Suck 
Aujourd’hui nous changeons de continent et abordons les rivages de l’Afrique du Sud où, en ces débuts des années 70, la vague pop, rock et progressive rencontre le même succès et le même accueil que dans tous les autres pays (tout du moins ceux perméables à ce que d’aucuns croyaient être une nouvelle culture). C’est à Johannesburg au début de l’année 1970 que les membres du groupe se retrouvent en studio pour enregistrer leur premier et, malheureusement, unique album. Celui-ci paraît sous le label Parlophone (EMI) en Afrique du Sud et, étrangement, quoique je n’ai pu vérifier cela de mes propres yeux, en France, la même année sous le label Megaphone Records (en fait l’édition vinyl que je connais est bien parue sous ce label avec une pochette à la couleur différente, mauve, et une photo solarisée, mais ça me semble être plutôt une copie non-officielle).
Ce disque s’inscrit dans le droit fil de cette nouvelle musique qui commence à rencontrer le succès qu’on lui connaîtra avec tous ces groupes de hard rock (façon 70’s) aux accents progressifs. Le plus surprenant est que le son du disque est excellent et que l’on peut comparer sa production à celles des plus grands disques de son époque. Ce qui ne l’est pas moins c’est la grande compétence des musiciens à jouer une musique excellente, bien en place où chacun sait faire preuve d’une grande musicalité. Le point qui, peut-être, décevra le plus est qu’à une exception près, tous les titres enregistrés sont des reprises de divers autres groupes anglais ou américains.
Pour être plus précis on trouve deux morceaux de Grand Funk Railroad extraits de Closer to Home. Un de Deep Purple, Into the Fire (In Rock). 21th century Schizoid Man (je ne vous ferai pas l’injure de citer le nom du groupe ni celui de l’album) dans une version proche de l’originale (effets sur la voix compris mais résolument plus heavy dans l’approche). I’ll be Creeping de Free (extrait du second album) dans une version moins bluesy (la voix de Andrew Ionnides n’est pas celle de Paul Rogers) et Elegy, que l’on trouve sur le Valentyne Suite de Colosseum. Enfin une version longue du Season of the Witch de Donovan (qui couvre la seconde moitié de la face 1)…où le chanteur joue de la flûte et où l’intensité de leur hard rock tombe d’un cran mais n’en est pas moins extrêmement plaisant à écouter. Là, la musique jouée prend des accents plus psychédéliques et progressifs jusqu’à ce que le batteur (Saverio Grande) déroule son drumming faisant éclater les structures rythmiques posées au départ, le chanteur n’est pas en reste qui prête à sa voix des accents sabbathiens, le bassiste (Louis Joseph Forer) surplombant le tout de sa présence tutélaire. Si ce n’est le tempo, cette version a peu à voir avec celle de Al Kooper et Stephen Stills sur leur Super Session. Un seul titre original The Whip qui s’inscrit exactement dans la lignée des emprunts faits aux groupes cités et qui laisse songeur quant à un hypothétique second album, plus personnel sur le plan des compositions, mais qui ne verra malheureusement jamais le jour ni ne sera enregistré, le groupe disparaissant à la fin de la même année (1970). Ceux qui se procureront la réédition officielle en cd (il a existé des rééditions qui ne l’étaient pas, y compris japonaises) trouveront en bonus un War Pigs, emprunté à Black Sabbath, qui à l’origine n’était paru que sur une compilation intitulée Rock Today with the Big Heavies (dont je ne sais rien) !
D’ailleurs il est temps, ici, de louer les mérites du guitariste (Stephen Gilroy) qui donne au disque tout l’intérêt qu’on peut lui porter. Autant le groupe joue de manière efficace et n’a pas grand-chose à envier aux autres groupes qu’il interprète, autant le guitariste joue de manière remarquable sans se départir d’une certaine originalité sur des titres que probablement tous, ou presque, nous connaissons déjà dans leursversions originales.
Pour tout dire voilà un disque qui ne manquera pas d’enthousiasmer ceux qui partent à la découverte de ces quelques pépites enfouies dans les tréfonds de l’histoire d’une musique rock qui a su revêtir des accents hard ou heavy.
Si ce n’est le fait que l’album est constitué essentiellement de reprises, c’est la seule réserve qui lui vaut d’obtenir : 4 poin / 5
Source :
http://www.poin-poin.com/dressez-vos-es ... -suck-1970
Louis Joseph Forer
Stephen Gilroy
Saverio Grande
Andrew Ionnides

Time to Suck (1970) :
http://www.mediafire.com/?mbuolzmzty0PS : merci au site de Harvest