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J'ai l'audace de proposer cette mini novellette dans cette section parce qu'elle est inspirée d'un écrivain que j'adore : Richard Matheson. Elle fut rédigée à l'occasion de la sortie du dernier remake de l'adaptation cinématographique du roman, avec Will Smith, alors que je sévissais sur un site de jeu thème SF, jadis. Laborieux exercice donc, vaguement pamphlétaire (quelle prétention !), qui m'avait amusé, inconscient que je fus, et en roue libre. Basé sur la seconde adaptation au cinéma du roman, qui s'intitulait The Omega Man, en version française Le Survivant, avec Charlton Heston, film qui m'avait bien marqué à sa sortie. C'est un petit délire, soyez indulgents. J'avais juste fait ça pour le fun, et parce je n'avais rien rédigé depuis très longtemps. Robert Neville est remplacé au pied levé par un Algernon improbable.
Je suis une légende
Le pick-up Badger noir filait le long de l'artère jonchée de détritus, faisant voleter follement des papiers voletant dans son sillage. Seul le grondement régulier du moteur rompait le silence. Les rues immobiles et désertes étaient baignées d'une lumière figée écarlate. Algernon roulait aussi vite que possible. L'éclat du soleil se refléchissait sur les verres de ses lunettes filtrantes. A l'arrière, sur la plateforme, étaient alignés une dizaine de gros jerrycans bleus, ainsi que des caisses, des cartons et de volumineux sacs en plastique noir. Il tendit la main vers le système GSV et chercha une piste. Les titres défilèrent sur l'écran à cristaux liquides. Trois secondes plus tard, les haut-parleurs crachaient l'intro de Sole Survivor du BÖC. Il jeta un coup d'oeil sur le niveau de carburant. Ce n'était pas le moment de tomber en panne d'essence dans ce secteur de la ville ! Le problème était qu'il était obligé de couvrir un rayon de plus en plus large pour se ravitailler. Ces foutus engins consommaient tellement. Le 4x4 était un vieux modèle et son ancien proprio devait avoir payé une fortune en taxes de malus écologique. Il sourit à la pensée qu'il pouvait bien souiller l'environnement autant qu'il voulait maintenant... Alors qu'il prenait un virage trop serré à un carrefour, il aperçut une seconde trop tard la camionnette qui était en travers de la chaussée et réagit en braquant vivement. Le pick-up dérapa et alla percuter avec fracas une vieille Mazda qui devait avoir été jaune à une époque. Le choc le secoua pas mal, mais il s'en sortit avec quelques bleus. Il descendit en attrapant le fusil sonique qui était calé sur le siège avant. Le Badger n'avait pas morflé tant que ça, alors que la Mazda semblait sortir d'une presse. Il regarda des deux côtés de l'avenue. Un peu partout des voitures rouillaient patiemment sous la poussière. La plupart étaient rangées, ou plutôt poussées au petit bonheur sur le bord de la voie ou sur les trottoirs. Des centaines d'oiseaux d'espèces variées peuplaient les carcasses, ou se nichaient sur les rebords de fenêtres et des constructions : pies, mésanges, corbeaux, mouettes... Il aperçut plusieurs hérissons et un un animal qu'il pensa être un renard, alors qu'il filait par un trou dans un mur. Les immeubles demeuraient silencieux, étrangers à tout bruit urbain. Un peu plus loin, un vieux cinéma de quartier survivant programmait The Last Waltz. Surprenant un mouvement du coin de l'œil, il crut distinguer une forme sombre bouger dans le hall d'un immeuble. L'espace d'un instant, à une quinzaine de mètres, il entrevit une silhouette à l'aspect sinistre portant une sorte de robe de religieux à l'ancienne avec une capuche. Il braqua instinctivement le fusil aussitôt en direction de la baie vitrée, appuyant en même temps sur la détente. Celle-ci explosa sous l'impact de la décharge sonique. Le fracas dissipé, on pouvait percevoir un léger bourdonnement indiquant que l'arme se rechargeait. Toute nouvelle innovation dans le domaine de l'armement : rechargeable électriquement, pas d'entretien, pas d'enraiement, opérationnel sur tout type de terrain, spatial compris. On ne pouvait pas faire de tir aux pipes et la portée était limitée, mais quand on touchait un être vivant avec ça, l'intérieur après ressemblait à du gaspacho. Il s'engouffra à travers la paroi vitrée copieusement explosée et inspecta les lieux desertés. Personne en vue. Un grand escalier principal couvert de papiers menait à plusieurs portes, dont une de service sur le côté, à demi entrouverte... Elle donnait sur un escalier secondaire qu'il monta en petites foulées. Il visita tout le premier étage sans trouver âme qui vive. Comme d'habitude, le lot de cadavres desséchés, momifiés, dont même les rats ou autres charognards répugnaient à s'occuper. Même chose dans les autres niveaux de l'immeuble occupés par des bureaux. Si il parvenait à mettre la main sur un de ces espèces de zombi, il arriverait peut être à le faire parler. Il pourrait apprendre où se terrait le jour la Fraternité du Lendemain, le nom du clan que se donnaient ces cinglés, avec à leur tête un nommé Zak. Au bout d'un certain temps, il se résolut à revenir à son véhicule. Une fois sur le trottoir, il se tourna vers le soleil d'or fondu qui rasait l'horizon entre deux tours. “Nom de Dieu ! Il va bientôt faire nuit !”. Il se précipita vers le pick-up, fit une marche arrière brusque et mis pleins gaz vers le nord de la ville morte. Il lui fallut à peu près une heure pour rejoindre sa résidence : Abbey Road. Il s'agissait d'un ancien hôtel prestigieux situé au centre d'une avenue des beaux quartiers, face à une vaste plaza, au centre de laquelle trônait une fontaine sculptée. Algernon l'avait aménagé et équipé à sa façon, en faisant une place forte pratiquement inviolable. Le toit et les terrasses étaient couronnés de barbelés et plusieurs projecteurs et caméras couvraient tous les angles. Des pointes métalliques étaient soudées aux gouttières, pour en empêcher l'ascension. Plusieurs fois, ils avaient tenté un assaut contre la bâtisse la nuit et avaient perdus plusieurs d'entre eux, surtout à cause des pièges. Maintenant, ils essayaient rarement d'attaquer de façon directe. Une rampe menait à un garage souterrain. Le soleil avait maintenant disparu et l'obscurité gagnait. Il fonça vers l'accès en ralentissant à peine. Trois silhouettes sombres se tenaient devant l'entrée. Elles tenaient un objet dont elles allumèrent l'extrémité. Elles lancèrent aussitôt ce qui semblait être un cocktail Molotov. Le conducteur du pick-up déclencha l'ouverture électronique du portail blindé du garage. Deux des projectiles fuligineux lancés ratèrent leur cible, mais le troisième heurta le pare-brise, et explosa en une boule de feu orange. Il se dégagea aussitôt une forte odeur d'essence et de métal chauffé. Malgré l'épaisse fumée noire et grasse, il distingua l'ouverture qui venait de se libérer et écrasa l'accélérateur. Il jeta un bref coup d'œil à son rétroviseur, pour constater qu'un des agresseurs avait sauté à l'arrière sur la plateforme. Le 4x4 s'engouffra dans le garage souterrain, le portail redescendait déjà et râcla le toit du véhicule. Le passager clandestin sauta aussitôt, il trébucha et s'affala sur le sol en béton. Algernon jaillit de l'intérieur et bondit vers lui, alors qu'il tentait de se relever, empêtré dans sa robe à capuchon grise. Il portait comme les autres membres de sa communauté une paire de lunettes noires comme celles de Ray Charles, qui barrait son visage blafard, sa main tenait un hachoir souillé de taches brunes. Algernon envoya son pied en plein visage de l'assaillant et abattit la crosse de son fusil sur la main tenant l'arme blanche. Son adversaire grogna de douleur, roula sur le côté et se releva aussitôt. L'intrus faisait bien une tête de plus et il avait une carrure de lutteur. Il venait de perdre ses lunettes et était maintenant ébloui par l'éclairage du sous-sol. Dans son poing apparut la lame d'un couteau de chasse. Algernon savait qu'il n'aurait pas le dessus dans un corps à corps. Le fusil eut un gros hoquet sourd et bas. La décharge sonique faucha le mutant, le projetant en arrière jusqu'à ce qu'il rencontre le mur. Algernon attrapa l'extincteur posé à côté du portail et fit jaillir la carbo-glace sur le feu du véhicule. Le cocktail avait bien attaqué la peinture et l'air était difficilement respirable. Il tira le corps par le col, le traînant sur le sol de béton peint jusqu'à une porte grillagée munie d'un énorme cadenas. Elle constituait l'accès à une partie du sous-sol protégée, abritant un gros groupe électrogène et des équipements spéciaux. Une fois franchie, il continua de tirer l'intrus en peinant, et pénétra dans un local de chaufferie. Il referma la porte et attendit que la fumée se dissipe par l'air conditionné du bâtiment. La capuche une fois rabattue laissait voir un visage plutôt jeune, mais avec un teint crayeux. Il avait le crâne rasé, comme tous ses congénères. Sa peau blême pleine de petits cratères et de minuscules abcès, avec trois anneaux sur son sourcil gauche percé. Un filet de sang presque noir perlait par les oreilles et les narines. Il le fouilla. Ses recherches furent rapides, il ne portait qu'une grossière croix de bois noir et une fronde artisanale. La Fraternité du Lendemain était un groupe de survivants, sûrement plus résistants que la moyenne pour avoir survécu à ce qui avait décimé les populations, radiations ou ondes hyper nocives. Ils présentaient tous les mêmes stigmates. Ils ne supportaient pas les ultraviolets, ni les sons intenses. Ils ne sortaient jamais en plein jour, crépuscule ou aube au "mieux". Ils vivaient la nuit et avaient régressé en une sorte de communauté primitive nourrissant un mysticisme délirant, rejetant toute la technologie des siècles passés. Pourquoi lui n'avait pas été affecté, il n'en avait aucune idée. Il espérait que, quelque part, d'autres êtres humains normaux vivaient aussi et qu'il pourrait les rejoindre. Algernon ressortit, vérifia le groupe électrogène duquel dépendait sa survie. Il se dirigea ensuite vers un ascenseur au fond qui communiquait avec les autres niveaux de l'immeuble. Il rangerait tout ce merdier demain. Pour le moment, il avait besoin d'un remontant, d'une douche et deux trois morceaux de sparadrap. Dans l'ascenseur, il enleva sa chemise ruinée. Il y avait trois autres étages en plus du sous-sol. Le solitaire vivait retranché au second, dans la partie la plus facile à défendre et avec la meilleure vue sur les environs par une terrasse protégée. Il passait la plus grande partie de son temps dans un grand salon équipé d'un bar, une grande cuisine dans une pièce, un lit dans une autre. Il avait peu d'occasions d'accomplir un vrai sommeil. Une console vidéo dans un local lui permettait une surveillance de tous les accès et de l'intérieur du bâtiment, et aussi des abords extérieurs. L'hôtel avait eu une clientèle fortunée et people qui avait besoin de tranquillité et d'échapper aux paparazzis et autres gêneurs indiscrets. Le nouvel occupant avait sécurisé et même parfois piégé, tous les accès qu'il n'utilisait pas. Il se dirigea vers le bar, il sortit des glaçons du frigo et se servit une vodka. Il s'affala sur le canapé de cuir bleu et appuya sa tête en arrière, fixant le poster d'Hendrix punaisé au mur. "Maudits mutants !" Ils avaient presque réussi à le serrer ce soir. Ça avait été moins une ! Il n'échapperait pas à leur meute hostile éternellement. Un jour, la chance l'abandonnerait… Il attrapa la télécommande et alluma la chaîne Hobarth, sélectionnant un des 4500 titres du graveur. Les notes apaisantes d'une chanson de Rickie Lee Jones emplirent la pièce, lui procurant un semblant de détente. Puis les images affluèrent, sans qu'elles aient été invitées. Les visions passées d'un monde qui sombrait. La fin du monde civilisé tant redoutée ! Mais avant que le réchauffement climatique n'ait vraiment bousillé la planète, l'humanité s'était déjà foutue en l'air. Et pas à la catastrophe nucléaire ou bactériologique ! Comment en était-on arrivé là ? Il repassait en revue pour la énième fois les étapes de la décadence qui avait rongé les dernières décades, pour en arriver à cet aftermath. Il fallait remonter vers le milieu des années 1980, à la fin des illusions et des utopies hippies et sociales progressistes qui avaient vaguement survécu jusque là. Le règne du profit et de la consommation de masse devait tout submerger. Un des premiers signes graves fut la naissance d'une chaîne musicale : MTV, qui allait crétiniser tout un large public. L'industrie mettait en place son système pour aseptiser et rendre consommables tous ses produits par des cerveaux "disponibles". Tous les courants et styles musicaux se révélèrent être une cornes d'abondance pour l'industrie musicale, perdant tout leur richesse artistique pour devenir des produits, digérés et vendus au marketing. Récupéré même le rock le plus rebelle. Pour vendre des eaux minérales, des couches-culottes, des voitures, des fournisseurs d'accès, etc. Les maisons de disques se trouvaient phagocytées par des majors toutes puissantes. Les radios de grande écoute avaient l'une après l'autre accéléré la déliquescence intellectuelle. Les chaînes de télé et la presse visaient si bas que le niveau général avait chuté de façon alarmante. Il y eut également un peu de résistance, une vieille garde rétrograde qui prétendait vouloir préserver les bénéfices d'un passé et d'une culture tombés en désuétude. Le World Wide Web permit un temps d'épauler ce refus de l'asservissement. Il fut vite encadré et contrôlé par la toute-puissante machine médiatico-industrielle. La dévolution avait amorcé son travail et le processus était désormais irréversible. Déjà, deux ou trois générations étaient perdues. A la fin des années 2000, ils étaient déjà des millions dans les rues, les transports, partout, des écouteurs plantés dans la tête et cramponnés à leur portable, intoxiqués par des sons en boucles et des séquences de musique électronique, isolés dans un univers formaté, victimes d'un dictat technologique. On était parvenu à la fin de la première étape.
Vers le début des années 2020, la dominante Universal Imperium s'allia à MicrosoftFuture et GoogleRex afin de constituer une mega compagnie qui contrôlerait la quasi totalité de ce qui s'écoutait, se regardait, se lisait. Forte d'une bonne centaine de satellites privés, et vu le peu d'autorité officielle qui subsistait et aux ordres, elle pouvait faire main basse sur de gigantesques territoires de consommation sans vergogne. Les nanotechnologies avaient permis de passer au stade suivant, qui allait scellé le destin de l'humanité. Cette mega World Company, l'UMG, proposa à ses clients, autant dire pas loin de deux milliards et demi d'individus dès le départ, un contrat à vie entièrement gratuit qui offrait la greffe d'une configuration avec des capteurs, un micro-module et des écouteurs implantés dans le conduit auditif, avec des performances incomparables, des possibilités qui deviendraient très vite indispensables. Vous receviez en permanence des infos et des programmes contrôlés par le groupe, avec un programme minimum imposé ; et bien sûr des pubs, mais pas plus de six heures par jour. Il y eut bien quelques colloques et des débats sans fin sur les libertés et tout le tralala. Mais être "nanoconnecté" était devenu le désir majeur de toute une société, boulimique de communication sans but, à flux continu. On n'était parvenu à un nouveau stade de l'évolution humaine. De grandes antennes relais d'une technologie récente, avec des portées énormes, furent installées partout en quantités gigantesques, de manière à couvrir des parties de continents entières. Les effets qu'eurent les ondes ne se révélèrent que bien plus tard. Comment les mutations s'étaient-elles produites. Étaient-ce les ondes seules ? Cumulées à certaines catastrophes environnementales et aux fréquents accidents de centrales ? les OGM ? les nouvelles molécules ? le nouveau menu McDo ? Ou bien était-ce tout cela en même temps.
Un grand fracas explosa dans la pièce, alors que par une vitre brisée tombait un objet enflammé qui roula sur l'épaisse moquette beige. Absorbé par l'irruption de ces souvenirs, il en avait oublié de baisser les panneaux blindés de la terrasse qu'il avait installés à grand peine. Algernon attrapa un des extincteurs rangés dans un coin du couloir d'entrée. Le projectile incendiaire n'avait eu que le temps de carboniser un grand carré de sol. Il ouvrit la porte-fenêtre donnant sur la terrasse alors que lui parvenait un brouhaha venant de l'extérieur. Dès qu'il apparut, des cris fusèrent, des exclamations alors qu'il contemplait la scène qui s'offrait à lui sur la place en face du bâtiment. Un autre boulet enflammé traversa l'espace en direction de l'hôtel, mais s'écrasa contre un mur après une trajectoire incertaine. Un grand feu au centre de la place illuminait un spectacle démentiel, qu'on aurait pu croire tout droit sorti d'une époque médiévale. Il devait bien y avoir une bonne centaine de rôdeurs nocturnes, tous vêtus d'une longue robe à capuchon. Le feu s'apparentait tout à fait à un bûcher. Il palpitait, projetant des lueurs rouge sang sur les silhouettes sombres. Une dizaine d'entre eux s'affairaient autour du brasier, procédant à des allers et retours jusqu'à des charrettes à bras de fortune, ramenant des brassées de livres et de disques, compact disc et vinyles, aussitôt jetés au cœur du feu. Des centaines, des milliers d'ouvrages et d'enregistrements furent ainsi détruits par les flammes. Des flammèches s'élançaient par milliers vers le ciel étoilé. Les autres participants s'agitaient tout autour et maintenant brandissaient des poings serrés rageurs en direction de la terrasse. Les invectives, les huées, les ricanements grinçants, les insultes fusèrent et son nom fut scandé haineusement. Entre l'autodafé et son immeuble, un petit groupe s'était un peu avancé. Parmi eux, Algernon reconnaissait un individu grand et émacié tenant un bâton comme un pèlerin, ou un prophète. Déjà à plusieurs occasions Zak lui avait adressé la parole. Le chef du clan le harangua : « Algernon ! Cesseras-tu de te terrer dans ce sanctuaire avec tes jouets puérils ?! Tu ne peux échapper à ton destin ! Tu survis dans un monde qui n'existe plus ! » Plusieurs membres de la Fraternité du Lendemain se tenaient derrière un engin ressemblant fort à une catapulte, ou une espèce de machine de siège faisant penser à celles des guerres antiques. Engin qui leur permettait de lancer des projectiles incendiaires. Le bras de la catapulte se détendit soudainement avec un craquement sinistre pour projeter à nouveau une boule enflammée en direction de son repaire. Après avoir éteint les lumières du salon, Algernon attrapa un fusil conventionnel équipé d'une énorme lunette de visée. Une fois revenu sur la terrasse, il épaula l'arme. Dans la lunette à vision nocturne, les formes des mutants étaient violemment dessinées par des contours verts lumineux saturés. Il appuya calmement sur la détente à plusieurs reprises et trois des servants s'écroulèrent. Il y eut un moment de flottement et la plupart des cris cessèrent. Algernon retourna à l'intérieur et se dirigea vers la console des systèmes vidéo de contrôle et de surveillance. Il posa son doigt sur l'écran tactile et sélectionna une commande d'après le menu affiché. Aussitôt à l'extérieur, une dizaine de haut-parleurs installés sur les toits se mirent à hurler, déversant des décibels créant une formidable clameur. Les premières mesures de Motörhead explosèrent dans un déluge sonore grondant, déversant au cœur de la nuit dans une éruption fracassante. Les groupes rassemblés sur la place s'égayèrent en hurlant, en se tenant la tête, tentant de se boucher les oreilles afin d'échapper à cette torture audio. La place se vida magiquement et il put couper la sono. Il resta pour regarder le bûcher mourir tout doucement, attentif. Cette fois, sa décision était prise. Il allait abandonner la sécurité toute relative de son fortin et quitter la ville pour tenter sa chance, sinon il allait devenir bientôt aussi cinglé qu'eux. Il y avait encore une petite zone peu touchée par les ondes, avec une probabilité d'être "saine". Il alla poser l'arme et d'un geste las se servit un autre verre. Il resta un moment à méditer puis se rendit dans une pièce attenante au salon où étaient alignés sur des étagères quelques centaines de disques vinyles aux pochettes cartonnées, vestiges d'une autre époque. Il fit courir ses doigts sur les tranches colorées et extirpa un des disques de l'alignement. C'était un album avec une photo de pochette grise sur laquelle un homme aux cheveux longs vu de dos, vêtu d'un imper noir, marche sur un quai de gare ancienne, cerné de part et d'autre par une voie ferrée. Algernon repensa aux paroles de ce disque qu'il avait déjà entendues des dizaines de fois.
Texte en forme d'humble hommage à Richard Matheson Et très probablement, délire d'un 21st Century Schizoid Man.
édité et corrigé le 17 01 2013
_________________ Il est parfaitement superflu de connaître les choses dont on parle. Je dirais même que la sincérité en général dénote un certain manque d'imagination.
Dernière édition par Algernon le Ven Jan 18, 2013 1:30 am, édité 16 fois.
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