Merci ! Quoi qu'il en soit, c'est excellent ! Avec un très bel hommage à "A Love Supreme" sur "Life Is Splendid".
Les références sont en effet flatteuses!
A1 Bad And The Beautiful
A2 Ankh
A3 Just In Time
A4 Search Light Blues
B1 Exotic Two
B2 On The Blue Side
B3 And This Is My Beloved
• Sun Ra - Piano
• Pat Patrick - saxophone baryton, percussion
• John Gilmore - Tenor Sax
• Marshall Allen - sax alto, flûte
• Ronnie Boykins - Bass
• Tommy Hunter - Batterie, Percussions
Enregistré entièrement à l'atelier du chorégraphe, New York (salle de répétition de l'Arkestra) dans soit Novembre ou Décembre 1961.
Il a fallu attendre jusqu’à l’année 1972 pour que ces enregistrements de 1961 soient diffusés. L’
Arkestra est ici réduit à son ossature historique. C’est que
Sun Ra vient de quitter Chicago pour s’installer à New-York et nous ne sommes ici qu’au deuxième enregistrement de l’étape New-Yorkaise.
Seuls les plus fidèles ont suivi cette migration. Jouer avec l’Arkestra est une expérience unique, rien ne peut être comparable. Beaucoup de musiciens sont passés par le grand orchestre, quelques-uns y sont restés la plus grande partie de leur vie, d’autres n’ont fait qu’y passer, mais pour tous, l’expérience est marquante et enrichissante. Faire partie de l’Arkestra était comparable à un engagement, il fallait être extrêmement disponible, jour et nuit, accepter des sacrifices… Pour certains membres, autour de cinq ou six, la vie était même communautaire.
Sun Ra prônait le célibat et la discipline. Mais ce n’était pas sans retour, voici ce que raconte
Marion Brown à la suite de son passage chez Sun Ra :
« J’ai joué quelques mois avec Sun Ra. Ce n’était pratiquement que des répétitions et jamais d’engagements, mais, comme tous ceux qui ont joué avec lui pendant un certain temps, il m’a vraiment aidé à me découvrir, à mettre à jour mes propres ressources musicales. Sun Ra vit dans un petit trois pièces, et les répétitions avaient lieu toute la journée, tous les jours. Parfois il y avait bien vingt ou trente musiciens entassés là-dedans. Quand je n’avais nulle part où aller, j’allais passer souvent des journées entières là-bas (…) jouer avec Sun Ra a été l’expérience musicale la plus positive que je n’ai jamais eue ! »
Ce témoignage nous montre le bouillonnement créatif qui régnait autour de la personne de
Sun-Ra, il y avait donc une forte contrepartie pour les musiciens participants à ces séances. Financièrement c’était juste un peu mieux que la misère, mais c’est hélas le cas pour tous les jazzmen exerçant pendant cette période. Les musiciens qu’on admire aujourd’hui, qui ont des discographies pharaoniques, dont on parle avec la plus grande admiration, n’hésitant pas à les comparer à des génies, ces musiciens vivaient alors avec des ressources qui leur permettaient tout juste de vivre : « Il vivait comme un rat » disait
David Murray en parlant d’
Albert Ayler quand il était à New-York…
En cette année 1962 seuls les fidèles parmi les fidèles sont là,
John Gilmore dont les solos illuminent cet album,
Marshall Allen, l’héritier, qui prolongera la vie de l’Arkestra quand elle quittera Sun Ra,
Ronnie Boykins la clef de voûte de l’Arkestra,
Pat Patrick, multi instrumentiste et soliste sur cet album.
Tommy Hunter batteur et percussionniste se rajoutera à l’ensemble et restera une vingtaine d’années aux côtés de Sun Ra. A partir de cette période, il arrivera de temps en temps à Sun Ra de se produire ainsi, avec un petit orchestre.
La prise de son n’est pas au top niveau, malgré le travail effectué, ça reste tout de même très écoutable.
Bad and Beautiful est la chanson thème du film du même nom. C’est une ballade sur laquelle
John Gilmore promène son saxophone, bien accompagné par la flûte de
Marshall Allen.
Ankhsymbole Egyptien en forme de croix ansée, portée par des initiés, est le symbole de la vie éternelle. Cette pièce est vouée au saxophone baryton de
Pat Patrick, sur un tempo moyen il explore son instrument en nous délivrant des sonorités si belles et si rares, pleines de gravité et de solennité.
Un grand nombre de titres sont dévolus au ténor de
Gilmore, comme
Just in time, très bop, ancré dans la tradition, Sun Ra s’intercale et délivre un solo bien carré.
Search light blue est langoureux, paresseux, le saxophone se love en explorant le thème, puis s’achève en une longue improvisation qui fait semblant de se chercher en une sorte de timide bégaiement, les percussions se fraient subtilement un chemin dans un accompagnent tout en petites touches …
Par contre, sur
Exotic two les percussions sont au contraire très présentes et préfigurent l’ importance qu’elles prendront dans la musique de Sun Ra pendant toute la décennie. C’est la pièce la plus innovante de l’album, Sun Ra y instaure un dialogue entre le piano
Retour aux canons du bop et de la tradition avec
On the blue side,
Pat Patrick déploie son baryton avec sa maestria habituelle, dévoilant au détour d’un solo quelques notes bien graves qui font leur petit effet…
Une autre ballade pour terminer l’album comme il a commencé,
John Gilmore conclue l’album sur un standard ,
And this is my beloved tout en rondeur et caresse…
Rien d’essentiel ici,
Search light blues est tout de même renversant et
Exotic two annonciateur de bien des changements !