Allez hop un autre source tiens, je suis trop bon
"Parlez d'un album culte et maudit. Enregistré en 1974, sorti la même année, No Other est le quatrième album solo de Gene Clark, ancien des Byrds. L'album est maudit, parce que, bide absolu à sa sortie, il se taillera pendant longtemps une réputation d'album over the top, gaspilleur (le budget alloué à Clark par David Geffen, alors dirigeant du label Asylum l'ayant engagé pour cet unique album, sera illimité), ce qui entraînera une plongée dans l'oubli, jusqu'à 2003, année de la réédition CD (la première) de cet album. No Other, sous une pochette faisant partie des plus ratées de l'histoire (franchement, elle ne l'aidera pas à se vendre, c'est clair !), est une réussite absolue, un joyau de folk-rock à tendance country et pop, enrichi de la participation de plusieurs musiciens de grand talent, comme Butch Trucks, Leland Sklar, Joe Lala, Craig Doerge, et des choristes tel(le)s que Venetta Fields, Clydie King, Timothy B. Schmitt ou Claudia Lennear.
L'album est chatoyant, on sent bien que Gene Clark, alors totalement has-been (et qui ne se remettra jamais, jusqu'à sa mort au début des années 90, de l'échec de l'album) a mis le paquet pour offrir aux auditeurs un grand moment musical. Si l'ouverture « Life's Greatest Fool » est typiquement de la pop californienne à influence country, si « The True One » (crédité 4:57 sur le CD, elle en dure en fait une minute de moins) est une petite bluette country-pop assez sympathique, le reste est un déferlement d'émotions diverses, essentiellement noires. No Other est un peu le Berlin (album de Lou Reed) de Gene Clark. David Geffen, lorsqu'il écoutera l'album fini, en poussera des gémissements de douleur, estimant alors à zéro les chances de cartonner avec un album rempli de chansons introspectives sur la détresse affective, la douleur, la came (« From A Silver Phial »), la mort, la décrépitude, le désespoir. Tout, de « Silver Raven » à « Some Misunderstanding » (morceau de 8 minutes, très beau, émouvant, mais que je trouve quand même un poil trop long, deux minutes de moins auraient été parfait) est une chute de tension permanente, on plonge dans une noirceur mélancolique aussi belle (« Strength Of Strings », « No Other » qui est inusable) que totale.
Avec son budget illimité et ses obsessions dépressives, Gene Clark offre ici un disque aussi riche que possible, et aussi glauque que possible, et la comparaison avec le chef d'oeuvre froid de Lou Reed n'est vraiment pas exagérée (jusque dans la réputation maudite et le bide commercial, que le disque de Reed a aussi connus). Ne contenant aucune mauvaise chanson, No Other est un monstre, un monument, un disque culte, un vrai. Le genre d'album connu des fans, des spécialistes ; pas le genre d'album que tout le monde achètera, pas le plus connu (sa réédition CD, tant attendue des amateurs du disque – qui était, de surcroît, introuvable en vinyle depuis des lustres -, sera discrète, il n'y aura pas de publicité, rien), mais un des plus beaux qui soient.
Voilà, pas grand chose à dire de plus au sujet de cet album, si ce n'est qu'il est admirable, majestueux, et qu'il faut à tout prix le découvrir !"