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Je viens de retrouver le texte que j'avais écrit sur le film Mein Führer à sa sortie en 2007. Je vous le colle :
Depuis le 11 janvier 2007, date de la sortie officielle allemande de « Mein Führer », une comédie tournée par le réalisateur suisse Dani Levy, la question s’impose : l’Allemagne peut-elle enfin rire de son histoire ? Le quotidien Die Welt y répondait six jours avant que le film ne prenne l’affiche en affirmant que, non seulement elle le peut, mais elle le doit surtout, ne serait-ce que pour démystifier Hitler une fois pour toutes.
Pourtant, même si « Mein Führer » caracole en tête du box-office chez elle, l’Allemagne rit jaune et Dani Levy fait face à de virulentes critiques çà et là dans les médias. Pourquoi ? Les Allemands perdraient-ils leur sens de l’humour lorsqu’il est question de gratter leurs bobos mal cicatrisés ? Auraient-ils gardé quelques relents d’antisémitisme qui leur interdiraient d’accepter qu’un réalisateur juif réécrive l’histoire ? Aucunement ! L’Allemagne ne rit pas, tout simplement parce que le film n’est pas drôle !
« Mein Führer - Die wahrste Wahrheit über Adolf Hitler » se veut une satire dans laquelle le dictateur nous est présenté comme un pleurnichard impotent, à l’aube d’une déconfiture certaine, qui doit livrer un discours devant son peuple. Goebbels le veut fort et convaincant comme aux premières heures de la guerre, alors qu’il n’est plus qu’un chefaillon de pacotille qui s’apitoie sur son passé de petit garçon brimé par un père abusivement autoritaire. Le ministre de la propagande a donc l’idée d’imposer au Führer la présence d’un acteur juif fort célèbre hier dans l’Allemagne en paix, et qui croupit aujourd’hui dans le camp de Sachsenhausen. En échange de sa survie et de celle des siens, il aura pour mission d’aider le dictateur à rédiger son discours et lui apprendra à redevenir l’orateur impérial qu’il a été. Pourquoi un juif ? Pour faire ressortir le méchant qui ronfle lamentablement dans ce Hitler endormi par la déprime. Parce que, comme l’explique Goebbels, il faut confronter le Führer à ce qu’il hait le plus pour le faire enfin réagir !
Levy avait en main les ingrédients parfaits pour confectionner une comédie tordante. Et la bande-annonce que les journaux télévisés allemands diffusaient quelques jours avant la sortie du film laissait suggérer qu’il en serait une. On y voyait un Hitler en survêtement simuler un combat de boxe et se faire aplatir la tronche par un adversaire juif médusé à qui il demandait de répliquer. Ce même Hitler jouait plus tard avec un sous-marin en plastique dans une baignoire pleine de mousse. En habile vendeur, Dani Levy a monté sa bande-annonce en y incorporant les rares extraits de son film qui sont réellement drôles, donnant ainsi l’illusion au public allemand qu’il se dilaterait la rate pendant une heure et demie en s’allégeant du poids d’un prix qu’il a déjà bien assez payé. Fort malheureusement, tout au long des 90 minutes qu’il aura embobinées après le montage, Levy hésite entre drame et comédie, noyant les rares scènes hilarantes et les quelques répliques d’un humour noir savoureux dans une mixture indigeste qui sent le règlement de comptes maladroit avec l’histoire et l’humanisme douteux malvenu.
Si l’Allemagne ne rit pas librement en regardant « Mein Führer », ce n’est pas tant parce qu’elle ne trouve pas drôle de voir Hitler totalement dépendant d’un juif qui le mène à la baguette et le fait aboyer comme un chien. Ce n’est pas forcément non plus parce qu’elle s’interroge sur les motivations d’un réalisateur juif qui, sous le couvert de l’humour, lui balance en pleine poire qu’elle n’est pas prête d’enterrer les fantômes qu’elle a tenté d’oublier en les enfermant dans son placard il y a 62 ans. Si l’Allemagne ne rit pas, c’est avant tout parce que Dani Levy a raté sa cible. À tel point d’ailleurs que même Helge Schneider, qui campe ici un Hitler convaincant, a déclaré au magazine Stern que ce qui s’annonçait initialement comme une comédie satirique ne le fait finalement pas rire. « Dani et moi restons amis, a-t-il ajouté. Mais on ne doit pas pour autant dire d’un film dans lequel on a joué qu’il est bon par simple solidarité. » Si Schneider ne cache pas sa déception et s’est quelque peu dissocié du film avant même qu’il ne sorte, c’est surtout parce que le réalisateur de « Mein Führer » doutait lui-même tant de la qualité de son oeuvre qu’il en a considérablement modifié l’essence en cours de route. À l’origine, Hitler devait être le personnage central du film. Mais Levy a changé d’avis après avoir monté une première version de son film qu’il a fait visionner à un public composé de 400 personnes. Le test étant loin d’être concluant, il a finalement choisi de recentrer l’histoire sur la famille de l’acteur juif, se mettant ainsi à dos son Hitler, déçu de n’avoir plus qu’un rôle secondaire, et donnant plus de place au côté dramatique de son oeuvre, la privant de sa vocation première : divertir.
Il est encore trop tôt pour savoir si « Mein Führer - Die wahrste Wahrheit über Adolf Hitler » traversera bientôt l’océan, si le film sera diffusé ici en version originale allemande sous-titrée ou s’il sera doublé en français. Quoi qu’il en soit, s’il fait grandement parler de lui Outre-Atlantique, ce n’est assurément pas pour sa grande qualité artistique. Même si les cinq dernières minutes du film sont fortes et réussies, elles ne suffisent pas à camoufler ce que le film est malheureusement : une belle occasion manquée.
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