Il commence à faire rudement froid dehors, mais il est un peu tôt pour allumer le chauffage. Faut dire qu’avec le gaz, la facture peut vite flamber. Installé dans mon fauteuil devant ma chaîne hifi, je décide d’y placer l’un de mes disques les plus précieux : le live Unplugged de Monsieur Neil Young. Je suis persuadé qu’il pourra m’apporter la chaleur dont j’ai besoin.

Je me replonge parfois dans le passé afin de me rappeler comment je l’ai connu, la façon dont j’ai pu l’écouter...Cela devait être l’année passée en juillet, ou peut-être en août, je ne sais plus, peu importe en fait. Ce que j’ai découvert à cette époque était pour la première fois l’une des musiques qui allaient déterminer ma vie d’une certaine façon. La nature de la route dans laquelle je pouvais m’aventurer n’avait alors pas d’importance, je découvrais là des mélodies qui influenceront à jamais ma façon de voir les choses, et de les réaliser. Ce sont elles qui ne me quitteront jamais, que j’aurai à chaque fois l’envie et le désir d’écouter ; pour m’émouvoir, me faire pleurer et m’emmener ailleurs où l’herbe reste à jamais dans la couleur qu’on veut lui donner, dans nos rêves les plus fous.
Mais il est plus que temps de revenir dans le présent. Mes chats dorment sur mon lit, je suis seul à la maison et prêt à passer un moment intimiste avec le Loner. C’est (re)parti.
The old laughing lady : cela part déjà très haut. L’un de ses plus anciens morceaux en solo, qui figure d’ailleurs sur son premier album éponyme. Brillante et toute en retenue, elle annonce la carrure de cet album.
Mr soul : classique mais qui, paradoxalement, me fait moins ressentir de choses. Je préfère nettement la version électrique du Buffalo Springfield.
World on a string : on reste un rien dans le décevant avec une chanson qui a du mal à décoller et à prendre son envol. Cependant, l’harmonica est là pour y apporter un zeste de profondeur.
Pocahontas : Merveilleuse, douce et délicate, seraient les traits qui conviennent le mieux pour définir la version de cette petite perle, pas assez citée par madame la Critique. Une douceur telle une caresse dans les cheveux que notre bien aimée nous fait lorsque nous nous réveillons paisiblement sous les rayons du soleil...
Stringman : attention, fragiles, faites gaffe. Les mots ne me viennent pas, c’est trop, beaucoup trop. Les larmes montent, le nez commence à piquer, le cœur s’emballe, les lèvres tremblent et les mains deviennent moites. C’est tout ce que j’ai à dire et j’en suis même incapable de transmettre plus d’émotions par les mots. Cette pépite ne se dit ou ne s’explique pas, elle se vit.
Like a hurricane : comme si ça ne suffisait pas, le Young nous fait découvrir l’une de ses plus belles chansons d’Amour en acoustique, mais avec l’ajout de l'harmonium qui la rend encore plus sublime que d’habitude.
The needle and the damage done : issue de l’archi-connu Harvest (qui est un rien surestimé), cette plage est un délicieux met fondant sur la langue. Fermez les yeux, écoutez et dégustez. Bon appétit.
Helpless : composition datant de l’époque de « Déjà vu » du CSNY. Des paroles touchantes pour une mélodie si simpliste mais transcendante. Helpless helpless helpless / Baby can you hear me now?
Harvest moon : parfois, trois accords à la guitare viennent à nous comme le regard de l’autre peut nous attirer. Il suffit parfois de rien pour nous faire succomber à la tentation du plaisir, que nous pouvons ressentir à son écoute.
Transformer man : là c’est le coup dur, la claque, la baffe inattendue. Composée en 82 sur le très spéciale et décrié Trans, cette chanson(nette) trouve son salut ici. Cela lui permettra qui sait de bénéficier d’un autre regard de la part de ses détracteurs. Comme quoi, une composition n’a absolument rien à voir avec la production, mais elle peut en être cachée et truquée injustement.
Unknown legend : de nouveau, les quelques notes avec l’instrument à 6 cordes suffisent à donner à ce morceau la beauté qu’il mérite. Il y a une certaine magie qui ne disparaîtra jamais, celle qui s’y trouve au travers de la légende inconnue que le Neil invoque.

Look out for my love : cela plane au dessus de moi, les anges ne sont en effet pas loin. Les arrangements, assez différents de la version originale sur Comes a time, plus épurés, apportent un visage encore plus doux et précieux.
Long may you run : toute en sobriété et distinction, on peut se surprendre à fredonner un si tendre morceau. Ce couplet témoigne du grand talent de songwriter : We've been through some things together / With trunks of memories still to come / We found things to do in stormy weather / Long may you run...
From hank to Hendrix : terminons le concert avec un bien beau clin d’oeil à ces personnes parfois parties trop vite, telle une cigarette s’étant consumée à la vitesse d’un éclair sous des forces torrentielles. L’âme de Jimi vole au dessus de moi, et le souvenir que nous pouvons avoir de ceux partis prématurément (ou non) n’est jamais vain, car il fait naître en nous l’espoir de les retrouver plus tard pour qui sait, faire un buff tous ensemble.
Pour moi, ce n’est pas qu’un simple live, certes victime de la mode Unplugged en ce début des années 90’s, mais c’est une oeuvre chaleureuse et presque confidentielle que le Neil nous livre. L’hiver arrive et il est l’heure de réchauffer mon âme qui se refroidit peu à peu. Mais grâce à lui, elle sera à température ambiante.
Une guitare, une voix, un harmonica, il ne faut finalement pas tant de choses pour être heureux et avoir chaud au cœur. Alors si comme moi vous êtes frileux ou bien vous avez simplement envie d’un peu de douceur, plongez-y une oreille, le bonheur c’est maintenant comme dirait l’autre.
