J'ai lu vos commentaires avec grande attention.
Nunu met en plein dans le mille quand il dit que cet album est raté. C'est exactement ce qu'en disaient les musiciens de Vanilla Fudge eux-même, en reniant cet essai manqué dont ils attribuaient l'entière responsabilité à leur producteur Shadow Morton (d'ailleurs crédité sur la pochette et représenté au dos de celle-ci par un médaillon).

Et pour un album du Fudge, c'est vrai que c'est à côté de la plaque, dans le sens où le style du groupe consistait principalement à construire des thèmes qui faisaient sens de façon autonome (malgré que c'était très construit, très composé), alors qu'ici aucun thème ne se suffit à lui-même et que l'intérêt principal du disque ne se dégage qu'une fois appréhendé de façon globale. C'est là où Cush a très certainement raison lorsqu'il suggère une écoute d'une traite.
Ensuite, "The Beat Goes On" fait montre d'une sophistication assez spectaculaire dans la forme, et peut-être en partie vaine (je ne trouve pas personnellement, mais c'est possible). La structuration du disque, en quatre parties, subdivisées en de nombreux fragments, sur des thématiques aussi fondamentales que la Musique (avec un grand M) et l'Histoire (avec un grand H) trahit une prétention indéniable. Le fait ajouté à cela que Vanilla Fudge joigne en toute simplicité à ces thématiques sa représentation (avec un grand VF donc, et en incluant carrément des passages de la Bible) relève de la même prétention (certainement involontaire de la part des musiciens, et de toutes façons maladroite). Néanmoins, à l'échelle de l'histoire de l'humanité, la musique populaire et l'histoire de l'Amérique étaient des phénomènes relativement neufs pour ne pas dire récents, et la tentative de Morton de situer la musique du Fudge (en fait sa vision artistique à travers la musique du Fudge) peut être vue aussi comme quelque chose participant à cet idéal des sixties, naïf, vierge et utopique. Ce qui fait peut-être donc quand même une différence notable entre ce disque, complètement barré et sur orbite, et les réalisation de gens comme Queen ou E.L.P., que je vois davantage comme de froids techniciens ayant intégré l'emphase à leur dispositif, et dont on a parfois du mal à dissocier la générosité réelle du cynisme (Yes c'était autre chose, c'étaient de braves petits benêts cosmiques, qui étaient du soleil et aimaient la nature).
Enfin, en ce qui concerne ma brouette, c'est un aspect que je revendique avec fierté, je ne suis pas un ami de la facilité et je fuis les consensus !
Donc ça fait combien de votes là du coup ? J'avais un peu peur de me ramasser un vieux bide...