cobbs n’intervient que sur un titre, mais nous avons affaire à un duo de bassistes et à trois instruments à vents, une trompette et un sax alto vont seconder Ayler dans son effort. C’est une masse orchestrale peu habituelle dans les enregistrements pour ESP d’Albert Ayler. La prise de son n’est pas mauvaise, le lieu d’enregistrement ayant été choisi avec soin, par contre on n’entend peu Charles Tyler…

C’est Spirit Rejoice, que l’on surnomme parfois La Marseillaise qui débute l’album. La marche est un support assez courant pour notre Albert qui ne dédaigne aucun air d’aucune sorte en matière d’inspiration. Gageons qu’il aimait La Marseillaise et son allant, car il n’y a pas place à l’ironie à l’intérieur de sa musique. La coda des vents entonne notre hymne qui devient ritournelle soutenue par l’équilibre fragile de la rythmique qui s’avance bancale, contournant la ligne mélodique, Gary Peacock se montre pointilliste, Sunny Murray frappe sa caisse claire avec force et intermittence, intervenant en outre sans relâche sur le registre aigu de son instrument à renfort incessant de percussion des cymbales. Ayler lui est bouillonnant lors de ses quelques solos, intercalés dans le défilé incessant des marches, brillant par son expressivité dans ce mix de culture «Américano- Européenne ». Holy family est un thème joyeux pour cette Sainte Famille, Ayler se montre lyrique lors de l’exposé du thème répété à l’envie pendant ces deux minutes trente.

D.C. est très free, Don Ayler s’exprime avec fougue et inspiration, poussé par la fougue de Sunny Murray qui frappe comme un beau diable. Le duo des basses dialogue avec complémentarité, offrant maintes possibilités aux solistes de se raccrocher aux multiples branches, Albert Ayler fait couiner le sax en une longue plainte gémissante, avant une nouvelle exposition du thème suivi d’un solo ravageur rattrapé par l’ensemble des instruments à vent. Puis on entend un magnifique duo entre Henry Grimes et Sunny Murray avant la réexposition du thème final.

Angels offre à Call Cobs, voisin d’Albert Ayler à New-York, l’opportunité de s’exprimer, c’est une agréable ballade où le lyrisme de notre ténor peut s’extérioriser avec toute la générosité qu’on lui connaît, sur le tapis de velours offerts par la profondeur grave de l’archet glissant sur la basse et les douces notes du clavecin plantant le décor dans un classicisme plutôt Européen en une succession d’arpèges de style baroque, on distingue Charles Tyler à l’arrière.

Prophet est sauvage et explosif, en parfaite opposition au titre précédent, au moins en ce qui concerne l’accessibilité. Ici tout est cri, liberté et improvisation. Le groupe en entier se déchaîne et laisse libre cours à sa faconde, donnant une impression de volubilité grouillante, les basses y vont de leur duo avant de laisser place à nouveau à la plainte à l’unisson des instruments à vents qui terminent ainsi l’album, en une plainte aiguë.

Un album en forme de bilan, comme pour clore cette période E.S.P. avant le grand virage musical de l’ère Impulse.

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 Sujet du message: Re: Albert Ayler
MessagePosté: Dim Juin 24, 2012 11:43 pm 
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Spiritual Unity (ESP 1002)



La pochette originale



Une autre pochette provenant de l’adresse « ESP West End Avenue (1973-75) » est fabriquée avec une image blanche sur fond noir et comporte le sous-titre « transfiguration » à côté de Spirits sur le label.



Un pré-tirage d’environ 200 copies est sorti avec un livret du poète Paul Haines (également connu pour sa participation à « Escalator over the Hill » de Carla Bley.



Albert Ayler (tenor saxophone)
Gary Peacock (bass)
Sunny Murray (drums)

Enregistré à New York le 10 juillet 1964

1. Ghosts: first variation (5:01)
2. The Wizard (7:26)
3. Spirits (6:46)
4. Ghosts: second variation (10:11)

« Spiritual Unity » est enregistré en trio juste avant le départ pour l’Europe, donc avant Ghost et l’apport de Don Cherry, et après « Spirits ». Historiquement c’est aussi le premier album sorti par la firme ESP. Les trois lettres sont les trois premières du mot Espéranto, qui est parfois utilisé (comme ici) sur le label. D’autres parlent d’un second sens, caché. ESP signifierait aussi Extra Sensory Perception ("Perception Extra Sensorielle"), une jolie porte d’entrée pour cette « new thing » aux sons inouïs.La formule du trio est donc la caractéristique principale de cet album, le groupe y puise une cohérence forte, un impact puissant.

Ghosts : first variation ouvre l’album, c’est un des chevaux de bataille d’Albert Ayler, sans cesse rejoué, toujours différent. Le thème est exposé avec cette ligne claire, presque naïve et puérile, jouant la mélodie de la façon la plus simple et la plus joyeuse. Il se dégage une grande beauté et une calme sérénité lors de l’exposé du thème et de sa reprise, en fin de morceau. Sunny Murray accompagne les solistes tout au long du morceau en ne jouant, essentiellement, que des cymbales, seuls de légers frottements sur les peaux soutiendront l’effort de Gary Peacock lors de son solo. Celui-ci montre, comme à son habitude, un refus total de pulsation rythmique régulière, révélant cette liberté absolue qui est sa marque lors de ses enregistrements aux côtés d’Albert Ayler. Celui-ci, après l’exposé du thème entreprend un travail de déconstruction mélodique, escaladant les notes et les redescendant en une coulée virtuose.

Le titre “The Wizard “ correspond bien à l’imaginaire d’Ayler, le thème est extrêmement bref et, d’emblée, nous voici plongé au milieu d’un fabuleux solo de saxophone ténor, tout est fièvre et chaos, les sons forment de sortes de vagues déferlantes qui vous emportent, descendant vers les graves abruptes et rugueux et remontants vers les aigus les plus ténus. Le jeu de Gary Peacock est particulièrement mis en valeur sur cet enregistrement, l’absence de pulsation régulière ne l’empêche pas de relancer sans cesse le soliste en lui envoyant des impulsions continuelles. Son jeu, à lui seul, mérite une écoute attentive et concentrée.

Une nouvelle version de « Spirits » débute la seconde face. Albert se fait lyrique et son jeu est tout en retenue, en émotion contenue, comme souvent à fleur de peau. Sa sonorité accompagnée par le frottement de l’archet sur les cordes de la basse se fait plainte, et se prolonge vers une sorte de dénouement que l’on devine pathétique. Sunny Murray se montre un partenaire attentif, jouant des cymbales en envolées dramatiques qui ponctuent la gravité de la ballade.

Ghosts: second variation est la dernière composition de ce très court album. L’ouverture du morceau s’effectue tout en douceur, dans les graves et s’effectue par l’exposé du thème, si cher à Albert, par la beauté simple qu’il présente. Le solo qui prolonge le thème est, à l’image de cet album, magnifique, de pure inspiration free, les notes d’Albert peignent un paysage sonore fait de montée, de descentes, de courbes et de volutes, décrivant des contours et des formes sans verser ni dans la colère, ni dans le cri, en une sorte d’apaisement et de sérénité.

Très court, cet album n’en est pas moins l’un des plus beaux. Un incontournable qui a eu, en son temps, une influence énorme.

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"Music is the healing force of the Universe" Albert


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