Bon allez, même si ça n’intéresse personne à part Phil1, je continue…
Riche d’une première expérience professionnelle, j’avais ce sentiment réjouissant que la fortune saurait me sourire si j’élaborais un nouveau plan en tenant compte des enseignements de mon cuisant échec. Une fois de plus, c’est à l’école que l’idée du siècle germa dans mon esprit de petite peste.
Certains gamins s’y nourrissent de connaissances qu’un jour, peut-être, ils sauront placer dans une conversation mondaine à l’âge adulte. Le nom de la capitale de Tamalou par exemple (qui, comme tout le monde le sait, est Jébobola). Moi, ce sont plutôt les activités parascolaires qui m’abreuvaient. Notre classe organisait une collecte pour une noble cause : la polio ou je ne sais plus trop quelle connerie que nous pensions pouvoir éradiquer en vendant des timbres. Mes petits camarades étaient d’une naïveté consternante… Je décidais toutefois de suivre le troupeau et de sonner moi aussi chez mes voisins pour leur proposer de m’en acheter, histoire de tester la faisabilité d’une opération semblable qui servirait une cause bien plus importante encore : l’achat de bonbons.
J’ai dû vendre une dizaine de timbres, je ne sais plus, ça n’a aucune importance. Ma tournée me permit toutefois de mettre en pratique ce que m’avait enseigné mon prof de mathématiques : les additions. J’avais une petite gueule d’ange à qui on aurait donné le bon dieu sans confession. Ajoutons à cela l’air gaga des bonnes mères de famille attendries par les gamins qui ont le courage de sonner à leur porte parce qu’ils veulent sauver le monde, ça faisait beaucoup de sous dans mes petites poches ! Je décidais donc de créer ma deuxième entreprise dont l’activité principale serait la vente de cartes postales en porte-à-porte. Pas d’associés cette fois-ci, je travaillerai seule pour ne pas avoir à partager les profits.
Je suis alors allée dans un magasin généraliste qui vendait ces fameuses cartes. Des lots de 10 cartes postales avec des beaux petits animaux craquants dessus pour 1 Mark. Pour simplifier les choses, nous allons dire qu’un Mark de l’époque est équivalent à un euro d’aujourd’hui. Évidemment, pas conne, j’ai pensé à changer de quartier pour ma nouvelle collecte afin de ne pas sonner chez les mêmes ménagères !
Pour ma première vente, ma technique n’était pas encore au point. Je sonne à une porte, au hasard. Une dame m’ouvre et me sourit.
- Bonjour petite, c’est pour quoi ?
- Euh, je vends des cartes.
- Ah oui ? Et c’est pour quelle cause ?
- Euh… euh… (merde, j’aurais dû y penser avant !) euh… Pour la survie des animaux !
- Ah, c’est bien, mais en quoi ça peut aider si j’en achète une ?
- Euh, je sais pas madame, moi je fais juste les vendre.
- Ok, et elles coûtent combien ?
- Euh, c’est comme vous voulez…
- Si je te donne 1 euro pour une carte, ça te va ?
- Oh oui, madame !
Bingo ! En une vente, même foireuse, j’étais parvenue à rembourser l’intégralité de mon investissement de départ ! Je réalisais un profit 10 fois supérieur à ma mise ! C’était décidé : plus tard, si je ne devenais pas vétérinaire ou actrice comme Marylin Monroe, je serai économiste !
Au fil de mes transactions, ma technique se peaufinait. Je parvins ainsi à gagner de quoi m’acheter des kilos de bonbons pour au moins trois mois. J’en avais tant que, pas vache pour deux sous, j’en distribuais aux copines ! Mais il me fallut alors apprendre une deuxième grande leçon qui me servirait pour mes entreprises futures : le voisinage n’est pas infini. Après avoir sonné chez quasiment tout le monde, je dus me résoudre à fermer ma boîte et songeais déjà à en créer une troisième. Ce que je fis rapidement…