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La bonne question (à mon avis) est: pourquoi je n'aime pas.
Je ne sais pas si c'est la bonne question mais je vais tenter d'y répondre.
Tout d'abord je ne dirais pas que je n'aime pas mais plutôt que ça ne me touche pas. C'est vrai que c'est un album "facile d'accès" : on pourrait le passer pendant un repas et aucun risque d'altérer la digestion. C'est "loungy", ça glisse comme il faut et ça suit son petit bonhomme de chemin, mollassonnement . Si cet album est "liquide", puisque c'est le thème, je l'associerais à de l'eau plate : "elle ne pétille donc pas".
Pour préciser les choses, Sun Ra n'est pas un artiste de Free Jazz au sens où il ne jouerait que du Free Jazz, il a connu plusieurs périodes dans son évolution, que j'ai déjà rappelées. Pour mémoire, après le bop et le doo wop il a joué du hard bop puis s'est orienté vers le free lors de sa période ESP. Il est revenu ensuite à une musique plus traditionnelle avec des projets d'enregistrements souvent plus ciblés, retour à des musiques antérieures, piano solo, quartet,jazz rock... Il faudrait aussi parler des enregistrements live...
Ce disque ne comporte d'éléments free qu'à la fin du dernier morceau... Lorsque je parle de composition je fais référence aux grilles qui en forment la structure, pas aux solos, bien sûrs, bien qu'ils s'inscrivent dans cette même grille qui en formate la durée de façon très structurée. Alors peut-on parler de Jazz, de Jazz-rock ou même d'un cousinage avec Soft Machine 3 ou 4, pourquoi pas, mais ce qui en fait en réalité son aspect le plus précieux à mes oreilles c'est qu'on entend sous une enveloppe moderne et électrique le même esprit que ce qu'il jouait à la fin des années 50 quand l'Arkestra explorait la musique dite "exotique"...
Il me semble d'accès facile, c'est aussi pour cela que je l'ai choisi, précisément pour promouvoir cette belle musique.
J'ai essayé, dans la présentation de l'album, par des mots de retranscrire (bien maladroitement je l'avoue) ce que je ressentais lors de l'écoute de l'album. (D'où les charentaises de Winsterhand sur la route de Compostelle.) L'idée de cheminement m'a paru pertinente et j'en suis persuadé n'est pas étrangère au projet de Sun Ra, tant elle s'impose avec force. J'ai fait ce que j'ai pu. Alors il est possible que ça ne te touche pas, mais je ne puis faire guère plus.On n'y voit que ce qu'on peut y voir! Qu'on songe que l'une des seules prestations de John Coltrane interprétant avec son quartet "A love suprême", aujourd'hui reconnu comme l'ultime chef d’œuvre du jazz ( précisément par l'émotion que l'on peut y trouver), s'est déroulé en France au festival d'Antibes (en 65 ou 66) et que le public a... sifflé!
Alors molasson, musique plate, fade, musique de supermarché, d’ascenseur... On peut aussi éplucher des patates en écoutant le Requiem de Faure! La perfection est dans les détails dit-on, et c'est ce qui fait la richesse de l'album, j'y entends dans ces mille petits détails, beaucoup de pureté. Il émane du disque un fort sentiment de calme et de sérénité, on n'y trouvera pas la quête Coltranienne, le cri d'Ayler, la rage de Shepp, l'universalisme de Cherry, le génie de Monk, l'intelligence de Cecil Taylor, non juste la paix.
_________________ "Music is the healing force of the Universe" Albert
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