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1965 ou le 2nd quintet de Miles.
Après s'être successivement éssayé: au be-bop pur et dur notamment sous l'aile de Bird; au jazz orchestral tendance "cool" dans la foulée (affirmant par la son statut de leader et d'orchestreur); au classique avec des adaptations de Gershwin et du Concerto d'Aruanjez, à la musique de film avec Ascenseur pour l'échafaud, affirmant sa qualité première de "créateur d'ambiances; c'est finalement au sein de son premier quintet, à la rythmique innébranlable et au futur plus grand ténor de l'histoire du jazz, que le trompettiste obtiendra finalement une consécration tant publique que personnelle dans la seconde moitié des 50's(citation de l'intéressé: "La musique que nous faissions ensemble est devenue incroyable. C'était si bon que ça me donnait des frissons.Merde, c'était tellement éffrayant que je me pinçais pour m'assurer que j'étais bien là!").
Le début de la décénnie suivante sera marquée par une période de tatonnement, confronté d'une part à la difficulté de retrouver un créateur de la trempe de Coltrane parti pour faire la carrière solo qu'on sait et d'autre part aux remises en questions induites par la vague naissante du free qu'il abhorrait.
Ce n'est qu'au milieu des 60's que Davis mettra finalement la main sur les perles rares et constituer son 2nd grand quintet: Wayne Shorter au ténor,Herbie Hancock au piano, Ron Carter à la contrebasse et surtout le volcanique Tony Williams à la batterie,équivalent rock d'un Keith Moon.
"ESP", premier album du quintet reste d'une mouture assez traditionnelle et s'inscrit dans la continuité de certains anciens travaux du maître, be-bop et atmosphérique en ligne de mire,le groupe se cherchant sans doute encore, à la botte du partisant d'un jazz relativement classique.
"Miles smiles" se veut plus aventureux.
Williams se lâche complètement laissant parraître ses appétences free et Shorter, qui signe içi 3 des 6 compositions, laisse librement s'exprimer l'étendue de son influence coltranienne mèlée à d'autres tout aussi novatrices (Ornette Coleman!?Eric Dolphy!?).
Résultat: à l'exeption de "Circle"un morceau atmosphérique du leader, il semblerait qu'on assiste à un des mixages les plus réussi entre la tradition be-bopienne incarnée par le trompettiste en tête et celle de la modernité free incarnée par le batteur et le saxophoniste, contrebassiste et pianiste(Hancock au jeu protéiforme) cimentant le tout.On assiste alors à la naissance (avortée?) d'un jazz à la fois précis, fougueux et abstrait.
Pas étonnant qu'avec un jazz pareil Miles ait retrouvé le sourire!
Il l'abandonnera pourtant moins de 3 ans plus tard pour se tourner vers une nouvelle forme de modernité, celle de l'électricité et du rock.
PS:Cet album aux compositions relativement abstraites n'est pas le plus accessible de la période "pur jazz" de Miles Davis;se tourner plutôt vers "Milestone"(1958) ou vers celui que beaucoup considèrent comme son chef d'oeuvre, "Kind of blue".
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