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Le problème c'est qu'il n'y a plus aucun projet de société : qui nous parle aujourd'hui du modèle auquel nous souhaiterions parvenir dans 50 ans? Ces dernières années ont clivé socialement un pays qui l'était déjà économiquement au point qu'on en est quand même arrivé à stigmatiser les sales pauvres qui vivent des minima sociaux. C'est vrai que c'est sans doute la faute des chômeurs (les enfoirés qui refusent de bosser!) ou des percepteurs du RSA (qui vivent comme des milliardaires!) que les banques ont failli se casser la gueule! Il faut revenir à ce qui a forgé l'histoire de ce beau pays que tant d'autres nous envient : la solidarité, la capacité à évoluer, une vision humaniste de l'organisation sociale. Il n'y a pas de mauvais objets mais que de vrais défis. Ces dernières années ont été intellectuellement consternantes et socialement agressives. J'espère que nous pourrons reprendre le fil des choses : il n'y a pas que l'économie qui compte ; ce qui nous a toujours construits au fil des siècles, c'est une belle idée de l'homme et le désir de construire un monde toujours meilleur et plus juste, protégeant notamment les plus faibles. Tu sais, ça ne fait même pas un mois que je suis de retour en France, et je mesure déjà l'immense fossé qu'il y a entre la France et le Canada. Oui, bien sûr, il y a des pauvres au Canada. Beaucoup même. Des mecs et des filles qui dorment dans la rue comme ici. Il y a également des foyers pour les accueillir la nuit, certains refusent d'y aller. Ils doivent avoir leur raison, c'est leur choix, leur droit.
Mais il y a tout le reste, la manière quasi inhumaine de traiter la population ici dans certaines circonstances. Prenons déjà la sécurité sociale. Au Québec, toute personne y résidant y a droit d'office. Quand je me suis installée là-bas il y a 15 ans, manque de bol pour moi, juste avant mon départ, j'avais passé des tests médicaux en France et on m'avait décelé des cellules précancéreuses qu'il fallait absolument éliminer avant que ça dégénère. Je venais tout juste d'arriver à Montréal quand je l'ai appris. Je n'avais même pas encore mon statut de résidante permanente, mais ma demande était faite. Eh bien, j'ai été opérée à Montréal, c'est l'assurance maladie conventionnelle qui a pris en charge les frais, ça ne m'a rien coûté.
Je reviens donc en France. J'ai certes la nationalité canadienne, mais j'en conserve tout de même ma nationalité française. Je suis française, expatriée de retour, pas une étrangère en situation irrégulière. La France me place dans une situation incroyable. Pas de sécurité sociale, pas le droit de travailler si je veux bénéficier du programme d'aide pour créateurs de nouvelles entreprises. Il m'arriverait la même chose, je devrais me faire opérer à mes frais, payer des milliers d'euros. Est-ce logique ? Humain ?
Ensuite, le cas des employeurs qui recherchent des employés extrêmement qualifiés, diplômés, pour des boulots à haute responsabilité payés au SMIC. Je n'ai JAMAIS vu ça au Québec ! Le fait aussi qu'en France, on se fout royalement de l'expérience, on ne s'attarde qu'aux diplômes, ce qui prive une bonne part de la population d'emplois pour lesquels ils peuvent avoir les compétences. Ils se retrouvent au chômage ou a accepter des emplois que d'autres, qui n'ont pas les mêmes compétences, pourraient prendre. On déchante vite quand on revient ici...
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