
3 têtes, un titre sur une arcade boisée en dessous duquel figure un nom, certes un peu soupe au lait, entouré de grandes ailes rosâtres comme tout ce qui se trouve autour, avec par-ci par-là une légère touche de jaune. Ce disque est plutôt court dans l’ensemble, ce qui veut dire concrètement qu’on a pas besoin de plages extrêmement longues pour y être accrochées, ça non alors. Voilà la raison pour laquelle Cream reste un groupe très intéressant tant du point de vue studio que du point de vue live où le groupe se lâche dans un bordel divinement classieux. L’un de mes premiers disques et je ne peux pas l’expliquer pourquoi...Il m’a attiré tel un aimant puissant et ne voulant pas relâcher sa proie. Mais c’est à son écoute que je peux plus facilement répondre à la question...
Strange Brew nous pose le climat général. Ce sera un putain d’album sans prétention ni prise de tête. Déjà, un tel son à trois est assez remarquable. La guitare qui fuzze et la voix du Clapton sont gentiment posées.
Mais restons encore sur nos gardes car vient le lourd, le dingue, l’impressionnant
Sunshine of your love. Véritable monument du rock à lui seul, il représente le morceau trépidant et rageur à crever. Telle une machine de guerre qui n’a pas besoin de superfuges pour décrocher les gens de leur fauteuil. Ive been waiting so long / To be where Im going / In the sunshine of your love restera l’un des couplets les plus connus du monde entier.
Tout pourrait sembler plus fade après son écoute, et bien non, car
World of pain intervient pour reconduire l’auditeur vers des surfaces plus psychédéliques par le chant. La guitare pose toujours ce climat flamboyant et la basse est un véritable délice recouvrant la chanson dans son entièreté.
Dance the night away, un rien plus sombre mais toujours aussi envoûtante, ne perd pas de l’altitude, malgré ses retombées instrumentales impressionnantes. L’aigle décolle au sommet de la montagne et part en chute libre, prenant de la vitesse de seconde en seconde, il captera le moment unique, celui pour lequel la seule issue est le redressement au ras du sol.
C’est ensuite Ginger Baker qui intervient dans la partie vocale le temps de
Blue condition, peut-être la piste un peu ratée du disque. C’est surtout le contraste avec Clapton qui saisit et puis il faut dire que sa voix n’est pas facilement accessible pour le premier venu.
Tales of brave Ulysses nous reconduit du côté du psychédélisme tant par ses paroles complètement folles que par sa musique délirante. Her name is Aphrodite and she rides a crimson shell, rien que ça ? Je ne sais pas ce qu’avait pris Martin Sharp, un pote au Eric qui lui aurait écrit ses quelques vers sur une serviette de table dans un bar, mais ça ne devait pas être de très light si vous voulez mon avis et il a bien fait le salaud !
Piste suivante, la batterie va à bon train puis accélère, la guitare est à l’affût au départ et s’emballe pour donner à
Swlabr la rage d’un putain de morceau rock’n’roll. Oui mes frères but the rainbow has a beard pam pam pam pah pah PAHHHHH.....
Plus complexe, languissant et dérapant, un rien progressif,
We’re going wrong déboule pour vous emmener dans des espaces lugubres mais truffés de secrets grandiloquents. On ne parle pas souvent de la voix du Clapton, mais sur ce coup-là, elle est d’une justesse à couper le souffle et elle dégage une mélancolie indéfinissable. Mais après une gourde par moi-même, mes acolytes me disent que c'est en fait celle de Jack Bruce, tout s'explique !
Avec
Outside woman blues la locomotive crémeuse retrouve son rythme de croisière. La guitare rencontre à nouveau le chant et la batterie restant en mode « passive » surveille les acolytes tandis que la basse poursuit son petit bout de chemin.
L’arrivée de l’harmonica sur
Take it back apporte encore un peu plus de reliefs à l’album et les cris en fond sonore offrent un goût légèrement déjanté ! On aime, on en veut encore, please messieurs !
One two three euh...what ?
Mother's lament, où comment terminer un puissant disque en entamant un chant de beuverie ! C’est qu’ils nous inviteraient presque à leur table les bougres ! Allez santé les mecs !
Et c’est ainsi que certaines œuvres ne vous lâchent plus alors que c’est vous qui vous être fait prendre à leurs jeux. Un peu comme un amour fusionnel qu’on sait dangereux mais qu’on ne peut s’en défaire. La solution ? Le consommer sans modération ! Quitte à écouter du rock, autant l’être...Non ?