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On se trouve donc face à une situation à deux extrêmes : le CD menacé autant par la musique numérique, format d'aujourd'hui, que par le retour en force du vinyle, enterré initialement par la petite galette dans son étui en plastique. Qu'en pensez-vous ? Sommes-nous proches de voir le CD disparaître ? Le souhaitez-vous ?
Je pense que le "retour du vinyle" n'est qu'un illusion, un épiphénomène, qui ne concerne qu'une micro niche de consommateurs, et représente un chiffre d'affaire anecdotique, sans commune mesure avec l'effondrement des ventes de CD. En aucun cas, il n'y a corrélation ou relation de cause à effet, entre cette embellie éphémère (hype?) du vinyle, et la crise du CD.
Les maisons de disque, en France, déplorent une chute de leur C.A. de l'ordre de 25/30% par an, et cela depuis 3 ans. Faites les comptes !!! L'heure de la diversification, ou pire de la réorientation, est venue : la musique électronique (plateforme de téléchargement payant, I Tunes, partenariat avec les opérateurs téléphoniques et autres annonceurs) se développe, mais est très loin de compenser la perte de C.A liée à la baisse terrible des ventes de CD. Les majors tentent de maintenir le cap en diversifiant les produits à leur catalogue : Tee shirts, posters, "figurines collector" à l'effigie de leurs artistes phare et gadgets en tous genres, ayant peu ou prou de rapport avec la musique...
Les majors (et les autres) ont tout à fait intérêt à essayer de vendre de la musique directement aux consommateurs, en court-circuitant les réseaux de distribution, qui margent aux environs de 30/35 % pour les "spécialistes" (Fnac, Virgin...), beaucoup moins pour les hypers, pour lesquels le disque n'est, ou plutôt n'était, qu'un produit d'appel !
Quand ils vendent en ligne un morceau à 99 centimes d'euro, multiplié par, disons 12 morceaux pour un CD, ils empochent près de 12 euros, soit un peu moins que le prix auquel ils le vendent aux distributeurs (les magasins...) mais n'ont pas à supporter les coûts de fabrication du CD, du boîtier, du livret, de stockage, de transport, charges salariales etc etc. De plus, le consommateur paye cash, alors que le distributeur paie généralement à 60 jours.
Les majors (et les autres) ont donc, presque autant que les artistes, intérêt à vendre directement aux consommateurs, évitant ainsi les intermédiaires : leur chiffre d'affaire continuera de baisser, mais leur marge pourrait augmenter très sensiblement.
Radiohead a validé la démarche, en affirmant n'avoir jamais gagné autant d'argent, et de loin, avec leur album vendu à prix "libre" sur le net, par rapport à tous ceux vendus via EMI, avec qui ils avaient pourtant un juteux taux de royalties dans leur contrat.
Prince a offert, via Mail on Sunday, un grand quotidien anglais, près de trois millions d'exemplaires de son dernier album "Planet earth". Comme par hasard, il remplissait 21 soirs de suite l'O2 Arena de Londres quelques semaines plus tard. Total plus de 400 000 spectateurs, qui se sont tous vus offrir le nouvel album. Le tirage du journal en question a fait un bon de 600 000 exemplaires ce jour là... Le CD simple objet de promotion ???
Les artistes tournent de plus en plus, et le prix des billets de concert a une fâcheuse tendance à s'envoler ces dernières années, comme pour compenser le manque à gagner du à la baisse des ventes de leurs CD...
De plus en plus d'artistes vendent leurs disques et/ou leurs concerts, via leur site internet, que ce soit en physique (CD) ou en téléchargement, même ceux qui ont un contrat régulier avec une maison de disques. Sûr qu'eux aussi, pour des raisons de rentabilité, on tout intérêt à encourager le téléchargement payant, plutôt que le support physique.
Le principal intérêt pour un artiste de signer, notamment, dans une major, était d'accéder à une notoriété relative, sensée déclencher des ventes d'albums, grâce aux investissements promo et marketing. Or les maisons de disques ont réduit de manière drastique ce type d'investissement ces dernières années (pour sauvegarder ce qui pouvait l'être, la marge...)
La question n'est pas à mon sens de savoir si le CD va disparaître, mais s'il va être remplacé par un support physique ou virtuel.
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