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Forum de rock6070 • Afficher le sujet - LAZY SMOKE

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 Sujet du message: LAZY SMOKE
MessagePosté: Ven Avr 04, 2008 3:47 pm 
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Inscription: Mer Juil 11, 2007 10:59 pm
Messages: 717
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De gauche à droite et de haut en bas: John Pollano, Ralph Mazzotta, Bob Door, Ray Charron

«You say that daisy is your favorite flower
Just like the daisies I'm lazy
No no no no no, I can't go on
No no no no no I can't go on»
— Lazy Smoke, “Come with the day” (Corridor of faces, 1969)

A la faveur d'une époque où souffle un vent libertaire, où la conscience et l'imagination se portent vers des horizons inattendus, ses membres, tous natifs du Massachusetts — région fertile en trublions excentriques et talentueux — s'appliquent à créer un œuvre singulier, paisible, opiacé, émollient pourrait-on dire, inspiré par les douces mélodies de The Left Banke et des Beatles... «My life is one big lazy day»... «Everybody seems to think I’m lazy». Leur épopée, comme nous l'allons voir, sera courte, et ne laissera en gage à l'histoire qu'un unique L.P.: “Corridor of Faces”.

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“Corridor of Faces” est enregistré durant l'été 1968, avec de faibles moyens, techniques comme financiers: un budget dérisoire de 1000 $ couvrant toutes les étapes de la production. Lorsqu'il paraît quelques mois plus tard, en mars 1969, le groupe n'existe plus; au grand dam de son principal compositeur, John Pollano (guitare rythmique et chant), ainsi que du label, Onyx, mis dans l'incapacité d'assurer une promotion efficace. Résultat, un flop retentissant: à peine cinq cents exemplaires vendus. Avanie supplémentaire: la qualité du pressage s'avère très inférieure à celle du recording originel.

L'histoire pourrait buter sur cette note encyclopédique si la persévérante nostalgie d’une époque pour une autre époque n'avaient fatalement conduit à deux réissues de ce palet devenu “culte” et dispendieux — un bon exemplaire se négociant aux alentours de 1500 dollars.

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La première en l’an 1985, en vinyle. Cette fois les ventes s'avèrent plus conséquentes et bénéficient, à tout point de vue, à leur principal intéressé, John Pollano (qui, malgré quelques avatars, s'était résigné à des occupations moins exaltantes que celles de musicien) ; ce qui ne l'empêchera pas de se montrer sceptique quant aux motivations des acheteurs: «Is it the music that they really like », dira-t-il, «or is it something about the minimum number of albums that exist?» (Est-ce la musique qu’ils aiment où le fait qu’un minimum d’albums aient été pressés? ).

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La seconde — et pour l’instant dernière — en 1997, en CD. C’est à Arf! Arf! Records (The Fredric, Flat Earth Society) qu’en revient le mérite; un travail superbe — story, photos et démos inédites — auquel ne manque que la reproduction de la pochette originelle, et auquel je dois mes informations.

L’histoire:

1964: John Pollano à quinze ans, lorsqu'il est happé par le brio et le talent des Beatles, et sa mère, pour soutenir les aspirations qu'elle voit naître en lui, lui offre sa première guitare, une guitare électrique.

En 1966, il rejoint les Road Runners, groupe de collégiens qui giroient autour de Salisbury Beach (ville située à l'extrême-nord du Massachusetts); il y remplace le guitariste rythmique sortant. Avec lui s'abouche un ami, et autre collégien, Mike Fedenyszen, qui assumera le rôle de chanteur. Le combo alors, outre les précités, se compose de Ralph Mazzotta (guitare de proue), Bob Door (basse), Ray Charron (batterie). Leur répertoire privilégie une pop catchy et pétulante où figurent entre autres: “Lightin' strikes” (Lou Christie), “Black is black” (Los Bravos), “Kicks” (Paul Revere and The Raiders), “I feel fine” (The Beatles). Très vite, en ce cocon propice, vont s'épanouir et s'affirmer les dons de Pollano pour la composition, notamment avec la démo d'un premier single (“You don't understand/One light”); démo qui, à ma connaissance, n'a pas eu l'heur de voir le jour.

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Road Runners: (de g. à dr.) Bob Door, Ralph Mazzotta, Mick Fedenzyen, John Pollano, Ray Charron

En 1967, Mike Fedenyszen s’éclipse pour des raisons connubiales. Il n'est pas remplacé, si ce n'est par Pollano, qui assure en plus les parties vocales. C'est à ce moment que les musiciens décident de changer de patronyme. La vogue étant aux appellations farfelues et tarabiscotées — Strawberry Alarm Clock pour n’en citer qu’une —, ils optent finalement pour le peu encombrant Lazy Smoke: très approprié au style nonchalant et rêveur qu'ils vont développer, et qui laisse planer un doute sur l'origine de cette “fumée”.

Certes circonscrite, leur popularité ne cesse de croître; grâce à leur “matériel” basé sur un assortiment de reprises vigoureuses, grâce aussi au caractère sociable et enjoué de Ray Charron. Pendant ce temps, John Pollano continue d'inventer et de parfaire des mélodies qu'il consigne sur un petit magnéto durant les heures de relâche; et qui deviendront la matière première de leur album.

Elles seront testées, favorablement, lors d'une tournée en Floride en 1968 — quoi de plus propice, en effet, que des lieux subtropicaux pour jouer des airs indolents et ouatés! C'est lors de cette pérégrination que Pollano a le bonheur d'assister à un concert de The Left Banke, groupe chéri dont il dira à quel point l'influence de “Walk away Renee” fut déterminante; le groupe utilise un mellotron, et Pollano est subjugué par la couleur et le panache de cet aïeul du synthé. Autre influence, fondamentale, déjà citée: celle des Beatles, et en particulier leur révolutionnaire “Revolver”, dont les innovations inspireront à Lazy Smoke quelques fioritures de bon aloi.

Retour sur la pochette de l'album:

A l'origine elle devait montrer les membres du groupe dans le couloir d'une galerie d'art, environnés de portraits peints. Finalement le résultat sera plus cheap. Déçus, et pour signifier que ce projet échouait à la poubelle, Mazzotta, Pollano et Charron posèrent devant une décharge, où trois photos dudit projet sont épinglées.

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En 1985, le label Heyoka, réédite l’album (en vinyle) et donne à voir une image plus attractive, plus conforme au vœu de Lazy Smoke.

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L’album itself:

«Played it many times, scratched my head a lot, and sold the reissue after concluding that it may well be someone's cup of tea, but not mine» dit le “reviewer” de lysergia.com.* (Je l’ai passé plusieurs fois, je me suis gratté et regratté la tête, et je l’ai finalement revendu en concluant que si c’était la tasse de thé de quelqu’un, ce n’était pas la mienne.). — Voilà qui n’est guère engageant, mais l’homme développe ses arguments — trop grande ressemblance avec John Lennon principalement — et admet que d’autres puissent aimer cette œuvrette. Évidemment, je fais partie de ces autres — malgré les “ficelles”, les flagrants démarquages et la piètre qualité sonore, j’ai de suite été alpagué —, et je vais donc ajouter mon témoignage et ma doxologie aux bêlants éloges que vous trouverez disséminés sur la Toile (à ceux de Lost-In-Tyme* par exemple).

“All these years”. Une intro caillouteuse, mais guillerette, une guitare au son lourd et compact... oui! ça démarre comme une pop song roborative et capricante, puis ça se distend, ça dérape, ça se relâche en un tempo soua-soua, avant que de repartir de plus belle, comme la nature repart au printemps.

“How was your day last night? ”. Encore une valse-hésitation entre le rock ‘n’ roll et l'indolence, la course effrénée et «le train de sénateur». Notons l'utilisation, très syndicaliste, d'un mégaphone.

“Come with a day”. Ce rythme pesant de cheval de labour, renâclant, un peu; ce son de guitare, rond et potelé, un peu fêlé; et cette mélodie languide: tout se condense et luit en une aura de bien-être et d'ensoleillement.

“Salty people”. Molletonneuse et sybarite ambiance, fumet tout oriental... ce son de guitare couinant tel un sitar... et ces chuchotis féminins, scandés comme une incantation: grande merveille! Cette cantilène mérite, sans conteste, l'épithète de psychédélique; c'est-là ma favorite.

“Jackie-Marie”. Ô douce synaulie! Image bucolique d'étang tranquille: la surface de l'eau frisèle sous une brise qui ne parvient pas à remuer de gros nuages blancs et cotonneux.

“Under skys [sic!]”. Ah! ce doux tapotement de l'intro, et cet essor si simple, si léger de la mélodie. Tout est aérien dans ce titre qui évoque les harmonies parfois suaves (“About You”) de Jesus and the Mary Chain, ainsi que celles de tous ces britiches “apographes” qui piochaient voluptueusement dans le répertoire de Big Star ou du Velvet Underground; je pense à Perfect Disaster et à de météoriques combos tels Doctor Children ou East Village; sans doute devaient-ils connaître et apprécier Lazy Smoke.

“Sarah Saturday”. «Waiting at an ice cream parlour, Waiting Sarah saturday, hey, hey, Any time gigantic flowers are for Sarah Saturday, hey, hey!, Don't keep me waiting Sarah, Don't keep me waiting». Alerte et serein madrigal influencé, avouera Pollano, par “Come and get it” (un titre que Maca offrira à Badfinger). J'adore le saupoudrage un peu jazzy de l'orgue: ce son aigrelet et rudimentaire.

“There was a time”.Ça débaroule et ça folâtre, souriant! Beatles again! the Lennon's side. Un bien court momus que ce titre; le meilleur selon Pollano. J'adore le final effiloché et “couaceur”.

“Am I wrong”. Paisible et champêtre: une brunette pour pêcheur à la ligne; un pêcheur contemplatif qui laisse flotter bouchon et regard le long de la rivière, et mire les reflets changeants du soleil, tandis que le drumbeat, petite truite furtive, remonte le courant.

“How did you die”. Là aussi on perçoit l’ascendant des Beatles et le romantisme de John Lennon. Les clameurs en play-back, le timbre un peu rêche de la voix s'ajustent bien à cet “Auld Lang Syne”, cette galipette “fin de récital”, un peu tristounette, un peu facile aussi.

Epilogue:

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Après la débine, Pollano et d'autres musiciens, baptisés The Owl, ont l'occasion de sortir un single; dont les titres, dit-on, sont d'une veine identique à ceux de Lazy Smoke. A l'hiver 1969, on retrouve Pollano à Boston où il enregistre douze chansons qui, hormis le single prévu (“You always seem to know/It happened again”) — issu lors de la première réédition de “Corridor of faces” —, attendent encore leur parution. Un petit bond dans le temps et nous atteignons 1995: année de la résurrection-surprise de Lazy Smoke avec un album nommé “Pictures in the Smoke” chez la prestigieuse Columbia. Une séquelle, “Dream Street” — Pollano et d'autres musiciens? — semble être resté à l'état d'intention.

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Ralph Mazzotta rejoint Heavy Equipement, une formation tiraillée entre le heavy metal et le psychédélisme, dont l'unique album, “Euclid”, paru en 1970, a été réédité en CD en janvier 2007.

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*Revue de lysergia.com:
http://www.lysergia.com/LamaReviews/rev ... ZY%20SMOKE

* Revue de Lost-In-Tyme:
http://lost-in-tyme.blogspot.com/2007/0 ... ugged.html

_________________
Carcamousse
Laudator temporis acti


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 Sujet du message: Re: LAZY SMOKE
MessagePosté: Ven Avr 04, 2008 4:32 pm 
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Inscription: Mer Juil 11, 2007 7:45 pm
Messages: 1778
Onyx a également réédité l'album dans les années 90 avec en bonus un livret détaillant les titres et un 45 Tours bonus. La pochette, épaisse, est légèrement différente de l'originale. Le son est excellent.
Très beau LP!

_________________
http://perso.orange.fr/psych.park/
http://www.myspace.com/murderinthecathedral1


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 Sujet du message:
MessagePosté: Ven Avr 04, 2008 8:58 pm 
oui une excellente pop psychédélique, merci pour les infos. tres belle revue gars, quant a Euclid, il s'agit d'un tres bon album heavy progressif oupez

Tiens je vais me le réecouter... je me rappelle avoir adoré certains passages bien éléctriques!


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