Bonsoir. Témoignage personnel, en espérant que le côté "3615 ma life on s'en fout" ne gavera pas trop ; c'est juste pour répondre sur le sujet des lycéens grévistes (et bloqueurs).
Je suis enseignant. Je travaille dans un lycée parisien (celui-là :
http://www.liberation.fr/societe/010122 ... niere-fois )
Je précise que je ne suis ni syndiqué, ni encarté dans quel que parti que ce soit. Je suis en grève reconductible depuis mardi.
Je voudrais réfuter les pourcentages avancés dans ce topic sur le nombre de branleurs. En gros, ce que j'ai pu observer, depuis un poste traditionnellement avancé des luttes lycéennes à Paris, c'est ceci.
- Le noyautage par le PS est beaucoup moins spectaculaire que ce qui est avancé pour discréditer le mouvement. Et ce pour une bonne raison : les élèves syndiqués sont extrêmement minoritaires. Par ailleurs, les élèves bloqueurs sont traditionnellement les élèves de seconde en premier lieu, qui n'ont pour la plupart pas eu le temps de se forger une histoire de militant. Il me semble par ailleurs que le calcul "10% de téléguidés, 10% de sincères" avancé par Aston exclue toute possibilité que les élèves syndiqués soient effectivement sincères dans leurs revendications... Ce qui est une idée du syndicalisme qui me dépasse ; il faudrait accepter que tous les élèves syndiqués à l'UNL sont des carriéristes qui prennent bien garde d'obéir en tout à la cheftaine. Ça me paraît réducteur.Les dirigeants syndicaux lycéens sont effectivement sous haute influence Royal, mais sur le terrain il me semble que c'est moins pregnant.
- La proportion d'élèves qui bloquent le lycée pour ne pas aller en cours est beaucoup moins forte que ce qui est avancé ici (je ne parle que pour mon établissement). Ces élèves-là, ravis des grèves parce que les cours sont annulés, sont nombreux, inutile de se le cacher. mais ils ne bloquent pas. Ils restent chez eux, ou vont traîner, ou pour certains restent à la porte pour écouter le pourquoi du blocage puis s'en vont après l'AG. Mais ce ne sont pas les bloqueurs, l'amalgame me paraît trop facile. Majoritairement, les bloqueurs ne sont pas les branleurs, même s'ils sont minoritaires et que les branleurs se délectent de la situation. Je ne crois pas que l'on se donne rendez-vous à 6h30 par 4 degrés, qu'on se tapoe 4 rues pour trouver des poubelles et autres instruments bloquants, puis qu'on reste toute la matinée devant une porte à se faire engueuler par la direction, puis virer par les forces de police, simplement pour rater des cours. En tout cas certainement pas à 80%. les vrais branleurs, ils sont bien contents du blocage, éventuellement ils filent un petit coup de main pour rigoler, après quoi ils se barrent, ils ont mieux à faire que de rester toute la journée devant un lycée : glander. Mais ils sont nombreux, cela c'est vrai.
Je précise que ce sont là des observations de témoin (et de gréviste mais pas lycéen), et pas du tout de prof conseiller des lycéens ni de supporter enragé de la jeunesse militante. Les profs de mon lycée sont en grève reconductible, les lycéens reconduisent le blocage, les deux communautés luttent chacune de leur côté et avec leurs moyens, qui sont différents, sans que ni l'un ni l'autre groupe n'encourage ou ne vienne en aide à l'autre. Des rencontres (une ce matin par exemple) sont en revanche organisées pour que chaque communauté se tienne informée de ce que fait l'autre.
Voilà, c'est un peu long, mais je tenais à ce qu'un témoignage de l'intérieur de la lutte soit posté ici. Désolé pour l'ennui :)