Douglas Fir
«Do you see the rich man and all his money, all?
Do you think his money can buy him happiness?
Or this days always be sunny?
Go and get a smile, go around the world
Get a smile, go around the world
Do some hard heartsingin’
Do some hard heartsingin’» — “Hard heartsingin’”
Line-up:
Douglas A. Snider (batterie et chant) (au milieu, avec les lunettes)
Richie Moore (guitare)
Tim Doyle (orgue et piano)
Bruce Bye (basse)
Encore l’un de ses groupes valeureux, illustrant son talent par un unique L.P., en l’occurrence “Hard heartsingin’”, paru en 1970. Son nom est celui d’une variété de pin que l’on trouve près des Montagnes Rocheuses, ainsi que sur la côte du Pacifique: un choix inéluctable pour des musiciens venant de Portland (Oregon), dont le chanteur porte ce pseudonyme. Leurs débuts remontent à 1967, Snider, Richie Moore et Tim Doyle officiant alors sous l’appellation de The Sun Trio.
Leurs compositions unissent soul et blues à la manière de Steppenwolf et baignent dans une atmosphère envoûtante et solennelle. La voix de Douglas A. Snider possède les mêmes intonations que celle de John Kay, l’orgue est un orgue Hammond, épais, florissant, chaleureux, la guitare émet ce son tordu et plaintif du plus jouissif des instruments, la batterie est vigoureuse, précise, éloquente; s’ajoutent des cuivres, du piano, du hautbois, de la flûte, du violon et du violoncelle, notamment pour quatre titres superbement orchestrés.
Dans les notes de pochette de la réédition Gear Fab, Snider évoque les efforts des musiciens pour s’offrir des séances de studio: leurs cachetons dans les “meat market bars” en plus de leur boulots quotidiens — Snider est bûcheron, Doyle ouvrier sur les chantiers, Moore camionneur. Deux amis, ingénieurs du son, Mike Carter et Russ Gorsline, vont les aider à concrétiser leurs espérances...
«They fronted us alot of sudio time, and when we couldn’t pay at times, they shuffled a lot of paper around so the studio owners didn’t see the bills» (Ils nous allouèrent du temps en studio, et quand nous ne pouvions pas payer, ils égaraient la facture dans un tas de papiers). Ainsi mettent-ils en boîte un matériel suffisant pour démarcher les compagnies de disques. Snider vend sa moto et prend un aller simple pour Hollywood...
«Many hours pounding the pavement and dealing with rejection» (De nombreuses heures passées à battre le pavé et essuyer des refus) jusqu’à ce que, par hasard, il rencontre, dans un ascenceur de la tour de Sunset Vine, «one of Hollywood’s hottest arrangers at the time» (l’un des arrangeurs les plus connus d’Hollywood)? Cet homme providentiel le présente bientôt aux dirigeants de MGM/QUAD Records, et... «Magic... a deal was struck immediately, the studio bills were paid off, and we added Bruce Bye on bass» (Magique! un contrat fut conclu immédiatement, les factures payées, et Bruce Bye fut délégué à la basse).
Les morceaux sont simplement mixés et «adoucis» et une goualante tapageuse, “Smokey Joe, est missionnée en avant-propos. Eminemment soul, éperonnée par une batterie opulente et combative, un piano boogie-woogie, une guitare acide et distendue, elle se voit bienveignée par les D. J.s et propagée par la T.S.F. Elle va également figurer sur l’album, recommandable à plus d’un “titre”, ceux que voici:
“Hard heartsingin’”, placé en intro, berçant comme la houle, obsédant, capiteux, serti d’un urticant mais pigritieux solo de guitare.
“Jersey Thursday”, reprise sensuelle et volubile du péan de Donovan, toute chamarrée de hautbois, de violons et de chœurs glorieux. Elle fait partie de ces quatre titres «superbement orchestrés», avec:
“Moratorium waltz”, harnaché de cuivres, étayé d’une frappe acérée, d’un orgue tumultueux et de miroitements jazzy.
“Coming back home”, où s’égrènent de suaves accords de guitares, soupire un violoncelle et vibre l’éclat d’une trompette.
“Tom's song”, d’une grâce et d’une langueur comparables, où viennent s’ajouter le doux zéphyr d’une flûte, des frétillements de baguettes heurtant le bord de la caisse claire, des roulements de toms basse.
“I did’nt try”, plus rudimentaire, offre une couleur jazzy et un lyrisme religieux: «Haven’t seen my people, Lord, since yesterday, Must have spread their golden wings, Lord, and flown away, If I did know better, better, I say I didn’t try, try people».
Viennent ensuite les “répliques”, les “resucées” : “Early in the morning rain”, blues sombre et liturgique exploitant le filon de “Hard heartsingin’”; “New Orleans Queen” et “21 years” s’alignant sur “Smokey Joe”. Le premier, bohème, grumeleux, surprend: l’on jurerait entendre un titre de Steppenwolf, alliage de “Don’t step on the grass, Sam” et “Jupiter child”.
Le groupe tourne ensuite quelque temps... jusqu’à ce que le label capote! «That’s showbiz, folks. But hey... we had a great time making these tracks, playing the 60’s bars and groovin’. And by god, we sold the album even if we didn’t get the big hit». (C’est le showbiz, les gars! Nous avons eu du bon temps en enregistrant ces morceaux, en jouant dans les bars et en s’amusant. Et, bon Dieu, on a quand même vendu quelques albums, même si on n’a pas décroché de hit!)
Douglas A. Snider s’oriente ensuite vers la production et la composition, travaillant pour des musiciens tels que Leon Russell, Willie Nelson ou Tom Jones. J’ignore le destin des autres.
Pour conclure, je vous engage à vous reporter à la revue enthousiaste et détaillée de Stanton Swihart sur All Music Guide.