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C'est marrant de voir que pour la plupart des gens l'originalité est une qualité Pour moi c'est pas forcéement le cas. J'aurais dû plutôt mettre le terme "décalé" alors En gros je ne fréquente que des gens décalé et je pense que je le suis devenu moi aussi Je ne m'en rend pas compte mais lorsqu'on est dans un environnement plus "normalisé" j'entends tjs les mêmes remarques : "Toi tu es décalé, spécial, etc.." Les gens m'aiment bien pour ca mais la direction elle me déteste à cause de cela. Je peux dire sans pb que ca m'a empêché d'évoluer au niveau professionnel. C'est dommage. Je ne sais pas si c'est alors lié à la France, qu'il faut être normal dans le monde professionnel pour que ça passe. Au Québec, c'est probablement différent dans ce cas, et la "non normalité" n'est pas un frein, tant, évidemment, qu'elle n'est pas de nature à déranger l'entreprise.
J'ai travaillé 11 ans dans l'administration de la Ville de Montréal, dans une équipe de plus de 40 personnes. J'aurais pu faire tâche dans le décor car ma nature est diamétralement opposée à celle de mes collègues. Je suis assez sauvage. J'aime bien discuter avec les gens, déconner avec eux, même beaucoup, mais sans obligation et pas trop longtemps. Je ne me décrirai pas comme non sociable, mais j'ai un grand besoin de solitude, de me retrouver seule, très souvent, et je ne supporte pas de me retrouver dans des endroits où il y a beaucoup de monde à la fois, comme les fêtes de bureau où ça parle de tous les côtés. Ça m'étourdit, ça me met très mal à l'aise, je préfère fuir ça. Les fêtes de bureau, il y en avait souvent. Au tout début, je me forçais à y aller et je vivais ça avec une pression, une tension parce que je n'en avais vraiment pas envie du tout. Mes collègues, c'était tout le contraire, ils s'en réjouissaient à l'avance, attendaient ces fêtes avec impatience. Je me forçais aussi à aller manger le midi au réfectoire, entourée de mes collègues (je précise que je les aimais bien et n'avais aucun problème avec l'un ou l'autre). Et ça me mettait mal à l'aise aussi. Alors progressivement, mais rapidement, je n'allais plus y manger et préférais aller me promener le midi, manger dans mon bureau, seule. Et décliner les invitations à ces fêtes, ne plus y aller du tout.
Au début, évidemment, ça dérangeait un peu mes collègues. Mais ils ont vite compris que ce n'est pas lié à eux, mais que je suis comme ça. Plutôt solitaire et sauvage. Et ils l'ont vite accepté. Je n'étais pas pour autant une bête qui arpentait les couloirs en baissant la tête et en marmonnant quand je croisais quelqu'un. J'adore vraiment déconner, j'avais toujours une petite phrase à balancer quand je croisais un collègue qui le faisait rire. Quand j'envoyais des notes de service au personnel, j'y balançais toujours une vanne, une image drôle. Et mes collègues savaient qu'ils pouvaient toujours compter sur moi s'ils avaient besoin d'un service, que je leur corrige un texte, même personnel, imprime des photos (la seule imprimante photo était dans mon bureau), les aide pour un problème informatique, ou même leur trouve de la musique sur Internet...
Alors ils m'aimaient bien, n'hésitaient pas à venir me voir et acceptaient entièrement ce que je suis. Et, étrangement peut-être, cette différence les poussait à me traiter avec un certain respect qu'ils n'avaient pas forcément pour d'autres, je pense même que certains s'en sentaient intimidés.
J'ai aussi tendance à être très directe, dire ce que je pense comme je le pense, que ce soit avec des gens que je connais bien ou la simple caissière d'un magasin que je ne connais pas. Parler sans tabou, sans barrière, conventionnelle ou autre, quand la majorité des gens, par peur peut-être des préjugés, vont préférer parler en prenant des détours ou ne pas aborder certains sujets. Ça pourrait choquer les gens, mais étrangement, ce n'est pas le cas, au contraire. Il m'est souvent arrivé qu'instinctivement, ça pousse des gens que je viens à peine de rencontrer à se confier à moi, me raconter des choses très personnelles qu'ils ne disent peut-être pas à des gens qu'ils connaissent depuis longtemps. Il n'est pas rare que je croise un parfait inconnu, qu'on commence à discuter pour une raison ou une autre (un vendeur ou une vendeuse dans un magasin, par exemple), et qu'on en vienne à parler longtemps, sérieusement, voire intimement, ou en blaguant. Puis je dis au revoir, je m'en vais et on ne se revoit généralement plus jamais.
En effet, je pense qu'originalité n'est pas le bon mot. Peut-être davantage marginalité. Mais je crois qu'il y a beaucoup plus de gens marginaux qu'on ne le pense parce qu'il y a beaucoup de gens qui n'ont pas conscience de l'être. Qui n'aiment pas non plus les fêtes, mais ne se l'avouent pas et y vont quand même, car quelque chose, peut-être, leur fait peur. Ce sentiment de ne pas être comme tout le monde, donc des préjugés. Je pense aussi qu'il y a énormément de gens qui mènent une vie très normale, mais n'y sont pas heureux. J'en connais beaucoup personnellement. Des gens qui vivent en couple depuis longtemps, une vie qui leur est devenue très insatisfaisante, qui les endort, les rend malheureux, mais répond à une norme dont ils n'osent pas sortir.
Pour ma part, la vie de couple, j'ai connu ça, plusieurs fois, longtemps. Et je sais que je ne suis pas faite pour cette vie-là. Au début, c'est beau. Ensuite, vivre au quotidien avec un homme, je ne supporte pas... Mon besoin de solitude, d'indépendance est incompatible avec une vie de ce genre, et je sais qu'il y a bien des gens qui ont aussi du mal à partager leur quotidien en permanence avec quelqu'un, mais continuent et continueront peut-être toujours à le faire. Pas moi, je préfère maintenant vivre en phase avec ce que je suis, seule, pas pour autant renoncer éternellement à l'amour, mais si je devais retomber amoureuse d'un homme, ce sera chacun chez soi et il devra l'accepter ou laisser tomber. Ça aussi, c'est perçu comme marginal. Quand une femme vit seule, les gens s'imaginent souvent que c'est une pauvre fille qui doit être malheureuse... Et n'envisagent souvent pas que ça puisse être son choix, son désir.
Être marginal, c'est peut-être tout simplement d'être ce qu'on est, comme on est, vivre comme on le désire vraiment, en phase avec sa nature, sa personnalité, sans accepter de se faire dicter sa vie par la peur des préjugés, la peur d'être hors normes. S'en foutre. Le plus important n'est pas ce que les autres pensent de nous, mais ce que nous pensons de nous-mêmes. Les autres sont libres de nous accepter ainsi ou de nous rejeter.
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