
1948.
Acheté et commencé hier, un peu plus de 20 pages de lues, et je dois le dire : ce livre est immense, merveilleux, beau.
Extraits de la préface pour présenter l'auteur et l'oeuvre :
"Ce singulier Malcolm de Chazal, cet ingénieur de l'Ile Maurice, dont ce livre a chu en France, voici quelques mois -vraiment comme un os, comme une pierre venue d'une autre planète - paraît sur sa photo, avoir quarante ans. Il a le nez pincé, et la face en lame de couteau a un regard décisif qui semble mesurer quelque obstacle à lever. Quant au livre, c'est un recueil de pensée, ou mieux de métaphores, ou plus exactement de correspondances, qui tiennent de deux à quarante lignes [...]""Que signifie Sens-plastique ? L'homme a des sensations de deux ordres : les unes vagues et comme épandues, les autres précises, limitées. A celles ci convient assez bien le nom de plastiques. A celles là, le nom de profuses ou de musicales... [...] Mais c'est là une différence ou un écart qui ne semble pas gêner Chazal. Qui ne le préoccupe pas. Sinon pour y mettre un terme. De ces deux objets qu'ils joint pour faire image (comme deux fils électriques qui jetteraient aussitôt une étincelle) presque toujours l'un se trouve être de l'éspèce vague, l'autre de l'espèce plastique [...]""
Je m'assure que Chazal est de taille à dominer le danger, tout prêt à faire éclater, comme ceux de la nature, les gonds et les vérroux du monde surnaturel. Je l'écoute. Il m'arrive d'apprendre de lui ce que je pressentais faiblement. De ses obscurités même, j'éprouve qu'elles sont chez lui à la bonne place : Si le regard pouvait faire un pont entre les deux rives d'un ruisseau, on verrait courir le ruisseau dans le sens contraire. Il n'est comme d'essayer de voir deux choses à la fois, pour mettre le regard sens dessus dessous.
J
'essaie d'embrasser d'un coup d'oeil les deux rives de ce sens-plastique, et voilà que les images qui d'abord me paraissaient pittoresques, soudain de montrent à moi renversées, par l'effet d'un art qui mérite, je pense, le nom de génie."
Et extraits de l'art dont il est question :
"L'air est une balançoire sans cordes. L'eau est un bascule sans fulcrum. Le regard est un balançoire-bascule sans support et sans soutien, que l'aimant de l'oeil fait mouvoir à distance, comme le cocher-soleil menant dans l'espace le char des planètes."
"Ricanement partout ailleurs, dans la source seule l'eau rit"
"Aux temps préhistoriques, le temps était une notion secondaire de la vie, car l'homme, sur-occupé, vivait alors entièrement dans le présent. Avec l'ennui naquit l'horloge, et avec l'horloge grandit l'ennui. L'oisiveté, qui rejeta l'homme hors du présent, et qui me mit en décalage avec la vie, lui donna le sens du temps extérieur à soi, comme quelqu'un sur la berge voit couler à ses pieds le ruisseau. Depuis lors, de notion libre et mouvante en nous même, le temps s'est échappé de notre âme et s'est fait notre geôlier"
"Bleu, blanc, rouge claquant dans le vent. Le rouge gifle le vent qui rougit de honte - en présence du bleu impassible"
Etc, etc ...
Ces mot méritent toute l'attention du monde. Une magnifique plongée dans les
passages, qui se lit comme un révélation permanente.