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Les bureaux du Comité contre l'anti-non-vote n'avaient vraiement rien d'engageant. Leur silhouette grise et froide se découpait mollement contre un ciel gris et froid. Une carcasse de verre et de métal, impersonnelle et un peu menaçante, voilà ce qui accueillait le visiteur, chez qui la convocation oficielle renforçait le sentiment de stress et d'insécurité.
Après avoir franchi le portail-tourniquet, qui semblait happer les visiteurs de son incessant tournoiement, Algernon se retrouva dans le hall, vaste espace mal éclairé par des néons blafards. Des parois semblaient délimiter des espaces au contenu incertain, d'où semblait sourdre une activité indéterminée... Sur la gauche, un grand bureau d'accueil, très peu accueillant. Algernon s'y dirigea, des papillons dans l'estomac.
Derrière le comptoir se tenait une hôtesse sans âge, sans charme et sans sexe. Sa voix, telle une lame de rasoir grise et froide, déchira l'atmosphère épaisse et pesante. "Oui, monsieur, puis-je vous renseigner ?" Algernon, un peu décontenancé, prit sur lui pour balbutier une réponse. Sa voix lui paraissait cotonneuse, lointaine, comme inaudible... "Le... le bureau de l'ADLS, s'il vous plaît..."
La fille derrière le comptoir lui lança un regard bizarre, gris et pointu comme une salve de lames de rasoir. "J'ai une convocation", souffla Algernon, en plongeant une main tremblotante dans la poche intérieure de son pardessus mastic.
La fille aux lames de rasoir jeta un coup d'oeul mou et méprisant sur la papier froissé que lui tendait cet inconnu par-dessus son rempart en pseudo acajou.
"133B", lâcha-t-elle, comme à contre-coeur.
"133B ?" hasarda Algernon, demandant implicitement un supplément d'information qu'il n'osait fomruler, intimidé par la harpie métallique qui trônait derrière sa muraille de faux acajou.
"Premier étage, bureau 33B", concéda comme à regret l'hydre à une tête. Avant de lâcher "Ascenseur. Fond. Droite"
Algernon balbutia un remerciement inaudible et se dirigea vers l'ascenseur. La cabine l'attendait dans un zonzonnement paisible, complété par le cliquetis d'un tube de néon agonisant. "Z'auraient besoin d'un peu de maintenance", pensa machinalement Algernon avant de s'engouffrer dans la cabine à l'atmosphère un peu hors service... Le doigt sur le bouton "1", une porte qui couine en se refermant et un court voyage vers le premier étage, dans un bruit hydraulique et feutré. Pas le temps à penser à quoique ce soit.
Les choses étaient bien faites : dès la sortie de l'ascenseur, le parcours était fléché. "Bureau 33B", une grosse flèche pointant vers la gauche du couloir éclairé approximativement. Ne restaient que quelque pas à faire avant de se retrouver devant la porte. "Décidément", se dit Algernon, "le faux acajou est à la mode dans cet immeuble, ils doivent apprécier Yannick Noah, c'est le Noah d'acajou" (il se sentit aussitôt désolé pour ce jeu de mot, mais, le stress aidant...).
Il sonna. On lui ouvrit...
Vox Populi et Bebeto, hilares, l'accueillirent par un tonitruant " Ah le con, il est venu !!!!!"
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